Catégorie : Presse

Touche pas à mon journalisme, l’impossible autocritique des médias

La France n’est que 38ème au classement mondial de la liberté de la presse et, sans les aides de l’État, la plupart des journaux mettraient la clé sous la porte. Mais, le corporatisme, l’autocensure, et l’aveuglement idéologique empêchent la profession de faire son autocritique, pourtant nécessaire.

Précision : cet article, écrit et commandé il y a un an tout juste, n’a jamais été publié. On m’a reproché un angle trop flou et des interlocuteurs trop partiaux. Je vous laisse en juger.

Le quatrième pilier de notre démocratie est malade. La France est seulement 38ème au classement mondial de la liberté de la presse, près d’un Français sur deux n’a pas confiance en les médias et lesventes de journaux sont à la peine. Manque de neutralité, d’indépendance envers les pouvoirs politiques et économiques, la dernière cuvée du Baromètre TNS Sofres/La Croix, bien qu’imparfait, en dit long sur la défiance des Français envers ceux qui sont censés les informer.

« La question [de la crédibilité] des médias se pose dans la population », avouait Maurice Szafran, PDG de Marianne, lors d’une journée de débats organisée par Libération. Pourtant, quand il s’agit de porter un regard critique et panoramique sur leur fonctionnement et leur financement, d’informer sur l’information, les médias dominants sont aux abonnés absents.

Le poil à gratter de la profession

Car, « même s’il existe des rubriques et des émissions se positionnant comme critique des médias, les médias en question vont s’en servir pour critiquer les pratiques de la concurrence », estime Jean-Marie Charon, sociologue des médias au CNRS. Pour Henri Maler, animateur d’Acrimed, une association qui passe au crible les dérives médiatiques, les journalistes spécialisés médias jouent le rôle de poil à gratter de la profession.

Ce n’est pas leur compétence ou leur professionnalisme qui est en cause, mais plutôt l’étendue limitée de leur champ de travail.chiens-garde-rc« Aujourd’hui, un certain type de critique existe,reconnaît Yannick Kergoat, co-réalisateur des ‘nouveaux chiens de garde’, un film dénonçant les dérives des médias français. Mais c’est un produit médiatique comme un autre, une critique de surface mais surtout pas une critique radicale. Les médias vont dénoncer les bidonnages ou certains dérapages de leurs confrères, mais la question de la propriété privée des médias, par exemple, n’est jamais abordée, ou si peu ».

Certes, Augustin Scalbert, journaliste à Rue89, a enquêté sur les censures de Bernard Arnault, homme le plus riche d’Europe et patron de presse, ainsi que sur l’influence de Serge Dassault sur les journaux qu’il détient. Mais ces articles sont trop rares. « On est une des rares rubriques médias à couvrir les problèmes éditoriaux en France », explique le journaliste. En effet, il est des questions que peu de journalistes se posent. Est-il normal qu’Arnaud Lagardère, un marchand d’armes, tributaire des commandes de l’Etat, soit à la tête du premier groupe de presse français ; ou qu’en 2008, la compagne du ministre des Affaires Etrangères soit parachutée à la tête de l’audiovisuel extérieur français ? Et où diable sont les articles qui nous expliquent pourquoi la France est 38ème au classement de la liberté de la presse, derrière le Niger ?

Assurément pas dans les rubriques médias des médias dominants où les articles critiques sont noyés dans un flot d’informations aussi essentielles que l’audience exceptionnelle des émissions de variété sur TF1le tacle de Nicolas Sarkozy à la compagne journaliste de François Hollande ou le succès d’une vidéo sur les bobos parisiens.

Et quand les journalistes s’intéressent à des sujets aussi cruciaux que leur indépendance, le résultat est spectaculairement consensuel, le but étant de ne froisser personne. Ainsi, le reportage de LCP intitulé « journalistes et politiques les liaisons dangereuses » est un exemple probant de la réticence des journalistes à laver leur linge sale en public. Au terme de 30 minutes d’une « enquête » lénifiante, la reporter conclut en disant que « les journalistes d’aujourd’hui semblent moins contrôlés par le pouvoir et donc plus libres de [n]ous informer ». On aimerait pouvoir la croire.

