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VIDEO – Maxime Vaudano : « Décodex débusque les sites douteux »

L’Observatoire des Médias a rencontré Maxime Vaudano lors de l’édition 2017 de la Conférence Nationale des Métiers du Journalisme qui se tenait au Palais de Tokyo les 26 et 27 janvier 2017.

Il nous explique le fonctionnement du moteur de vérification Décodex édité par Les Décodeurs du Monde et des extensions de navigateur à installer.

Voici comment Décodex est présenté sur le site Les Décodeurs :

Fruit de plus d’un an de travail, le Décodex, lancé début février 2017 par Le Monde, est un outil qui vise à lutter contre la diffusion virale de fausses informations et à aider les internautes à se repérer dans la jungle des sites producteurs ou relayeurs d’informations : est-ce un média citant ses sources et vérifiant ses informations, un site fabriquant ou propageant de fausses informations, un site militant ne mentionnant pas son affiliation politique ? Avant de partager une information, différents outils sont à votre disposition pour évaluer la fiabilité du site sur lequel elle est hébergée.

Des outils à installer : 

  • une extension Chrome (à télécharger ici) et Firefox (à télécharger ici) qui vous indique, en temps réel et pendant votre navigation, si le site est plutôt fiable ou s’il diffuse régulièrement de fausses informations ;
  • un moteur de recherche sur le site Decodex pour vérifier la fiabilité d’un site ;
  • un « bot Facebook » : lorsque vous irez parler avec Les Décodeurs dans la fenêtre de chat Facebook ou sur l’application Messenger, notre robot vous aidera à vérifier l’information (cliquez ici pour y accéder) ;
  • des articles pédagogiques, notamment à destination des enseignants, sur la différence entre une information et une source d’information, sur les moyens de vérifier une information, une image ou une vidéo qui circule sur Internet, etc.

En savoir plus sur lemonde.fr/les-decodeurs…

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Les clés des médias : Un réseau social, ce n’est pas un journal

L’Observatoire des Médias vous partage cette vidéo de France TV Éducation.

En ce mois de juin, le Canard boiteux a lancé un défi aux élèves : raconter chacun leur année au collège sur leur réseau social préféré. De son côté le journal sortira un numéro spécial où ses reporters raconteront l’année à leur façon. A la fin du mois on compare : rien à voir entre ce que racontent les élèves et les journalistes. Un réseau social ce n’est pas un journal : plus de subjectivité, plus de buzz, moins de synthèse, moins d’information.


Un réseau social, ce n’est pas un journal

RÉALISATEUR(S) : Mathieu Decarli & Olivier Marquézy
PRODUCTEUR(S) : LA GENERALE DE PRODUCTION; FRANCE TELEVISIONS; RADIO FRANCE; CANOPE; LE CLEMI; Avec le soutien de du ministère l’éducation nationale – Direction du numérique pour l’éducation; Avec le soutien du collectif Enjeux e-médias
AUTEUR(S) : Bruno Duvic
ANNÉE : 2016

Lettre ouverte au Président du CSA

Monsieur le Président,

C’est avec un calme olympien que je vois arriver la date du 31 janvier ; en effet, il s’agit du terme de la période préélectorale à l’issue de laquelle les compteurs des temps de parole des partis politiques seront remis à zéro. Or, dans la plupart des médias, le Front National a cru bon de jouer au plus malin, et a décidé d’être absent des plateaux de télévision et de radio. Ainsi, sa présidente se plaint du compteur FN qui accuserait « un retard considérable ».  Le Front National a décidé d’être un parti où la fille succède au père. Point de primaire. La gestion des primaires de la gauche et de la droite n’a posé aucun problème aux rédactions : elles ont reçu les candidats de la primaire de droite, puis les candidats de la primaire de la « belle alliance », et pendant ce temps là, la candidate Marine Le Pen a décidé de refuser, par exemple, que sa nièce se rende sur le plateau de « L’émission politique » de France 2, après une invitation qu’elle avait pourtant acceptée. Le FN n’a donc jamais été  « à une place subalterne », et vous venez, ce jour, de twitter à nouveau le document que vous aviez mis en ligne le 8 novembre 2016 :  « un outil unique et pédagogique qui contribue à l’accompagnement de la communication politique à l’ère numérique et à la construction collective d’un cadre de confiance ». Un document qui contient toutes les règles de répartition du temps d’antenne que votre institution est chargée de faire respecter.

Le FN se vante qu’en privé, certaines chaînes leur auraient fait savoir qu’elles avaient désormais des retards de plusieurs heures concernant le Front National. Normal. Le FN taxe des propos de M. Field d’allégations… lorsque celui-ci rappelle au Front national qu’il a subi plusieurs refus.

À quelques semaines de l’élection présidentielle, une telle inégalité de traitement est tout simplement le fait de ces refus, et complètement logique. Votre institution ne peut pas admettre qu’un trait soit tiré sur ses principes de fonctionnement, en tenant compte des mois de manipulation médiatique de la part de la direction du Front National.

Étant donné le caractère ridicule du courrier de la présidente du Front National et l’importance des enjeux pour le respect de la pluralité des opinions, une des missions que la loi confie au CSA depuis plus de trente ans, je vous remercie de continuer de ne pas répondre à sa présidente et de remettre à zéro les compteurs, comme il est prévu.  Il n’y a donc pas à reporter les heures « dues » au Front national sur la période qui s’ouvre le 1er février.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma haute considération,

Gilles BRUNO
L’Observatoire des Médias.

 

Vous l’aurez compris, cette lettre au président du CSA reprend la forme de cette lettre, ci-dessous : lettre-de-marine-le-pen-au-president-du-csa

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Mediawan : Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse vont acquérir le Groupe AB

L’Observatoire des médias publie les principaux éléments du communiqué de presse envoyé ce matin par Mediawan sur l’acquisition du Groupe AB.

PREMIERE ETAPE VERS LA CREATION D’UNE PLATEFORME INDEPENDANTE DE CONTENUS DE PREMIER PLAN, MEDIAWAN ENVISAGE D’ACQUERIR GROUPE AB, UN ACTEUR MAJEUR DE LA PRODUCTION, DISTRIBUTION ET AGREGATION DE CONTENUS TV EN EUROPE FRANCOPHONE

 Mediawan envisage une Acquisition Initiale d’un montant total d’environ 270 millions d’euros

 Groupe AB est un acteur majeur dans la production, la distribution et l’agrégation de contenus audiovisuels en Europe francophone, avec un fort potentiel de croissance au travers des chaînes TV, du digital et de la production, et qui servira de plateforme pour de futures acquisitions

 Les actionnaires de Mediawan (Hors Fondateurs 2 Après amortissement des droits) sont invités à se prononcer sur l’Acquisition Initiale lors d’une assemblée spéciale qui se tiendra le 13 mars 2017

Paris, le 30 janvier 2017. Mediawan SA (la « Société » ou « Mediawan »), le premier « SPAC » (Special Purpose Acquisition Company ou véhicule d’acquisition coté), fondé par Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse (ensemble les « Fondateurs ») et coté sur Euronext Paris depuis le 22 Avril 2016, a annoncé aujourd’hui l’entrée en négociations exclusives avec les dirigeants de Groupe AB ainsi que ses actionnaires, Claude Berda et TF1, dans le cadre d’une promesse d’achat en vue d’acquérir 100% des actions existantes de Groupe AB.

