Catégorie : Presse

Il faut que le factchecking de « L’émission politique » passe à l’antenne !

C’est une très bonne nouvelle, l’équipe de L’Imprévu va de nouveau se charger de factchecker les déclarations de l’invité de « L’émission politique » de France 2, ce soir. 

Claire Barthelemy le confiait à L’Observatoire des Médias et Pierre Leibovici le confirme dans un billet publié sur le blog de L’Imprévu

fact-checking-imprevu

Dès ce soir, en partenariat avec France 2, nous vérifierons les déclarations du Premier ministre, Édouard Philippe, en direct de L’Émission Politique. Qu’elles soient exactes ou non, nous le dirons. Nous publierons sur Twitter l’intégralité de nos vérifications, comme c’était déjà le cas pendant la présidentielle 2017. Et un article compilant ces vérifications sera diffusé sur le site de franceinfo.

C’est salutaire, et c’est un super travail, super utile, que va réaliser l’équipe de L’Imprévu ce soir. (Oui, je suis comme Raquel Garrido, je dis, avant que l’événement ne se produise, que L’Imprévu va faire du bon boulot, car je connais leur travail).

Mais… comment l’antenne de France 2 va-t-elle se saisir de ce travail de factchecking?

« L’émission politique » est une grande émission de France Télévisions. Diffusée sur France 2. Un rendez-vous attendu. Mais l’animateur/journaliste est-il capable de vérifier en direct les déclarations de son invité? Non. On le sait, tout le monde n’est pas Patrick Cohen (qui dans une séquence humoristique diffusée dans C à Vous assumait sa réputation de réponse à tout de l’actu).

Alors comment faire? Et bien en demandant à une équipe dédiée, comme celle de L’Imprévu de se charger de vérifier les déclarations des invités. Mais comment va être relayée cette vérification? Sur le compte twitter de « L’émission politique ». Cela tombe bien, cette émission a fait partie des plus suivies et commentées. Ces tweets sont donc visibles (à la fin de ce billet, ce qui avait été publié pendant l’émission du 6 avril)

Mais peut-on comparer le nombre de twittos actifs un soir d’émission, devant le hashtag #LEmissionPolitique avec le nombre de téléspectateurs? Avec le candidat Emmanuel Macron comme invité,  « L’Emission politique » de France 2 avait réalisé ce jeudi 6 avril sa meilleure audience jusque cette date, avec 3,58 millions de téléspectateurs en moyenne, selon les chiffres de Médiamétrie. Ce qui correspondait à 16,5 % des téléspectateurs. Ce soir-là, France 2 avait été dépassée par TF1, qui diffusait des épisodes de la série policière « Section de recherches » (récoltant 5,5 millions de téléspectateurs et 24,2 % de parts d’audience).

 

Il faut que le factchecking réalisé par L’Imprévu soit diffusé à l’antenne. Tout simplement. Il faut que l’invité soit interrompu par l’animateur. Il ne suffit pas qu’une correction soit soufflée à Léa Salamé dans l’oreillette. Quand cela arrive, voilà ce qui se passe pour le journaliste dont l’équipe à soufflé une correction, dans son oreillette ou sur son écran : 

David Pujadas commence par « je n’ai pas trouvé de déclaration d’Angela Merkel ». Laurent Wauquiez ne se sent pas assez destabilisé. Il insiste. David Pujadas revient en disant cette fois « En tous cas, on a pas trouvé ça sur les agences de presse ». Ce « on » est important. Car oui, ce n’est pas David Pujadas tout seul qui a pu faire cette vérification. Si Pujadas avait dit  » Notre équipe vient de vérifier, et aucun média n’a relayé cela », Wauquiez aurait été un petit peu plus gêné.

Toujours dans cette émission du 6 avril, Karim Rissouli était intervenu en direct en relayant à la fois la parole d’internautes et mettait en cause une des intervenantes : 

Si ce n’est pas un journaliste qui se charge d’annoncer les vérifications en plateau, pourquoi ne pas se saisir, tout simplement, des images produites par L’Imprévu et diffusées sur le compte twitter de l’Émission politique, à l’antenne?

prix-albert-londres-2017

PRIX ALBERT LONDRES 2017

79e Prix de la presse écrite : Samuel Forey

pour ses reportages publiés dans Le Figaro.

Samuel ForeySamuel Forey (36 ans) a déjà une grande expérience du reportage en terrain difficile, qu’il s’agisse de la couverture du printemps arabe en Egypte ou du conflit syrien, notamment dans la ville de Kobane tout juste libérée. Mais son traitement de la grande bataille de Mossoul pour Le Figaro, depuis l’automne 2016, a démontré, outre un courage et un sens du terrain évidents, une justesse de regard et une écriture d’une vivacité, d’une tendresse et d’un humanisme qui le classent à l’évidence dans la lignée d’Albert Londres. Des histoires, des images, des dialogues… Du journalisme de guerre à hauteur d’hommes, attentif aux gestes et aux regards, aux guerriers et aux civils, aux armes des djihadistes comme aux roses d’un jardin de la vieille ville.

    

33e Prix audiovisuel : Tristan Waleckx et Matthieu Rénier

pour Vincent Bolloré, un ami qui vous veut du bien ?

diffusé sur France 2 dans Complément d’enquête, le 7 avril 2016.

Tristan Waleckx (33 ans) et Matthieu Rénier (34 ans) ont choisi un sujet plus périlleux et plus difficile qu’il n’y parait : l’industriel français, homme d’affaires et patron de médias, Vincent Bolloré. Autant dire qu’ils ont bourlingué, de la Bretagne natale du tycoon aux sièges de Vivendi et de Canal +, sans oublier l’Afrique (d’où proviennent 80 % des bénéfices du groupe), ses installations portuaires et ses plantations d’huile de palme ; et que le voyage visant à saisir la personnalité, mais aussi les méthodes, aspirations et ressorts de Vincent Bolloré fut compliqué. Le jury a apprécié la rigueur de ce travail qui illustre l’indépendance et l’audace de la télévision de service public en matière d’investigation. (Revoir un extrait ici)

 

1er Prix du livre : David Thomson 

pour Les Revenants (Editions Les Jours / Le Seuil).

David ThomsonDavid Thomson (36 ans) est un éclaireur, qui, durant cinq ans, a fait preuve de courage, de persévérance, d’audace et d’une formidable intégrité en donnant la parole à des Français partis faire le djihad en Syrie et de retour en France. Toujours à bonne distance de ces sources, dans un univers difficile et dangereux. Lucide et sans œillères, totalement engagé -pour RFI et pour le site Les Jours-, dans un sujet qui a dévoré sa vie sociale et personnelle. Le titre de son livre, Les Revenants, s’est désormais imposé à tous les experts de la matière pour qualifier les djihadistes de retour sur le territoire français, menaces potentielles à la sécurité du pays, comme l’ont douloureusement démontré les récents attentats. Son enquête, qui reçoit le premier Prix Albert Londres du Livre, fera date. 

Le jury présidé par Annick Cojean, était composé de : Lise Blanchet, Hervé Brusini, Thierry Desjardins, Catherine Jentile, Jean-Claude Guillebaud, François Hauter, Christian Hoche, Marc Kravetz, Jean-Xavier de Lestrade, Manon Loizeau, Alain Louyot, Jean-Paul Mari, Delphine Minoui, Michel Moutot, Philippe Rochot, Patrick de Saint-Exupéry, Frédéric Tonolli, Olivier Weber, ainsi que des lauréats des deux dernières années : Luc Mathieu, Cécile Allegra, Delphine Deloget, Claire Meynial, Sophie Nivelle-Cardinale et Etienne Huver.

Qui était sélectionné?

via La Scam. Photo de couverture.

Journalistes et chocolat au lait : don’t fuck with your level of english !

Faire du journalisme c’est bien. Reprendre une info croustillante sur un site américain, car l’on pense que cela fait du clic, ou que cela puisse « détendre » son internaute, cela arrive, dans nos rédactions « modernes ». Mais… dans ce cas-là, il faut faire attention à son niveau d’anglais. 

Capture d'écran de l'application FranceInfo qui montre un article sur le chocolat au lait
L’application Franceinfo, le samedi 17 juin à 9h29

On a vu fleurir ce week-end une info, à la base tirée par les cheveux, et ensuite TRÈS mal traduite, puis corrigée, mais pas partout. 

Pour moi, cela avait commencé ce samedi matin, à 9h30, en balayant l’appli Franceinfo. 

Je vois dans « les titres » cette info datée de 22h37 la veille. Le titre est très accrocheur. 16 millions d’Américains. Rien que ça. « Plus de 16 millions d’Américains ignorent de quoi est fait le chocolat au lait. »

Par bonheur, l’article met les liens vers la source : 

un lien est présent sur le site et l’appli de Franceinfo

Le souci, c’est que le ou la journaliste à la base de cette info en France (qui n’est a priori pas le ou la journaliste de Franceinfo) ne parle pas bien l’anglais.

Don’t fuck with your level of English : un problème de culture.