Mise au ban médiatique

Si les simulacres d’enquête de ce genre sont généralement bien acceptés par les élites journalistiques, les investigations plus poussées dérangent. En effet, ceux qui s’attèlent à mettre en lumière certains problèmes doivent s’attendre à une levée de boucliers. Quand Xavier Ternisien, journaliste au Monde, a publié en 2010 un article sur les conditions de travail des journalistes web, la réponse indignée de ceux qu’il appelait « les forçats de l’info » fut immédiate. Pourtant, ce n’est pas la compétence des journalistes qui était remise en cause, mais bien la difficulté d’exercice de leur profession. Qu’importe, on ne touche pas à la profession sans retour de bâton. « On peut parler de réactions corporatistes », reconnaît Augustin Scalbert.

Et si, dans le cas de Xavier Ternisien, le soufflet est rapidement retombé, ceux qui se sont essayés à une critique radicale en ont payé de leur carrière dans les médias dominants. Pierre Carles qui a réalisé plusieurs films critiques sur le fonctionnement de la télévision a été mis au ban médiatique. Son documentaire « pas vu pas pris » a été diffusé sur la chaîne belge RTBF, faute de trouver preneur en France.

Même sort pour Pierre Péan. Il est devenu le mouton noir de la profession pour avoir co-écrit « la face cachée du Monde », œuvre qui n’a pas plu à la direction du quotidien du soir. C’est d’ailleurs pour avoir voulu organiser un débat télévisé entre les auteurs du livre et la direction du Monde que Daniel Schneidermann, alors critique télé au Monde, a été licencié. Edwy Plenel, directeur de la rédaction à l’époque, est venu lui rappeler qu’il était plutôt malvenu de cracher dans la soupe. «Il faut savoir où tu es, Schneidermann. Si tu es dedans ou dehors », s’était-il écrié, furieux. Quelques mois plus tard, Schneidermann était renvoyé pour avoir enfreint l’article 3b de la convention des journalistes, qui précise qui si les journalistes ont le droit d’avoir une opinion, « l’expression publique de cette opinion ne [doit] en aucun cas porter atteinte aux intérêts de l’entreprise de presse dans laquelle ils travaillent ». Pour faire simple, les journalistes peuvent dire ce qu’ils souhaitent, tant que cela ne déplaît pas à leur direction.

bourdieuQuatre ans plus tard, l’ancien employé impertinent du Monde s’est de nouveau heurté à la difficulté de critiquer les médias dans les médias et s’est faitlimoger de la télévision publique car son émission, Arrêt sur images, irritait la direction. Celui quis’opposait à la critique radicale des médias de Pierre Bourdieu en 1997 a depuis musclé son discours. « Les journalistes ne sont pas libres de dire ce qu’ils pensent, ou ce qu’ils savent », a-t-il ainsi déclaré au micro de France Inter en 2010. Au vu des risques inhérents à la pratique de la critique des médias, on comprend pourquoi les journalistes délaissent ce terrain.

La loi du silence

En effet, «  l’auto censure des journalistes est grande, surtout en période d’incertitude comme celle-là. Chacun tient à son poste et à son salaire », confirme Emmanuel Vire du syndicat de journalistes SNJ-CGT. Serge Halimi, directeur du Monde Diplomatique résume la situation : « au bout de plusieurs remarques de votre chef, vous comprenez les possibilités offertes par tel ou tel journal, puis très vite vous vous en contentez ; et vous aurez le sentiment de bien faire votre travail, dans les limites qui vous sont assignées. Quand vous arrivez à trouver un poste relativement bien payé et bien considéré, vous faîtes les concessions nécessaires pour le garder ».

D’autant plus qu’investiguer sur le monde de l’information n’est pas chose aisée. « Quand on enquête sur l’audiovisuel public, les journalistes n’osent jamais témoigner à visage découvert », affirme Augustin Scalbert qui a récemment écrit un livre sur les coulisses de France Inter. Et « dans les médias privés, ce n’est pas impossible mais c’est très difficile », ajoute-t-il. En effet, rares sont les journalistes qui acceptent de s’épancher publiquement sur les dérives de leur titre. C’est donc généralement les syndicats ou un membre de la Société des journalistes (SDJ) qui s’expriment.

Vu que certaines rédactions disposent d’un organe censé servir de contre pouvoir à la direction, on pourrait croire que les problèmes surgissent rapidement au grand jour. Sauf que même les SDJ s’autocensurent. « Ils ne veulent pas crier au loup et se plaindre pour ce qu’ils considèrent être des détails, de peur de ne plus être crédible en cas de vrai problème », ajoute Augustin Scalbert.