Description de Groupe AB

Fondé en 1977, Groupe AB est un éditeur, producteur et distributeur indépendant de contenus audiovisuels en Europe francophone. Le groupe est actuellement détenu par son fondateur Claude Berda (53%), TF1 (33,5%) et ses dirigeants (13,5%). Les activités du groupe s’articulent principalement autour de la production et la distribution de séries TV, téléfilms, dessins-animés et documentaires ainsi que de l’édition de chaînes TV et services digitaux associés. Proposant une offre étendue à l’ensemble de la chaîne de valeur du paysage télévisuel français, Groupe AB est parvenu à établir un modèle économique pleinement intégré. Grâce à sa stratégie de distribution élargie, Groupe AB est aujourd’hui un acteur indépendant majeur en France mais également à l’étranger, où la société connaît un développement international rapide, en particulier dans les pays

francophones d’Europe et d’Afrique. Selon ses estimations, Groupe AB devrait générer en 2016 environ 158 millions d’euros de chiffre d’affaires et environ 36 millions d’euros d’EBITDA(Après amortissement des droits). Pour 2017, Groupe AB prévoit une croissance du chiffre d’affaires d’environ 3% et environ 37 millions d’euros d’EBITDA(2). A moyen terme, Groupe AB anticipe une croissance du chiffre d’affaires supérieure à 5% et une marge stable ou en légère amélioration.

« Groupe AB représente pour nous l’opportunité d’acquérir un acteur de premier plan présentant un fort potentiel de croissance dans les secteurs des chaînes, du digital et de la production. Groupe AB constitue à cet égard une première étape dans la poursuite de l’objectif que nous nous sommes fixé au moment de notre introduction en bourse, à savoir créer une plateforme dynamique susceptible d’agréger efficacement des contenus premiums à travers de futures acquisitions. Cette plateforme aura vocation à consolider des contenus médias traditionnels et digitaux divers et ainsi de créer de la valeur pour toutes les parties prenantes de Mediawan » a commenté Pierre-Antoine Capton, directeur général et président du directoire de Mediawan.

« Je me réjouis que Groupe AB, en tant que première acquisition de Mediawan, soit le point de départ et d’ancrage de sa stratégie de croissance. Cette opération représente une formidable opportunité pour améliorer la visibilité de Groupe AB tout en lui donnant accès au financement nécessaire pour accélérer sa croissance dans le digital en France et à l’international » a déclaré Claude Berda, président de Groupe AB.

Principaux termes de l’Acquisition Initiale

Les modalités de l’opération envisagée, laquelle reste soumise à la réalisation de certaines conditions usuelles, prévoient que les actionnaires de Groupe AB recevront environ 270 millions d’euros en numéraire en contrepartie de la cession de 100% des actions existantes de Groupe AB qu’ils détiennent.

Il est également prévu que Pierre-Antoine Capton continue d’occuper le poste de directeur général et président du directoire de Mediawan et soit nommé président de Groupe AB. Orla Noonan continuera d’exercer les fonctions de directrice générale de Groupe AB et rejoindra par ailleurs le comité stratégique de Mediawan.

Financement de l’Acquisition Initiale

L’Acquisition Initiale serait financée, à concurrence d’un montant de 130 millions d’euros, par emprunt bancaire. Le solde du prix d’acquisition des titres de Groupe AB sera financé par prélèvement sur les fonds levés au moment de l’introduction en bourse et transférés depuis lors sur un compte de dépôt sécurisé. Cette structure de financement devrait permettre à Mediawan de conserver une flexibilité financière suffisante en vue de futurs investissements, y compris d’éventuelles acquisitions.

Réalisation de l’Acquisition Initiale

Conformément aux stipulations des statuts de Mediawan ainsi qu’aux engagements pris au moment de l’introduction en bourse, l’opération envisagée, en tant qu’Acquisition Initiale, requiert

l’approbation d’au moins deux tiers (2/3) des actionnaires (hors Fondateurs) réunis en assemblée spéciale. Cette assemblée spéciale se tiendra le 13 mars 2017. Un avis de réunion en vue de cette assemblée sera publié au Bulletin des Annonces Légales Obligatoires ainsi que sur le site de Mediawan (www.mediawan.fr) le 3 février 2017.

En outre, la réalisation de l’opération envisagée est soumise à certaines conditions usuelles, dont l’achèvement du processus d’information et de consultation des instances représentatives du personnel de Groupe AB et l’obtention des autorisations réglementaires requises du gouvernement du Grand-Duché de Luxembourg pour les activités de diffusion.

En cas d’approbation du projet d’Acquisition Initiale par les actionnaires réunis en assemblée spéciale à cet effet, la réalisation définitive de l’acquisition devrait intervenir au cours du premier semestre 2017.

Par ailleurs, en cas d’approbation du projet d’Acquisition Initiale par l’assemblée spéciale des actionnaires de Mediawan, cette dernière procédera, au plus tard le trentième (30ème) jour calendaire suivant la réalisation de l’Acquisition Initiale, au rachat des actions détenues par les actionnaires qui voteraient contre le projet d’Acquisition Initiale lors l’assemblée spéciale, dans les conditions prévues à l’Article 11.4 de ses statuts ainsi que dans son prospectus d’introduction en bourse, ayant reçu le visa numéro n° 16-132 en date du 11 avril 2016 de l’Autorité des marchés financiers (“AMF”) (le « Prospectus »). A la suite de la réalisation de l’Acquisition Initiale, l’ensemble des actions composant le capital social de Mediawan (y compris celles détenues par les Fondateurs) seront automatiquement converties en une seule et même catégorie d’actions ordinaires de Mediawan, et les bons de souscription d’actions ordinaires émis lors de l’introduction en bourse deviendront exerçables.

D’autres opportunités d’acquisition

Fort de son positionnement stratégique sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’audiovisuel, Groupe AB constitue une plateforme de consolidation unique qui permettra à Mediawan de déployer sa stratégie et d’agréger des sociétés indépendantes avec des expertises complémentaires dans le cinéma ou le contenu audiovisuel.

Plusieurs opportunités d’acquisition sont actuellement envisagées par Mediawan (aucun engagement ferme n’ayant été pris à ce stade) dans le but de créer des synergies avec Groupe AB et de constituer une plateforme indépendante de contenus premiums en Europe en forte croissance.

Dans certains cas, des discussions sont à un stade avancé et pourraient conduire à un accord dans les semaines à venir (auquel cas une communication spécifique serait effectuée à ce sujet).

Les documents afférents à l’assemblée spéciale des actionnaires (dont le rapport du directoire) seront mis à disposition sur le site Internet de Mediawan (www.mediawan.fr) au plus tard le 21e jour précédant cette assemblée.

Deutsche Bank intervient en tant que conseil financier et Lead Capital Market advisor auprès de Mediawan. JP Morgan et Société Générale CIB interviennent en tant que Joint Capital Market advisor auprès de Mediawan.

