Catégorie : Politique

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Haro sur les vraies fausses interviews

Un média dans les années 2010. Une entreprise de presse reconnue par la commission paritaire des publications et agences de presse, qui dit qui fait de la presse et qui n’en fait pas en France.

Une personnalité, qui est aussi abonnée de ce média, a pris l’habitude de s’y faire interviewer à échéances régulières, en contrepartie tacite de sa fidélité commerciale audit média. Lui et l’organisation qu’il dirige représentent une petite part du chiffre d’affaires du dit média.

La première année, avant son interview, il demande à recevoir les questions de l’interview et à relire les questions et les réponses avant publication. Précaution lui est donnée par la rédaction du dit média de n’apporter que des modifications factuelles au texte. L’année suivante, il fixe le sujet de l’interview, reçoit comme à l’accoutumée les questions, relit comme à l’accoutumée les questions et les réponses et ordonne d’avoir la main sur le titre. La troisième année, il s’interroge sur l’utilité du temps passé à donner l’interview et se demande si elle ne devrait pas être rédigée par ses équipes tout simplement, clé en main pour la publication.

Un autre média. Un ministre qui a obtenu, en appelant le directeur de la publication, que son intervention lors d’une réunion onusienne sans intérêt la semaine suivante fasse l’objet d’un avant-papier sur une double page. Joie du journaliste qui se récupère la boule puante. Interview soporifique parce que sujet soporifique. Le texte est évidemment naze et le cabinet de la ministre fait en plus le forcing pour tout récrire. Avec scène ahurissante d’un téléphone hurlant avec un ministre au bout qui voue aux gémonies les journalistes qui n’apporteront pas les corrections demandées, l’heureux journaliste ayant renoncé à tenir le crachoir un instant de plus. Elles seront apportées, l’interview publiée sur une double page et le journaliste remercié par le ministre avec l’assurance d’un retweet de son cui-cui ministériel aux dizaines de milliers de suiveurs.

Toute ressemblance avec des médias existants serait évidemment fortuite. En presse écrite, la pratique de la relecture n’est pas nouvelle. D’ailleurs en traînant ses guêtres dans quelques rédactions, elle est admise partout : les journalistes râlent de s’y astreindre, et les interlocuteurs des journalistes – chargé.e.s de relation presse, communicants de tous poils, interviewé.e.s – y vont tous d’une seule voix. « Vous me passerez les questions ? Vous me ferez relire ? ». Et très souvent la réponse est oui.

Parce qu’on ne veut pas louper une pointure dont le nom est de toute façon « bankable », parce que la personne interviewée a ses entrées dans le média, parce que la personne interviewée a une influence politique / commerciale certaine sur le média… Quelle qu’en soit la raison, la très grande majorité des interviews sont relues. Ce qui interroge de manière plus générale sur le genre de l’interview, qui dans ces conditions de relecture drastique donnent souvent des textes faibles, policés, sans informations, en un mot des textes chiants. Libération, en 2012, avait fait un topo qui n’a pas pris une ride.

Le sujet rebondit haut en ce début d’année puisque plusieurs médias – enfin à vrai dire deux médias – ont publiquement assumé de ne pas publier des interviews aux accents de publireportage.

La Voix du Nord, mi-janvier, annonçait mettre un terme pur et simple aux relectures d’interviews dans ses colonnes au motif que pour nombre de responsables politiques « la relecture est devenue un exercice de réécriture ».

Lundi 2 avril, au tour du quotidien Les Echos de sonner la charge : dans un article de synthèse sur le pari du gouvernement au moment de lancer sa réforme de la SNCF, on apprend que le quotidien économique a tout bonnement refusé – mi-mars – de publier une interview de la ministre des Transports Elisabeth Borne, tant les services du Premier ministre l’avaient réécrite.

Le signal envoyé est important : certes l’indépendance de la presse est souvent mise à mal, mais les rédactions restent truffées d’individus attachés à honorer le journal pour lequel ils collaborent. A minima conscients, voire fiers, qu’on ouvre encore un journal en espérant se faire moins bananer que lorsqu’on lit la dernière liasse de prospectus commerciaux tombés dans sa boîte en lettre. Ministre ou pas.