Le titre sur le site du ‘Washington Post’

Quand on suit le lien sur le site du Washington Post, on s’aperçoit tout de suite de la bourde : le WaPo écrit « chocolate milk« , et nous nous retrouvons ici avec « chocolat au lait« . Non. En anglais, j’inverse, je dis  « tomato sauce » ou encore « spring break ». La base.

L'article corrigé chez Franceinfo montrant du lait chocolaté au lieu du chocolat au lait.
L’article corrigé chez Franceinfo

Il s’agit donc en français, si on voulait reprendre cette info, de la traduire en « lait chocolaté » ou « lait au chocolat« . C’est ce qu’a fait le matin même Franceinfo, en corrigeant l’article, presque au moment où j’étais en train de le lire.

Je me rends donc compte que le titre a changé, ainsi que l’image d’illustration. Les premières occurrences de l’erreur changent également.

capture réalisée le dimanche 18 juin à 12h06

Mais pas toutes. On se retrouve encore avec un « chocolat au lait » dans le texte.

Un problème de sens dans le chocolat au lait !

Comment Franceinfo a été alerté? Peut-être dans les commentaires, dont l’un pointait rapidement l’erreur d’interprétation, de traduction. Mais pas que. Il se trouve que l’article du Washington Post a lui-même visiblement été retitré. Quand on analyse l’url on voit ceci : « seven-percent-of-americans-think-chocolate-milk-comes-from-brown-cows-and-thats-not-even-the-scary-part« … qui est devenu « the suprising number ». Et ce n’est que dans le corps du texte que l’extrapolation du sondage pour obtenir les 16 millions apparaît : 

Seven percent of all American adults believe that chocolate milk comes from brown cows, according to a nationally representative online survey commissioned by the Innovation Center of U.S. Dairy.

If you do the math, that works out to 16.4 million misinformed, milk-drinking people. The equivalent of the population of Pennsylvania (and then some!) does not know that chocolate milk is milk, cocoa and sugar.

L’auteur de l’article met bien la source corrigée, d’ailleurs : un sondage en ligne réalisé par le « Innovation Center of U.S. Dairy« , repris ensuite par le site Food and Wine, puis par le WaPo.  Et ce n’est que là qu’on aura la trace des sources du sondage : « The Innovation Center for U.S. Dairy conducted a survey of more than 1,000 adults 18 and over in April of this year. They uncovered some shocking facts about how people think about – and drink – milk. »

1000 adultes de plus de 18 ans. De là à titrer « Plus de 16 millions d’Américains… » je trouve cela malhonnête.

Un problème de suivisme

Brève publiée sur le site de L’Obs à 12h59 le vendredi 16/06

Mais d’où est venue cette reprise, sur les sites français?

Interrogé par l’Observatoire des Médias samedi matin, après la correction de l’article chez eux, FranceInfo nous dit qu’il ne s’agissait pas d’une dépêche AFP, sinon, elle aurait été co-signée AFP

Et nous avons vérifié ce matin, Non, il ne s’agit pas d’une dépêche erronée, ce qui aurait pu expliquer la diffusion de l’info.

Non, il s’agit bien de suivisme.

Cette info était -elle venue du site de L’Obs?  La brève publiée à 12h59 le vendredi à 12h59 n’était toujours pas corrigée ce dimanche à 11h55.

On peut retrouver le sondage mal traduit sur le site de Corse Matin, avec un article posté le vendredi 16 juin 2017 à 15h44, et pas corrigé depuis : 

Le chocolat au lait, toujours sur le site de Corse Matin

Mais aussi chez nos confrères d’Europe 1, où la date de publication est du lendemain, et l’article toujours pas mis à jour.

Un article en déshérence, sur le site Europe1.fr

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas là d’une sombre affaire de fakenews. L’erreur est humaine. Il ne s’agit pas d’un esprit malin qui aurait voulu nous induire en erreur. C’est une info « lègère ». Mais c’est un problème de rigueur. Double. Une information, à la base tirée par les cheveux par un site américain, ensuite très mal traduite, mais aussi et surtout, une ribambelle de sites qui reprennent… sans vérifier, sans lire, sans suivre les liens… Comme par exemple Europe 1, qui met un lien (oui, on vous apprend à mettre des liens dans vos articles et il faut continuer) mais qui ne les suit pas, qui ne les lit pas.

Plusieurs sites ont repris l’info, mais la bonne, et ont à la fois préféré titrer sur les 7% que les 16 millions, tout en parlant de lait chocolaté et pas de chocolat au lait, comme BFMTV ou Ouest-France.

Mis à part cette question d’orthographe et de rigueur, on a aussi, bien entendu, ce suivisme, le fait que cette « info » tellement alléchante, soit reprise, et surtout, sans vérification.

 

Mise à jour 19/06 : Un sondage, à prendre avec les pincettes d’un lobby.

Je n’ai pas été pas le seul, ni le premier à m’arracher les cheveux sur cette histoire de sondage, de chocolat, et de lait. Au fil des réactions ce dimanche, on m’a alerté de l’existence des tweets de Mathias GIREL, maître de conférence du département de philosophie à l’ENS – Normale sup’ & directeur du CAPHES.
La question n’est pas en effet seulement la question de l’anglais, bien entendu, mais aussi et surtout sur la fragilité du sondage repris par le blog qu Washington Post.
Mathias GIREL publiait dès vendredi, un tweet, devenu un thread, déroulé ci-dessous:

 

Mise à jour du lundi 19/6 10h50 : 

  • Corse Matin a mis à jour son article, et nous cite (et nous les remercions!). Dernière remarque pour eux, une mise à jour de leur CMS serait bienvenue, histoire que l’heure de mise à jour soit claire pour les internautes. Très bon point pour Corse Matin, ils ajoutent : « Notons ensuite que le chiffre de 16,4 millions est une extrapolation à partir des 7% de réponses obtenues sur un panel de seulement 1 000 adultes américains. »;
  • Europe 1 a mis à jour son article, « modifié à 19h01, le 18 juin 2017 », mais pas de mention de l’erreur, ou de la correction dans le texte. C’est un peu limite vu le temps que l’erreur est restée en ligne. De plus, Europe 1 envoie ses articles à des partenaires, qu’il faudrait peut-être prévenir;
  • L’Obs a aussi modifié son article mais module « en-direct/a-chaud » oblige, on imagine, c’est seulement  « Publié le 18/06/17 à 21:06 » qui apparaît, comme s’il s’agissait d’un nouvel élément. L’image d’illustration avec des tablettes de chocolat n’a elle, pas changé. Mais après tout, il y a du chocolat dedans.
Mea culpa du dimanche 16h33 :quand on donne des leçons aux autres, il faut d’abord bien écrire… j’avais écrit « son niveau d’Anglais », et en français, cela ne prend pas de majuscule…
decodex-affiche

VIDEO – Maxime Vaudano : « Décodex débusque les sites douteux »

L’Observatoire des Médias a rencontré Maxime Vaudano lors de l’édition 2017 de la Conférence Nationale des Métiers du Journalisme qui se tenait au Palais de Tokyo les 26 et 27 janvier 2017.

Il nous explique le fonctionnement du moteur de vérification Décodex édité par Les Décodeurs du Monde et des extensions de navigateur à installer.

Voici comment Décodex est présenté sur le site Les Décodeurs :

Fruit de plus d’un an de travail, le Décodex, lancé début février 2017 par Le Monde, est un outil qui vise à lutter contre la diffusion virale de fausses informations et à aider les internautes à se repérer dans la jungle des sites producteurs ou relayeurs d’informations : est-ce un média citant ses sources et vérifiant ses informations, un site fabriquant ou propageant de fausses informations, un site militant ne mentionnant pas son affiliation politique ? Avant de partager une information, différents outils sont à votre disposition pour évaluer la fiabilité du site sur lequel elle est hébergée.

Des outils à installer : 

  • une extension Chrome (à télécharger ici) et Firefox (à télécharger ici) qui vous indique, en temps réel et pendant votre navigation, si le site est plutôt fiable ou s’il diffuse régulièrement de fausses informations ;
  • un moteur de recherche sur le site Decodex pour vérifier la fiabilité d’un site ;
  • un « bot Facebook » : lorsque vous irez parler avec Les Décodeurs dans la fenêtre de chat Facebook ou sur l’application Messenger, notre robot vous aidera à vérifier l’information (cliquez ici pour y accéder) ;
  • des articles pédagogiques, notamment à destination des enseignants, sur la différence entre une information et une source d’information, sur les moyens de vérifier une information, une image ou une vidéo qui circule sur Internet, etc.