 

 

A propos de Mediawan

Mediawan est un véhicule d’acquisition (dit « SPAC ») constitué en France, et ayant levé en Avril 2016 dans le cadre d’un placement privé international, un montant de 250 millions d’euros à l’occasion de son introduction sur le compartiment professionnel du marché réglementé d’Euronext à Paris. Mediawan a été fondée par Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse dans le but d’acquérir une ou plusieurs sociétés cibles dans le domaine des médias traditionnels et digitaux ou dans le secteur du divertissement en Europe (“l’Acquisition Initiale”). Pierre- Antoine Capton est le fondateur de 3e OEil Productions, actuellement premier producteur indépendant de média en France. Xavier Niel est le fondateur et l’actionnaire principal du groupe français Iliad, coté à Paris, un des principaux opérateurs télécoms convergents, présent à travers la marque Free. Xavier Niel investit également dans 50 à 100 jeunes entreprises dans le monde à travers sa société d’investissement Kima Ventures. Xavier Niel a par ailleurs fondé le plus grand incubateur digital au monde – «1000 start-ups @La Halle Freyssinet» – basé à Paris. Depuis 2010, il est aussi propriétaire, avec M. Pierre Bergé et M. Matthieu Pigasse, du Groupe Le Monde ainsi que du magazine l’Obs, dont ils ont fait l’acquisition en 2014. Matthieu Pigasse occupe le poste de responsable mondial des activités de Fusions & Acquisitions et conseil aux gouvernements du groupe Lazard ainsi que celui de directeur général de Lazard en France. Il est également actionnaire de plusieurs groupes de médias en France : actionnaire majoritaire des InRocKuptibles, de Radio Nova, propriétaire du groupe Le Monde et de l’Obs avec Xavier Niel et Pierre Bergé, actionnaire de l’édition française du Huffington Post, de Vice France et de Melty Group.

Plus d’informations sont disponibles sur le site de Mediawan : www.mediawan.fr

A propos de Groupe AB

Fondé en 1977, Groupe AB est un éditeur, producteur et distributeur indépendant de contenus audiovisuels en Europe francophone. Le groupe est principalement impliqué dans la production et la distribution de séries TV, téléfilms, dessins-animés et documentaires ainsi que dans l’édition de chaines TV et de services digitaux associés. Le groupe a un portefeuille de 19 chaines de télévision, largement distribuées en Europe francophone et en Afrique. Groupe AB est un des gestionnaires de contenu les plus importants et les diversifiés en France avec environ 12 000 heures de programmes en catalogue et une production en interne d’environ 80 heures par an.

Plus d’informations sont disponibles sur le site de Groupe AB: www.groupe-ab.fr

 

 

 

 

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Élection de Trump : quelles responsabilités pour Google et Facebook ?

Les dernières élections américaines, encore plus que les précédentes, se sont déroulées pour les journalistes sous l’emprise des multinationales par lesquelles les informations passent désormais : Facebook et Google, pour ne citer que les plus importantes. Ces infomédiaires – tels qu’ils ont été théorisés par Franck Rebillard et Nikos Smyrnaios – n’ont jamais eu un rôle aussi important dans la diffusion et la circulation des informations journalistiques. Pourtant, ils semblent éviter les responsabilités qui devraient s’accompagner des pouvoirs éditoriaux qu’ils se sont arrogés ces dernières années. Responsabilités qui posent plus de questions que d’habitude dans la mesure où Donald Trump aurait prétendument bénéficié de la circulation de certaines intox, que l’on appelle désormais là-bas, et même ici « fake news ».

Trump à la Maison-Blanche : le rôle des infomédiaires

La monétisation des lieux de passage du numérique a fait naître des géants de l’information. Inutile de refaire leur histoire ici. Ce qu’il faut cependant garder en tête, c’est que les organisations par qui nous accédons à l’information en contexte numérique aujourd’hui – qui font cette “nouvelle” médiation entre nous et la production journalistique –, sont fondées sur le principe de captation de la valeur économique produite par d’autres acteurs ; ici, les journalistes. Géants parmi les géants, Google et Facebook ont une importance de premier ordre sur la réorganisation des informations et par conséquent, sur la manière dont elles nous parviennent. Comme le disait déjà Dominique Cardon dans une interview donnée au Monde en décembre 2015 “On ne réfléchit pas assez à la manière dont Google classe l’information”.

Emprises éditoriales

Comment se passe cette réorganisation ? Si l’on prend la home d’un site d’information, celui-ci classera sans doute les informations suivant des ordres explicites : rubriques thématiques, temps de lecture, les plus partagés / lus, les derniers parus, etc. L’article apparaît ainsi en contexte, lié formellement au reste du site web et ancré dans une ligne éditoriale. En accédant à l’article via un infomédiaire, une partie du contexte se perd. Plutôt, il se voit recréé au sein du site web par lequel on accède à l’article. Ce contexte se trouve totalement uniformisé : la timeline ou la liste dans laquelle il apparaît norment les formes textuelles et si vous pensez à Facebook, seul le logo du journal permet de reconnaître l’énonciateur.

Une quantité de repères, de signes sont sacrifiés sur l’autel de l’uniformité, qui donne pour résultat une grande similarité entre les différents posts, bien que ceux-ci soient de natures et d’énonciateurs différents. Des entreprises privées non-journalistiques (pour le moment) imposent ainsi des règles éditoriales en même temps qu’elles deviennent le nouveau contexte normé au sein desquels circulent les articles. La re-contextualisation s’accompagne alors de règles « éditoriales » : l’écriture de l’article, de son titre, de ses intertitres, sa taille et le moment de publication sont autant de paramètres à prendre en compte pour un bon référencement.

Tout ça pour dire quoi ? Pour expliquer que ces entreprises de la Silicon Valley ont une emprise éditoriale plus forte qu’elles ne le prétendent sur le travail des journalistes. Une part désormais si importante que, lors de l’élection de Donald Trump, bien des regards se sont tournés vers Google et Facebook pour pointer leur mauvaise gestion dans la diffusion de certaines informations. Notamment, la circulation de fake news a été particulièrement importante, sans pour autant que l’un ou l’autre ne canalise leur propagation. Des acteurs malveillants ont ainsi repris les formes et codes des sites de presse et dans la re-contextualisation et le reclassement des infomédiaires, difficile de faire la différence entre un vrai site et un faux.

Mais responsabilités limitées ?

Si les deux entreprises récusent toute responsabilité dans l’élection de Donald Trump (il serait de toute façon bien difficile de quantifier tout cela), Google et Facebook affichent deux manières de gérer la situation. Google continue la politique de l’autruche et se dédouane de toute responsabilité en se considérant comme une “plateforme” (entendez “neutre”) avant tout. Or, le moteur de recherche ne l’est pas, comme le faisait notamment remarquer Carole Cadwalladr le 16 décembre dernier dans The Guardian. Facebook consent, lui, à réfléchir à sa politique vis-à-vis des rédactions, pour peut-être la modifier légèrement.

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Le Facebook Journalism Project, un concept aussi flou que la photo qui illustre son annonce ?