Deux possibilités à présent. L’ensemble des médias empruntent la voie tracée par la voix et bannissent les relectures – ce que le New York Times a mis noir sur blanc en 2012 et ce que prévoit la charte d’éthique et de déontologie du Monde. On peut rêver.

Option plus probable : business as usual au pays de la relecture. Ce qui ne doit pas valoir censure. À condition que la personne interviewée comprenne les règles du jeu et les respecte. Avec une menace en cas de tentative éhontée de pipi froid : la non-publication. Une menace remise au goût du jour, et c’est tant mieux.

Benjamin Polle
Journaliste
https://twitter.com/B_Polle

Photo par Elijah O’Donell sur Unsplash

La liberté d’expression n’est pas une dérogation

Le projet de texte visant à transposer en droit national la directive européenne dite secret des affaires fragilise le droit du citoyen à être informé et la liberté d’expression.

L’Observatoire des Médias relaie la publication du Spiil.

Le Spiil regrette que la primauté du droit à être informé sur le droit aux secrets ne soit pas exprimée avec suffisamment de clarté dans la proposition de loi. Là où le législateur français considère la liberté d’expression comme une “dérogation”, le texte européen, lui, affirme sans ambiguïté et dès son premier article cette primauté.

Ce manque de clarté crée un risque majeur, celui d’une multiplication des procédures contentieuses. Les éditeurs de presse, souvent de très petites tailles, n’ont pas les moyens de soutenir des procédures abusives. Or certains acteurs économiques sont friands de ces “procès-baillon”. Cette confusion risque donc de générer un comportement d’auto-censure, préjudiciable à notre démocratie.

Si l’enjeu de ce texte est bien de veiller à l’équilibre entre deux droits, celui d’informer et celui de maintenir des secrets pour les entreprises, alors le Spiil demande au législateur et aux pouvoirs publics de tenir compte de celui fondamental qu’est la liberté d’expression telle que consacrée par la loi du 29 juillet 1881 en l’inscrivant nommément dans le texte de loi.

Dans notre démocratie, c’est cette loi qui organise l’équilibre entre les garanties individuelles et la protection des libertés fondamentales. Le texte de loi présenté par le législateur vient fragiliser cet équilibre. Nous rappelons que la loi de 1881 encadre la responsabilité des éditeurs de presse. Elle présente les garanties nécessaires pour permettre au juge de bien apprécier, notamment, la valeur d’intérêt général des informations révélées.

Ce texte risque d’accélérer une dynamique regrettable, celle du contournement du droit de la presse par le droit commercial. La récente “affaire Challenges” en est un triste exemple. Pour rappel, l’hebdomadaire, assigné devant le Tribunal de commerce de Paris par l’entreprise Conforama dont il a révélé les difficultés économiques, a été condamné à retirer l’article de son site et à ne plus publier d’article sur le sujet. Au nom de la liberté d’informer, il a fait appel.  En 2014,TourMaG, site de presse spécialisé dans l’actualité économique du secteur du tourisme, avait été condamné pour avoir publié des informations économiques et sociales incontestées concernant TUI, un opérateur économique majeur de ce secteur. Pour la première chambre civile de la Cour de cassation, il s’agissait d’une violation du Code du travail et de la loi de 2004 pour la confiance dans l’économie numérique.

C’est pourquoi, le Spiil demande au législateur :

• de consacrer explicitement la primauté de la liberté de la presse, telle que définie par la loi de 1881, sur le secret des affaires, et ceci dès les premiers articles ;

• de faire référence au secret des sources ;

• de mettre en place un dispositif ex-ante pour prévenir les procédures abusives se revendiquant du secret des affaires.

Le Conseil d’Etat, dans son avis rendu jeudi 15 mars dernier, rejoint ces préoccupations en indiquant “qu’il conviendrait de mentionner au nombre des cas licites, et non parmi les dérogations, l’hypothèse de l’obtention d’un secret des affaires dans le cadre de l’exercice du droit à l’information (…)”.

Le Spiil regrette également que ce projet de texte fasse l’objet d’une procédure accélérée, empêchant un débat serein, alors que le calendrier de transposition de la directive était connu depuis son vote en 2016.

