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Le désespoir de « La Revue des deux mondes » et consorts : « on ne peut plus rien dire »

La Revue des deux mondes s’honore d’être un des plus anciens périodiques de France toujours en circulation. À sa création en 1829, il veut être un lieu de réflexion en prise avec les questions du moment et ouvert sur l’étranger. La Revue des deux mondes a la tradition d’ouvrir ses colonnes aux intellectuels. De grands noms y furent publiés (Honoré de Balzac, Charles Baudelaire, Charles-Augustin Sainte-Beuve, Alexandre Dumas, Georges Sand…). Les idées et la littérature, qui historiquement constituent l’identité de la Revue des deux mondes, conservent encore leur places dans ses pages. Elle publie ainsi des entretiens avec un académicien (Alain Finkielkraut), avec un lauréat du prix Goncourt (Michel Houellebecq), et avec l’un des philosophes français les plus lus (Michel Onfray). Publication de référence de la droite intellectuelle, la revue a toutefois tendance à ne mettre en une que les essayistes, écrivains et polémistes les plus en vue, déjà présents sur tous les plateaux et toutes les couvertures, et aussi semble-t-il les plus critiqués. La revue, également dotée d’un prix littéraire, l’a décerné en mai 2016 à Gilles Kepel, spécialiste du monde musulman aussi médiatique que controversé. Cet universitaire, qui ne publie plus dans des revues scientifiques, distille désormais ses accablants constats dans L’Obs, Le Figaro, Marianne et au micro de France-Culture, BFMTV et LCI – pour la seule année 2016.

La Revue des deux mondes a entamé un tournant réactionnaire

Conservatrice depuis ses origines, la revue a entamé depuis quelques années un tournant beaucoup plus réactionnaire. Lorsqu’on parcourt les numéros des vingt-quatre derniers mois, on est pris d’un sentiment de familiarité : les sujets qui font la une ne sont pas sans rappeler ceux de Valeurs Actuelles, périodique de référence de l’extrême-droite française :  obsession de l’islam, qualifié de guerrier (décembre 2015) et jugé incapable de se réformer (juin 2015), prospérant avec les complicités d’une gauche coupable (mai 2015) ; critique des « fanatismes » religieux et idéologiques par Régis Debray (avril 2015) ; apologie de l’autorité dans un entretien avec le souverainiste Jean-Pierre Chevènement (mai 2015) ; critique de l’école publique qui succomberait aux idéologues infiltrés rue de Grenelle (octobre 2016) ;  nostalgie de la monarchie (octobre 2016) et des « années Giscard » (septembre 2015). D’autres numéros, enfin, appelleraient une lecture fine tant ils interrogent par l’angle de leur dossier, tel ce « Poutine est-il notre ennemi ? » (septembre 2015) ou encore ce numéro sur la Syrie « l’Islam et le terrorisme » qui pourrait apparaître suspect de complaisance à l’égard du régime de Bachar al-Assad, lequel apparaît d’ailleurs tout sourire en couverture (septembre 2016).

Toutes les couvertures des numéros de 2015 et 2016
Toutes les couvertures des numéros de 2015 et 2016

Le dernier numéro affiche en une cette question malicieuse : « peut-on parler librement en France ? ». On pourrait penser qu’un tel titre serait réservé à des publications s’échangeant sous le manteau dans un État où les libertés seraient suspendues, si on ne l’avait pas déjà vu en couverture d’autres magazines français ces dernières années. À l’intérieur de la livraison de novembre 2016, après un éditorial défendant farouchement les libertés, le sommaire indique la volonté de débattre de la censure et de la mettre historiquement en perspective, grâce notamment à l’article d’un historien. On y trouve également deux articles sentant le réchauffé : d’abord une complainte de Céline Pina sur l’impossibilité de critiquer l’islam sans se voir accuser d’islamophobie, et un article dans lequel l’éternel censuré Brice Couturier critique l’hypermodernité, mai 1968 et « l’idéologie policière » dans un joyeux mélange à même de rendre le lecteur nostalgique de ses chroniques matinales au micro de France-Culture.

Le désespoir récurrent des newsmags de droite & consorts : « on ne peut plus rien dire »

Cette fausse question, étalée sur la couverture d’un magazine orné de zèbres identiques (clin d’œil à Alexandre Jardin ou nouvelle allégorie de la pensée unique ?), renvoie au cri de désespoir récurrent des newsmags de droite, des rédacteurs du Figaro Vox et des réactionnaires de plateaux télé : « on ne peut plus rien dire ». Le Point, Valeurs Actuelles, Le Figaro Magazine, (mais aussi Marianne à sa façon) publient régulièrement des numéros se plaignant de la censure et du diktat de la « bien-pensance », qui sont prétextes à passer en revue toutes les antiennes de la réaction : hégémonie supposée de l’idéologie de la gauche soixante-huitarde, islamisation de la France, défense de l’ « identité française », glorification de mythes nationalistes qu’il s’agirait d’ériger en histoire nationale. Les « bien-pensants » avaient déjà eu droit à leur numéro, celui de février-mars 2016, qui titrait « De Rousseau à la gauche « morale », l’histoire du camp du bien », introduit par un éditorial titré « la nouvelle bataille idéologique ». Les positions autrefois plus feutrées de la revue ont ainsi laissé place ces dernières années à un propos plus agressif, qui cible frénétiquement les mêmes ennemis, déjà partout désignés comme les responsables de l’effondrement de la nation.

