Catégorie : Réseaux sociaux

Instant articles

Avec Instant Articles, un article vu sur Facebook est 20% de fois plus lu

C’est l’année dernière qu’a été introduite aux Etats-Unis la technologie Instant Articles de Facebook. En résumé, les articles sont pré-chargés sur les serveurs du réseau social, le média fabrique un flux léger dédié et l’utilisateur voit l’article apparaître jusqu’à 10 fois plus rapidement que s’il avait cliqué sur un lien classique, même si ce lien menait à une page adaptée aux mobiles.

The Verge, le site du groupe Vox qui a récemment lancé sur Facebook Circuit Breaker, a pu avoir une longue discussion avec les gens de Facebook, et révèle des chiffres intéressants.

Casey Newton, l’auteur de The Verge a pu rencontrer Will Cathcart, un responsable produit Facebook chargé du News Feed qu’il qualifie de vétéran dans la société : cela fait six ans qu’il travaille pour Facebook.

Instant Articles est encore plus utilisé dans les pays où la connexion mobile est lente

Facebook avait annoncé à sa conférence F8 que les utilisateurs sont 20% de plus à cliquer sur des articles lorsqu’ils sont visibles sur Facebook en tant que Instant Articles, c’est-à-dire vus avec le petit éclair dans le feed, et ces mêmes contenus seraient partagés 30% de plus avec ses contacts. Un argument massue qui finira de convaincre les réticents à cette technologie?

Plusieurs choses sont à noter sur le lancement d’Instant Articles et sa mise en place :

  • Les éditeurs ont été pour très grande partie hésitants, hésitants à « donner » tous leur contenus à Facebook.
  • Les éditeurs ont aussi hésité sur le partage de revenus que propose Facebook.
  • Facebook a, semaines après semaines, adopté une stratégie vécue par les éditeurs comme souple : la firme américaine a permis à ceux-ci d’ajouter plusieurs publicités par article, puis a autorisé la publicité vidéo, et enfin a autorisé  les articles sponsorisés à être publié via Instant Articles.
  • Très rapidement, Apple a sorti sa propre technologie, Apple News, et Google a embrayé avec Accelerated Mobile Pages, AMP, qui reprend aussi le pictogramme de l’éclair.
  • Instant Articles devient encore plus intéressant lorsque il est utilisé dans des pays où la connexion est mauvaise. À ce moment-là le chiffre passe 20% à 40%. Les articles sont donc encore plus lus via Instant Articles dans ces pays.

Dans l’interview, le chef de produit fait un aveu :  si Facebook essaye de fabriquer un outil pour plus d’un milliard de personnes en les informant sur les infos qu’ils aiment, l’outil ne pourra pas avoir de jugements sur tel ou tel sujet à partager, ou considérer à part tel ou tel éditeur. Car cela ne pourrait pas contenter l’intégralité du milliard d’utilisateur du réseau social. Pour Facebook, le choix est clair : les choix éditoriaux traditionnels ne fonctionnent pas lorsque l’on construit un produit qui doit fonctionner pour un milliard de personnes.

Le journaliste de The Verge est allé plus loin dans les questions et a demandé si, lorsqu’un contenu complètement faux est partagé des milliers de fois, est-ce que Facebook, à un moment donné, en informerait ses utilisateurs. Réponse : non, avec cette réponse, éloquente, que je vous laisserai lire en anglais  :

« There’s been some research published on this that says if you’re connected to a lot of friends across a set of diverse points of view, you actually end up learning more about the different points of view than if you weren’t using Facebook. »

Malheureusement, le chef produit ne répondra pas clairement sur le poids que peuvent avoir certains articles ou d’autres, et le fait que certains soient plus vus que d’autres :

It’s hard to talk about what transparency we would give about specific stories.

Source : The Verge

L’AFP se lance à son tour dans le tri et le reconditionnement de tweets avec #TweetFoot

Ce mardi matin, place de la Bourse, c’était jour de marché. Mais au 7e étage du siège de l’AFP, c’est un autre marché qui tentait de se développer encore un peu plus. Celui des applications BtoBtoC, vendues par l’AFP pour ses clients à travers le monde.

L’AFP présentait donc, avec Twitter, la V1 de son nouveau service AFP TweetFoot, une application de semi-curation de tweets footballistiques.

Cela fait un moment que ce projet a été initié par les équipes de l’AFP. L’annonce du projet avait été faite lors de la dernière conférence nationale des métiers du journalisme à l’Unesco en octobre dernier.

Emmanuel Hoog était présent et avait parlé de Twitter :

Ce mardi à l’AFP,le PDG de l’agence a précisé sa pensée :

« On a souvent dit que Twitter allait tuer les agences ou allait les mettre à mal… Au contraire, les réseaux sociaux nous donnent plus de travail que jamais. L’ensemble des plus de 4 500 rédactions qui reprennent nos infos de façon quotidienne, lorsqu’ils voient quelque chose sur Twitter nous demandent très souvent si ce qu’ils y ont vu est vrai ou pas ».

La certification, Emmanuel Hoog en parlait déjà à la CNMJ :

Il avait annoncé le projet TweetFoot, et par un smiley, Datagif s’était outée, on avait compris que cette agence s’occuperaient du design :

Emmanuel Hoog l’avouait lui-même ce mardi lors de la présentation : « la discussion et la négociation entre nos deux entreprises a été un peu un peu plus longue que prévu, mais ce n’est pas une longueur anormale étant donné la richesse de cette annonce, mondiale. »

De façon très claire, Marlowe Hood, journaliste de l’AFP, cofondateur de e-diplomacy hub et coordinateur du projet AFP TweetApps, s’exprime sur ce sujet dans un billet sur le blog Making-of : « […] sans parler de tous les obstacles liés au fait qu’un mastodonte de l’information âgé de 180 ans comme l’AFP n’est pas une startup… »

J’ai aussi posé cette question à  Justine Ryst, « Media Director » chez Twitter France qui admet que ce temps a été long, mais selon elle « le time to market n’a pas été loupé».