Et les journalistes syndiqués ne sont pas beaucoup plus libres, malgré un statut censé les protéger. Ainsi, Eric Marquis, membre du Syndicat national des journalistes (SNJ – majoritaire) et journaliste à l’Express a reçu deux avertissements de la part de sa hiérarchie pour avoir critiqué la « peopolisation » de l’hebdomadaire et les plans sociaux au sein du groupe. L’affaire, en cours d’instruction aux prud’hommes, révèle combien il est difficile pour un journaliste, fut-il syndiqué, de remettre en cause certaines pratiques de son titre. Pour Alexis Guedj, avocat d’Eric Marquis, « c’est une forme de censure déguisée. Le représentant syndical, s’il craint pour son emploi, va se méfier lorsqu’il va tenir des propos, voire ne pas en tenir du tout. Si on pousse la réflexion un peu plus loin, ça pourrait influencer d’autres délégués syndicaux qui vont y regarder à deux fois avant de prendre la parole ».

Déni de réalité

Les rédacteurs en chef censurent, les journalistes, les représentants syndicaux et les sociétés des rédacteurs s’autocensurent, le corporatisme règne… Il n’est donc pas aisé, dans un pays qui consacre la liberté d’expression, de s’attaquer aux travers du journalisme. Mais certains dinosaures de la profession persistent à nier l’évidence, considérant qu’ « il est tout à fait possible de critiquer les médias dans les médias. C’est ce que je fais depuis 30 ans », assure Renaud Revel, chef de la rubrique médias de l’Express. Pourtant, ce dernier accepte difficilement la critique, surtout quand elle vient de l’extérieur.

En effet, il n’a pas beaucoup apprécié le film « les nouveaux chiens de garde », qui met en lumière les dérives du système les-nouveaux-chiens-de-garde-film-imagemédiatique. Pour le faire savoir, il a écrit un billet lapidaire et a tendu son micro à Laurent Joffrin pour qu’il puisse diretout le mal qu’il pense de l’œuvre. Sorti au début de l’année, ce pamphlet tiré du livre éponyme de Serge Halimi (qui a participé à l’écriture du film) et qui s’inscrit dans la lignée du travail de critique radicale des médias de Pierre Bourdieu ou Pierre Carles, n’a pas plu à l’intelligentsia journalistique. En soulignant, la connivence de certains journalistes avec le pouvoir, l’influence des patrons de presse sur le contenu éditorial et l’absence de pluralisme des idées, les auteurs du film ont lancé un pavé dans la mare médiatique. Et les éclaboussures ne se sont pas fait attendre. Si certains journaux ont publié des critiques équilibrées, les principaux concernés ont répondu soit par l’ignorance, soit par le dédain et le dénigrement.

Plutôt que de s’interroger sur les pratiques dénoncées dans le film, ils ont botté en touche, s’offusquant qu’on puisse ainsi remettre en question leur indépendance. Ces réactions montrent l’incapacité des élites journalistiques à reconnaître leurs torts et à accepter que d’autres les révèlent.

Renaud Revel, qui se présente comme le « plus ancien dans le métier » de journaliste médias, en est un bon exemple. « Je réfute les accusations portées par le film, annonce-t-il. C’est un enchaînement d’amalgames et de clichés absolus. De la nomenklatura journalistique qui entretenait des liens de connivence avec le pouvoir, il ne reste que Mougeotte [ndlr - directeur de la rédaction du Figaro]. Je pense que l’époque a changé ».

D’après le spécialiste-ès-média de l’Express, l’influence des industriels sur les lignes éditoriales des journaux relève du fantasme. Presque de la théorie du complot. Quant à la question du dogme libéral véhiculé par les médias que le film dénonce, « il a volé en éclat avec la crise », assure-t-il. Sauf à considérer qu’Alain Minc ou Jacques Attali, toujours aussi présents médiatiquement, défendent des thèses altermondialistes depuis 2008, on peut douter de la véracité de cette affirmation.

Mais là encore, Renaud Revel a une explication. Si la plupart des éditorialistes et des experts sont des partisans du libéralisme, c’est parce que les rédactions ont « beaucoup de mal à trouver des talents à gauche. Les personnalités originales manquent », avance-t-il. Avec cynisme, il ajoute, en parlant de son journal, qu’il est « très difficile de dénicher des nouvelles signatures. Donc on va chercher au plus simple, par paresse, par tropisme ». Et si les patrons se tournent vers des experts libéraux, « c’est parce qu’il y a beaucoup de consanguinité, les passerelles sont grossières entre journalistes et acteurs du monde économique. Tout le monde bouffe à la même table depuis longtemps et des amitiés vraies se sont nouées ». Un aveu de la part de Renaud Revel ? Non, sûrement pas. Il insiste sur le fait que « consanguinité n’est pas synonyme de connivence ».