Andrej Babis

Andrej Babis, bientôt Premier ministre tchèque : un milliardaire et magnat des médias

Le futur Premier ministre tchèque Andrej Babis est propriétaire des plus grands médias du pays. Souvent comparé à Donald Trump pour sa fortune et son populisme, il a profité de son empire médiatique pour prendre le pouvoir
 

Le parti populiste ANO, fondé par Andrej Babis, a remporté les élections législatives en République Tchèque, le 21 octobre dernier. Avec 30% des voix ANO, “L’Action des citoyens mécontents”, devient le premier parti au Parlement. Près d’un électeur sur trois a donné sa voix à Babis, deuxième fortune du pays et magnat des médias.

En 2011, Babis fonde ANO, un parti anti-immigration et eurosceptique. Deux ans plus tard, en 2013, il achète MAFRA, premier groupe médiatique du pays. Des journalistes de Mlada fronta DNES, quotidien tchèque très populaire et dont Babis devient propriétaire, protestent contre ses choix rédactionnels. Lidové noviny et Metro, deux autres quotidiens tomberont aussi sous le contrôle du milliardaire cette année-là. Ce chef d’entreprise, à la tête de l’empire Agrofert, premier employeur du pays, s’offre ensuite des grandes radios dont Express, Impuls et Classic. Originaire de Slovaquie, Babis achètera plus tard la maison d’édition nationale Ecopress, qui publie Hospodárské noviny, grand quotidien économique.

Le magazine Foreign Policy observait un traitement favorable à Andrej Babis dans ses propres médias dès 2015. Ses opposants politiques et critiques n’ont pas reçu la même complaisance. Pourtant, le milliardaire, dont l’empire médiatique est souvent comparé à celui de Lucio Berlusconi, expliquait qu’il “serait fou de vouloir influencer les médias”.

Bohuslav Sobotka, Premier ministre tchèque, a été mis en cause dans un scandale de privatisation en 2014. Des accusations portées par un quotidien national sous la coupe de Babis. La courbe de popularité de Sobotka a chuté, l’obligeant à quitter son parti. Il est cependant resté chef du gouvernement. À l’époque, Babis était ministre des Finances. Il s’est vu accuser de complot médiatique et de tentative de manipulation démocratique.

En Hongrie et en Slovaquie, le pouvoir des plus riches passe aussi par les médias, devenus un investissement privilégié. Cette oligarchisation des médias se répand dans la région. La République Tchèque a suivi la tendance. L’objectif n’est pas de rentabiliser ces investissements, comme l’ont prouvé les résultats des récentes législatives, en propulsant Andrej Babis au pouvoir.

Le milliardaire n’est pas le seul magnat des médias tchèque. Daniel Kretinsky et Patrick Tkac, riches chefs d’entreprise, ont acheté plusieurs magazines et tabloïds populaires.

Babis, qui définira bientôt les priorités politiques de la République Tchèque, a récemment été accusé de fraude. Il aurait utilisé des subventions de l’Union Européenne – 2 millions d’euros – pour financer ses projets immobiliers. Pour le milliardaire, il s’agirait d’un complot fomenté par ses opposants politiques.

Clément Di Roma

Photo : Jiří Vítek

Loup-Bureau

Pour la libération (rapide) de Loup Bureau, emprisonné en Turquie

Des sociétés de journalistes ont demandé la libération de Loup Bureau, emprisonné en Turquie. L’Observatoire des Médias se joint à ce mouvement et relaie l’appel de ces SDJ.

Alors que la Turquie a multiplié ces dernières semaines l’achat d’espaces publicitaires dans plusieurs médias français et internationaux pour vanter la grande « démocratie » qu’elle est censée être, le régime d’Erdogan multiplie la répression contre les journalistes.

Dernier exemple en date, l’arrestation de Loup Bureau, 27 ans, détenu depuis le 26 juillet. Ce journaliste indépendant a été arrêté à la frontière irakienne en possession de photos (datant de 2013 prises dans le cadre d’un reportage diffusé sur TV5Monde) le montrant avec des combattants kurdes syriens.

Nous, SDJ, demandons sa libération. Cette détention s’ajoute à celles de Mathias Depardon, arrêté en Turquie au début du mois de mai et emprisonné durant trente jours en mai 2017, et d’Olivier Bertrand, détenu pendant trois jours en novembre 2016.