En savoir plus sur lemonde.fr/les-decodeurs…

Mutation des usages

Mutation des usages : 5 défis majeurs pour les médias et producteurs de contenus

Pour faire face aux mutations des usages majeures qui se succèdent et s’accélèrent, voici les cinq recommandations de Cyrille Frank aux médias et producteurs de contenus, pour 2017 et au delà. Billet originellement posté sur Mediaculture.fr

1- Fragmentation des publics et des usages : ciblez et segmentez

Nous assistons depuis une quinzaine d’année à une diversification accélérée des publics et de leurs attentes. Une évolution profonde de notre société qui se traduit par la multiplication des communautés par affinités, goûts, croyances. Les fameux socio-styles de Bernard Cathelat, tentative de classement des comportements et styles de vie des individus, sont largement dépassés et inadaptés, car il y a une multitude de paramètres de choix et donc des milliers de combinaisons possible !

 

Ce phénomène déroute d’ailleurs les partis politiques englués dans des offres politiques monolithiques inadaptées à la multiplicité des attentes. D’où la tentative – malheureusement très « marketing » de Ségolène Royal en 2007 – d’impliquer les citoyens dans l’offre politique, via son concept de « démocratie participative ».

Un autre effet de cette diversification des groupes sociaux – les « tribus » – s’observe via la multiplication des religions dans le monde (aux Etats-Unis ou en Amérique latine pullulent des milliers de sectes évangélistes). Et chez nous, par le développement de syncrétismes religieux où chacun choisit ses croyances à la carte (un peu bouddhiste, un peu chrétien un peu protestant…). Sans oublier hélas la résurgence des fondamentalismes de tout bord.

On le perçoit aussi de manière plus positive, dans la création de communautés d’intérêt qui se mobilisent sur des passions (cuisine, cinéma, tuning…) ou des questions de société (la diversité, l’égalité hommes-femmes, la biodiversité ou la défense du droit des animaux), sur sur les blogs, Twitter, Facebook ou dans le milieu associatif.

Quoi qu’il en soit, les médias généralistes qui proposent une offre unique et standardisée ne sont plus adaptés à cette nouvelle génération qui fait son marché parmi ce qu’on lui propose, car les technologies le lui permettent désormais. Ceci, via le streaming à la demande, les podcasts, la télé de rattrapage, la recherche Internet et le picorage social des contenus recommandés par sa communauté.

L’une des solutions qui s’offre aux médias est de segmenter davantage leur offre selon les publics auquel ils s’adressent. En somme de développer une stratégie de contenus dédiés : ce sont les fameux « verticaux » ( cuisine, mode, lifestyle, golf… ).

Les généralistes souffrent car, à vouloir plaire à tous, ils se condamnent à n’intéresser personne, car ils sont obligés de réduire l’offre au plus petit commun dénominateur.

La difficulté de cette stratégie est de conserver une cohérence éditoriale pour la marque média. Agréger des communautés différentes, pour afficher une puissance publicitaire qui intéresse les grands annonceurs. Mais sans y perdre leur âme. Quand Le Figaro (entre autres exemples), mélange l’audience des forums de « Comment ça marche » à ses lecteurs quotidiens, cela n’a aucun sens et aucune efficacité publicitaire.

Par ailleurs, les médias peuvent retrouver un volume d’audience par leur capacité à fournir les bons contenus aux bonnes personnes, au bon moment. Ceci est possible aujourd’hui, dans une certaine mesure, grâce aux données utilisateurs, et c’est ce qui fait la fortune de Google, Facebook ou encore Criteo – la fameuse plateforme de recyclage publicitaire, qui détient à lui-seul 24% du marché de la programmatique en France.

Les médias pêchent largement en ce domaine, par manque d’investissement et de savoir-faire technologique et c’est la raison pour laquelle, ils se font spolier par les géants de la publicité et du web qui captent l’essentiel de la valeur.

Google et Facebook ont récupéré à eux-seuls, 64% des quelque 60 milliards de dollars d’investissement publicitaire numérique aux Etats-Unis en 2015. Et il ne cessent d’engranger davantage de revenus (+20% entre 2014 et 2015), comme le montre le graphique ci-dessous, en particulier grâce à la programmatique qui représente désormais plus de 60% de la publicité numérique totale.

programmatique

Il est urgent que les médias investissent massivement dans l’élaboration de leurs propres plateformes publicitaires ciblées, avec l’arme décisive des enchères, soit auprès des annonceurs en direct, soit des agences média. Gros chantier car cela passe par une refonte globale de tout leur dispositif data et CRM.

cyr9_9gxaaa3gxbSans même parler de solutions technologiques évoluées, les médias doivent modifier leur processus de production, pour différencier les contenus produits des publics visés et du support et canal de consultation. Par exemple, le magazine « I’am Divas » qui s’adresse aux femmes amoureuses de l’Afrique, distribue ses contenus en fonction des vecteurs d’expression choisis. Sa ligne éditoriale n’est pas la même sur Internet que sur le papier (cible plus âgée, plus instruite) ou sur les réseaux sociaux. Ses formats sont eux aussi adaptés aux réseaux qu’elle aborde et ces tris sont opérés dès la conférence de rédaction ou adaptés en aval, par la community manager.

Idéalement, les médias doivent aussi adapter les formats aux temporalités de diffusion. Long, profond, narratif et développé le soir après 22 heures ou le week-end, lorsque la disponibilité mentale du lecteur est la plus grande sur les sujets de fond ou lorsqu’il accepte de se laisser divaguer au récit et « l’ailleurs ». Et lieu où la beauté de l’objet reprend ses droits : il faut pouvoir en être fier et le laisser traîner sur sa table basse, c’est l’une des motivations « positionnelles » de l’acheteur.

Concis, précis et basique sur mobile le matin, quand on n’a peu de temps pour s’informer avant la socialisation, de la machine à café (ou de ses clients, fournisseurs etc.). Video sous-titrée pour permettre aux gens de suivre l’histoire dans les transports publics ou sur leur écran à leur bureau, en open-space.

Décalé et original sur les réseaux sociaux ou le contexte de recommandation par ses amis non seulement autorise mais recommande un ton plus familier et décontracté.

2- Pénurie de l’attention : musclez vos contenus et arrêtez la neutralité !

La durée moyenne d’attention des lecteurs diminue ! Elle serait passée de 12 secondes en 2000 à 8 secondes en 2013, selon une étude de Microsoft Canada. Submergé d’informations et de messages divers, le lecteur diminue fort logiquement le temps accordé à chacun. C’est une stratégie adaptative de l’Homme qui prouve la plasticité incroyable de son esprit, même si cette infobésité a un prix, surtout auprès des moins instruits.

Ceci a des conséquences importantes dont les médias n’ont pas toujours pris la mesure. Ils continuent de produire une masse impressionnante de contenus qui ne sont pas vus et pas lus.

schema-production-medias-mediaculture-fr_

D’abord, il est devenu indispensable de développer un ton et un univers particuliers qui sortent du lot. Pour cela, à nouveau, pas d’alternative : il faut s’adresser à un public précis auprès de qui on pourra jouer l’implicite, voire la connivence. Le choix du tutoiement ou du vouvoiement, du vocabulaire familier mais pas grossier, de l’environnement graphique décalé, classe ou sérieux… Tous ces marqueurs positionnels dépendent avant tout de ceux à qui l’on s’adresse. Tout comme les jargons et langages plus ou moins excluants, qu’il s’agisse des smileys et autre emoticons ou des expressions sportives de connaisseurs.

Ensuite, cela implique en filigrane, qu’il faut cesser de professer la neutralité journalistique qui n’a plus sa raison d’être – si elle n’en a jamais eu. Tout choix de sujet, tout angle, tout traitement trahit nos représentations du monde, nos valeurs, nos croyances profondes. Vouloir le nier est au mieux une utopie douce, au pire un mensonge cynique.

Les citoyens l’ont bien compris qui dénoncent les différences flagrantes de traitement de l’information, selon nos intérêts géopolitiques. Saddam Hussein, infâme dictateur qu’il fallait chasser – Bachar El Assad, rempart contre la barbarie islamiste. Les lecteurs-spectateurs, mêmes les moins instruits, ne sont pas idiots : ils voient bien ces choix politiques insidieux. La neutralité prétendue des relais médiatiques explose en plein vol.

Dans le débat de fond entre Keller et Greenwald, je penche aujourd’hui pour une subjectivité assumée et transparente. Je crois que la position de Greenwald est plus honnête et plus susceptible de retisser la confiance avec les lecteurs.

Est-ce que tout journaliste doit être militant pour autant et défendre un point de vue politique ou engagé ? Certainement pas ! Car, tous les sujets ne s’y prêtent pas et notre niveau de maîtrise des sujets n’est pas toujours immense, surtout au début. Mais à partir du moment où l’on essaie d’aller au delà des faits bruts, et cela nous est vivement demandé par le public – il faut révéler sa vision du monde : libéral, anarchiste-libertaire, croyant, républicain traditionaliste… Un peu comme les descriptions des journaux repris par le Courrier International qui éclairent les articles qu’ils reprennent.

Le plus souvent cette neutralité est un aveu d’impuissance : les médias sont peu organisés et/ou staffés pour produire autre chose que la simple relation des faits. Mais c’est quelquefois aussi un alibi à a fainéantise. Il est tellement facile de se retrancher derrière une neutralité apparente pour ne pas avoir à creuser les sujets et produire un point de vue documenté.