Ce choix rédactionnel de La revue des deux mondes reflète probablement une stratégie éditoriale destinée à augmenter les tirages. Le mensuel, en effet, tirait à 8 000 exemplaires et revendiquait 5 000 abonnés en 2008 (dernière actualisation de leur site). Des chiffres qui suffisaient peut-être à l’ancien directeur et critique d’art Michel Crépu, mais qui déplaisent probablement à Valérie Toranian, qui a pris sa suite au début de l’année 2015 après avoir dirigé le magazine Elle. Il serait sans doute abusif de tout réduire à cette nouvelle direction. En 2014, du temps de Michel Crépu donc, Le numéro d’avril consacrait sa une à l’entretien avec Alain Finkielkraut titré « la guerre de l’identité », quand le numéro de juillet reproduisait en couverture un roman de la série SAS de Gérard de Villiers. Une certaine tendance était donc présente, qui s’accentue fortement depuis 2015.

Conséquence de ces nouvelles thématiques de prédilection, la publication se replie quasi exclusivement sur le territoire hexagonal. Alors qu’il y a quelques années encore certains de ses numéros concernaient la Chine (décembre 2014), l’Afrique (septembre 2014), la Corée (mars 2012), le Japon (février 2010), la Russie (octobre 2010), l’Italie (juillet 2011). Les questions de société et les interrogations prospectives ont disparu : la bioéthique (février 2011), révolutions et internet (mai 2011), l’humanisme au XXIe siècle (septembre 2011), les frontières en Europe (avril 2012), l’avènement d’une nouvelle civilisation (septembre 2013). Désormais, la Revue se complaît – comme tant d’autres – dans la scrutation d’un temps présent ultracourt. Oubliés aussi les auteurs comme Morand (juin 2010), Nabokov (juillet 2010), Céline (juin 2011), Austen (mai 2013), Proust (juin 2013), qui avaient il y a peu les faveurs d’un dossier ; les seuls auteurs encore promus par le périodique sont les nouveaux héros de la droite (et de la gauche islamophobe) : Zemmour, Finkielkraut, Onfray, Debray, Houellebecq, Badinter. Seule exception, Shakespeare faisant la une du numéro de mai 2016 à la faveur du quadri centenaire de sa mort, et rappelle la tradition littéraire du magazine. Les sommaires de ces mêmes numéros indiquent tout de même que la critique littéraire reste en bonne place dans la Revue des deux mondes, le changement le plus flagrant concerne les dossiers et l’image que ce périodique entend se donner, à travers ses unes notamment.

On ne peut finalement que constater un alignement de la Revue sur les publications concurrentes, dont elle suit les orientations et reprend les thèmes. Cette stratégie fait perdre de vue la tradition intellectuelle de cette revue qui se réclamait de la droite éclairée: La Revue des deux mondes privilégie désormais les polémiques médiatiques du moment et les questions faciles. Pour le périodique, ce pari aura peut-être pour effet de stimuler les ventes. Du point de vue du lecteur, cela se traduit une fois encore un appauvrissement et une homogénéisation de l’offre.

Thibault Le Hégarat

Thibault Le Hégarat est historien de la télévision, docteur en histoire contemporaine, chercheur post-doctoral à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.

Newsweek va redevenir un magazine papier

newsweek-last-print-issue-01-2012Newsweek, l’hebdo qui avait arrêté de paraître en version papier l’année dernière va retrouver le chemin des kiosques. Cette info va-t-elle donner envie à ceux qui en France se débarrassent de magazines de faire machine arrière? C’est le New York Times par la plume de Christine Haughney qui sort l’info. Le magazine table sur la sortie d’un hebdo de 64 pages pour janvier ou février. C’est le rédacteur en chef de Newsweek, Jim Impoco, qui a confié la nouvelle à la journaliste américaine, en lui disant que le modèle serait différent qu’auparavant : Newsweek (que l’on remet du coup en italique), dépendra beaucoup plus des abonnés que de la publicité. Mais pas seulement. Les abonnés paieront davantage. En anglais dans le texte :

“It’s going to be a more subscription-based model, closer to what The Economist is compared to what Time magazine is,” Mr. Impoco said. “We see it as a premium product, a boutique product.”

La nouvelle peut surprendre. Et elle en a fait régir plus d’un, dont par exemple Jim Roberts, qui était auparavant chez Reuters puis editor au New York Times, et qui a rejoint début novembre le pureplayer Mashable en tant que « executive editor and chief content officer » :

Le message est clair… mais la réponse du rédacteur en chef l’est tout autant :

Pourtant, il est vrai que le retour au papier est un signe positif pour le secteur. Dans ses meilleures années, le magazine avait 3,3 millions de lecteurs (1991). C’est en 2010 que le propriétaire du magazine, The Washington Post, a décidé de s’en séparer l’a vendu pour un dollar au milliardaire Sidney Harman, qui accepta d’assumer les 40 millions de $ de passifs, avant de fusionner le site avec The Daily Beast, appartenant à IAC/InterActiveCorp, la société de Barry Diller.