Celui qui considère que le livre de Serge Halimi « les nouveaux chiens de garde » était « une petite merveille », pense que le film, dont il s’inspire, « n’est plus du tout d’actualité. Ce qui était vrai il y a dix ans ne l’est plus aujourd’hui », estime-t-il. Il oublie que le Président de la République nomme les dirigeants de l’audiovisuel public et fait renvoyer Porte et Guillon de France Inter, et Alain Genestar de Paris Match. Il occulte le fait que la presse régionale est gangrenée par les situations de monopole, et que dire de l’audiovisuel. De tels trous de mémoire sont surprenants pour un journaliste spécialisé dans les médias.

Pour lui, « La seule chose que les médias n’ont pas réglé aujourd’hui, ce sont les liens malsains qu’ils entretiennent avec leurs annonceurs ». En ce sens, il apparaît presque comme un iconoclaste et un radical comparé à Maurice Szamirefran et Nicolas Demorand qui soutenaient lors d’une conférence que « plus de pub, c’est plus d’indépendance »Les journalistes de Géo, qui ont vu leur article censuré, parce qu’il risquait de déplaire à Bernard Arnault, un gros annonceur, seront sûrement ravis de l’apprendre.

Plus que la censure, c’est donc l’aveuglement ou la résignation des élites journalistiques face à leur perte d’indépendance au profit des pouvoirs économiques qui empêche toute autocritique.« Dans les années 80, on a beaucoup parlé des questions de concentration et de pluralisme des médias,rappelle Jean-Marie Charon. Puis il y a eu des débats au niveau législatif mais ils n’ont pas abouti. Peut-être que les journalistes ont arrêté de traiter le sujet par fatalisme, parce qu’ils ont admis que la concentration était un phénomène inévitable ». 

Independance day

Comme on imagine mal les traders dénoncer les excès de la finance qui leur assure des revenus confortables, les patrons de presse et l’élite journalistique rechignent à remettre en cause leur dépendance vis-à-vis des pouvoirs économiques (annonceurs, investisseurs, patrons…). Pour Pierre Rimbert, rédacteur en chef du Monde Diplomatique, si l’on ne retrouve pas de critique radicale des médias dans les médias dominants, « c’est parce qu’une telle critique conduirait à saper les fondements économiques et idéologiques sur lesquels repose la presse dominante. L’idée notamment que l’information est une marchandise ; que les lois du marchés sont « naturelles », qu’elles s’appliquent donc à la presse comme à la culture des choux-fleurs, etc. La critique radicale des médias conteste ces présupposés. Elle prône la production d’une information hors-marché : un service dû au public. Pour les dirigeants d’un hebdomadaire comme Le Nouvel Observateur ou Le Point, dont l’activité consiste davantage à vendre de la publicité aux annonceurs qu’à procurer de l’information aux lecteurs, cette proposition est difficilement acceptable ».

Et on touche là au cœur du problème. Pour que la critique des médias puisse s’exercer librement, elle doit sortir des circuits classiques. Car en acceptant la logique et les conséquences de la dépendance aux annonceurs et aux investisseurs, les médias se privent d’une autocritique pourtant nécessaire.

Face à la pression des directions, au niveau de précarisation des journalistes et au poids du corporatisme, la critique de la dépendance économique des médias n’a pas sa place. « Les journalistes sont obligés de trouver une structure économique indépendante pour faire ce travail », confirme Jean Marie Charon. C’est la voie qu’ont choisi d’emprunter Mediapart et @rret sur images, sites financés par leurs seuls lecteurs. Cette indépendance leur confère une liberté de critique dont peu de journaux peuvent se targuer, et le ton des articles le montre bien.

Prise de conscience

Cette volonté d’indépendance de la part de journalistes ayant longtemps travaillé pour des organismes de presse contrôlés par l’Etat ou par des investisseurs privés –et qui ont, à cette période, farouchement dénigré la critique radicale des médias- est révélatrice d’une prise de conscience. Car si la critique des médias est encore rare dans les médias dominants, « la plupart des journalistes sont choqués par les interventions de patrons sur leur ligne éditoriale », estime Augustin Scalbert. « Notre travail a été très bien accueilli par les syndicats de journaliste et bon nombre de journalistes n’attendent qu’une chose, c’est d’être débarrassés de cette camarilla qui truste toutes les positions pour défendre une idéologie néolibérale depuis 15 ans », confirme Serge Halimi.