Une collaboration

Pour sortir l’application, l’AFP a donc fait appel à Datagif pour l’UX et le design mais aussi Zenika pour faire l’interface technique entre les bases de données de l’AFP et Twitter. Les équipes ont voyagé entre Paris, Londres et San Francisco pour mener à bien le projet.

L’application présentée ce 31 mars en Français va être déclinée en Anglais et en Espagnol, puis dans un deuxième temps en Allemand et dans d’autres langues.

Depuis longtemps, l’AFP admet que ses concurrents ont chacun une spécialité, tout en étant généralistes. « Reuters est spécialiste sur l’économie, AP est très quali sur les USA, l’AFP a choisi comme spécialité le sport » nous disait déjà Emmanuel Hoog en octobre.

Mais revenons au nouveau bébé de l’AFP, tweet-apps. Oui, tweet-apps, car le sport n’est bien entendu qu’une première étape  : selon nos informations, après le lancement de tweet-foot, l’AFP a l’intention de sortir une application destinée à couvrir la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques à Paris (30novembre au 11décembre 2015), plus connue de son petit nom #COP21, et la politique fait partie des choses que l’AFP regarde. Comprendre : il n’est pas impossible que l’AFP lance un tweet-elections pour 2017.

L’agence a donc choisi le premier sport de la planète, le football:

Le produit se revendique comme une « gamme » disponible sous la forme d’un site complet ou d’un widget personnalisable par le client – une marque blanche, donc – et déclinable sur tous ses supports.

Voici à quoi ressemble le site clé en main que l’AFP se propose de vendre à ses clients, en version desktop :

site-tweetfoot

Voici le widget (qu’il est possible de voir ici) :

widget

 

Et voici la version responsive dédiée au téléphones portables que l’on peut retrouver ici :

IMG_2240

 

Il est possible de tester d’autres langues ici.

nombre de comptes

Finalement, de la semi-curation

C’est de la semi-curation : Pour alimenter ces applications, l’AFP a opéré une sélection de comptes quelle a jugé les plus influents parmi un panel de blogueurs, commentateurs, experts, joueurs, fans et entraîneurs, soit une base de 1 000 à 1 500 comptes pour chaque ligue européenne. Une sélection qui, annonce l’AFP, sera « permanence réactualisée ».

pictogrammes

Mais il s’agit donc de semi-curation. Car ce sont des comptes qui sont sélectionnés, et pas des tweets.

Aujourd’hui, les rédactions des grands médias qui ont les sous pour se payer les applications de l’AFP ont toutes mis en place des zones de « live », dans lesquels ils insèrent des tweets, comme ci-dessous France TV info qui insère un tweet entre un commentaire d’un internaute et un élément de live écrit par un journaliste de la rédaction de FTVI :

cope d'écran de Francetvinfo.fr
cope d’écran de Francetvinfo.fr

 

Certains clients de l’AFP  pourraient se servir de TweetFoot comme  d’une un flux de tweet déjà catégorisés, à intégrer ensuite dans leur outil de « live ».

Pendant les matchs, AFP TweetFoot affiche en temps réel les Tweets émis par les comptes  de sa base et les enrichit de métadonnées (profil, affiliation à une équipe).

Le flux de Tweets peut être filtré par match, équipe, sujet… tout en étant associé au flux de résultats de l’AFP (scores, actions, calendriers) : c’est ici que se trouve également la vraie plus-value de l’application de l’AFP, par rapport à d’autres solutions du marché qui font déjà de l’agrégation de tweets.

Pour le moment, AFP TweetFoot couvre cinq championnats : la Ligue 1 française, la Premier League anglaise, la Liga espagnole, la Bundesliga allemande, l’Eredivisie néerlandaise.

D’autres ligues et sports viendront enrichir l’offre, et on imagine que ces choix pourront aussi être dictés par les demandes des clients de l’AFP.

L’application joue également la carte du « replay » et permet de revivre un match avec les tweets associés.

Dans le communiqué de presse, Olivier Lombardie, Directeur Commercial et Marketing de l’AFP affirme :

« Cet outil proposé par l’AFP est incontournable pour suivre un match ou une compétition ».

Pourquoi pas.

Mais une question se pose immédiatement : Même si les comptes sont sélectionnés pour leur pertinence, leur sérieux ou parce que ce sont des joueurs, que se passera-t-il lorsqu’un de ces comptes se mettra à poster 50 tweets d’affilée ?

En cours de rédaction de ce billet, Amina Ben Cheikh,  Responsable Pôle Marketing Développement & Innovation à l’AFP, a pu me répondre :

Nous écoutons les comptes et si les tweets sont trop nombreux, ou impertinents nous supprimerons le compte. Par ailleurs, nous travaillons à une évolution de l’applicatif en ce qui concerne les tweets à caractère injurieux afin d’identifier des mots-clés et d’extraire ses tweets des timelines.

Le client de l’AFP aura-t-il la possibilité, de son propre chef, de faire sortir ce compte de la sélection. En clair, est-ce que la sélection des comptes pourra être une collaboration entre le média et l’AFP, via le back-office fourni au client?