Newsweek fut ensuite vendu au groupe IBT Media au mois d’août, la société dirigée par Etienne Uzac. Ironie, ou clin d’œil, dans sa revue de presse, The Daily Beast souhaite bonne chance à la relance de la version papier :

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C’était Tina Brown qui avait opéré le mariage des deux marques, The DailyBeast et Newsweek, mais cela n’avait pas fonctionné :

The traditional Newsweek never properly blended with The Daily Beast. Ms. Brown announced in October 2012 that Newsweek would no longer publish a magazine, saving $40 million a year, and would continue as an online-only magazine called Newsweek Global.

Impoco, qui a pris les rennes de la rédaction de Newsweek en septembre, est en train de négocier avec les imprimeurs et les distributeurs, et espère atteindre une diffusion de 100 000 exemplaires la première année.

Sur Etienne Uzac, lire l’enquête de Télérama :

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Qu’est-ce que « la gauche » a à voir avec la rémunération des blogueurs?

C’est une bonne question – à peu près posée ici-même par Anthony Rivat: sur les sites d’info, les blogueurs doivent-ils être considérés comme des « employés » comme les autres – et rémunérés en conséquence? Ou sont-ils de purs esprits nourris d’affection et de reconnaissance – ce qui, certes, arrange bien leurs hôtes, confrontés aux rigueurs de l’hiver budgétaire, mais eux aussi, souvent, qui gagnent en liberté de ton ce qu’ils perdent en confort matériel?

Très honnêtement, je n’ai pas de réponse toute faite – voire pas de réponse du tout. Ce que je sais: aujourd’hui, à LEXPRESS.fr, nous ne payons pas les blogueurs. Par souci de bonne gestion, mais aussi par principe. Nous leur offrons une tribune, de la visibilité, ils nous apportent leur expertise, posent un regard décalé sur notre fond de commerce, l’actualité, bref nous alimentent et nous différencient. Valeur contre valeur, l’échange est égal – et s’il ne l’était pas, me dis-je, les blogueurs nous fuiraient.

Le sujet divise les médias en ligne – qui ne partagent pas tous mon avis, il ne manquerait plus que ça. D’autres que nous payent tout ou partie de leurs blogueurs – des sommes qu’on dira « raisonnables », faut-il le préciser. Parce qu’ils n’ont pas envie de les voir filer à la concurrence, parce qu’ils estiment qu’ils leur rapportent suffisamment (en audience, en image, en opportunités publicitaires) pour justifier les sommes engagées. Il n’est d’ailleurs pas dit qu’un jour ou l’autre, confronté à la même équation, je ne sois pas amené, au moins ponctuellement, à m’asseoir sur mon principe.

Le débat divise aussi la blogosphère, depuis plus longtemps même que les médias en ligne. Je me souviens qu’on en parlait déjà il y a plus de deux ans, quand nous avions lancé avec les blogueurs l’opération 3001 et que certains avaient accusé L’Express de se constituer ainsi un cheptel à pas cher. Il a rebondi il y a quelques mois, à l’occasion de la vente à bon prix du Huffington Post à AOL, quand ses contributeurs gratuits se sont rendus compte que leur patronne venait de s’en mettre plein les poches sur leur dos – ce n’est pas aussi simple que ça, mais peu importe, l’argument se tient. Il a touché la France plus récemment, quand Anne Sinclair, qui chaperonne la version française du HuffPo, a appelé les « experts » a rallier gracieusement sa nouvelle bannière, ce qui a notamment provoqué la chronique dont je fais état dans ma première phrase – et conséquemment la présente réaction.

Pourquoi? Parce qu’il me semble qu’Anthony Rivat pose le problème à l’envers en faisant porter la responsabilité de la situation sur les cochons de payeurs potentiels. Les blogueurs sont assez grands pour faire leurs calculs et décider en toute connaissance de cause si le jeu (encore une fois, s’exprimer, faire connaître leur opinion au public, SE faire connaître) en vaut la chandelle. Ou non. Auquel cas, ils sont aussi assez grands pour négocier (ça arrive, je le sais), monter leur petite entreprise, voire sauter le pas et devenir… journalistes (ça arrive aussi).

Je comprends parfaitement la réaction des blogueurs du Huffington Post, qui ont découvert a posteriori que les termes du contrat avaient changé sans qu’on prenne la peine de les en avertir. Je comprends moins la réaction des blogueurs de sa version française, qui savent désormais parfaitement à quoi s’en tenir – et Anne Sinclair ne leur a rien caché. Si ça ne leur plaît pas, ils n’ont qu’à pas y aller.

 

PS qui a tout à voir: un petit mot aux journalistes qui s’inquiètent de leur hypothétique remplacement par la main d’oeuvre bon marché ainsi créée, pour leur rappeler qu’un journaliste est un journaliste, un blogueur un blogueur, et que le second n’a pas vocation à se substituer au premier, mais à le compléter.