3- Infobésité et hyper-concurrence : mettez le paquet sur la distribution

La qualité des contenus ne suffit pas. Il faut faire et bien faire, certes, mais il faut aussi faire savoir : distribuer les bons contenus aux bonnes personnes, pour recruter des lecteurs et mieux, des abonnés.

Mais comme vous n‘avez pas les moyens d’être présents correctement sur toutes les plateformes, il faut déterminer où se trouvent les lecteurs qui ont le plus de valeur pour votre marque (média ou annonceur). En matière d’animation communautaire, comme de contenus, il vaut mieux faire moins, mais faire mieux.

Votre public le plus intéressé par ce que vous avez à proposer est-il plus sur Linkedin, Twitter, Instagram, Snapchat ? Ayant des clients B2B, je me suis naturellement concentré sur Linkedin et Twitter. Mais si vos lecteurs sont plus grand public, c’est évidemment Facebook et Messenger qu’il faut privilégier.

Pour répondre à cette question, il faudra donc préalablement définir le plus précisément vos cibles. Cela veut dire passer du temps à les cerner et à les comprendre : reprendre les études dont vous disposez déjà, analyser le comportement de vos lecteurs sur les différents supports, élaborer et diffuser un questionnaire sur leurs attentes et pratiques…

Mettez le paquet sur le mobile, notamment via les applications qui concentrent 86% du temps passé sur ce support et plus de 50% du temps digital total, et permet donc la fidélisation des lecteurs « utiles » – ceux qui apportent la valeur la plus forte pour la marque media. Cette rétention est clé pour faciliter la transformation d’un lecteur en abonné.

app-mobiles-temps-passe-comscore-1-600x354

Utiliser le search, l’e-mail, ne négligez pas la page d’accueil qui concentre de moins en moins de trafic, mais rassemble les utilisateurs les plus fidèles. Sans toutefois y consacrer toutes les énergies, comme c’est souvent le cas dans les medias traditionnels. La culture de la une reste forte et cannibalise l’attention des rédactions au détriment des autres canaux de distribution. En réalité, la nouvelle page d’accueil, c’est bel et bien l’article lui-même !

Même si votre modèle d’affaire repose sur l’abonnement, vous devez faire connaître votre offre. Il faut montrer le produit pour le vendre, c’est pourquoi les commerciaux savent qu’il faut le placer entre les mains du prospect. C’est ce qu’a bien compris Mediapart qui inverse le paradigme du payant, en diffusant gratuitement ce qui le plus de valeur : les scoops, tout en faisant payer les rebondissements et les détails de l’enquête.

4- Evaluez la rentabilité des contenus produits sur le long terme

Attention aux indicateurs que vous retenez pour établir votre hiérarchie des succès ou des échecs éditoriaux. Un bon sujet n’est pas forcément celui qui apporte le plus de trafic, ni même le plus d’engagement sur le moment.

Si votre modèle repose sur la publicité, et donc en partie sur le volume de trafic, il faut regarder le résultat sur la durée. Il y a des sujets pratiques, simples et efficaces qui cumulent dans le temps une audience considérable. Je me souviens que l’un des plus grands succès d’audience de RFI en langue brésilienne, était consacré aux top 10 des musées incontournables de Paris. Ni scoop, ni polémique, ni format particulier. Juste une offre éditoriale qui comblait un besoin pratique de leur audience et qui leur apportait une rente d’audience par la recherche.

Mais il faut pour cela penser à optimiser l’accès à ses archives : titrages informatifs par mots clés, maillage intelligent de liens entre les sujets et surtout, examen régulier des sujets qu’on peut et doit remonter, quitte à les adapter. Certains comme Le Temps de Genève ont même crée un algorithme pour faire remonter automatiquement les sujets porteurs.

Par ailleurs, la quantité du trafic ne suffit pas à évaluer la valeur créée, car il faut tenir compte aussi de l’image véhiculée par le contenu pour l’annonceur et le média. C’est pourquoi l’émission de Jean-Marc Morandini est désertée par les annonceurs, en dépit d’audiences correctes. Cette valeur d’image des sujets est inquantifiable mais elle dėtermine sur le long terme la valeur du média auprès des annonceurs, comme des abonnés.

frederic-filloux-systeme

Frédéric Filloux, milite pour l’intégration d’un facteur « qualité » dans la tarification publicitaire des médias. Il a imaginé un système dans lequel les médias taguent leurs contenus en amont de leur diffusion, en indiquant la longueur, le type de format, le nombre de rédacteurs, graphistes, développeurs impliqués, le temps de production. Le tarif publicitaire proposé aux annonceurs ne dépendent donc plus du lieu de diffusion (en Home ou en rotation générale, en haut ou en bas de page…).

Je pense pour ma part que c’est une fausse bonne idée. D’abord, parce que les éditeurs ne se mettront jamais d’accord sur un standard commun. Ensuite, je crains qu’on ne puisse corréler de manière systématique le temps et les moyens de production investis au prix demandé au lecteur/annonceur. On peut passer beaucoup de temps et dépenser de gros moyens à créer quelque chose de raté. Il vous suffit pour vous en convaincre de penser à quelques-uns des blockbusters hollywoodiens, comme Independance Day.

Par ailleurs, plus fondamentalement, il me semble illusoire et même dangereux de vouloir standardiser la « qualité », car la perception de celle-ci dépend avant tout du récepteur. Il ne s’agit que de ses propres goûts. Cessons cet impérialisme culturel des sachants sur ce que doit être « la bonne culture ». Ce ne sont pas non plus forcément les contenus les plus longs qui sont les meilleurs, attention aux articles verbeux, redondants et plus ou moins creux, comme l’a constaté le Wall Street Journal, lui-même.

Il ne s’agit pas nécessairement des formats « innovants » qui bougent, sont jolis ou font « pouet pouet ». Il existe une tonne d’infographies illisibles, très jolies, mais qui demandent beaucoup trop d’efforts au lecteur pour qu’il les comprennent.

De la même manière qu’une longue phrase qui comporte plusieurs idées est difficile à comprendre, un visuel trop synthétique peut être totalement indigeste. La pédagogie nécessite au contraire de séquencer les idées, pour pouvoir les absorber au fur et à mesure.

C’est aussi une façon assez injuste de récompenser le talent. Un article écrit ultra-drôle et pertinent serait moins bien payé qu’une infographie basique ? Un cartoon cinglant qui dit tout en une image, aurait moins de valeur qu’une longue dissertation ? En matière artistique, comme en journalisme, le temps de production et la longueur ne font rien à l’affaire.

C’est pourquoi, les seuls critères possible, sont l’engagement du public : le temps effectif passé, la récurrence de visite (lecteur occasionnel ou fidèle ?), et côté producteur, la durée de l’effort (rubrique dédiée ou vertical « événementiel »). Les médias savent d’ailleurs très bien vendre ces dossiers et contenus spéciaux à des tarifs très supérieurs à la rotation générale sur le site.

Pour mieux monétiser leur inventaire, je recommande surtout aux médias de mieux communiquer entre rédaction et régie interne, pour donner le plus d’informations possible aux commerciaux, en amont des sujets, afin de leur permettre de mieux vendre. Cela passe par le partage du synopsis, de maquettes, des audiences prévisionnelles par rapport à l’année précédente… bref un agenda partagé, et surtout la présence du rédacteur en chef, lors des réunions clients importantes.

5-Développez le lien avec vos lecteurs, y compris dans le monde physique

Dans un univers technologique en mutation constante, votre seule valeur pérenne, c’est le lecteur. Il faut développer un lien de confiance fort, pour s’assurer que la prochaine évolution d l’algorithme Google ou Facebook ne va pas détruire cette audience que vous avez passé tant de temps à construire.

Donnez-vous de vrais moyens pour créer et développer une communauté. Ne vous contentez pas de solliciter des commentaires, lesquels ont d’ailleurs migré massivement sur Facebook.

Demandez des contributions, sollicitez les expertises et intégrez-les à vos articles. Donnez à vos lecteurs-contributeurs de la visibilité et de la reconnaissance, invitez-les à visiter les coulisses, à discuter avec les journalistes, à échanger avec d’autres experts…

Créez des événements dans le monde physique pour accroître encore ce lien. Comme Le Monde avec son festival sur plusieurs jours, ou encore le club du magazine « I am Divas » qui organise rencontres et soirées spéciales pour ses adhérents.

couverture-magazine-10

C’est aussi la recette du succès de pure players comme Meetic, Marmiton qui ont assez tôt organisé des rencontres dans le monde physique, des speed dating, des cours de cuisine. Ou même opéré un retour étonnant dans le media vintage (le reverse publishing inversé !) par le lancement d’un magazine papier, pour ce qui concerne Marmiton.

Il y a un retour certain au tangible, au palpable, quand l’objet proposé est beau et l’événement à la fois sincère et riche.