Les perspectives économiques

L’AFP a de l’ambition, pour cette application :

Chiffre d'affaires 2014 AFP« Ce vous allez voir n’est pas une application ‘pour faire joli’, c’est une application qui va se vendre, c’est une application commerciale, nous sommes aussi en partenariat commercial avec Twitter sur cette application » nous a dit mardi Emmanuel Hoog. Le PDG de l’AFP a très certainement envie de faire bouger la répartition du chiffre d’affaires de l’agence : en 2014, c’était toujours 53% du chiffre d’affaires qui provenaient de la vente de produits « texte » (57,5% en 2011).

L’AFP a « déjà » un client pour cette application, Digital Virgo, une société qui fournit des solutions pour les opérateurs de télécommunication. Selon nos informations, l’AFP est en discussion avancée avec France TV Sport (peut-être un moyen pour France TV Sports de faire revivre un match et d’enrichir ce type de page).

Petit saut dans le passé

Sinon, lorsque j’ai vu le produit, et quand j’ai pensé à l’évidente déclinaison « politique », impossible de ne pas se rappeler de ce bon vieux Tweest. Non, il ne s’agit pas d’une boisson à base de bière et de citron, mais bien à une application qui avait été développée par La Netscouade pour LePost.fr (qui appartenait au Monde Interactif).

Et cela ressemblait à cela pour l’onglet politiques :

tweest-politique

Et à ceci pour l’onglet journalistes :

tweest-journalistes

Mais Libération n’était pas en reste, et avait conclu un partenariat avec Europatweets pour sortir LibéTwitt, qui était introduit de cette façon :

COMPRENDRE LIBETWITT ET TWITTER
LibéTwitt, c’est le meilleur de Twitter éditorialisé par la rédaction de Libération et accessible à tous depuis Libération.fr, sans avoir besoin de se créer de compte ni de choisir qui vous suivez.
La chaîne LES REGIONALES vous offre une vue générale de ce qui se dit en temps réel par une sélection de personnages politiques, média ou commentateurs. Vous pouvez aussi affiner par région ou par parti. Enfin, la chaîne VU PAR LES MEDIA vous permet de voir ce qui se dit sur les régionales dans la presse et sur le web.

Et voici à quoi cela ressemblait :

libe_twitts

« accessible à tous […] sans avoir besoin de se créer de compte Twitter » : c’est aussi une des promesses de AFP TweetFoot, comme ce l’était déjà pour le Tweest à l’époque, comme l’atteste cette vidéo :

Une façon donc de démocratiser la discussion, et d’évangéliser l’utilisation du réseau social.

«On aurait pu faire une partie de TweetFoot»

Pendant la conférence de presse de lancement d’AFP TweetFoot, Jérôme Tomasini de Twitter France diffusait la conférence de presse via Periscope, et un commentaire a attiré mon attention :

2008

En effet, Frédéric Sidler avait créé avec Nicolas Dengler et Maximilien Penet  une startup,  MIXIN , et un produit, TVChat, qui n’existent plus aujourd’hui. Mais ses collègues ont créé une nouvelle startup, shore, « a web platform to create contextual and interactive social spaces, leveraging social media content and communities ».

Un joli projet, qui a eu comme clients KPMG, la RTS, et a également réalisé l’onglet Twitter space pour la #MuseumWeek 2015.

Mais ils ont aussi réalisé un site pour suivre les conversations autour d’un match de foot :

Suisse-France en live sur les réseaux sociaux

Mais ce fut une opération en one-shot. « On aurait pu réaliser une partie de TweetFoot », m’a confié déclaré Nicolas Dengler, le CEO de Shore.li.

Car ils ne possèdent pas les statistiques de l’AFP.

De son côté, ce 31 mars, Twitter, tout seul, a décidé de couper l’herbe sous le pied des applications tierces de curation du marché qui se servent de ses propres données pour prospérer en lancent Curator :

Et après?

Je vois beaucoup de possibilités, en observant ce qu’a fait l’AFP, avec TweetFoot : l’AFP publie des textes, des photos, des statistiques, des infographies, des vidéos, et désormais, filtre, catégorise et sélectionne des comptes Twitter.

Et si l’AFP mettait tout cela en musique? Et si l’AFP proposait à ses clients un back-office permettant de mêler tous ces contenus,  dépêches, photos, stats, infographies, vidéos, tweets et posts publics Facebook, le tout dans une interface destinée aux publishers, et où ces publishers pourraient insérer leurs propres articles?

Ça aurait de la gueule.

 

Photo de couverture : à partir d’une photo de thiemon via Flickr.

« Nous sommes tous Charlie » (Libération du 8 janvier)

nous-sommes-tous-charlieCet article a été publié originellement en version anglaise par le site  on theconversation.com sous le titre « France media united against Charlie Hebdo attacks, but fissures open on social media« . L’auteur en a proposé la version française à l’Observatoire des Médias:

Ce n’est pas à des lecteurs britanniques qu’il faut expliquer le choc, la sidération, que produit d’abord la survenue de tels évènements. Choc et sidération, redoublés d’incompréhension : pourquoi un journal ? Pourquoi l’assassinat délibéré à l’arme de guerre de journalistes en tant que personnes ? Pourquoi Charlie, un tout petit média par la taille, avec à peine quelques dizaines de milliers d’exemplaires ? Puis les réponses viennent : le souvenir des menaces, des poursuites en justice, d’un précédent attentat en 2011. L’annonce des premiers noms des journalistes tués, symboles pour certains des années post soixante-huit, du bouillonnement des idées, des moments de bonheurs procurés par ces journalistes, humoristes et artistes dessinateurs, dont des générations ont lu les bandes dessinées, ri aux éclats à leurs gags visuels. Et puis pointe ce sentiment, cette idée que c’est la liberté de l’information, la démocratie, un modèle de société que l’on a tenté d’assassiner.