P.S sous forme de réponse à Gilles Bruno, qui profite éhontément de son invitation pour me poser les questions suivantes:

Vos confrères du Plus (Nouvel Observateur) paient certains blogueurs. Pas tous. Que pensez-vous de cette pratique?

Rien. Chacun fait ce qu’il veut chez lui. J’imagine qu’ils ont de bonnes raisons pour ça.

Rue89 allant s’intégrer dans la galaxie du Nouvel Obs, à votre avis, cela va-t-il mettre en ‘péril’ le Plus?

Pas du tout! Le Plus a autant à voir avec Rue 89 que le polo avec le foot. Ce sont deux concepts d’info en ligne très différents, ils se complètent bien plus qu’ils ne se concurrencent. Cela dit, si j’en crois les déclarations des uns et des autres, la prise de participation de L’Obs dans Rue 89 est strictement capitalistique. La question ne se pose donc même pas.

Du coup, les audiences cumulées vont changer, les rapports de force aussi. Pouvons-nous avoir une idée de comment va s’organiser votre ‘riposte’ ?

Les audiences cumulées? Quelles audiences cumulées? Je ne sache pas que l’équipe de Rue 89 ait l’intention d’être avalée par l’Obs. Et si la situation changeait, nous aviserions. Pour le moment, ce n’est pas le cas.

 

Photo de Une par Razak, (RichardTrois sur Flickr)

Marronniers de Noël : une socialisation contrôlée, et pas une si mauvaise idée

En un sketch (hilarant) de 30 secondes, Omar et Fred dénoncent fort justement l’usage abusif du marronnier. L’exploitation excessive du sujet climatique confine à l’absurde. Pourtant, à bien y regarder, ces marronniers ont une fonction sociale et rituelle primordiales.

Les phénomènes climatiques font toujours beaucoup d’audience, et traduisent une véritable intérêt du public, comme j’ai pu le vérifier en tant que rédacteur en chef de l’actu d’un grand portail, aujourd’hui défunt. Pourquoi les intempéries suscitent-elles tellement d’intérêt ? Voici mes hypothèses :

– Pour leur aspect pratique : vais-je être moi-même inquiété par le verglas, bloqué dans les bouchons ?

– Pour leur côté spectaculaire qui stimule plus ou moins notre voyeurisme : « regardons bien ces pauvres gens coincés toute une nuit dans un hall de gare »

– Pour leur dimension de changement : nous portons intérêt à ces informations qui créent un évènement dans nos vies sans surprise.

– Pour leur propriétés esthétiques : « que c’est beau ces villages inondés vus d’en haut, cette neige lourde et immaculée qui recouvre tout… »

– Par convergence philosophique ? Cette nature qui reprend ses droits et nous renvoie à notre condition d’insectes nous inquiète et nous fascine à la fois…

Les médias exploitent donc cette ficelle, cette appétence naturelle pour ces sujets « intempérie ». Mais, flairant la bonne affaire, ils ont tendance à en faire trop, à user jusqu’à la corde et lasser le public. Cette année, le déséquilibre du traitement informationnel en télévision était manifeste, éludant une bonne partie des autres problèmes du monde.

FONCTION SOCIALE DE L’INFORMATION

Les fêtes de Noël ont été propices à une réflexion plus poussée sur ce phénomène et qui m’a fait changer d’avis. Après avoir critiqué ce déséquilibre et dénoncé un risque de désensibilisation émotionnelle par accoutumance, je pense que ce traitement a des vertus indirectes.

© Cyrille FrankNoël dans notre imaginaire collectif christianisé (qu’on le veuille ou non) est ce moment à part où l’on se rapproche du noyau familial mais aussi des autres êtres humains. Soudainement, nous prend l’envie de donner au SDF de la supérette devant lequel on passe chaque jour un peu honteux, en détournant le regard. Cette période particulière, en concentrant notre attention aux autres, nous dédouane de le faire le reste de l’année. Mieux vaut payer la taxe de solidarité humaine en une seule fois.

L’information télévisée en rajoute sur ce thème de la solidarité et des bons sentiments avec pléthore de reportages montrant les associations offrant des cadeaux aux personnes âgées, aux orphelins ou aidant les sans-abri.

L’information climatique a elle aussi une fonction de rapprochement social. La météo a l’avantage énorme d’être le plus petit dénominateur commun entre des individus aux valeurs, points de vue, goûts si différents. Ce thème universel permet de discuter, d’échanger tous ensemble dans une forme de communion informelle qui ajoute à la mythologie solidaire.

Ce n’est pas un hasard si les conversations d’ascenseur se résument le plus souvent au temps qu’il fait. C’est un territoire à la fois commun et neutre qui désamorce d’emblée tout risque de conflit ou de dissension.

Rallonger ces récits et en faire toujours plus sur ce thème climatique permet donc de prolonger la conversation collective, de communier avec son voisin de pallier, l’inconnu du train, ou la gardienne plus ou moins revêche. Sur une période courte et contrôlée nous nous re-socialisons et accomplissons le rituel conforme à notre vision du bien.

Car il s’agit au fond de façonner une image valorisante de soi. Nos actions, nos valeurs, nos idées doivent nous permettre de modeler une image acceptable de nous, sans quoi c’est la dépression, l’inhibition ou la névrose.