Nous n’oublions, bien sûr, pas la situation de nos confrères turcs qui exercent leur métier dans des conditions difficiles. Des mandats d’arrêt viennent d’être émis contre 35 d’entre eux. Ils sont accusés d’avoir fomenté le putsch raté de juillet 2016. Des procès sont, par ailleurs, actuellement en cours pour une vingtaine de journalistes du plus ancien quotidien turc, Cumhuriyet. La peine maximale encourue est de quarante-trois ans de prison.

Enfin, depuis le 3 août, le journaliste turco-suédois Hamza Yalcin, 59 ans, est emprisonné en Espagne. Ce journaliste très critique à l’égard d’Ankara a été arrêté à Barcelone par les autorités espagnoles pour avoir « insulté » Erdogan. La justice doit se prononcer sur une éventuelle extradition.

La Turquie est placée 155e sur 180 par Reporters sans frontières en matière de liberté de la presse. Plutôt que d’acheter de la publicité dans les journaux français, libérez Loup Bureau ! Les démocraties n’emprisonnent pas les journalistes qui font leur travail.

La liste des premiers signataires :
TV5Monde
Libération
Le Figaro
France 24
France 2
Télérama
Le Monde
RTL
Première Lignes
Les Echos
France 3
Le Point
Radio France
Mediapart
L’Obs
Les Jours
Challenges
Radio France Internationale
Prix Albert Londres
JT de M6
AFP
Reporters sans Frontières
La TéléLibre
TV Presse
Envoyé Spécial (France 2)
TF1
RMC
Abaca Press

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Real news vs Fake news : La belle-fille de Trump présentatrice en chef de la propagande

« Je parie que vous n’avez pas entendu parler de tout ce qu’a accompli le Président cette semaine à cause de toutes les fake news qui circulent. »

Ces mots sont de Lara Trump, la belle-fille de Donald J. Trump, introduisant une vidéo publiée sur la page Facebook du président des États-Unis.

La vidéo est accompagnée d’un statut on ne peut plus explicite : « Want to know what President Trump did this week? Watch here for REAL news! » 

On est jamais mieux servi que par soi-même. Ou par ses proches. Au moment même où Fox News est accusée d’avoir publié de fausses informations sur demande de Trump,  cette vidéo est la première livraison d’une espèce de journal des « vraies nouvelles », Lara Trump ayant promis ici que leur rythme serait hebdomadaire. 

Non content d’avoir les faveurs régulières d’une Fox News qui loue à longueur d’antenne les péripéties du nouvel occupant de la Maison-Blanche,  Trump fait un pas de plus dans la propagande.

Il parait que l’Elysée veut son propre média. 

Violences à Jérusalem : une vidéo d’Al-Jazeera pleine de raccourcis et d’erreurs

« Israël affirme qu’Al-Jazeera, armée de caméras, incite à la violence à Jérusalem. C’est un mensonge. Voici la vérité. »

Benjamin-Netanyahu-vs-Al-JazeeraDans une réponse claire aux attaques du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, qui promettait mercredi dernier de faire son possible pour fermer et expulser Al-Jazeera d’Israël en raison de son « incitation continue à la violence autour de la crise du mont du Temple », un journaliste de la chaîne qatarie publiait vendredi matin une vidéo explicative sur cette dernière flambée de violence qui a coûté la vie à onze personnes :

Seul problème – outre le fait que le journaliste n’a pas estimé utile de donner, ne serait-ce qu’une seule fois, la parole aux Israéliens – la vidéo est truffée d’erreurs factuelles, d’omissions volontaires et d’interprétations biaisées.

Nier aux juifs tout attachement avec le mont du Temple

Dès son introduction, le journaliste rappelle que la mosquée Al-Aqsa est le troisième lieu saint de l’islam. Il n’est pourtant jamais fait mention du caractère doublement sacré de l’esplanade des mosquées (mont du Temple pour les juifs), aussi considéré comme le premier lieu saint du judaïsme. Si cette « omission » sert de trame narrative tout au long du documentaire, elle prend une tout autre dimension lorsque le journaliste explique qu’il va pénétrer dans l’enceinte de l’esplanade malgré les portiques de sécurité pour procéder à des vérifications « après avoir entendu que des colons juifs auraient été autorisés à entrer, malgré l’interdiction des rabbins ».