L’impact est d’autant plus fort et l’écho d’autant plus tonitruant que s’instaure immédiatement une sorte de livetweet géant et interminable, où chacun surf entre Facebook et Twitter, relayés de chaînes d’information, sites internet, radios, télévision passés en éditions spéciales. Dans ce livetweet s’engouffre les vidéos les plus insupportables, telle celle de ce policier assassiné de sang alors qu’il est à terre, blessé. Le livetweet se nourrit de tous les communiqués, points de presses, déclarations d’officiels, institutions, témoignages d’anonymes, de toutes sortes qui font connaître instantanément à tout le pays, le chiffre des victimes, les noms des plus connus. Connus de tous, familiers, tant ils ont accompagné des moments de leur vie. Le rire se mutant en rage et douleur.
Alors que beaucoup sont cloués par la stupeur, incapables de penser et parler leur ressenti, ce sont les professionnels de la parole publique qui emplissent le silence qui fait suite aux détonations des Kalachnikovs. Les propos ne sont pas forcément très ajustés, mais ne sont pas faux. C’est la liberté de l’information qui est attaquée, c’est notre démocratie qui est visée et de fait blessée. Quelques-uns dans la presse parlent de « notre 11 septembre » et chacun a à l’esprit les stigmates que laissent de telles attaques dans les droits de nos sociétés, contraintes de se protéger, fussent au prix de bien des renoncements, y compris en matière d’information.

La presse aurait pu hésiter, tant le journal quasiment décapité, peut apparaître marginal, voire « infréquentables », les critiques n’ayant pas manqué, par le passé face à ses « provocations » à l’égard des religions, y compris l’Islam. Peut-être parce qu’elle se sent davantage menacée dans les temps que nous vivons, les journaux vont au contraire faire corps et immédiatement s’identifier à ceux qui viennent de subir l’assaut de l’aveuglement totalitaire. Elle y est d’autant plus portée que chacun sent monter, via les réseaux sociaux, un puissant mouvement, qui trouve rapidement son slogan et son visuel : « Je suis Charlie », en lettres blanches sur fond noir. Il devient le visuel de très nombreux twittos, alors même qu’il s’affiche sur les murs personnels des utilisateurs de Facebook, avant que très nombreux soient ceux qui vont sortir dans les rues et les place pour manifester. 100 000 personnes, partout en France, quatre, cinq heures après l’attaque !

C’est à ce moment que se manifestent d’abord sporadiquement (niveau des dirigeants), puis plus largement (ceux des représentants des sociétés civiles) le souffle de l’expression de la solidarité internationale, qui s’il ne supprime pas la douleur, au moins rassure sur la capacité à résister et combattre le mal qui nous atteint. Toute la journée de jeudi l’expression de la solidarité de par le monde et de tous les lieux de la société donne le sentiment que nous saurons faire face. Charlie devenu symbole, qui promet de rassembler ses pauvres forces pour faire paraître le journal la semaine prochaine, se voit garantir la solidarité des artistes, des intellectuels, des autres médias. Comment ne pas être sensible à ces 100 000 € par le Guardian ?

Pourtant le piège qu’a tendu le commando terroriste est toujours là, comme l’a immédiatement souligné Robert Badinder. Qu’ils l’aient pensé comme tel ou pas, l’attentat intervient à un moment particulièrement délicat pour la société française, alors qu’elle est frappée par le doute et le pessimisme sur le monde qui l’entoure et surtout sur elle-même. Un doute qui touche sa capacité à faire lien, à intégrer, à faire dialoguer tous ceux qui peuplent le pays. Un doute sur ses valeurs, sa cohésion. Bien sûr les premières heures d’unité peuvent rassurer. Disons plutôt que les premières manifestations ont esquivé les risque évident de cassure et d’affrontement entre communautés, d’autant plus dans une société qui n’a jamais pensé les relations entre celles-ci, en les niant au nom de son modèle dit d’intégration. Il suffit pourtant de porter attention aux réseaux sociaux pour voir se multiplier les fissures, plus nombreuses, sinon plus virulentes que les quelques exactions à l’égard de mosquées. Le piège de l’islamophobie menace et c’est aux intellectuels, aux journalistes, aux politiques de faire œuvre d’intelligence et de courage pour le dépasser en le combattant résolument.

Jean-Marie Charon

 

Interview de Loïc Chauveau, Directeur Social Media @ Marcel (Publicis)

J’ai demandé à interviewer Loïc Chauveau, Directeur Social Media chez Marcel (Publicis), suite à une intervention pour Le Monde Publicité, à propos des réseaux sociaux, et de Facebook en particulier :

 

 


 

Partagez cette ITW :

On a déjà parlé ici de ce que les réseaux sociaux pouvaient apporter, une fois des articles excellents écrits, ou des fantastiques interviews ou webdocus réalisés, pour les partager, les faire connaître, et au final, apporter au lecteur, média émetteur, et au journaliste lui-même :

Sous la plume d’Aurélien Viers, jadis chez Citizenside et désormais au Nouvel Observateur : « Journalisme & réseaux sociaux : quelques tendances pour 2011 »

Et on a aussi vu ensemble que nous cliquions beaucoup plus sur les publicités entourant les articles partagés par nos amis : « The Power of News and Recommendation : Cnn veut plus de pub sur son site #Pownar  »

Depuis, Facebook s’est encore développé, et est arrivé l’Opengraph. En d’autre termes, alors que les gens ont à peine appris à effacer leur historique de navigateur, qu’ils n’ont pas complètement saisi qu’ils allaient offrir à Facebook, et aux marques, et aux médias, beaucoup, beaucoup d’informations.