SOLIDARITÉ ET LIBERTÉ

Les médias compensent donc ce déficit de communication interpersonnelle caractéristique de nos vies urbaines où la densité humaine ne le permet pas. Mais ces marronniers limitent ces rituels dans le temps, nous permettant aussi de bénéficier de cet atout considérable de la cité par rapport au village : la liberté de l’anonymat.

L’enfer du village où tout se sait, se discute, se dissèque a été souvent filmé par Chabrol et contredit cette vision idéalisée d’une solidarité parfaite, à dimension humaine. La promiscuité, la consanguinité sociale est aussi étouffante et néfaste que la solitude urbaine est douloureuse.

Socialiser ponctuellement, sans perdre sa capacité à s’isoler, à se protéger de l’autre, voilà l’une des fonctions essentielles des médias et en particulier de la télévision. Aujourd’hui concurrencée de plus en plus par les réseaux sociaux. Avec quelques dérapages pour ceux qui ne les maîtrisent pas encore très bien, et ce risque de retomber à l’échelle du village inquisiteur et destructeur de vie privée. Le fameux « village planétaire » prémonitoire annoncé par Marshall Mc Luhan.

Je ne doute pas qu’il s’agisse là d’un problème de réglage, et qu’avec le temps, les gens sauront de mieux en mieux profiter de ces outils sans en être victimes.

Cyrille Frank aka Cyceron

Le Club des Cinq éditeurs de presse contre-attaque, ‘sans faire de l’anti-Google/Apple’

Vous le savez, puisque vous vous intéressez aux médias, plusieurs éditeurs de presse ont lancé fin novembre le GIE « e-Presse Premium ».

Capital de départ : 100.000 euros;

Mission : créer un kiosque numérique de la presse en France;

Début des hostilités : « à la fin du premier trimestre 2011 »;

Président : Xavier Spender, DGA de l’Équipe.fr et l’Équipe TV;

Directeur général : Frédéric Filloux, éditeur de la Monday Note, Ancien des quotidiens Libération et 20 Minutes;

Les cinq organes de presse fondateurs : L’Équipe, Le Figaro, Libération, Le Parisien, Les Échos, L’Express, Le Point et Le Nouvel Observateur.

Frédéric Filloux était l’invité du Buzz Média Orange/Le Figaro :

Extraits :

Nous ne sommes pas là pour faire de l’anti-Google

Aujourd’hui, la presse dans son ensemble ne se trouve plus face à une concurrence interne qui verrait les titres opposés les uns aux autres. Ces titres sont confrontés à de très grands acteurs du marché, parmi lesquels Google qui a une capacité extraordinaire à traiter les données à très grand nombre, et Apple qui a une capacité de commercialiser tout cela. Ces deux modèles ne nous conviennent pas tout à fait dans la mesure où Google capture une grosse partie du marché dans une grande opacité, et Apple propose un modèle économique (avec l’iTunes store et ses applications, l’iPad et bientôt un kiosque) qui ne correspond pas à ce nous cherchons

On est ouverts, regardez, il y a des newsmagazines avec nous!

Nous avons réalisé une performance qui était de sortir du cadre traditionnel de la presse quotidienne nationale en y associant des magazines. Ce kiosque a pour vocation d’être une maison ouverte, nous sommes en discussion avec bon nombre de gens. Mais dans ce genre de choses, la complexité des discussions est proportionnelle au carré du nombre de personnes autour de la table. Ce n’est déjà pas simple, mais nous ferons venir d’autres gens au cours du premier trimestre 2011, y compris des titres de presse francophone suisse et belge qui sont très intéressés par cette expérience. Car c’est une première dans le monde : dans aucun pays, les titres n’arrivent à s’organiser, à s’entendre autour de ce genre de projet.

Il a raison, Frédéric.

Payez mes amis, payez, et vous lirez : « le ‘magic number’ c’est 99$ »

Le modèle publicitaire de l’Internet est insuffisant pour financer un journalisme de qualité, qui reste hors de prix. Si l’Internet est un modèle déflationniste, le coût de l’information n’a, lui, jamais baissé ; il tend même à augmenter. L’idée est donc de suppléer les revenus publicitaires par des revenus issus de la vente de contenus. […] On trouvera dans ce kiosque de la vente à l’acte sur les trois plateformes (le web, les smartphones et les tablettes) et, dans un deuxième temps, sur la télévision connectée, ainsi que des abonnements numériques et peut-être pour les éditeurs qui le souhaiteront, des articles vendus à l’acte, voire des packages d’actualité multi-éditeurs. Ce pourrait être des packages à haute valeur ajoutée sur de grands événements sportifs ou politiques, auxquels les gens pourraient souscrire pour une durée déterminée

La télévision connectée? et celle de Free? Tiens, c’est amusant, Le Monde, repris par le trio Bergé-Niel-Pigasse n’est pas encore dans le consortium… Et si Le Monde, avec Free, n’avait pas besoin du GIE?