À demi-mot, le réseau social reconnaît sans doute une part de responsabilité dans la mauvaise gestion des fausses informations qui ont circulé pendant les mois de la campagne puisqu’il a annoncé en décembre 2016 The Facebook Journalism Project. Derrière la grandiloquence de ce nom se cache une série de révisions de sa politique des news. Facebook attend le dernier paragraphe pour mentionner, sur son blog, qu’il “continuera à poursuivre ses efforts pour freiner la propagation des fausses informations”.

Cela se traduit par l’ajout d’une option pour l’internaute permettant de signaler une intox. Une fois le signalement effectué, des équipes de fact-checkers dites indépendantes vérifieront l’article en question. Ces dernières font partie de l’initiative du Poynter Institute et ont par conséquent signé ses “règles de principe” visant à harmoniser une charte de déontologie du fact-checking. Facebook intègre de cette manière une tierce partie journalistique pour la vérification des informations. La boîte noire que représente l’algorithme se voit attribuée une surveillance explicitement humaine, aveu d’une automatisation qui montre aujourd’hui largement ses limites.

Reste que les infomédiaires semblent éviter les critiques qui retombent sur les journalistes. Leur communication sur leur prétendue neutralité, leur transparence affichée nous fait oublier que ces géants sont avant tout des médiateurs et qu’en tant que tels, ils altèrent tout ce qui passe par leurs canaux et doivent assumer les responsabilités des conséquences de leurs politiques.

#Explicite, le bébé média aux 58 parents ex-iTélé

Il y avait du monde, ce lundi après-midi dans les beaux quartiers de Paris pour les 58 ex itele (une trentaine présents) d’Explicite, qui faisaient leur conférence de presse. Deux conférences de presse en une : l’annonce du projet et de son lancement immédiat, dès vendredi pour l’investiture de Donald Trump.

Un lancement dès vendredi

Si ce lancement rapide est possible c’est que les moyens sont limités et que le format est léger. Non ces ex-iTélé ne lancent pas une chaîne d’info en continu, ni un site d’information à proprement parler : ils se jettent dans la gueule du loup des réseaux sociaux, en produisant vidéos, interviews, émissions, podcasts ou diaporama pour les réseaux sociaux, « pour le moment ».

58 journalistes, dont deux non ex-iTélé, pour le moment

Le « pour le moment » est revenu plusieurs fois lors de cette conférence de presse et c’est bien normal. 58 personnes pour le moment, pas de modèle économique pour le moment, pas de montant fixé pour la somme demandée en crowdfunding pour le moment, pas de limite à la taille de cette rédaction non plus, pour le moment. Combien de temps le modèle autofinancé pourra-t-il tenir, on ne sait pas non plus, et cela dépendra des bonnes âmes dans un premier temps, puis des investisseurs dans un second temps. Une chose est sûre : ce ou ces investisseurs devront respecter une charte d’indépendance à laquelle les ex-itele tiennent comme à la bonnette de leur micro.

Olivier Ravanello haussera le ton au moment de prononcer ces mots : « On ne touche pas à l’indépendance des journalistes. Ça devrait être dans la tête de tout le monde ». Poke Bolloré & sa clique.

Le projet se veut sexy. Un joli logo (une agence accompagne bénévolement le projet), un habillage que l’on découvrira cette semaine, mais surtout une équipe « prête à l’emploi » comme le dit Olivier Ravanello, qui se trouve être le president de l’association des journalistes associés qui éditera les productions « Explicite ».

Spécifité et non des moindres de cette rédaction : « elle aime et elle a envie de travailler ensemble ». Petite allusion au fait que la grève avait été provoquée par la volonté de Bolloré d’imposer Jean-Marc Morandini à l’antenne de la chaîne Itélé ?

Explicite, des contenus avec une seule contrainte : la qualité journalistique

Au niveau des contenus, pas de contrainte de formats. Pas de grille, donc virtuellement pas de limites. Mais pas de site de destination non plus pour les héberger : « on vous proposera une sorte de chaîne info à la demande », annonce Olivier Ravanello.

Reportages, courts ou longs, ou alors plusieurs épisodes dans la journée d’un même reportage feuilletonnant.

La proposition convainc un peu moins lorsque l’équipe nous propose de « passer au crible les grandes mesures des candidats à la présidentielle », mais on demande à voir et à entendre, bien entendu.

De l’innovation technique

Après le joli plateau de France Info sur le canal 27 de la TNT, est-ce que la prochaine innovation en matière de journalisme mobile viendra d’Explicite? C’est possible.

L’un des ex salariés d’iTélé participe au lancement d’une structure technique baptisée Youbelive, qui rejoint le projet Explicite et qui permettra de déployer plusieurs directs vidéo interactifs à la fois : « 10 journalistes en immersion dans un événement », nous promet-on. Si c’est bien fait, il se peut que cela soit efficace et pas seulement gadgétoide.

L’ombre d’iTélé à effacer

Est-ce que ce projet est une sorte de thérapie de groupe pour journalistes échaudés après un mois de grève ? Il est bien possible que non. Néanmoins, lorsqu’on demande aux intéressés si ils continuent, en parallèle, à chercher du travail, la réponse est oui. Il est donc possible que quelques personnes quittent le navire à peine mis sur les mers de l’information. Mais une chose est sûre : Explicite va leur « permettre d’aller jusqu’au bout des choses, ce qu’ils n’avaient pas forcément pu faire dans [leur ancienne] maison » en ce qui concerne par exemple l’interactivité avec le public sur le sport, lance François Pinet.

Un financement à venir

« Des bonnes fées se sont penchées sur le berceau » : l’image est belle, et l’on parle donc d’une agence de design pour le logo et l’habillage des contenus, de la salle pour cette conférence de presse, qui servira aussi pour des émissions.

Pour le reste, l’équipe d’Explicite attend beaucoup d’une levée de fonds via crowdfunding pour un montant auquel ils réfléchissent encore, levée de fonds qui permettra de prouver la sexytude du projet auprès de vrais investisseurs.

Olivier Ravanello l’a martelé plusieurs fois : il verrait bien un groupe s’intéresser, investir dans le projet pour lui assurer sa viabilité.

Un groupe média s’était intéressé à la chaîne iTélé (et à son canal TNT) : le Groupe Le Monde. Interrogée par L’Observatoire des Médias, Sonia Chironi admet que oui, « avec la minorité de blocage de sa rédaction, Le Monde serait un groupe dont Explicite pourrait étudier les propositions ». Chiche?

#Explicite : c’est le nom du collectif de journalistes, et du média créé par des ex itélé

Il est là, le fameux projet. Un média, mais pour le moment, sur les réseaux sociaux. « On commence vendredi » ont confié Sonia Chironi et Olivier Ravanello, ex salariés d’itele, au micro de Sonia Devillers, sur France Inter.

« On va s’appeler ‘Explicite’, ca a le mérite d’être clair », dit Sonia Chironi au micro de l’Instant M. « On va faire des lives interactifs », « il faut rétablir un lien » renchérit son collègue Olivier Ravanello.

Une sorte de « BRUT », mais centré sur l’actu chaude?