Et c’est peut-être les lecteurs qui pousseront les médias à parler plus ouvertement de leurs dérives. En effet, le public s’intéresse aux questions relatives à l’indépendance des médias. En témoignent les 250 000 exemplaires vendus du livre de Serge Halimi, les près de 10 000 visiteurs quotidiens du site d’Acrimed ou les plus de 100 000 spectateurs qui ont vu le film les nouveaux chiens de garde. Les patrons de presse ne pourront pas ignorer éternellement les questions que se posent leurs lecteurs, au risque de les perdre. Selon Yannick Kergoat, co-réalisateur du film, il y a des raisons d’espérer. « Des écoles de journalisme nous ont contacté pour animer des projections du film suivies de débats avec les élèves ».

La critique des médias fait son chemin, pour l’instant en dehors des médias dominants et sans leur appui. Mais une prise de conscience des journalistes et de la population pourrait pousser les patrons de presse à être plus curieux au sujet de leurs pratiques, et pourquoi pas à les remettre en question. C’est la légitimité du quatrième pilier de notre démocratie qui est en jeu.


Emmanuel Daniel

Billet publié initialement sur Zarmag.

Quand @itele fait la réclame graphique de la #manifpourtous

Hier, des centaines de milliers de gens ont défilé contre le mariage et l’adoption pour tous.

De mon côté, je voulais revenir sur un petit point, concernant la chaîne d’info du Groupe Canal Plus,  i>Télé.

Le 15 octobre dernier, la chaîne revoyait son habillage. Un habillage qui comme toutes les grandes chaînes d’info aujourd’hui présentent un « ticker » dans le bas de l’image, pour faire défiler dépêches, annonces de programmes, exclus de la chaîne etc. À gauche, le logo de la chaine, à droite l’heure, et entre les deux les dépêches avec une majeure partie du temps une catégorisation apparaissant en blanc sur fond rouge.

Quelle ne fut pas ma surprise de voir, hier,  i>Télé utiliser le logo officiel des opposants au « Mariage pour tous », ce « logo » représentant un père une mère et leurs enfants.

 

Pourquoi avoir utilisé ce logo?
Pourquoi ne pas s’être contenté de la rubrique « Politique » ?

Le résultat de ce choix graphique, et donc éditorial, délibéré, est surprenant. Voire choquant. Le résultat est de voir des déclarations de personnalités favorables au mariage homosexuel précédées de ce logo, utilisé par la chaîne.

Lorsqu’on fouille un peu plus loin, on voit que la chaîne utilise ce espace lorsqu’il y a un événement important. Et hier, entre les synthés « Manif pour tous » et ceux classiques avec catégorisation, il y avait ceux du Vendée Globe :

capture @salam93

Sauf que le Vendée Globe a un logo, qui n’est pas utilisé par la chaîne :

Choquant, donc, de voir ce logo partisan, non réalisé par les équipes d’i>Télé, utilisé à cet endroit : si près du bandeau info, à la place de « info iTélé » ou « rdv iTélé’.

Mesdames, messieurs du CSA, les chaînes d’info doivent-elles informer, ou placer des logos quitte à se muer en message subliminal?

 

Mise à jour du 16/01 :

Pour mieux se rendre compte, quoi de mieux que l’image vidéo. Alors voici deux extraits de l’antenne d’i>télé :

Le premier extrait, le plus récent, l’antenne d’i>télé le 13 janvier 2013 à 23h11, jour de la « Manif pour tous ». Nous sommes donc le soir même, la manifestation contre le mariage pour tous est terminée, et à l’antenne, on parle sport :

Le deuxième extrait, le plus ancien, l’antenne d’i>télé le 16 décembre 2012 à 16h29. Jour de la manifestation pour le « mariage pour tous », avec un direct de la manif (à 2’19″) :

LIVE #ColloqueNPA Le Figaro



Comme l’année dernière, L’Observatoire des Médias sera partenaire cette année de la XVIème édition du Colloque NPA – Le Figaro.

Le thème de cette année : L’écosystème numérique en quête d’équilibres

La date, le lieu :  à Paris le 6 novembre 2012 à la Maison de la Chimie

Au programme , 5 grands débats :

Fiscalité, régulation, propriété intellectuelle : règles nationales ou dispositionscommunautaires ?