Un tarif laissé à la discrétion des éditeurs

Aujourd’hui, sur Internet, c’est l’expérimentation permanente. Notre idée est de proposer tous les moyens de paiement et toutes les tarifications possibles. L’idéal serait néanmoins l’abonnement […] Sur le marché anglo-saxon par exemple, on sait que le tarif idéal se situe autour de 99 euros par an pour obtenir une base d’abonnés solide. Ce serait idéal

Et Orange, dans tout ça?

[L’accord commercial signé avec Orange afin d’utiliser son moteur de recherche Read & Go et de fournir le contenu de 24/24actu] accord a plusieurs vertus. Pour la première fois, un moteur de recherche reconnaît la valeur des contenus qui lui sont renvoyés. Aux États-Unis, Google aspire du trafic, renvoie beaucoup de trafic sur les sites mais ne paie rien et monétise avec de la publicité, des liens sponsorisés. Alors qu’ici, pour la première fois, le moteur de recherche paiera pour ce contenu, nous en ferons la promotion ensemble et il nous renverra du trafic. Pour nous, cela a valeur de benchmark

3 ans après son lancement, Rue89 fait le pari du papier

Ça y est! Rue89 lance enfin un magazine. Un mensuel. Pourquoi enfin? Parce que lorsque on produit des contenus pertinents et originaux, on se dit qu’il est peut être une bonne idée de les présenter autrement, d’en faire une sélection.

Voici donc Rue89 Le Mensuel, fruit d’une collaboration entre l’équipe du site et Frédéric Allary, ancien DG des Inrockuptibles.

Un format surprenant, et pas bête : pocket. Comme la version réduite des magazines féminins ou autres. 3,90 €, pour une centaine de pages, « Moins cher que celui du Monde », précise Pierre Haski, un des fondateurs du site, et directeur de la publication du magazine.

Personnellement, cela me fait plaisir de voir évoluer le projet de mes ex-collègues de Libération. Lancé en mai 2007, Rue89 s’est aujourd’hui fait un nom, et c’est pourquoi le projet voit le jour aujourd’hui. D’autant plus plaisir que le jour du premier anniversaire du site, je lançai une question : « Dites moi, c’est quand, la version papier, avec les articles et une sélection des commentaires? », ce à quoi Pierre Haski répondit :

Nous y avons pensé, mais le bonheur d’échapper à l’imprimerie, aux NMPP etc, est tel qu’il faudrait vraiment que ça vaille le coup. Mais nous gardons l’idée dans un coin de notre tête, un jour… Pour le moment, nous concentrons nos ressources (limitées) et notre énergie (illimitée) à l’amélioration du site.

Nous y sommes donc.

Pour Rue89, qui est « en phase d’arriver à l’équilibre économique », ce mensuel est « complémentaire dans le rythme de consommation de l’information ». En effet, la façon dont les internautes aujourd’hui lisent sur le net fait qu’ils picorent, viennent de façon souvent irrégulière sur les sites, et même s’ils y sont fidèles, peuvent rater des articles.

Avec 1,5 million de pages vues par mois, le site se sent prêt pour le pari du papier, en tirant ce premier numéro à 87000 exemplaires, avec un objectif de vente à 30000, le point mort financier étant à 20000, dixit Frédéric Allary. Pour ce dernier, « ce qui coûte cher, c’est créer une marque, ce qui n’est pas à faire avec Rue89 ». C’est pour cela que le budget publicité pour ce lancement est réduit, adapté aux moyens du site. Du site? Ou du « groupe de presse »? :-) Il était rassurant, lors de la présentation à la presse du magazine, ce lundi, d’entendre Laurent Mauriac assumer le fait que oui, la présence de Rue89 dans les kiosques permettra aussi de faire connaître la marque, le site, à ceux qui ne la connaissent pas encore. Et ils sont nombreux.

9 pages de publicités vendues au lieu de 4, le modèle est plus basé sur la diffusion que sur la publicité.

Qu’y a-t-il dans le magazine? Principalement des articles repris du site internet, édités, retravaillés, soumis à validation ensuite à leurs auteurs, et puis tout de même 1/3 de contenus frais. Il y a aussi une sélection de commentaires, sur certains articles. La maquette est agréable, on a plaisir à parcourir le contenu, et on se dit que cela va plaire.

Petites suggestions de l’Observatoire des Médias :
– pourquoi ne pas préciser sur le site web que tel ou tel article a été sélectionné sur le papier?
– prévenir les auteurs des commentaires que leurs écrits ont été publiés dans le magazine.

« Une bonne idée »  m’a-t-on dit.

Bonne chance à ce nouveau venu dans la jungle de la presse. Gageons que les fans de Rue89, les « riverains », choisirons de s’abonner pour soutenir ce projet.

Umberto Eco: « Berlusconi, l’ennemi de la liberté de la presse »

Ah, Berlusconi. On en entend parler, de Berlusconi. On voit pas mal de choses, sur Berlusconi. On lit des choses, mais en ce moment, on voit beaucoup de photos, et dans des grands journaux. Des photos de femmes, de prostituées, un sexe en érection, aussi. Et là l’homme d’affaires, l’homme de média, devenu PDG de l’Italie s’énerve, contre la presse. Contre la presse nationale, et contre la presse internationale.

L’Espresso, qui essaie de faire son boulot, a publié cette semaine un numéro dans lequel s’exprime Umberto Eco. Titre de la tribune : « l’ennemi de la liberté de la presse« .