Les journalistes médias avaient reçu cet email le 13 janvier : 

« Bonjour,

Vous vous demandez ce que deviennent les anciens d’Itélé?

Rendez-vous lundi 16 janvier à 14h30 chez […].

A lundi! »

Rien d’autre n’avait filtré, jusque cette émission de France Inter.

sur le compte Twitter du collectif, une image trône : 

Plus d’infos à venir à la conférence de presse à 14h30, car pour le moment : 

« Nous allons faire un crowdfunding« , annoncent-ils, tout en n’excluant pas d’accueillir un ou des investisseurs, « seul moyen d’être viable » selon les journalistes présents sur le plateau d’Inter. 

Après un tweet de bienvenue : 

le compte retweete les journalistes du collectifs qui portent ce message : « Salut à tous, je suis journaliste et j’ai décidé de m’associer » 

Mutation des usages

Mutation des usages : 5 défis majeurs pour les médias et producteurs de contenus

Pour faire face aux mutations des usages majeures qui se succèdent et s’accélèrent, voici les cinq recommandations de Cyrille Frank aux médias et producteurs de contenus, pour 2017 et au delà. Billet originellement posté sur Mediaculture.fr

1- Fragmentation des publics et des usages : ciblez et segmentez

Nous assistons depuis une quinzaine d’année à une diversification accélérée des publics et de leurs attentes. Une évolution profonde de notre société qui se traduit par la multiplication des communautés par affinités, goûts, croyances. Les fameux socio-styles de Bernard Cathelat, tentative de classement des comportements et styles de vie des individus, sont largement dépassés et inadaptés, car il y a une multitude de paramètres de choix et donc des milliers de combinaisons possible !

 

Ce phénomène déroute d’ailleurs les partis politiques englués dans des offres politiques monolithiques inadaptées à la multiplicité des attentes. D’où la tentative – malheureusement très « marketing » de Ségolène Royal en 2007 – d’impliquer les citoyens dans l’offre politique, via son concept de « démocratie participative ».

Un autre effet de cette diversification des groupes sociaux – les « tribus » – s’observe via la multiplication des religions dans le monde (aux Etats-Unis ou en Amérique latine pullulent des milliers de sectes évangélistes). Et chez nous, par le développement de syncrétismes religieux où chacun choisit ses croyances à la carte (un peu bouddhiste, un peu chrétien un peu protestant…). Sans oublier hélas la résurgence des fondamentalismes de tout bord.

On le perçoit aussi de manière plus positive, dans la création de communautés d’intérêt qui se mobilisent sur des passions (cuisine, cinéma, tuning…) ou des questions de société (la diversité, l’égalité hommes-femmes, la biodiversité ou la défense du droit des animaux), sur sur les blogs, Twitter, Facebook ou dans le milieu associatif.

Quoi qu’il en soit, les médias généralistes qui proposent une offre unique et standardisée ne sont plus adaptés à cette nouvelle génération qui fait son marché parmi ce qu’on lui propose, car les technologies le lui permettent désormais. Ceci, via le streaming à la demande, les podcasts, la télé de rattrapage, la recherche Internet et le picorage social des contenus recommandés par sa communauté.

L’une des solutions qui s’offre aux médias est de segmenter davantage leur offre selon les publics auquel ils s’adressent. En somme de développer une stratégie de contenus dédiés : ce sont les fameux « verticaux » ( cuisine, mode, lifestyle, golf… ).

Les généralistes souffrent car, à vouloir plaire à tous, ils se condamnent à n’intéresser personne, car ils sont obligés de réduire l’offre au plus petit commun dénominateur.

La difficulté de cette stratégie est de conserver une cohérence éditoriale pour la marque média. Agréger des communautés différentes, pour afficher une puissance publicitaire qui intéresse les grands annonceurs. Mais sans y perdre leur âme. Quand Le Figaro (entre autres exemples), mélange l’audience des forums de « Comment ça marche » à ses lecteurs quotidiens, cela n’a aucun sens et aucune efficacité publicitaire.

Par ailleurs, les médias peuvent retrouver un volume d’audience par leur capacité à fournir les bons contenus aux bonnes personnes, au bon moment. Ceci est possible aujourd’hui, dans une certaine mesure, grâce aux données utilisateurs, et c’est ce qui fait la fortune de Google, Facebook ou encore Criteo – la fameuse plateforme de recyclage publicitaire, qui détient à lui-seul 24% du marché de la programmatique en France.

Les médias pêchent largement en ce domaine, par manque d’investissement et de savoir-faire technologique et c’est la raison pour laquelle, ils se font spolier par les géants de la publicité et du web qui captent l’essentiel de la valeur.

Google et Facebook ont récupéré à eux-seuls, 64% des quelque 60 milliards de dollars d’investissement publicitaire numérique aux Etats-Unis en 2015. Et il ne cessent d’engranger davantage de revenus (+20% entre 2014 et 2015), comme le montre le graphique ci-dessous, en particulier grâce à la programmatique qui représente désormais plus de 60% de la publicité numérique totale.

programmatique

Il est urgent que les médias investissent massivement dans l’élaboration de leurs propres plateformes publicitaires ciblées, avec l’arme décisive des enchères, soit auprès des annonceurs en direct, soit des agences média. Gros chantier car cela passe par une refonte globale de tout leur dispositif data et CRM.

cyr9_9gxaaa3gxbSans même parler de solutions technologiques évoluées, les médias doivent modifier leur processus de production, pour différencier les contenus produits des publics visés et du support et canal de consultation. Par exemple, le magazine « I’am Divas » qui s’adresse aux femmes amoureuses de l’Afrique, distribue ses contenus en fonction des vecteurs d’expression choisis. Sa ligne éditoriale n’est pas la même sur Internet que sur le papier (cible plus âgée, plus instruite) ou sur les réseaux sociaux. Ses formats sont eux aussi adaptés aux réseaux qu’elle aborde et ces tris sont opérés dès la conférence de rédaction ou adaptés en aval, par la community manager.

Idéalement, les médias doivent aussi adapter les formats aux temporalités de diffusion. Long, profond, narratif et développé le soir après 22 heures ou le week-end, lorsque la disponibilité mentale du lecteur est la plus grande sur les sujets de fond ou lorsqu’il accepte de se laisser divaguer au récit et « l’ailleurs ». Et lieu où la beauté de l’objet reprend ses droits : il faut pouvoir en être fier et le laisser traîner sur sa table basse, c’est l’une des motivations « positionnelles » de l’acheteur.

Concis, précis et basique sur mobile le matin, quand on n’a peu de temps pour s’informer avant la socialisation, de la machine à café (ou de ses clients, fournisseurs etc.). Video sous-titrée pour permettre aux gens de suivre l’histoire dans les transports publics ou sur leur écran à leur bureau, en open-space.

Décalé et original sur les réseaux sociaux ou le contexte de recommandation par ses amis non seulement autorise mais recommande un ton plus familier et décontracté.

2- Pénurie de l’attention : musclez vos contenus et arrêtez la neutralité !