Avant l’été, Le Monde publicité réunissait donc ses annonceurs, pour une démo présentée par Corinne Mrejen présente « Demain tous social readers ». Au programme: vanter les mérites des réseaux sociaux, et en particulier Facebook, avec en autres invités Julien Cordoniou, « Head of European Gaming Partnerships » chez Facebook et Loïc Chauveau, Directeur Social Media chez Marcel (Publicis).

 

 

J’avais lancé à Loïc : « J’aimerais te poser des questions, mais il me faut une terrasse » : qu’à cela ne tienne, nous nous sommes retrouvés sur la terrasse de chez Publicis.

Retrouvez-le sur Twitter :

« Armée de l’Air » ou l’histoire d’une vraie-fausse page Facebook

Sur Facebook, il est parfois difficile de faire la différence entre des pages officielles et des pages qui ne le sont pas. Cela vaut pour toutes les institutions, y compris pour les armées. La réaction des institutions militaires à l’égard de ces « fausses » pages officielles varie selon les pays.

Aux Etats-Unis, les armées disposent d’un contact direct chez Facebook en la personne d’Adam Conner, auteur du document intitulé Facebook and Government 101. Si les armées constatent qu’une « fausse » page officielle existe, elles envoient un message à Facebook qui se charge non seulement de supprimer la page en question mais, de surcroît, de transférer les fans vers la page officielle. Les armées britanniques fonctionnent peu ou prou de la même manière avec le bureau de Facebook à Londres. En revanche, Facebook ne dispose pas de bureaux en Allemagne ni en France. Aussi, quand la Bundeswehr a voulu supprimer « sa » fausse page sur Facebook, elle a envoyé… un fax au siège de l’entreprise californienne – fax qui est resté sans réponse.

L’Armée de l’Air française a adopté une approche différente. Il y a quelques mois encore existait une page « Armée de l’Air » qui ressemblait à s’y méprendre à une page officielle : le logo officiel y était utilisé, des informations provenant du site du ministère de la Défense y étaient relayées et le contact fourni était l’adresse de l’armée de l’Air.

De nombreux militaires participaient aux discussions sur le « mur », sans se douter qu’il ne s’agissait pas d’une page officielle. Des recruteurs prenaient même part aux échanges. Le Sirpa-Air a voulu savoir qui administrait cette page. Un officier a créé un profil et a participé aux discussions. Après s’être fait remarquer comme contributeur, il a demandé à entrer en contact avec l’administrateur, qui lui a répondu. C’est comme ça que l’armée de l’Air a découvert que « sa » page était gérée par… un policier ! Il s’avère que ce policier – qui vit en Alsace – est nostalgique de l’armée de l’Air où il a effectué son service militaire. Il explique : « Quand je me suis inscrit sur Facebook, j’ai cherché la page de l’armée de l’Air. Il n’y en avait pas. Je me suis dit : “Qu’à cela ne tienne” et j’en ai créé une ». Il précise que si une page officielle avait existé, il y aurait contribué et n’aurait pas créé une nouvelle page. S’il n’apparaît pas comme administrateur, c’est parce qu’il n’aime pas se mettre en avant et il affirme n’avoir jamais réfléchi aux problèmes que pouvait poser le fait que cette page ressemble vraiment à une page officielle. Il soutient d’ailleurs qu’il serait prêt à la supprimer ou à la transférer officiellement au Sirpa-Air si on le lui demandait.

Dans un premier temps, l’armée de l’Air a laissé faire, estimant que le policier faisait du bon boulot. Après tout, il passait près d’une heure par jour à modérer les commentaires, supprimer les remarques jugées déplacées et diffuser des informations officielles provenant du site du ministère de la Défense. Au début de l’année 2011, la politique du Sirpa a changé. Un officier a appelé le policier. Suite à cette conversation téléphonique, dont la teneur ne nous a pas été révélée mais qui s’est semble-t-il déroulée sur un ton amical, le policier a accepté qu’un officier du Sirpa-Air devienne co-administrateur de la page. Cette dernière a alors commencé à changer. Le logo officiel a été remplacé par la photographie d’un avion de chasse.

Surtout, dans la partie « informations » est apparue la mention : « Cette page ne constitue pas la page officielle de l’armée de l’Air ». Puis, le nom de la page a été transformé en « Fans de l’armée de l’Air ».

D’après les informations fournies par le policier, l’objectif du Sirpa-Air serait de créer une page officielle et d’utiliser à cette fin le nom « Armée de l’Air ». La page officielle entretiendrait des liens étroits avec la page « Fans de l’armée de l’Air », dans l’espoir de récupérer une partie des 12 000 fans de cette page.

Il est difficile de dire si les fans resteront sur la page d’origine tout en adhérant à la nouvelle page officielle, s’ils délaisseront la première au profit de la seconde ou s’ils resteront fidèles à la « fausse » page officielle sans s’intéresser à la « vraie ». En revanche, on peut d’ores et déjà dire que l’armée de l’Air a agi avec tact, comparé à la méthode anglo-saxonne qui, comme nous l’avons décrit au début de ce post, est certes plus rapide mais aussi beaucoup plus brutale. C’est peut-être ça la French touch.

Les créateurs de « fausses » pages agissent souvent plus par un mélange de passion et d’ignorance des règles que par volonté de nuire. Ce sont des fans qu’il serait dommage de se mettre à dos en réagissant de manière trop brusque ou légaliste, sur le mode : « vous n’avez pas le droit d’utiliser notre logo ». En l’occurrence, le policier a plutôt été flatté d’être contacté par des officiers de l’armée de l’Air et de voir que son initiative intéressait au plus haut niveau.