Bravant tout droit d’auteur, je me suis permis, pour le partage, de vous proposer ma traduction de cet article.

Est-ce que le pessimisme de la vieillesse, de la lucidité que l’âge apporte avec lui, mais je me sens une certaine hésitation, mélangée avec du scepticisme, à prendre la parole à l’invitation de la rédaction pour la défense de la liberté de la presse. Je veux dire, quand on doit parler en défense de la liberté de la presse cela signifie que la société et, avec elle, une grande partie de la presse, est déjà malade. Dans les démocraties que nous qualifierons de «solides», il n’est pas nécessaire de défendre la liberté de la presse, parce qu’il ne vient à l’esprit de personne de la limiter. C’est la première raison de mon scepticisme, d’où un corollaire.

Le problème italien n’est pas Silvio Berlusconi.

L’histoire a été pleine de l’aventure d’hommes aventureux, non dénués de charisme, avec peu de sens de l’État, mais avec une très haute estime de leurs propres intérêts, qui veulent établir un pouvoir personnel, sans passer par les parlements, les magistrats et les constitutions, distribuant des faveurs à leurs courtisans et (parfois) à leurs courtisanes, en définissant leur plaisir avec l’intérêt de la communauté.

Le fait est que ces hommes n’ont pas toujours conquit le pouvoir auquel ils aspiraient, parce que la société ne leur avait pas permis. Lorsque la société leur a donné son consentement, pourquoi blâmer ces hommes et non pas avec la la société qui les a laissé faire?

Umberto Eco. mtkr/flickr
Umberto Eco. mtkr/flickr

Je me souviendrai toujours d’une histoire, que me racontait ma mère qui, à vingt ans, avait trouvé un bon poste de secrétaire dactylo chez un député libéral – et je dis libéral. Le lendemain de l’ascension de Mussolini au pouvoir, cet homme avait dit: «Mais au fond, avec la situation dans laquelle se trouve l’Italie, peut-être que cet homme trouvera un moyen de mettre un peu d’ordre ».

Voilà, le fascisme n’a pas été instauré par l’énergie de Mussolini, mais par l’indulgence et la décontraction de ce député libéral (représentant exemplaire d’un pays en crise).
Et donc il est inutile de blâmer Berlusconi, qui fait, pour ainsi dire, son travail. C’est la majorité des Italiens qui a accepté le conflit d’intérêts, a accepté les tours, et maintenant aurait accepté assez tranquillement – si le Président de la République n’avait pas soulevé un sourcil – la monarchie imposée (pour l’instant expérimentale ) à la presse.

Alors, pourquoi consacrer à ces mises en garde un numéro de «L’Espresso» si nous savons que celui ci tombera dans les mains de ceux qui sont déjà convaincus de ce que risque la démocratie, mais ne sera pas lu par ceux qui sont disposés à les accepter à condition qu’ils ne manquent pas leur émission de télé-réalité – et qui savent tellement peu sur les frasques politico-sexuelles, parceque l’information qui est en grande partie sous contrôle ne leur en parle même pas?

Alors oui, pourquoi le faire? La raison est très simple. En 1931, le fascisme a imposé aux professeurs d’université, qui étaient alors 1.200, un serment de loyauté au régime. Seuls 12 (1 pour cent) refusèrent et perdirent leur poste. Certains disent 14, mais cela confirme que le phénomène est passé inaperçu à l’époque laissant de vagues souvenirs. Peut-être les 1188 qui sont restés avaient raison, pour des raisons diverses et tout aussi respectables.

Cependant ces 12 qui ont dit non ont sauvé l’honneur de l’Université et en définitive l’honneur du pays. C’est pourquoi il nous faut parfois dire non, même si, de façon pessimiste, nous savons que ne cela ne servira à rien.

À moins qu’un jour, nous puissions dire que cela a été dit.

9 Juillet 2009. Umberto Eco. L’Espresso.

Chronic’art #46 : un fake pour créer du buzz

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Tout a commencé la semaine dernière sur Facebook. Plusieurs messages reçus de quelques personnes du réseau Chronic’art annoncent la sortie du prochain numéro à ne pas rater…  notamment un article sur Sexchange le nouveau Facebook ou encore ce jeu video ultraviolent utilisant un système de simulation sensoriel. Bref une campagne de promo classique pour un numéro spécial.

Mais le numéro sort, et le matraquage continue… Voici les messages reçus

De Cyril de Graeve :
« Qui vous parle du renouveau apocalyptique du jeux vidéo actuellement en vigueur en Russie ? Qui a entendu parler de William G. Saxter, l’homme qui a prédit Internet en 1958 ? Qui vous informe de l’arrivée imminente en France de « SexChange », l’après « Facebook » ? Qui a déniché pour vous les nouveaux romanciers qui refont le monde ? »

De Peggy Sastre :
Si vous avez 4 € à perdre (vous la racontez pas, tout le monde sait que vous avez l’argent, la voiture et que vous aurez la femme), il y a le nouveau Chronic’art qui est sorti, et ça s’annonce comme un collector.
Pourquoi ? (en trois points) :
> 1 : on y voit Bard tuer des zombies à coup de truite
> 2 : on y voit Söderqvist faire sa pub pour Samsung
> 3 : (…) j’ai le droit à 2 titres en couve. On dit respect