 

Mutation des usages : ça continue

N’hésitez pas à commentez, critiquer, compléter cet article, pour l’enrichir ! Merci 🙂

Cyrille Frank

Sur Twitter
Sur Facebook
Sur Linkedin

photo ©Dries Verachtert en CC via Flickr.com

fillon-buisson

Ariane Chemin : « Buisson méprisait Fillon. Comme Sarkozy. C’est le baiser qui tue… »

Voici ce que disait Ariane Chemin du journal Le Monde sur Patrick Buisson chez Europe 1 fin octobre : « il n’y a plus aucune candidature qui correspond à ce qu’il pense et à ce qu’il croit ». Avec les nouveaux ralliements à François Fillon, vainqueur du premier tour de la primaire « de la droite et du centre », force est de constater que les choses ont peut-être changé.

Ce jeudi 24 novembre, jour du débat du deuxième tour de la primaire « de la droite et du centre », Europe 1, le journaliste David Doukhan d’Europe 1 a tendu son micro à Patrick Buisson, malgré la mise en examen du personnage.

Conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy, désigné comme étant à l’origine notamment du virage à droite de la campagne de 2012 du candidat de l’UMP, l’ancien rédacteur en chef de Minute se félicite du succès de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre, et prédit sa victoire dimanche:

On assiste à ce que j’appelle, la révolution conservatrice. C’est le mot de Napoléon à ses ministres : ‘N’ayez pas peur du peuple, il est encore plus conservateur que vous' », soutient Patrick Buisson. « C’est en cela que Juppé, qui s’est fait le porte-parole de la modernité, tient un discours absolument ringard. Il ne se rend pas compte que cette révolution conservatrice est partout à l’œuvre dans la société occidentale.

Fillon a fait une campagne qui, à sa manière – moins triviale, moins brutale que celle de Sarkozy -, était une campagne de transgression des tabous. Maurice Druon avait l’habitude de dire qu’en France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle la droite. C’est cette anomalie française qui est en train de prendre fin. Fillon assume une droite conservatrice.

Juppé sera très probablement battu dimanche soir […] Il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter et c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment historique

L’Observatoire des Médias a demandé à Ariane Chemin son sentiment. Pour la journaliste, « il est partout, il rebondit toujours, alors qu’il est mis en examen et qu’il a enregistré un président à son insu. Buisson se recycle toujours c’est sidérant. »

Interrogée sur un probable ralliement, la grand reporter du Monde poursuit : « La vérité, c’est qu’il méprisait Fillon. Comme Sarkozy. Mais sa haine de Sarkozy est aujourd’hui telle qu’il trouve des vertus à Fillon, alors que Buisson est tout sauf un libéral. Il est vrai que sur les valeurs et le côté France des clochers il s’y retrouve sans doute. » avant de conclure :« C’est le baiser qui tue… Mais Fillon ne sera pas assez sot pour le prendre comme conseiller! »

Grâce à Europe1, Buisson est à nouveau sous les projecteurs médiatiques. Comme le dit Ariane Chemin, « le voilà maintenant intronise expert es primaires/présidentielle!»

Et si on le laissait aux oubliettes de sa chaîne Histoire?

erdogan-ivresse-du-pouvoir

Les journalistes, premières victimes de la répression en Turquie

« Aujourd’hui, nous avons le record du nombre de journalistes en prison. Nous avons dépassé tous les régimes autoritaires et totalitaires du monde ». Au cours de l’entretien que nous avons eu, en septembre, dans un vaste bureau au dernier étage du quotidien Cumhuriyet,  le journaliste Kadri Gürsel, dressait le constat amer d’une presse turque en pleine épuration. « Le journalisme est mort en Turquie. Il ne reste plus que des médias sous le contrôle du pouvoir. Leur fonction n’est que de relayer la parole officielle. Les autres sont réduits au silence « , nous disait cet ancien journaliste à l’AFP, membre du comité directeur de l’Institut de la presse internationale (IPI) et spécialiste de politique étrangère.

kadri-gürsel-arte-guillaume-perrier répresssion en turquie

Quelques semaines plus tard, le 31 octobre, Kadri Gürsel était lui aussi arrêté, avec huit de ses collègues. la police a lancé un raid sur le journal et a dont les cadres sont accusés de liens avec des organisations terroristes. Ils croupissent depuis en prison. Au total, environ 145 journalistes et écrivains seraient actuellement détenus en Turquie selon le décompte de la plateforme indépendante P24. La moitié des journalistes emprisonnés dans le monde le sont par le régime turc.

« Je n’ai jamais connu pire situation pour les journalistes. Même pendant les périodes de junte militaire. »

« Je n’ai jamais connu pire situation pour les journalistes. Même pendant les périodes de junte militaire. » Celui qui porte ce regard sombre sur le paysage médiatique en Turquie n’est pas le premier venu. Hasan Cemal, 47 ans de carte de presse, est l’une des grandes figures du journalisme politique turc. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, autour de 2005, Hasan Cemal était pourtant une voix écoutée jusqu’au sommet du pouvoir. Sa plume était bienveillante à l’égard d’Erdogan. Aujourd’hui, comme tous les démocrates, il est désabusé. Et il n’a plus de mot assez dur pour décrire l’atmosphère dans laquelle est plongé son pays.

hasan-cemal-arte-guillaume-perrier répresssion en turquie

Hasan Cemal a été une victime parmi d’autres de la grande « purge » des médias lancée par Recep Tayyip Erdogan. En 2013, il a été licencié du grand quotidien Milliyet, tout juste racheté par un homme d’affaires lié au gouvernement et patron de la fédération turque de football, Yildirim Demirören. Sa carte de presse lui a été supprimée pour la première fois depuis 1969, en septembre. « Tous mes collègues sont en exil, en prison, ou privés de leur travail. Erdogan veut une presse servile, à sa botte », constate Hasan Cemal.

L’ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet, Can Dündar, lui, a été contraint à l’exil après avoir été condamné à une lourde peine de prison et victime d’une tentative d’assassinat à la sortie du tribunal. Sa faute: avoir publié les preuves de livraisons d’armes par les services secrets turcs à des groupes radicaux syriens. Dündar avait été nommément pris pour cible par Erdogan. « Il le payera cher », avait fulminé le président turc.

Très tôt convaincu de la nécessité de contrôler l’information, dans un pays grand consommateur de journaux, l’homme fort de la Turquie arrivé au pouvoir en 2003, a rapidement fait le ménage dans le paysage médiatique. Dès 2009, il met à genoux le puissant groupe Dogan, qui détenait les plus grands titres (Hürriyet, Milliyet, Posta) et la chaîne CNN Türk. Frappé par un redressement fiscal de 3,7 mds de dollars, le groupe est dépecé, vendu en partie à des hommes d’affaires proches du parti au pouvoir, l’AKP. Le journal Sabah est lui aussi racheté par un groupe, dirigé par le gendre d’Erdogan.

Répression en Turquie : les réseaux sociaux aussi

La censure d’internet et des réseaux sociaux est une autre forme prise par la mainmise du pouvoir turc. Youtube avait été bloqué de longs mois, déjà en 2007. La moitié des tweets bloqués en 2015 par des administrations étatiques l’ont été par la Turquie. Ce black-out sur l’information est devenu particulièrement criant à partir des émeutes du parc Gezi, en 2013. Depuis, les interventions incessantes du pouvoir politique ont laminé toute une profession.

Des centaines de journalistes, de toutes les sensibilités politiques, ont été licenciés depuis 2013 avec l’épuration lancée par Erdogan contre la presse. « Aujourd’hui 90% de la presse est contrôlée par Erdogan et ses proches. Ils ne parlent que d’une voix, ne font que s’incliner, servir, répéter la parole officielle », estime Hasan Cemal.

Depuis le 15 juillet et le coup d’Etat manqué, la répression frappe tous azimuts : la presse critique de gauche, mais aussi les médias jugés « pro-kurdes » ou conservateurs… Renforcé par l’état d’urgence, le pouvoir a fait fermer des chaînes de télévision, radios, sites internet et le quotidien Özgür Gündem. Journalistes, éditeurs et même les membres du comité de soutien de ce journal sont poursuivis par la justice, y compris Erol Önderoglu, courageux correspondant de Reporters Sans Frontières depuis plus de 20 ans.

Enfin, la presse proche de la confrérie de Fethullah Gülen, ancien allié devenu rival et soupçonné d’être le cerveau du coup d’Etat, a été anéantie. Le groupe de presse Ipek, qui détenait plusieurs chaînes télé et quotidiens, a été saisi par la force et placé sous tutelle en octobre 2015. Le journal Zaman, vaisseau amiral de la confrérie Gülen qui tirait à 700.000 exemplaires par jour, a été pris d’assaut par la police antiémeutes et réduit au silence. Des dizaines de ses journalistes et éditorialistes ont été mis derrière les barreaux, d’autres poussés à l’exil.Au total 170 médias ont été interdits ces quatre derniers mois.

C’est peut-être à l’étranger que se trouve l’avenir des médias turcs. C’est l’avis de Can Dündar qui devrait lancer prochainement une web tv turcophone depuis son exil allemand.