Les médias sociaux, ouverts et décentralisés correspondent assez peu à la culture des armées, relativement fermées et très hiérarchisées. L’histoire de la page Facebook « Armée de l’Air » montre que les armées peuvent compter sur des internautes de bonne volonté pour relayer leurs messages dans le monde du web 2.0 – monde qu’elles abordent avec prudence et parfois avec méfiance. Bien sûr, tous les adeptes des réseaux sociaux ne sont pas aussi bien intentionnés que ce policier mais la crainte de tomber sur des trolls ne doit pas justifier l’inaction. Aujourd’hui, les armées n’ont plus vraiment le choix : si elles veulent faire entendre leur voix, elles se doivent d’être présentes sur les réseaux sociaux. L’armée de l’Air, visiblement, l’a compris comme d’ailleurs l’armée de Terre et la Marine. On reste toutefois loin de ce qui se fait aux Etats-Unis, les armées américaines ayant intégré le fait que dans l’expression « médias sociaux », l’adjectif est plus important que le nom. Cela signifie concrètement que le web 2.0 n’y est pas considéré uniquement comme un outil de relations publiques mais aussi comme une plateforme susceptible de faciliter l’organisation voire les opérations des armées.

Billet publié à l’origine sous le titre ‘L’histoire étonnante et instructive de la page Facebook « Armée de l’Air » sur ultimaratio par Marc Hecker, chercheur, CES, Ifri.
L’Ifri sur Twitter, c’est ici : @ifri_

Social Media Week : le programme

La Netscouade organise avec le Social Media Club France une semaine de conférences.

Des partenaires prestigieux parmi lesquels : Publicis Consultants Net Intelligenz, le Club Galilée, Atlantico, Synergence, CLM BBDO, Orange, Cobenders, Laforêt, France Culture, la Ville de Paris, la Fondation Internet Nouvelle Génération, l’Ecole de Journalisme de Sciences Po, Viadeo, Oliver Wyman Delta et Silicon Sentier.

La Social Media Week c’est en ce moment, à PARIS et dans le monde entier (NYC, San Francisco, Toronto, Rome, Istanbul, Londres, Sao Polo, Hong Kong sont les autres villes organisatrices).

L’Observatoire des Médias est l’un des partenaires médias de l’événement et nous allons essayer, à notre manière de vous faire partager ce moment.

smwparis

Au programme, une trentaine d’évènements, tous gratuits, répartis sur 5 jours (du 7 au 11 février) :

Lundi 7 février :

> La curation, avenir du web ?

Hémicycle du conseil régional d’Île-de-France 16:30

> La télévision connectée II

Centre d’Analyse Stratégique 17:30

> Evolution ou révolution : comment les médias sociaux changent-ils l’engagement des citoyens dans la politique ?

Sciences Po Paris – Salle Annick Percheron 18:00

> Soirée d’ouverture

Salle des fêtes de la Mairie du 4ème arrondissement – 20:00

Mardi 8 février :

> Faire la révolution sur Twitter ?

Celsa – 18:30

> TechMAP Paris Launch

Next & CoWorking – 19:00

> Comment le monde du vin relève t-il le défi des réseaux sociaux ?

La Cantine – 19:30

Mercredi 9 février :

> Comment les réseaux sociaux transforment les organisations

Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication – 10:00

> Human Resources : war for talent

Ecole Supérieure de Publicité – 15:00

> La gastronomie, un social media parmi d’autres

La Cantine – 18:00

> Quand la culture fait l’évènement sur le web

Forum des Images – salle 100 – 18:15

> Communautés de lecteurs et rédactions : liaisons dangereuses ?

Maison des métallos – 19:00

> JESUISMORT

La Cantine – 20:30

Jeudi 10 février :

> Demain : en quoi l’interaction changera-t-elle la narration ?

Schmuck – 20:30

> Social CRM

Palais Brongniart – 08:30

> Workshops : Privacy and Social Media – Hacktivism

AUP (American University of Paris) – 17:00

> Masterclass : Comment les réseaux sociaux redynamisent-ils le journalisme d’investigation ?

Ecole de journalisme de Sciences Po Paris – 18:00

> Twitter, Facebook, Youtube etc. : des outils pour répondre à la crise démocratique ?

Goethe Institut – 18:30

> Social Media : Quelle place pour le citoyen au coeur du processus législatif ?

Assemblée Nationale – 18:45

> Social Commerce : de la recommandation à l’achat

La Cantine / – 19:00

Vendredi 11 février :

> Les médias sociaux et le marché de l’immobilier

Foncier Home – 09:00

> Internet remplacera-t-il les médecins ?

Mairie du 4e – 11:30

> L’impact des médias sociaux et de la révolution digitale sur l’univers musical

Théâtre Comedia – 14:00

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The Power of News and Recommendation : Cnn veut plus de pub sur son site #Pownar

CNN a décidé, mondialement, d’avoir plus de publicité sur ses sites. Et souhaite le faire savoir. Mais les annonceurs connaissent-ils sur le bout des doigts les méandres de la pub online? Investissent-ils assez? La pub est-elle assez chère?