Une offre élargie pour la TNT : saturation ou intégration en douceur au sein du PAF ?

Des marques médias auxgroupes numériques

- SVoD, social TV : vers une génération de nouveaux services ?

- Exposition ou interaction? Une nouvelle mesure pour le monde numérique ?

 

Programme

Débats animés par Philippe Bailly, Président de NPA Conseil.

8h30 – 9h00 Accueil des participants

9h – 9h15 Fleur Pellerin, Ministre déléguée PME, innovation, et économie numérique
(finalement absente)

9h15 – 10h30 Fiscalité, régulation, propriété intellectuelle : règles nationales ou dispositions communautaires ?

Avec les interventions de:
Patrick Bloche (Député de Paris),
Emmanuel Gabla (Membre du CSA),
Jean-Baptiste Gourdin, coordinateur de la Mission Lescure,
Alexandra Laferrière (Directrice des relations institutionnelles de Google France),
Pierre Louette (Secrétaire général de France Telecom -Orange),
Franck Riester (Député de la Seine-et-Marne),
Hervé Rony (Directeur général de la SCAM),
Catherine Morin Desailly, senatrice de la Seine-Maritime, conseillere regionale de Haute Normandie secretaire nationale du Nouveau Centre chargee de la culture et des medias

10h30 – 10h45 Stéphane Richard, Président-Directeur général d’Orange

10h45 Pause

11h00 – 12h15 Une offre élargie pour la TNT : risque ou atout pour le public… et pour l’équilibre du marché ?

Avec les interventions de Pascal Houzelot (Président de TVous), Olivier Huart (Directeur général du Groupe TDF), Fabrice Mollier (Président de HD1), François Morinière (Directeur général de L’Equipe), Maryam Salehi (Directrice générale de NRJ Group), Catherine Schöfer (Directeur général adjoint de 6ter), Alain Weill (Président du Groupe NextRadioTV)…

12h15 – 12h30 Des marques médias aux groupes numériques

Avec l’intervention de Nonce Paolini (Président de TF1)

12h30 – Déjeuner

14h00 – 15h15 SVoD, Social TV : vers une génération de nouveaux services numériques

Avec les interventions de Pierre-Antoine Capton (Président de Troisième Oeil), Vincent Dureau (Directeur des Technologies TV de Google), Jean-Michel Fava (Directeur général de AB Groupe), Patrick Holzman (Directeur de CanalPlay), Serge Laroye (Directeur d’ Orange), Cyril Zimmermann (Président-Directeur général du Groupe Hi-Media)…

15h15 – 15h30 Rémy Pflimlin, Président de France Télévisions

15h45 – 17h00 Exposition ou interaction ? Une nouvelle mesure pour le monde numérique ?

Avec les interventions de Bruno Chetaille (Président-Directeur général de Mediametrie), Jean-Luc Chetrit (Président de Carat France), Patrick Hoffstetter (Directeur de la Digital Factory de Renault), Robin Leproux (Vice-Président du Directoire du Groupe M6 en charge des activités commerciales et du développement), Laurent Solly (Directeur général de TF1 Publicité), Sébastien Lefebvre, Pdg de Mesagraph.

17h – Aurélie Filippetti, Ministre de la Culture et de la Communication

L’avant-programme du Colloque NPA est à votre disposition en téléchargement.

Aides à la presse : il est grand temps de remettre tout à plat…

Il est l’or de faire les comptes – ©27117418@N07 via flickr.com

Débats passionnants le 19 octobre, lors de la 3e journée de la presse en ligne, organisée par le Spiil, le syndicat de la presse indépendante d’information en ligne. Question centrale du jour : comment revoir les aides à la presse, pour les rendre plus justes et efficaces.

L’aide à la presse en France ne date pas d’hier. Une bonne part du système remonte à la Libération et ses fameuses ordonnances de 1944. Il s’agissait alors d’une refondation profonde de la presse destinée à assurer son indépendance à l’égard des pouvoirs d’argent et du politique. L’idée était aussi de garantir le pluralisme de l’information.

D’où la création à l’époque de l’AFP, une coopérative d’information financée en partie par ses membres, en partie par l’Etat, et dont la représentation paritaire assurait son indépendance théorique. D’où également la mise en place d’une aide de l’Etat à la presse d’Information générale, celle qui remplit une mission citoyenne coûteuse qui consiste à enquêter, vérifier l’information, envoyer des journalistes sur place…

ABOLIR LES AIDES DIRECTES ?