Guillaume Perrier

Les entretiens avec Kadri Gürsel et Hasan Cemal sont à retrouver dans « Erdogan, l’ivresse du pouvoir« , un film documentaire de Guillaume Perrier et Gilles Cayatte (Alegria Productions), sur Arte à 20h50.

grille-cnews-protocole-accord-banner-copie

Document : Le protocole d’accord qui met fin au conflit à #iTélé

Il est là. Il a enfin été signé. Mais pas par tout le monde. Le « protocole de fin de conflit » entre direction et représentants des salariés a été signé avant-hier, le 16 novembre, à l’exception notable des syndicats +Libres – majoritaire dans le groupe Canal+ –, de la CGT, et de la CFDT.
Il acte la reprise du travail à i-Télé/CNEWS. Visiblement, les reportages continueront à être diffusés en boucle sur l’antenne de la chaîne info jusqu’à la fin de cette semaine. Pour le moment, il est prévu que la reprise du travail soit effective dimanche à 14 heures, afin de pouvoir être en direct à 18 heures. Ou alors lundi matin.
D’ici décembre, il est bien possible qu’il y ait au final entre 50 et 60 personnes qui négocient leur départ. Une hécatombe.

L’Observatoire des Médias s’est procuré ce fameux protocole d’accord tant attendu. Le document original, disponible à la fin de ce billet, est disponible en version intégrale, annexes comprises. L’Observatoire des Médias a tout de même choisi d’anonymiser les noms des représentants syndicaux, qu’ils aient signé l’accord ou pas.

Un protocole d’accord entre la Direction et la SDJ d’ITELE/CNEWS

IL A ETE ARRETE CE QUI SUIT Afin de mettre fin au conflit collectif opposant depuis le 17 octobre 2016 les collaborateurs de la chaîne ITELE / CNEWS et la Direction au sujet de la mise à l'antenne de Jean-Marc MORANDINI, de la direction de la rédaction et de la stratégie éditoriale de la chaîne, et de la mise en place d'une charte éthique au sein de cette dernière, la Direction et la SDJ d'ITELE/CNEWS, avec les organisations syndicales et en présence des secrétaires des instances sociales ont accepté de prendre les engagements réciproques tels que définis ci-après

ITELE / CNEWS restera une chaîne d'information en continu agrémentée de magazines d'information dans le respect total de la convention la liant au CSA. La grille prévisionnelle des programmes d'ITELE / CNEWS telle que présentée en CE du 27 octobre 2016 figure en annexe du présent protocole de fin de conflit. Après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés, tant sur les moyens que les contenus, la grille sera décidée par la Direction et présentée aux équipes concernées, par tranche et par émission. En attendant, une grille provisoire, allégée décidée par la Direction après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés sera mise en place au redémarrage de l'antenne. • L'indépendance éditoriale de la Chaine est garantie par la convention CSA et par les Chartes (Annexe). Il est en particulier expressément rappelé que, conformément aux termes desdites chartes, chaque chaîne, chaque rédaction du groupe C+ se doit de refuser toute pression ou directive, d'où qu'elle vienne, qui pourrait porter atteinte à son indépendance éditoriale. Par dérogation à l'article 5 du présent protocole, cette disposition continuera à s'appliquer sans limite de temps, y compris dans l'hypothèse où, pour quelque raison que ce soit, le présent protocole d'accord cesserait de s'appliquer. • Dans la semaine suivant la promulgation de la loi Bloche, une réunion sera organisée entre la Direction et la SDJ. Au cours de cette réunion, un calendrier de négociation des modalités de mise en oeuvre de cette loi d'ici au 31 mars 2017 sera établi. • Conformément aux engagements pris par la société SESI envers le CSA, le comité d'Ethique de SESI dont la mission est de veiller au pluralisme sur la chaîne sera reconstitué et réuni avant la fin de l'année 2016.Bonne nouvelle! Il s’agit d’une chaîne d’infos en continu. Agrémentée de magazines d’information. Manque de pot, dans magazines d’information, il y a aussi la tranche « Morandini ». L’animateur est gratifié d’un paragraphe spécial dans l’accord de fin de conflit.

Le cas Morandini

La Direction ayant refusé sa mise en retrait, Jean-Marc MORANDINI restera à l'antenne et elle s'engage à ce que cette émission soit soumise à la même exigence de rigueur et de déontologie que l'ensemble des émissions d'ITELE / CNEWS. L'ensemble des collaborateurs d'ITELE / CNEWS (reporters/JRI, envoyés spéciaux, rédacteurs en chef, rédacteurs en chef adjoints, services édition, digital, documentation, production, technique, coordination médias, etc.), les techniciens et les collaborateurs de la production de l'UES CANAL+ pourront refuser de travailler pour toute émission présentée et/ou produite par Jean-Marc MORANDINI (ci-après « l'émission de Jean-Marc MORANDINI »), sans que ce refus ne puisse entraîner sanction disciplinaire, retenue sur salaire, ou encore discrimination dans le parcours professionnel. Sur le plan opérationnel, il est précisé que : Les images tournées par les équipes ITELE / CNEWS ne pourront être utilisées dans l'émission de Jean-Marc MORANDINI sans l'accord du rédacteur en chef jour. Les séquences de l'émission de Jean-Marc MORANDINI ne seront pas exploitées sur les autres tranches de l'antenne et Jean-Marc MORANDINI n'apparaîtra pas dans les JT d'ITELE / CNEWS, sauf circonstance exceptionnelle et uniquement après validation du rédacteur en chef jour. Les tranches précédant l'émission de Jean-Marc MORANDINI n'auront pas l'obligation de « teaser » cette émission. Les équipes du service digital d'ITELE / CNEWS ne seront pas contraintes de rendre compte sur les réseaux sociaux de l'émission de Jean-Marc MORANDINI, ni de mettre en ligne les extraits de cette émission sur le site ITELE / CNEWS ou sur n'importe quel autre support.

Sur l'antenne d'ITELE / CNEWS, l'émission de Jean-Marc MORANDINI sera circonscrite aux génériques, jingles, pages de publicité et auto-promotion. Par dérogation à l'article 5 du présent protocole, les engagements exposés au présent point s'appliqueront tant que l'émission de Jean-Marc Morandini, telle que définie ci-dessus, figurera à l'antenne de ITELE/CNEWS y compris dans l'hypothèse où pour quelque raison que ce soit, le présent protocole d'accord cesserait de s'appliquer.

Bien entendu, rien dans cet accord sur l’exploitation des images par Morandini sur ses médias. Lors de ses premières émissions « Morandini Live« , on n’avait pas entendu de « retrouvez les infos sur le blog ‘jeanmarcmorandini.com' ». Si le respect des chartes est effectif, cela devrait continuer…

Serge Nedjar aura toujours ses deux casquettes

C’était l’une des grandes revendications des salariés de la chaîne. Serge Nedjar se retrouvera flanqué d’un adjoint, mais gardera les deux fonctions de Directeur Général d’ITELE / CNEWS et Directeur de la rédaction d’ITELE / CNEWS.

Serge NEDJAR est Directeur Général d'ITELE / CNEWS et Directeur de la rédaction d'ITELE / CNEWS. Il est convenu qu'un nouveau Directeur de l'information délégué, prioritairement choisi au sein des effectifs actuels ITELE / CNEWS, sera nommé au plus tard le 15 décembre 2016.

CNEWS Matin (ex-Direct Matin),  dans les murs, bientôt partenaire?

Les relations entre ITELE / CNEWS et Direct Matin / CNEWS Matin sont totalement transparentes et leurs rédactions sont indépendantes l'une de l'autre. Tout projet de partenariat entre les 2 sociétés prendrait la forme d'une convention qui serait soumise à l'information eUou à a consultation préalable des représentants du personnel de l'UES CANAL+ (CE et CHSCT).

Comme le fait remarquer un représentant syndical non-signataire à L’Observatoire des Médias, rien n’empêchera Vincent Bolloré de proposer à des salariés de CNews Matin (ex Direct Matin) de démissionner pour être ensuite embauchés par CNews (ex I-Télé).

Dès lors, qu’est-ce qui empêchera encore plus simplement à un journaliste de la télé de collaborer pour son ex journal?

Le volet social : pas de PSE, mais des ruptures conventionnelles

Tout salarié titulaire d'un COI avec la société SESI, et ce quel que soit son statut et son poste, pourra solliciter, en considération des causes du conflit auquel il est mis fin, une rupture conventionnelle conformément aux dispositions des articles L. 1237-11 et suivants du Code du travail. La Direction s'engage à accepter cette rupture conventionnelle et à verser une indemnité définie par application d'un référentiel d'indemnisation exceptionnel de 2 mois de salaire brut par année d'ancienneté et ce, jusqu'à 12 ans d'ancienneté, sans que l'indemnité puisse être inférieure à 6 mois de salaire brut. Cette indemnité sera majorée d'un mois de salaire brut par année d'ancienneté au-delà de 12 ans. L'ancienneté prise en compte pour l'indemnité globale de rupture conventionnelle sera calculée selon les règles suivantes : Les années incomplètes seront prises en compte prorata temporis, Les périodes continues de COD et de CDDU qui se sont succédées préalablement à l'embauche en COI seront intégralement prises en compte: pour les COD et les CDDU, une ancienneté de 10 mois équivaudra à 12 mois. Les piges éventuelles préalablement à l'embauche en COI seront également intégralement prises en compte dans le calcul de l'ancienneté selon le calcul suivant : la réalisation d'au moins une pige au cours d'un mois donné équivaudra à un mois d'ancienneté et l'ancienneté totale sera arrondie à l'entier supérieur.