La durée moyenne d’attention des lecteurs diminue ! Elle serait passée de 12 secondes en 2000 à 8 secondes en 2013, selon une étude de Microsoft Canada. Submergé d’informations et de messages divers, le lecteur diminue fort logiquement le temps accordé à chacun. C’est une stratégie adaptative de l’Homme qui prouve la plasticité incroyable de son esprit, même si cette infobésité a un prix, surtout auprès des moins instruits.

Ceci a des conséquences importantes dont les médias n’ont pas toujours pris la mesure. Ils continuent de produire une masse impressionnante de contenus qui ne sont pas vus et pas lus.

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D’abord, il est devenu indispensable de développer un ton et un univers particuliers qui sortent du lot. Pour cela, à nouveau, pas d’alternative : il faut s’adresser à un public précis auprès de qui on pourra jouer l’implicite, voire la connivence. Le choix du tutoiement ou du vouvoiement, du vocabulaire familier mais pas grossier, de l’environnement graphique décalé, classe ou sérieux… Tous ces marqueurs positionnels dépendent avant tout de ceux à qui l’on s’adresse. Tout comme les jargons et langages plus ou moins excluants, qu’il s’agisse des smileys et autre emoticons ou des expressions sportives de connaisseurs.

Ensuite, cela implique en filigrane, qu’il faut cesser de professer la neutralité journalistique qui n’a plus sa raison d’être – si elle n’en a jamais eu. Tout choix de sujet, tout angle, tout traitement trahit nos représentations du monde, nos valeurs, nos croyances profondes. Vouloir le nier est au mieux une utopie douce, au pire un mensonge cynique.

Les citoyens l’ont bien compris qui dénoncent les différences flagrantes de traitement de l’information, selon nos intérêts géopolitiques. Saddam Hussein, infâme dictateur qu’il fallait chasser – Bachar El Assad, rempart contre la barbarie islamiste. Les lecteurs-spectateurs, mêmes les moins instruits, ne sont pas idiots : ils voient bien ces choix politiques insidieux. La neutralité prétendue des relais médiatiques explose en plein vol.

Dans le débat de fond entre Keller et Greenwald, je penche aujourd’hui pour une subjectivité assumée et transparente. Je crois que la position de Greenwald est plus honnête et plus susceptible de retisser la confiance avec les lecteurs.

Est-ce que tout journaliste doit être militant pour autant et défendre un point de vue politique ou engagé ? Certainement pas ! Car, tous les sujets ne s’y prêtent pas et notre niveau de maîtrise des sujets n’est pas toujours immense, surtout au début. Mais à partir du moment où l’on essaie d’aller au delà des faits bruts, et cela nous est vivement demandé par le public – il faut révéler sa vision du monde : libéral, anarchiste-libertaire, croyant, républicain traditionaliste… Un peu comme les descriptions des journaux repris par le Courrier International qui éclairent les articles qu’ils reprennent.

Le plus souvent cette neutralité est un aveu d’impuissance : les médias sont peu organisés et/ou staffés pour produire autre chose que la simple relation des faits. Mais c’est quelquefois aussi un alibi à a fainéantise. Il est tellement facile de se retrancher derrière une neutralité apparente pour ne pas avoir à creuser les sujets et produire un point de vue documenté.

3- Infobésité et hyper-concurrence : mettez le paquet sur la distribution

La qualité des contenus ne suffit pas. Il faut faire et bien faire, certes, mais il faut aussi faire savoir : distribuer les bons contenus aux bonnes personnes, pour recruter des lecteurs et mieux, des abonnés.

Mais comme vous n‘avez pas les moyens d’être présents correctement sur toutes les plateformes, il faut déterminer où se trouvent les lecteurs qui ont le plus de valeur pour votre marque (média ou annonceur). En matière d’animation communautaire, comme de contenus, il vaut mieux faire moins, mais faire mieux.

Votre public le plus intéressé par ce que vous avez à proposer est-il plus sur Linkedin, Twitter, Instagram, Snapchat ? Ayant des clients B2B, je me suis naturellement concentré sur Linkedin et Twitter. Mais si vos lecteurs sont plus grand public, c’est évidemment Facebook et Messenger qu’il faut privilégier.

Pour répondre à cette question, il faudra donc préalablement définir le plus précisément vos cibles. Cela veut dire passer du temps à les cerner et à les comprendre : reprendre les études dont vous disposez déjà, analyser le comportement de vos lecteurs sur les différents supports, élaborer et diffuser un questionnaire sur leurs attentes et pratiques…

Mettez le paquet sur le mobile, notamment via les applications qui concentrent 86% du temps passé sur ce support et plus de 50% du temps digital total, et permet donc la fidélisation des lecteurs « utiles » – ceux qui apportent la valeur la plus forte pour la marque media. Cette rétention est clé pour faciliter la transformation d’un lecteur en abonné.

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Utiliser le search, l’e-mail, ne négligez pas la page d’accueil qui concentre de moins en moins de trafic, mais rassemble les utilisateurs les plus fidèles. Sans toutefois y consacrer toutes les énergies, comme c’est souvent le cas dans les medias traditionnels. La culture de la une reste forte et cannibalise l’attention des rédactions au détriment des autres canaux de distribution. En réalité, la nouvelle page d’accueil, c’est bel et bien l’article lui-même !

Même si votre modèle d’affaire repose sur l’abonnement, vous devez faire connaître votre offre. Il faut montrer le produit pour le vendre, c’est pourquoi les commerciaux savent qu’il faut le placer entre les mains du prospect. C’est ce qu’a bien compris Mediapart qui inverse le paradigme du payant, en diffusant gratuitement ce qui le plus de valeur : les scoops, tout en faisant payer les rebondissements et les détails de l’enquête.

4- Evaluez la rentabilité des contenus produits sur le long terme

Attention aux indicateurs que vous retenez pour établir votre hiérarchie des succès ou des échecs éditoriaux. Un bon sujet n’est pas forcément celui qui apporte le plus de trafic, ni même le plus d’engagement sur le moment.

Si votre modèle repose sur la publicité, et donc en partie sur le volume de trafic, il faut regarder le résultat sur la durée. Il y a des sujets pratiques, simples et efficaces qui cumulent dans le temps une audience considérable. Je me souviens que l’un des plus grands succès d’audience de RFI en langue brésilienne, était consacré aux top 10 des musées incontournables de Paris. Ni scoop, ni polémique, ni format particulier. Juste une offre éditoriale qui comblait un besoin pratique de leur audience et qui leur apportait une rente d’audience par la recherche.

Mais il faut pour cela penser à optimiser l’accès à ses archives : titrages informatifs par mots clés, maillage intelligent de liens entre les sujets et surtout, examen régulier des sujets qu’on peut et doit remonter, quitte à les adapter. Certains comme Le Temps de Genève ont même crée un algorithme pour faire remonter automatiquement les sujets porteurs.

Par ailleurs, la quantité du trafic ne suffit pas à évaluer la valeur créée, car il faut tenir compte aussi de l’image véhiculée par le contenu pour l’annonceur et le média. C’est pourquoi l’émission de Jean-Marc Morandini est désertée par les annonceurs, en dépit d’audiences correctes. Cette valeur d’image des sujets est inquantifiable mais elle dėtermine sur le long terme la valeur du média auprès des annonceurs, comme des abonnés.