Les internautes d’hier copiaient-collaient des url dans des emails, postaient des messages dans des forums de news. Aujourd’hui, lorsqu’ils tombent sur une info, ils la partagent à l’aide des réseaux sociaux, la font suivre à leurs amis/collègues. Et c’est ce phénomène que CNN a étudié dans son étude étoffée, The Power of News and Recommendation. (lien vers le CP)

Invité par Eric Mettout à venir écouter Lila King, « producer », manager de la communauté de [wikipop]iReport[/wikipop] (le site participatif de CNN) au CFJ l’autre jour, j’y croise la Directrice Marketing et Communication de CNN International, qui m’invite à venir à la présentation de l’étude Pownar :

« L’information partagée a plus de valeur … » : CNN dévoile aujourd’hui les résultats de POWNAR, sa première étude du phénomène de la recommandation dans les médias sociaux

Je remercie CNNFrancePR qui m’a permis de publier – en exclusivité – quelques slides de la présentation.

Social media is the new inbox

Avec son étude, CNN veut démontrer les bénéfices pour les marques d’une présence publicitaire au sein d’un contenu éditorial partagé.

Mais quel contenu, aujourd’hui, n’est pas partageable?
Tous les CMS, tous les sites, dignes de ce nom, proposent des outils de partage.

Poursuivons.

Etude inédite conduite entre juin et août 2010 dans 11 pays en Europe, Asie et aux Etats-Unis, « Pownar » s’appuie sur des techniques d’étude innovantes : une enquête en ligne auprès de 2300 personnes, une analyse sémiologique, une approche neuro-marketing, un tracking d’articles de presse, et une mesure de l’efficacité publicitaire.

Traduisez : il est possible que nous fassions en sorte de marketer l’information pour qu’elle soit partagée, et re-partagée.

Les réseaux sociaux, ça marche

L’étude commandée par CNN montre qu’en moyenne, un utilisateur partage 13 liens par semaine, en reçoit 26 et en lit 14 :

Cliquer sur l’image pour voir la version haute résolution, Exclusivité observatoiredesmedias.com © CNN Research 2010. Tous droits de reproduction interdits


Dis moi où tu partage, je te dirai qui tu es, et combien de personnes tu touches

L’étude montre qu’aujourd’hui 43% des contenus d’information partagés le sont via les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, myspace, You Tube…) contre 30% par e-mail, 15% par SMS et 12% par messagerie instantanée :

Cliquer sur l’image pour voir la version haute résolution, Exclusivité observatoiredesmedias.com © CNN Research 2010. Tous droits de reproduction interdits


Si tu transpires, c’est que tu aimes ma pub :-)

L’étude de Cnn parle certes de l’information, mais surtout de la publicité – sinon, comment viveriez-vous, les journalistes?

Grâce à des techniques de biométrie et d’eye-tracking, Pownar mesure l’engagement émotionnel suscité par l’exposition à un contenu d’information partagé via les réseaux sociaux. Les résultats confirment qu’un individu est plus réceptif à un contenu éditorial et aux publicités qui lui sont liées en situation de recommandation plutôt qu’en mode de consommation aléatoire.

Cliquer sur l’image pour voir la version haute résolution, Exclusivité observatoiredesmedias.com © CNN Research 2010. Tous droits de reproduction interdits

Les résultats montrent que les individus exposés dans un environnement recommandé sont 19% plus susceptibles de recommander eux même cette marque et 27% plus susceptibles de s’en sentir proches.

Lors de la présentation, des études de cas ont été montrées, de sorte de montrer, branche par branche, ce qui fonctionnerait plus via tel ou tel canal de partage. Exemple, pour une grande marque du secteur du tourisme, « le souvenir publicitaire et l’indice de satisfaction de la marque sont respectivement supérieurs de + 50% et + 32% lorsque la publicité se trouve dans un contenu partagé ».

Le quirky funny ne représenterait que 16% des news partagées

Il ressort que 65% des articles traitent d’actualité en développement (ongoing stories), 19% d’actualité à la une (breaking news) et 16% d’histoires surprenantes ou amusantes.

Bon, sinon, il y a quelque chose d’énorme, dans la communication de CNN :

Enfin, la majorité des articles partagés a comme objectif le partage de connaissances.

Sans blague :-)

Les twittos influents & la dame asiatique parisienne trackée

L’étude « révèle » l’existence d’un noyau d’ « influenceurs » particulièrement actifs, puisque 27 % des personnes concernées représentent 87% du volume partagé.

Oui, c’est les twittos « influents », avec de gros guillemets.

Mais l’étude ne s’est pas arrêtée là. Ils ont identifié, lors de la sortie d’une news sur le site de CNN, qu’une internaute asiatique vivant à Paris avait généré à elle seule 5200 visiteurs uniques sur la page de l’article en question :

La dame de la « haute jo »

À ma table, lors de la présentation, une charmante dame, travaillant dans la haute joaillerie. Une cible de choix, en quelque sorte. Alors que le slide sur le luxe n’était pas encore à l’écran, je m’étais fendu de ce tweet :

[blackbirdpie id= »4820588027711488″]

Je vais essayer de la recontacter, histoire de savoir si elle a été convaincue.

Activité de votre réseau : “Gmail Api” just unfriend “Facebook” !

Ces derniers jours ont été marqués par un certain nombre d’annonces des grands acteurs du Web, et en premier lieu le dévoilement par Mark Zuckerberg de la stratégie mobile de Facebook.

Aujourd’hui, on apprend que Google a décidé de fermer l’API Contacts de Gmail à Facebook en mettant en avant le caractère asymétrique de leurs relations et le manque d’ouverture du réseau social. A mon sens ces mouvements sont importants et en disent beaucoup sur leurs velléités de gestion de notre identité numérique !

Présente-moi tes amis et ils resteront… avec les miens.


Revenons d’abord sur la fermeture de l’API Gmail. Cette API, fournie par Google, permet à des services tiers de fouiller dans le carnet d’adresses Gmail de leurs utilisateurs pour savoir qui de leurs amis utilisent déjà le service.