L'indemnité globale de rupture conventionnelle intégrera le montant correspondant à l'indemnité conventionnelle de licenciement. L'ancienneté retenue pour le calcul de l'indemnité conventionnelle de licenciement sera décomptée selon les dispositions conventionnelles applicables au statut du collaborateur telles qu'elles figurent en annexe du présent protocole d'accord. Le salaire pris en compte pour le calcul de l'indemnité sera égal au douzième des salaires de base bruts perçus au cours des 12 derniers mois précédant la signature de la rupture conventionnelle, après neutralisation d'une éventuelle période de grève, majorés du treizième mois, de la prime d'ancienneté et de la prime de polyvalence. Les autres primes conventionnelles récurrentes liées aux spécificités métiers (prime de bureau, prime VS, etc.) ainsi que les contrats d'image seront pris en compte dans le cadre de l'indemnité globale de rupture. Pour les bénéficiaires d'un Bonus sur Objectifs (BSO), celui-ci sera versé à hauteur de 85% pour l'exercice en cours. L'application du référentiel n'exclut pas le bénéfice d'autres dispositions telles que des mesures d'outplacement ou de formation qui pourront si nécessaire, faire l'objet d'un arbitrage en commission de suivi.

La demande de 1er rendez-vous auprès des services RH devra être formalisée avant le 25 novembre 2016 et la signature de la rupture conventionnelle devra intervenir au plus tard le 23 décembre 2016. La date de sortie des effectifs sera fixée au plus tôt le lendemain de la date d'homologation (pour mémoire, cette homologation devra être expresse pour les salariés protégés) et au plus tard dans les 3 mois qui suivent l'homologation, sauf accord des parties. • Les salariés en CDD qui le souhaiteront seront reçus par la Direction des ressources humaines afin, s'ils en expriment la volonté, d'anticiper la fin de leur mission. Dans ce cas, le contrat sera immédiatement rompu et le salarié bénéficiera d'une indemnité égale à la rémunération qu'il aurait dû percevoir jusqu'au terme de son contrat ainsi que de la prime de précarité. Afin de faciliter les démarches administratives, il est convenu que l'attestation Pôle Emploi indiquera expressément que la rupture anticipée d'un commun accord du CDD est intervenue « à l'initiative de l'employeur». • Les pigistes qui ne souhaiteraient plus collaborer pour la chaîne ITELE / CNEWS pourront être sollicités, en fonction des besoins, sur d'autres chaînes du Groupe. A cet effet, les pigistes le souhaitant seront reçus collectivement et individuellement par la Direction des ressources humaines pour faire le point sur leur situation. Les représentants du personnel pourront intervenir en soutien ou accompagnement. A cette occasion, l'historique de collaboration sera examiné pour chaque pigiste d'ITELE, ce qui permettra d'apprécier leur situation. • Les collaborateurs en contrat d'alternance pourront solliciter une rupture de leur contrat sous réserve qu'ils aient trouvé un autre employeur pour poursuivre leur formation. • La Direction s'engage à remplacer, par le biais de recrutement de salariés en CDI, les salariés de la société SESI quittant l'entreprise dans le cadre d'une rupture conventionnelle établie en application du présent accord de fin de conflit. Les postes concernés seront ouverts en priorité aux collaborateurs en CDD ou en contrat de pige au sein de la société SESI à compétences équivalentes. Les recrutements devront obligatoirement intervenir dans un délai de 4 mois suivant la sortie des effectifs du salarié concerné, sauf difficulté particulière de recrutement. Les salariés recrutés dans ce cadre bénéficieront également des dispositions du présent accord relatives à la participation des salariés de la société SESI et des techniciens de l'UES CANAL+ à l'émission de Jean-Marc MORANDI NI.

Un paragraphe anti « chasse aux sorcières »

Le volet social se termine par cette mention : « Les salariés qui choisissent de rester dans l’entreprise ne pourront pas faire l’objet d’une sanction disciplinaire ou l’objet de tout type de discrimination (tant salariale que dans leur parcours professionnel) au regard de leur position ou leur prise de parole pendant le conflit. »

Capital pour tous les salariés grévistes qui choisiront de rester dans l’entreprise.

La charte éthique du groupe Canal Plus, signée en 2008

Le document de protocole de fin de conflit comprend comme première annexe la « Convention entre le CSA, agissant au nom de l’État, d’une part, et la société S.E.S.I., ci-après dénommée l’éditeur, d’autre part, concernant le service de télévision CNEWS ».

charte-ethique-groupe-canalLa deuxième annexe est un document rare : la charte éthique du groupe Canal Plus, signée en 2008. Un vieux document dont le préambule est signé par Bertrand Meheut, arrivé chez Canal en 2002 et mis à la porte en 2015. Il comporte plusieurs passages surlignés. Ont-ils été surlignés par le passé dans ce document scanné, où ont-ils été surlignés spécifiquement pendant ce conflit à i-Télé? L’Observatoire des Médias n’a pas cette information. Mais ce qui est certain, c’est que la lecture de ces passages fait véritablement écho aux revendications des grévistes.

deontologie-2008-canal-plus

L’annexe suivante est la charte dans sa version de 2002, où plusieurs passages sont aussi surlignés, sur l’indépendance éditoriale :

independance-editoriale-2002-canal-plus

Allez, on relit le dernier paragraphe à Serge Nedjar, et on fera bien lire ce passage à son futur adjoint : « Chaque chaîne, chaque rédaction se doit de refuser toute pression ou directive d’où qu’elles viennent qui pourraient porter atteinte à son indépendance éditoriale ».

Lorsqu’un journaliste lui avait demandé fait remarquer que  « Le distinguo business/contenu disparaît si vous allez déjeuner avec les annonceurs », Serge Nedjar  avait rétorqué « La chose ne se discute même pas : la direction de la chaîne et la direction de l’éditorial c’est une seule et même personne et c’est moi ».

Une grille qui sera difficile à tenir

L’avant-dernière annexe est la grille prévisionnelle des programmes d’ITELE / CNEWS telle que présentée en CE du 27 octobre 2016. Comme stipulé plus haut,  « après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés, tant sur les moyens que les contenus, la grille sera décidée par la Direction et présentée aux équipes concernées, par tranche et par émission. En attendant, une grille provisoire, allégée décidée par la Direction après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés sera mise en place au redémarrage de l’antenne. »

grille-cnews-protocole-accord

Voici l’intégralité du document « PROTOCOLE D’ACCORD DE FIN DE CONFLIT ITELE/CNEWS », où à la fin est présent le tableau de calcul des indemnités de licenciement :

revue-des-deux-mondes

Le désespoir de « La Revue des deux mondes » et consorts : « on ne peut plus rien dire »

La Revue des deux mondes s’honore d’être un des plus anciens périodiques de France toujours en circulation. À sa création en 1829, il veut être un lieu de réflexion en prise avec les questions du moment et ouvert sur l’étranger. La Revue des deux mondes a la tradition d’ouvrir ses colonnes aux intellectuels. De grands noms y furent publiés (Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, Charles-Augustin Sainte-Beuve, Alexandre Dumas, Georges Sand…). Les idées et la littérature, qui historiquement constituent l’identité de la Revue des deux mondes, conservent encore leur places dans ses pages. Elle publie ainsi des entretiens avec un académicien (Alain Finkielkraut), avec un lauréat du prix Goncourt (Michel Houellebecq), et avec l’un des philosophes français les plus lus (Michel Onfray). Publication de référence de la droite intellectuelle, la revue a toutefois tendance à ne mettre en une que les essayistes, écrivains et polémistes les plus en vue, déjà présents sur tous les plateaux et toutes les couvertures, et aussi semble-t-il les plus critiqués. La revue, également dotée d’un prix littéraire, l’a décerné en mai 2016 à Gilles Kepel, spécialiste du monde musulman aussi médiatique que controversé. Cet universitaire, qui ne publie plus dans des revues scientifiques, distille désormais ses accablants constats dans L’Obs, Le Figaro, Marianne et au micro de France-Culture, BFMTV et LCI – pour la seule année 2016.