Je finis par acheter le machin, la force du marketing social…

Et je commence à lire l’article de Peggy sur Sexchange. Le papier est intéressant : tentant de relayer sur mikiane.com mais quelquechose cloche… Le site sexchange.com ne répond pas. Je contacte Peggy qui me semble bien évasive et prétexte un filtrage des utilisateurs européens. Hum… Je réessaye via proxy, demande à un ami américain de me faire une copie d’écran, rien de rien. Petite enquête sur le créateur du prétendu site, un certain « Maynard Anderson » : encore rien. Ou plutôt si, un personnage de la série Dallas !

Ok. Je vais dormir et décide de retravailler la question après une bonne nuit de sommeil. Le lendemain, je reprends le dossier. Lecture méthodique du canard. Et là je découvre :

Page 5 : un article titré « on n’a pas bien compris… Troller, un metier d’avenir ? ». Un indice ? Les lascards seraient-ils en train de nous mener en bateau ?

Page 27 : un punk catholique blond platine reconverti dans la littérature. Du Dantec en skaï ! Je googlise le type, Vivien Arthur Kerl : inconnu !!!

Ok, c’est quand même trois indices concordants. Allons dans les détails : chroniques cinéma et musique. Sur cinq films cités pas un n’est référencé sur Allo-Ciné. Et là je tombe sur la critique du dernier album d’un certain Yoann Nickah, couverture verte et Noah grimé en pirate… Trop gros, le décor s’écroule !

Le numéro #46 est donc un fake. Je n’ai pas encore tout lu, mais je vais me faire ce plaisir maintenant. Bravo à l’équipe pour cette performance. Performance de com’, performance créative, performance journalistique peut-être aussi ?

REBONDISSEMENT #1: 20 mn après la publication de ce billet, je reçois un mail.

De : Cyril De Graeve
To : mlevypro
Envoyé le : Tue Jun 03 11:30:28 2008
Objet : grillé

hello michel
ce serait hyper cool de laisser planer le doute encore un peu… ;-)
phone moi si tu veux en discuter
cyril

david-abiker.jpgAprès discussion, je choisis de dépublier le billet car il est plus interressant de voir quel impact va avoir le fake sur les medias et les lecteurs. Présomptueux me direz vous (je m’en suis rendu compte, pourquoi d’autres n’en feraient pas de même…) mais tout de même, il semble que certains journalistes aient déja relayé des infos sans les vérifier. C’est le cas de David Abiker par exemple.

D’aprés Chronic’art, tout sera dévoilé le 15 juin. En attendant, comme me l’a suggéré Gilles Bruno de l’Observatoire des Medias (au courant car il a lu le papier avant qu’il soit dépublié), nous ferons la vigie… Une bonne poilade en perspective.

REBONDISSEMENT #2: 3 jours après, Ecrans qui apparemment était dans la confidence décide de dévoiler le fake. Je contacte Cyril et lève le silence…

mknmlpmini.jpgMichel LEVY-PROVENCAL
directeur technique « nouveaux media » de
la chaine d’information France24.
www.mikiane.com

Télérama serait un média pour tous

Il était temps.

Que cela soit un peu dit, haut et fort.

Les mots ont un sens.

Les titres, aussi. Ceux d’un article, dans un journal, mais ceux des « plans » aussi.

Le syndicat SNJ de Télérama a adressé mercredi une lettre ouverte à la direction du groupe Le Monde, critiquant certains des objectifs affichés par cette dernière dans le cadre de son plan d’action 2008-2010.

couverture telerama

C’est que le vendredi, la direction du groupe avait adressé une lettre à l’ensemble des salariés du groupe (quotidien + magazines + sites internet) pour leur présenter l’architecture d’un « plan d’action 2008-2010 », visant à développer « l’excellence éditoriale » et les « performances économiques ».

Il vise notamment à « revisiter les axes éditoriaux » du groupe et à « résorber rapidement les foyers de pertes ». La direction souligne que le coeur de cible du groupe est « prioritairement constituée de lecteurs de formation intellectuelle supérieure de tous âges ».

Le hic, c’est que le plan est baptisé « projet CSP+ »: Télérama indique avoir pris connaissance « avec stupéfaction » de ce document.

« Non, aucun journaliste digne de ce nom n’écrit +pour les CSP+ », affirme le SNJ du Magazine.

« Sa seule préoccupation est de tendre à la vérité et à l’excellence. Ensuite, qui veut le lit. Et pas seulement les acheteurs de 4X4 », ajoute-t-il.

« Non, aucun journaliste digne de ce nom ne peut accepter que l’actionnaire de référence se permette de +revisiter les axes éditoriaux+ », estime encore le syndicat.

Cela serait « contraire aux principes d’indépendance de la presse » et aux « statuts de Télérama », croit avoir besoin de rajouter le syndicat.
Le chiffrage et les mesures concrètes de ce « plan d’action 2008-2010 » devraient être présentées dans les prochaines semaines.

(avec AFP)