C’est une option qui n’est pas absolument pas anodine dans un web de plus en plus social, où la valeur d’un service va croître avec le nombre de ses contacts /amis /followers. Imaginez par exemple que vous soyez le seul à utiliser Foursquare…Ce type d’API permet ainsi de lever la plus importante barrière à l’entrée lorsque l’on s’inscrit à un nouveau service. Google a donc décider d’exclure Facebook car le réseau social n’autorise pas la réciproque et ne joue pas le jeu de la libération des données. C’est en tout cas l’explication officielle fournie par la firme de la Mountain View. Pourquoi pas ? Il est vrai que Google revendique le « pouvoir donné aux utilisateurs » dans la gestion et la portabilité de leurs données personnelles comme le Google Dashboard par exemple (cf. le blog de Peter Fleisher dont les billets défendent cette philosophie). Je crois néanmoins que la vraie raison est que le célèbre moteur de recherche ne souhaite pas favoriser davantage le développement de Facebook, et surtout pas sur le terrain de la gestion de notre identité numérique. Car l’annonce des nouvelles conditions d’utilisation de l’API Contacts est intervenue au lendemain seulement de celle du réseau social sur la dissémination de Facebook Connect sur les smartphones.

Facebook enfonce le clou de l’identifiant unique


Lors de la conférence de presse du 3 novembre, la firme de Palo Alto a présenté les deux axes de sa stratégie sur mobile.

Le premier, sans surprise, est la monétisation de la fonction de géolocalisation « Places » (dont je parlais ici) au travers d’offres de couponing numériques, et la seconde, très importante à mon sens,porte sur le déploiement de Facebook Connect sur les applis mobiles afin de faciliter l’inscription ou l’authentification à des services tiers (vidéo explicative de FB avec le Nexus One de Google ;-) ) .

one-id-rule-them-all

La fonction Facebook Connect vous permet en effet de vous logger à un site sans avoir à saisir ou à re-saisir vos informations personnelles. De cette manière, FB Connect traite de l’une des spécificités de la gestion de notre identité en ligne: la dispersion. En ligne, notre identité est fragmentée sur différents espaces, qui se traduit concrètement pour l’internaute par la gestion d’une multiplicité d’identifiants (login / mdp). On connaissait déjà cette difficulté, mais elle est exacerbée sur un mobile où il est tout de même moins aisé de retaper ses identifiants, et où le non accès à un service peut s’avérer plus critique en mobilité.

Depuis plusieurs années, un certain nombre d’initiatives émanant de différents acteurs ont été lancées précisement pour tenter de faciliter la vie des internautes qui doivent jongler avec un grand nombre de couples login/mdp: système d’authentification décentralisé pour l’utilisateur comme OpenID, standard technologique Oauth pour faciliter l’échange d’attributs entre sites, système fédéré comme Liberty Alliance et plus récemment des solutions propriétaires comme Google Friend Connect, MySpace Connect et la plus répandue désormais Facebook Connect. Pour plus de détails cf. la perle « Technologies d’authentification » Technologies Authentification Unique

Avec plus de 500 millions d’utilisateurs, Facebook est déjà incontournable comme solution d’authentification pour des usages disons « classiques » d’Internet (hors signature électronique et transactions sensibles) et avec l’extension vers le mobile la firme de Palo Alto s’apprête à prendre des positions décisives.

Établir le lien entre identité réelle et identité numérique: le Graal ?

Si pour le moment FB Connect ne peut viser que des usages classiques, cela est dû à l’autre spécificité de nos identité en ligne à savoir que « On the Internet, nobody knows that you are a dog » c’est à dire qu’un internaute ne dispose pas vraiment de moyen de prouver sa véritable identité « qui il est », et qu’il doit donc sans cesse faire la preuve qu’il dispose bien des droits pour accéder à tel ou tel service en saisissant et re-saissant ses différents identifiants. Facebook pourrait revendiquer ce lien entre réel et numérique puisque les membres sont majoritairement présents sous leur véritable identité (même si depuis quelques temps, je ne sais si vous constatez la même chose, un certain nombre de mes amis « pseudonymise » leur compte…). Toutefois le fait qu’un utilisateur puisse créer un compte avec une fausse identité ou alors un compte avec une véritable identité qui n’est pas la sienne, est susceptible de générer une suspicion générale empêchant d’aller vers des usages plus « officiels » de cette identité. Il faudrait pour cela des comptes vérifiés un peu à la manière de ce que fait Twitter avec les comptes de personnalités (il semblerait que Twitter va d’ailleurs abandonner ou en tout cas faire évoluer cette option). La valeur de cette vérification reposera sur deux éléments clés : la procédure de vérification utilisée et l’entité qui l’opère.

Aujourd’hui, cette préoccupation semble bien réelle chez Google si l’on en croit les différentes déclarations d’Eric Schmidt depuis un an environ, qui ne cesse de clamer que l’anonymat devient trop dangereux « In a world of assymetrics threats, true anonymity is too dangerous » (27’57 dans la vidéo ci-dessous à propos du futur du Web)


Ce billet a été originellement publié sur Inframarginal

What the F**k is Social Media NOW?

Marta Kagan (@mzkagan) est Managing Director pour les Etats-Unis de Espresso, una agence de marketing interactif. Digital branding, social media sont ses maîtres mots. Sa célèbre présentation « What the F**k is Social Media? » vient d’être mise à jour.

A voir en plein écran. (barrre d’outils en bas, à gauche, cliquer sur Menu > View fullscreen)