La Revue des deux mondes a entamé un tournant réactionnaire

Conservatrice depuis ses origines, la revue a entamé depuis quelques années un tournant beaucoup plus réactionnaire. Lorsqu’on parcourt les numéros des vingt-quatre derniers mois, on est pris d’un sentiment de familiarité : les sujets qui font la une ne sont pas sans rappeler ceux de Valeurs Actuelles, périodique de référence de l’extrême-droite française :  obsession de l’islam, qualifié de guerrier (décembre 2015) et jugé incapable de se réformer (juin 2015), prospérant avec les complicités d’une gauche coupable (mai 2015) ; critique des « fanatismes » religieux et idéologiques par Régis Debray (avril 2015) ; apologie de l’autorité dans un entretien avec le souverainiste Jean-Pierre Chevènement (mai 2015) ; critique de l’école publique qui succomberait aux idéologues infiltrés rue de Grenelle (octobre 2016) ;  nostalgie de la monarchie (octobre 2016) et des « années Giscard » (septembre 2015). D’autres numéros, enfin, appelleraient une lecture fine tant ils interrogent par l’angle de leur dossier, tel ce « Poutine est-il notre ennemi ? » (septembre 2015) ou encore ce numéro sur la Syrie « l’Islam et le terrorisme » qui pourrait apparaître suspect de complaisance à l’égard du régime de Bachar al-Assad, lequel apparaît d’ailleurs tout sourire en couverture (septembre 2016).

Toutes les couvertures des numéros de 2015 et 2016
Toutes les couvertures des numéros de 2015 et 2016

Le dernier numéro affiche en une cette question malicieuse : « peut-on parler librement en France ? ». On pourrait penser qu’un tel titre serait réservé à des publications s’échangeant sous le manteau dans un État où les libertés seraient suspendues, si on ne l’avait pas déjà vu en couverture d’autres magazines français ces dernières années. À l’intérieur de la livraison de novembre 2016, après un éditorial défendant farouchement les libertés, le sommaire indique la volonté de débattre de la censure et de la mettre historiquement en perspective, grâce notamment à l’article d’un historien. On y trouve également deux articles sentant le réchauffé : d’abord une complainte de Céline Pina sur l’impossibilité de critiquer l’islam sans se voir accuser d’islamophobie, et un article dans lequel l’éternel censuré Brice Couturier critique l’hypermodernité, mai 1968 et « l’idéologie policière » dans un joyeux mélange à même de rendre le lecteur nostalgique de ses chroniques matinales au micro de France-Culture.

Le désespoir récurrent des newsmags de droite & consorts : « on ne peut plus rien dire »

Cette fausse question, étalée sur la couverture d’un magazine orné de zèbres identiques (clin d’œil à Alexandre Jardin ou nouvelle allégorie de la pensée unique ?), renvoie au cri de désespoir récurrent des newsmags de droite, des rédacteurs du Figaro Vox et des réactionnaires de plateaux télé : « on ne peut plus rien dire ». Le Point, Valeurs Actuelles, Le Figaro Magazine, (mais aussi Marianne à sa façon) publient régulièrement des numéros se plaignant de la censure et du diktat de la « bien-pensance », qui sont prétextes à passer en revue toutes les antiennes de la réaction : hégémonie supposée de l’idéologie de la gauche soixante-huitarde, islamisation de la France, défense de l’ « identité française », glorification de mythes nationalistes qu’il s’agirait d’ériger en histoire nationale. Les « bien-pensants » avaient déjà eu droit à leur numéro, celui de février-mars 2016, qui titrait « De Rousseau à la gauche « morale », l’histoire du camp du bien », introduit par un éditorial titré « la nouvelle bataille idéologique ». Les positions autrefois plus feutrées de la revue ont ainsi laissé place ces dernières années à un propos plus agressif, qui cible frénétiquement les mêmes ennemis, déjà partout désignés comme les responsables de l’effondrement de la nation.

Ce choix rédactionnel de La revue des deux mondes reflète probablement une stratégie éditoriale destinée à augmenter les tirages. Le mensuel, en effet, tirait à 8 000 exemplaires et revendiquait 5 000 abonnés en 2008 (dernière actualisation de leur site). Des chiffres qui suffisaient peut-être à l’ancien directeur et critique d’art Michel Crépu, mais qui déplaisent probablement à Valérie Toranian, qui a pris sa suite au début de l’année 2015 après avoir dirigé le magazine Elle. Il serait sans doute abusif de tout réduire à cette nouvelle direction. En 2014, du temps de Michel Crépu donc, Le numéro d’avril consacrait sa une à l’entretien avec Alain Finkielkraut titré « la guerre de l’identité », quand le numéro de juillet reproduisait en couverture un roman de la série SAS de Gérard de Villiers. Une certaine tendance était donc présente, qui s’accentue fortement depuis 2015.

Conséquence de ces nouvelles thématiques de prédilection, la publication se replie quasi exclusivement sur le territoire hexagonal. Alors qu’il y a quelques années encore certains de ses numéros concernaient la Chine (décembre 2014), l’Afrique (septembre 2014), la Corée (mars 2012), le Japon (février 2010), la Russie (octobre 2010), l’Italie (juillet 2011). Les questions de société et les interrogations prospectives ont disparu : la bioéthique (février 2011), révolutions et internet (mai 2011), l’humanisme au XXIe siècle (septembre 2011), les frontières en Europe (avril 2012), l’avènement d’une nouvelle civilisation (septembre 2013). Désormais, la Revue se complaît – comme tant d’autres – dans la scrutation d’un temps présent ultracourt. Oubliés aussi les auteurs comme Morand (juin 2010), Nabokov (juillet 2010), Céline (juin 2011), Austen (mai 2013), Proust (juin 2013), qui avaient il y a peu les faveurs d’un dossier ; les seuls auteurs encore promus par le périodique sont les nouveaux héros de la droite (et de la gauche islamophobe) : Zemmour, Finkielkraut, Onfray, Debray, Houellebecq, Badinter. Seule exception, Shakespeare faisant la une du numéro de mai 2016 à la faveur du quadri centenaire de sa mort, et rappelle la tradition littéraire du magazine. Les sommaires de ces mêmes numéros indiquent tout de même que la critique littéraire reste en bonne place dans la Revue des deux mondes, le changement le plus flagrant concerne les dossiers et l’image que ce périodique entend se donner, à travers ses unes notamment.

On ne peut finalement que constater un alignement de la Revue sur les publications concurrentes, dont elle suit les orientations et reprend les thèmes. Cette stratégie fait perdre de vue la tradition intellectuelle de cette revue qui se réclamait de la droite éclairée: La Revue des deux mondes privilégie désormais les polémiques médiatiques du moment et les questions faciles. Pour le périodique, ce pari aura peut-être pour effet de stimuler les ventes. Du point de vue du lecteur, cela se traduit une fois encore un appauvrissement et une homogénéisation de l’offre.

Thibault Le Hégarat

Thibault Le Hégarat est historien de la télévision, docteur en histoire contemporaine, chercheur post-doctoral à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

morandini-ethique

ITélé : le CSA décide de deux mises en demeure, et la chaîne répond… avec Morandini et éthique dans la même phrase

Ci-dessous un communiqué du CSA (les gras sont de L’Observatoire des Médias) :

 

Paris, le 3 novembre 2016

Communiqué de presse

Manquements d’I-Télé : le CSA décide de deux mises en demeure

Le CSA, lors de son assemblée plénière de ce jour, a prononcé deux mises en demeure à l’encontre de l’éditeur de la chaîne I-télé.
La première porte sur des manquements aux exigences d’honnêteté et de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information, dans l’émission Morandini Live. La seconde porte sur l’absence de fonctionnement effectif depuis septembre 2015 du comité d’éthique prévu dans la convention de la chaîne, chargé de contribuer au respect du principe de pluralisme.

Faute de remédier à ces manquements, l’éditeur s’expose à des procédures de sanction.

Par ailleurs, l’inquiétude du Conseil s’accroît quant à la situation de la chaîne et à la persistance du conflit social qu’elle connaît depuis bientôt trois semaines, qui est de nature à affaiblir durablement la rédaction. Même si le Conseil n’a pas compétence pour arbitrer un conflit qui relève du droit du travail, il sera particulièrement attentif à ce que l’éditeur de la chaîne, titulaire d’une autorisation d’utiliser une fréquence publique, formule des propositions pour rétablir une offre de programmes qui contribue au pluralisme de l’information.

En outre, dans les conventions qu’il conclut avec l’ensemble des éditeurs privés, le Conseil veille à concilier l’indépendance des rédactions et la liberté de l’éditeur, quant à l’organisation du service et à la programmation éditoriale. A cet égard, le Conseil s’attachera à mettre en œuvre le plus rapidement possible les nouvelles dispositions de la proposition de loi visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias, adoptée par le Parlement le 6 octobre dernier et actuellement examinée par le Conseil constitutionnel, notamment à travers la mise en place de comités relatifs à l’honnêteté, à l’indépendance et au pluralisme des programmes.

Enfin, le Conseil demeure très attentif, dans l’intérêt du téléspectateur, au respect des engagements pris par l’éditeur sur la nature du service prévue par la convention ainsi qu’à l’absence de confusion entre information et divertissement.

La réponse de la direction d’iTélé :

réponse de iTélé