C’est la proposition phare du Spiil dont le manifeste en 10 points entend rénover profondément la presse en général et pas uniquement la presse en ligne.

Les organisateurs ont tenu à débuter la journée avec quelques chiffres qui traduisent un terrible constat d’échec : les aides directes non seulement n’aident en rien le pluralisme de l’information, mais elles sont même une forme de distorsion de concurrence qui favorise les plus gros.

Nicole Bricq, actuelle ministre du commerce extérieur, à l’époque sénatrice PS, a révélé des chiffres éclairants dans un rapport sur la situation en 2010.

Le Monde est la société qui a touché la plus grosse aide en 2010 : 17 millions. Viennent ensuite Le Parisien (16,7 M), Libération (14 M), Le Figaro (13 M), Ouest France (11 M), France Soir (6,5 M)… Au total 50 % du montant total des aides directes bénéficient à 2 % des titres aidés.

Par ailleurs, l’usage de ces aides, souvent discutable, constitue même quelquefois un gâchis manifeste dans l’utilisation de l’argent public. En atteste l’exemple de France Soir, dont le naufrage montre à quel point les sommes investies, l’ont été en pure perte.

Jean-Marie Charon, sociologue des médias, prend la parole dans la salle pour attirer l’attention du Spiil sur le renversement philosophique qu’une disparition des aides directes induirait. Il ne s’agirait plus d’une aide au pluralisme de l’information, mais d’une aide à la presse en place.

Pour Edwy Plenel, ce pluralisme n’existe plus, de toutes façons. Le système de l’information est selon lui totalement corrompu par les pouvoirs d’argent. Il cite ces banques qui contrôlent des groupes de presse, ces industriels qui possèdent des groupes médias tels Bolloré ou Dassault. Il aurait pu ajouter Claude Perdriel (Le nouvel Observateur) ou Pierre Bergé (Le Monde) à gauche. Sans parler de ce cas d’école : Jean-Michel Baylet (président des radicaux de gauche) qui possède tout simplement la Depêche.

Sans parler des connivences et relations politico-journalistiques plus moins incestueuses, quand il n’y a pas tout simplement fusion (George-Marc Benamou, Catherine Pégard, Myriam Levy etc.)

Un flot non contrôlé – © glouk via flickr.com

DES AIDES SURTOUT MAL ATTRIBUÉES ET MAL CONTRÔLÉES

Michel Francaix, député PS et président du groupe d’étude sur la presse à l’assemblée nationale et André Gattolin, sénateur d’EELV et ancien journaliste à Libération étaient là pour discuter des propositions du Spiil. L’absence de tout représentant du gouvernement a résonné comme un signe notable d’évitement de ces questions par le pouvoir exécutif.

Les deux s’accordent sur la mauvaise répartition des aides à la presse. Pour André Gattolin le problème, c’est que le dispositif date d’une époque où il finançait l’information des quotidiens qui employaient de nombreux journalistes. Mais les années 80 ont vu l’irruption de magazines fonctionnant avec peu de journalistes, financés par la publicité et ne remplissant pas vraiment une mission d’information citoyenne, mais plus de loisirs. Ensuite les systèmes d’aide se sont accumulés, sans qu’il y ait de réflexion globale.

Toutefois, le député Vert n’est pas favorable à la suppression des aides directes comme le préconise le Spiil, car cela mettrait selon lui, la presse traditionnelle en difficulté. Michel Françaix est du même avis : « Il faut tout simplifier, mais pas davantage, disait Einstein ». Il est crucial selon lui, de continuer à aider la presse et notamment au niveau de sa distribution (Presstalis prépare un grand plan social).

Pour Pierre Haski, attention à ne pas défendre des privilèges qui n’ont plus de raisons d’être. Il raconte qu’à l’époque où il bataillait pour l’élaboration spécifique des éditeurs de presse en ligne, acquis en 2009, un patron de presse lui avait lancé un édifiant : « et tu veux pas des ouvriers du Livre en plus ? ».