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Frédéric Filloux, milite pour l’intégration d’un facteur « qualité » dans la tarification publicitaire des médias. Il a imaginé un système dans lequel les médias taguent leurs contenus en amont de leur diffusion, en indiquant la longueur, le type de format, le nombre de rédacteurs, graphistes, développeurs impliqués, le temps de production. Le tarif publicitaire proposé aux annonceurs ne dépendent donc plus du lieu de diffusion (en Home ou en rotation générale, en haut ou en bas de page…).

Je pense pour ma part que c’est une fausse bonne idée. D’abord, parce que les éditeurs ne se mettront jamais d’accord sur un standard commun. Ensuite, je crains qu’on ne puisse corréler de manière systématique le temps et les moyens de production investis au prix demandé au lecteur/annonceur. On peut passer beaucoup de temps et dépenser de gros moyens à créer quelque chose de raté. Il vous suffit pour vous en convaincre de penser à quelques-uns des blockbusters hollywoodiens, comme Independance Day.

Par ailleurs, plus fondamentalement, il me semble illusoire et même dangereux de vouloir standardiser la « qualité », car la perception de celle-ci dépend avant tout du récepteur. Il ne s’agit que de ses propres goûts. Cessons cet impérialisme culturel des sachants sur ce que doit être « la bonne culture ». Ce ne sont pas non plus forcément les contenus les plus longs qui sont les meilleurs, attention aux articles verbeux, redondants et plus ou moins creux, comme l’a constaté le Wall Street Journal, lui-même.

Il ne s’agit pas nécessairement des formats « innovants » qui bougent, sont jolis ou font « pouet pouet ». Il existe une tonne d’infographies illisibles, très jolies, mais qui demandent beaucoup trop d’efforts au lecteur pour qu’il les comprennent.

De la même manière qu’une longue phrase qui comporte plusieurs idées est difficile à comprendre, un visuel trop synthétique peut être totalement indigeste. La pédagogie nécessite au contraire de séquencer les idées, pour pouvoir les absorber au fur et à mesure.

C’est aussi une façon assez injuste de récompenser le talent. Un article écrit ultra-drôle et pertinent serait moins bien payé qu’une infographie basique ? Un cartoon cinglant qui dit tout en une image, aurait moins de valeur qu’une longue dissertation ? En matière artistique, comme en journalisme, le temps de production et la longueur ne font rien à l’affaire.

C’est pourquoi, les seuls critères possible, sont l’engagement du public : le temps effectif passé, la récurrence de visite (lecteur occasionnel ou fidèle ?), et côté producteur, la durée de l’effort (rubrique dédiée ou vertical « événementiel »). Les médias savent d’ailleurs très bien vendre ces dossiers et contenus spéciaux à des tarifs très supérieurs à la rotation générale sur le site.

Pour mieux monétiser leur inventaire, je recommande surtout aux médias de mieux communiquer entre rédaction et régie interne, pour donner le plus d’informations possible aux commerciaux, en amont des sujets, afin de leur permettre de mieux vendre. Cela passe par le partage du synopsis, de maquettes, des audiences prévisionnelles par rapport à l’année précédente… bref un agenda partagé, et surtout la présence du rédacteur en chef, lors des réunions clients importantes.

5-Développez le lien avec vos lecteurs, y compris dans le monde physique

Dans un univers technologique en mutation constante, votre seule valeur pérenne, c’est le lecteur. Il faut développer un lien de confiance fort, pour s’assurer que la prochaine évolution d l’algorithme Google ou Facebook ne va pas détruire cette audience que vous avez passé tant de temps à construire.

Donnez-vous de vrais moyens pour créer et développer une communauté. Ne vous contentez pas de solliciter des commentaires, lesquels ont d’ailleurs migré massivement sur Facebook.

Demandez des contributions, sollicitez les expertises et intégrez-les à vos articles. Donnez à vos lecteurs-contributeurs de la visibilité et de la reconnaissance, invitez-les à visiter les coulisses, à discuter avec les journalistes, à échanger avec d’autres experts…

Créez des événements dans le monde physique pour accroître encore ce lien. Comme Le Monde avec son festival sur plusieurs jours, ou encore le club du magazine « I am Divas » qui organise rencontres et soirées spéciales pour ses adhérents.

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C’est aussi la recette du succès de pure players comme Meetic, Marmiton qui ont assez tôt organisé des rencontres dans le monde physique, des speed dating, des cours de cuisine. Ou même opéré un retour étonnant dans le media vintage (le reverse publishing inversé !) par le lancement d’un magazine papier, pour ce qui concerne Marmiton.

Il y a un retour certain au tangible, au palpable, quand l’objet proposé est beau et l’événement à la fois sincère et riche.

 

Mutation des usages : ça continue

N’hésitez pas à commentez, critiquer, compléter cet article, pour l’enrichir ! Merci 🙂

Cyrille Frank

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photo ©Dries Verachtert en CC via Flickr.com

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Ariane Chemin : « Buisson méprisait Fillon. Comme Sarkozy. C’est le baiser qui tue… »

Voici ce que disait Ariane Chemin du journal Le Monde sur Patrick Buisson chez Europe 1 fin octobre : « il n’y a plus aucune candidature qui correspond à ce qu’il pense et à ce qu’il croit ». Avec les nouveaux ralliements à François Fillon, vainqueur du premier tour de la primaire « de la droite et du centre », force est de constater que les choses ont peut-être changé.

Ce jeudi 24 novembre, jour du débat du deuxième tour de la primaire « de la droite et du centre », Europe 1, le journaliste David Doukhan d’Europe 1 a tendu son micro à Patrick Buisson, malgré la mise en examen du personnage.

Conseiller de l’ombre de Nicolas Sarkozy, désigné comme étant à l’origine notamment du virage à droite de la campagne de 2012 du candidat de l’UMP, l’ancien rédacteur en chef de Minute se félicite du succès de François Fillon au premier tour de la primaire de la droite et du centre, et prédit sa victoire dimanche:

On assiste à ce que j’appelle, la révolution conservatrice. C’est le mot de Napoléon à ses ministres : ‘N’ayez pas peur du peuple, il est encore plus conservateur que vous' », soutient Patrick Buisson. « C’est en cela que Juppé, qui s’est fait le porte-parole de la modernité, tient un discours absolument ringard. Il ne se rend pas compte que cette révolution conservatrice est partout à l’œuvre dans la société occidentale.

Fillon a fait une campagne qui, à sa manière – moins triviale, moins brutale que celle de Sarkozy -, était une campagne de transgression des tabous. Maurice Druon avait l’habitude de dire qu’en France, il y a deux partis de gauche dont l’un s’appelle la droite. C’est cette anomalie française qui est en train de prendre fin. Fillon assume une droite conservatrice.