Selon Michel Francaix, c’est surtout sur l’aide indirecte qu’il faut agir, en différenciant les taux de TVA réduits selon la nature citoyenne ou pas des contenus qu’ils offrent au lecteur. « Il n’y peut y avoir d’aide juste qu’inégalitaire » estime-t-il. Il n’est pas normal que le « Quotidien du médecin » ultra-rentable et traitant de sujets professionnels, bénéficie du même taux réduit à 2,1% que Libération…

Par ailleurs, il faut que les journaux respectent le jeu de la coopérative au niveau de la distribution. S’ils souhaitent passer par leur propre réseau ou via un concurrent, pour éviter de s’acquitter de leurs cotisations, ils doivent alors sortir du système d’aides qu’ils touchent de la collectivité. On ne saurait gagner sur tous les tableaux…

Tous sont tombés d’accord en revanche, sur la nécessité de mieux contrôler l’usage des aides attribuées. Les abonnements réduits pour les jeunes encouragent-ils vraiment la lecture des jeunes ou celle de leurs parents ? Les millions attribués pour la modernisation des journaux ont-ils été intelligemment dépensés ? On peut en douter dans de nombreux cas relevés par Mediapart.

MAIS SUR QUEL CRITÈRES ATTRIBUER LES SUBSIDES ?

Le statut IPG (information politique et générale) justifie-t-il globalement le niveau des aides reçu, quand les grands journaux se diversifient dans des magazines thématiques de loisirs (golf, auto, santé…). A l’inverse, un même article évoquant le lancement de Free, est-il moins intéressant et utile au lecteur quand il paraît sur un site d’information high-tech, que lorsqu’il paraît dans Les Echos ?

Une représentante du syndicat de la presse magazine réagit dans le public et dénonce la vindicte des débateurs à l’encontre des magazines. Elle donne l’exemple de « Liaison sociale » qui n’est pas moins utile sur le plan citoyen qu’un quotidien national. Attention à ne pas discriminer par les contenus ! plaide-t-elle. D’autant que le fonctionnement de la Commission paritaire des Agences et Publications (CPAP) qui décise du classement des titres de presse et partant des niveaux d’aide applicables, lui semble totalement bizantine.

Une question complexe donc, qui nécessitera un examen au cas par cas et pose en filigrane la question de la composition des instances de contrôles, au niveau des éditeurs ou des journalistes (via la Commission de la carte de presse).

SUPPRESSION DE L’ABATTEMENT FISCAL DES JOURNALISTES ?

C’est l’une des mesures réclamée par le Spiil et dont la proposition parlementaire vient d’être rejetée. Cette réforme, initiée par les gouvernements successifs et repoussée à chaque fois, suscite des résistances moins du côté des journalistes, que des éditeurs de presse. En effet l’abattement fiscal de 7650 euros pour frais professionnels est aussi défalquée des charges sociales de l’entreprise. Elle permet en outre de payer moins cher les journalistes. C’est donc une forme d’aide indirecte à la presse qui n’est pas négligeable .

Pour le Spiil, il faut davantage payer les journalistes et renforcer les aides indirectes, mais cet abattement ne se justifie plus. Il date d’une époque où les frais des journalistes étaient sans commune mesure avec ceux d’aujourd’hui. Avant les téléphones portables, les transports en commun, Internet. (Et surtout, à une époque où les journalistes payaient leur place de cinéma ou de théâtre, pour éviter tout copinage NDLR).

Par ailleurs, le problème c’est que cette mesure entame la confiance des citoyens envers les journalistes, comme en témoigne notamment cette pétition-rumeur qui circule par e-mail (capture ci-dessous). Et surtout ce baromètre de confiance des Français vis à vis des médias où la presse écrite perd 3 points à 35% seulement d’opinions favorables.

ET LA TAXE GOOGLE ?

Pour Edwy Plenel, la presse n’a rien compris aux enjeux économiques actuels. Déjà dépendante de Google dans cette course effrénée à l’audience et aux budgets publicitaires, la presse serait doublement asservie par cette redevance en provenance de leur principal diffuseur.

Non, les éditeurs au contraire doivent maîtriser davantage leur canaux de diffusion et de distribution, notamment via des plate-formes communes. A l’image du kiosque ePresse, hélas réservé encore aux éditeurs du papier qui y vendent leurs pdf.

A quand un kiosque numérique et print réclame Laurent Bérard-Quélin (Président de la Commission des médias électroniques) ? Que les gros laissent aussi de la place aux petits !

Car c’est la conclusion du dernier débat de la journée sur l’innovation : il faut coopérer davantage, s’unir, partager les outils (les CMS notamment), les savoir-faire pour avoir une chance de résister aux géants du web. Et économiser ainsi sur les subsides publiques

Cyrille Frank

article publié sur Mediaculture.

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