Juppé sera très probablement battu dimanche soir […] Il représentait cette tradition de cette droite qui ne s’assume pas. Cette hypothèque qui pesait sur la droite est en train de sauter et c’est en cela que, dans l’histoire des idées, c’est un moment historique

L’Observatoire des Médias a demandé à Ariane Chemin son sentiment. Pour la journaliste, « il est partout, il rebondit toujours, alors qu’il est mis en examen et qu’il a enregistré un président à son insu. Buisson se recycle toujours c’est sidérant. »

Interrogée sur un probable ralliement, la grand reporter du Monde poursuit : « La vérité, c’est qu’il méprisait Fillon. Comme Sarkozy. Mais sa haine de Sarkozy est aujourd’hui telle qu’il trouve des vertus à Fillon, alors que Buisson est tout sauf un libéral. Il est vrai que sur les valeurs et le côté France des clochers il s’y retrouve sans doute. » avant de conclure :« C’est le baiser qui tue… Mais Fillon ne sera pas assez sot pour le prendre comme conseiller! »

Grâce à Europe1, Buisson est à nouveau sous les projecteurs médiatiques. Comme le dit Ariane Chemin, « le voilà maintenant intronise expert es primaires/présidentielle!»

Et si on le laissait aux oubliettes de sa chaîne Histoire?

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Les journalistes, premières victimes de la répression en Turquie

« Aujourd’hui, nous avons le record du nombre de journalistes en prison. Nous avons dépassé tous les régimes autoritaires et totalitaires du monde ». Au cours de l’entretien que nous avons eu, en septembre, dans un vaste bureau au dernier étage du quotidien Cumhuriyet,  le journaliste Kadri Gürsel, dressait le constat amer d’une presse turque en pleine épuration. « Le journalisme est mort en Turquie. Il ne reste plus que des médias sous le contrôle du pouvoir. Leur fonction n’est que de relayer la parole officielle. Les autres sont réduits au silence « , nous disait cet ancien journaliste à l’AFP, membre du comité directeur de l’Institut de la presse internationale (IPI) et spécialiste de politique étrangère.

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Quelques semaines plus tard, le 31 octobre, Kadri Gürsel était lui aussi arrêté, avec huit de ses collègues. la police a lancé un raid sur le journal et a dont les cadres sont accusés de liens avec des organisations terroristes. Ils croupissent depuis en prison. Au total, environ 145 journalistes et écrivains seraient actuellement détenus en Turquie selon le décompte de la plateforme indépendante P24. La moitié des journalistes emprisonnés dans le monde le sont par le régime turc.

« Je n’ai jamais connu pire situation pour les journalistes. Même pendant les périodes de junte militaire. »

« Je n’ai jamais connu pire situation pour les journalistes. Même pendant les périodes de junte militaire. » Celui qui porte ce regard sombre sur le paysage médiatique en Turquie n’est pas le premier venu. Hasan Cemal, 47 ans de carte de presse, est l’une des grandes figures du journalisme politique turc. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, autour de 2005, Hasan Cemal était pourtant une voix écoutée jusqu’au sommet du pouvoir. Sa plume était bienveillante à l’égard d’Erdogan. Aujourd’hui, comme tous les démocrates, il est désabusé. Et il n’a plus de mot assez dur pour décrire l’atmosphère dans laquelle est plongé son pays.

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Hasan Cemal a été une victime parmi d’autres de la grande « purge » des médias lancée par Recep Tayyip Erdogan. En 2013, il a été licencié du grand quotidien Milliyet, tout juste racheté par un homme d’affaires lié au gouvernement et patron de la fédération turque de football, Yildirim Demirören. Sa carte de presse lui a été supprimée pour la première fois depuis 1969, en septembre. « Tous mes collègues sont en exil, en prison, ou privés de leur travail. Erdogan veut une presse servile, à sa botte », constate Hasan Cemal.

L’ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet, Can Dündar, lui, a été contraint à l’exil après avoir été condamné à une lourde peine de prison et victime d’une tentative d’assassinat à la sortie du tribunal. Sa faute: avoir publié les preuves de livraisons d’armes par les services secrets turcs à des groupes radicaux syriens. Dündar avait été nommément pris pour cible par Erdogan. « Il le payera cher », avait fulminé le président turc.

Très tôt convaincu de la nécessité de contrôler l’information, dans un pays grand consommateur de journaux, l’homme fort de la Turquie arrivé au pouvoir en 2003, a rapidement fait le ménage dans le paysage médiatique. Dès 2009, il met à genoux le puissant groupe Dogan, qui détenait les plus grands titres (Hürriyet, Milliyet, Posta) et la chaîne CNN Türk. Frappé par un redressement fiscal de 3,7 mds de dollars, le groupe est dépecé, vendu en partie à des hommes d’affaires proches du parti au pouvoir, l’AKP. Le journal Sabah est lui aussi racheté par un groupe, dirigé par le gendre d’Erdogan.

Répression en Turquie : les réseaux sociaux aussi

La censure d’internet et des réseaux sociaux est une autre forme prise par la mainmise du pouvoir turc. Youtube avait été bloqué de longs mois, déjà en 2007. La moitié des tweets bloqués en 2015 par des administrations étatiques l’ont été par la Turquie. Ce black-out sur l’information est devenu particulièrement criant à partir des émeutes du parc Gezi, en 2013. Depuis, les interventions incessantes du pouvoir politique ont laminé toute une profession.

Des centaines de journalistes, de toutes les sensibilités politiques, ont été licenciés depuis 2013 avec l’épuration lancée par Erdogan contre la presse. « Aujourd’hui 90% de la presse est contrôlée par Erdogan et ses proches. Ils ne parlent que d’une voix, ne font que s’incliner, servir, répéter la parole officielle », estime Hasan Cemal.

Depuis le 15 juillet et le coup d’Etat manqué, la répression frappe tous azimuts : la presse critique de gauche, mais aussi les médias jugés « pro-kurdes » ou conservateurs… Renforcé par l’état d’urgence, le pouvoir a fait fermer des chaînes de télévision, radios, sites internet et le quotidien Özgür Gündem. Journalistes, éditeurs et même les membres du comité de soutien de ce journal sont poursuivis par la justice, y compris Erol Önderoglu, courageux correspondant de Reporters Sans Frontières depuis plus de 20 ans.

Enfin, la presse proche de la confrérie de Fethullah Gülen, ancien allié devenu rival et soupçonné d’être le cerveau du coup d’Etat, a été anéantie. Le groupe de presse Ipek, qui détenait plusieurs chaînes télé et quotidiens, a été saisi par la force et placé sous tutelle en octobre 2015. Le journal Zaman, vaisseau amiral de la confrérie Gülen qui tirait à 700.000 exemplaires par jour, a été pris d’assaut par la police antiémeutes et réduit au silence. Des dizaines de ses journalistes et éditorialistes ont été mis derrière les barreaux, d’autres poussés à l’exil.Au total 170 médias ont été interdits ces quatre derniers mois.

C’est peut-être à l’étranger que se trouve l’avenir des médias turcs. C’est l’avis de Can Dündar qui devrait lancer prochainement une web tv turcophone depuis son exil allemand.

Guillaume Perrier

Les entretiens avec Kadri Gürsel et Hasan Cemal sont à retrouver dans « Erdogan, l’ivresse du pouvoir« , un film documentaire de Guillaume Perrier et Gilles Cayatte (Alegria Productions), sur Arte à 20h50.