Une phrase représentative de la confusion dangereuse qui nourrit la rhétorique incendiaire de certains extrémistes. Car, si seuls les musulmans ont le droit de prier sur l’esplanade, les juifs ont parfaitement le droit de s’y rendre en visiteurs, comme le stipule le statu quo en vigueur depuis 1967. Les « interdictions rabbiniques » évoquées dans le documentaire concernent seulement quelques communautés ultra-orthodoxes, mais ne sont en aucun cas une majorité ni ne font office de loi.

Rabbinical-rulings-Al-Jazeera

Elles sont cependant encore régulièrement utilisées à des fins de propagande par ceux qui souhaitent nier aux juifs tout attachement historique, culturel et religieux avec le mont du Temple. Propagande appuyée par l’utilisation du terme « colons juifs » sans savoir si ces personnes vivent ou non à l’intérieur des frontières israéliennes reconnues par la communauté internationale et qui laisse donc sous-entendre, au mieux, que chaque Israélien qui pose le pied sur ce lieu saint est un envahisseur, au pire, que tous les juifs sont des colons en Israël.

Accuser Israël

Le journaliste poursuit son sujet en justifiant la colère des musulmans et des Palestiniens par l’installation de portiques de sécurité mais, autre oubli de taille, n’évoque pas la raison pour laquelle Israël a décidé d’installer des détecteurs de métaux à l’entrée de l’esplanade des mosquées : le 14 juillet dernier, deux policiers druzes israéliens sont abattus par trois Arabes israéliens. Des enregistrements de caméras de sécurité rendus publics par la police israélienne montrent que les assaillants se sont servis d’armes à feu, introduites dans l’enceinte du lieu saint par un complice.

Au fil de son explication, le journaliste affirme également que les Palestiniens ont continué de se révolter après le retrait de ces détecteurs de métaux jeudi dernier, car ils ont été « remplacés par des caméras de sécurité ». Ce qui est faux. Portiques et caméras ont été installés et retirés en même temps. S’il est vrai que le cabinet de sécurité israélien a bien évoqué l’installation possible d’un système de surveillance intelligent en remplacement, rien n’a encore été entériné et encore moins installé.

Aujourd’hui, contrairement à ce que ce document laisse entendre, la situation sécuritaire autour de l’esplanade des mosquées est redevenue la même qu’avant l’attaque du 14 juillet dernier. En outre, les affirmations de la femme interviewée à partir d’une minute et trente secondes, selon lesquelles elle n’a pour le moment pas le droit de pénétrer Al-Aqsa sont également erronées.

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Israël, depuis le début de cette nouvelle crise, n’a jamais interdit aux femmes d’accéder à la mosquée. Seuls les hommes de moins de 50 ans se sont vus interdire par deux fois l’accès à la prière du vendredi en raison des émeutes meurtrières qui ont secoué Jérusalem-Est et plusieurs villes de Cisjordanie.
En revanche, le Waqf (autorité religieuse musulmane gardienne des mosquées de l’esplanade), a quant à lui interdit aux fidèles de passer les portiques de sécurité et de se rendre sur l’esplanade.

Vieilles polémiques

« Beaucoup de Palestiniens et de musulmans dans le monde ont peur que le lieu saint soit menacé », affirme encore le journaliste avant de revenir sur la visite de l’ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon (alors simple député) sur le mont du Temple, dans une référence à peine voilée à la seconde Intifada. Le journaliste va même jusqu’à justifier cette peur par les fouilles archéologiques et les excavations israéliennes « qui n’arrivent pas à légitimer la revendication juive sur le mont du Temple ».

AJ+ rebuild that temple
Sans que cela ne remette en question la dimension sacrée d’Al-Aqsa pour les musulmans, est-ce réellement utile de rappeler que la présence de deux temples juifs sous l’actuelle esplanade des mosquées est un fait archéologiquement incontestable ?

Depuis toujours, Israéliens et Palestiniens s’accusent mutuellement de détruire les vestiges archéologiques qui prouvent l’attachement historique des deux peuples au lieu saint. À la fin des années 1990, une rumeur propagée puis démentie par les médias français concernant un tunnel creusé sous la mosquée Al-Aqsa avait contribué à nourrir des émeutes palestiniennes à Jérusalem-Est. Côté israélien, jusqu’à aujourd’hui, plusieurs associations d’archéologues filtrent les gravats extraits du site par le Waqf qui y réalise des travaux d’aménagement.

Une chose est néanmoins certaine. En faisant la part belle aux vieilles théories complotistes et en alimentant sciemment les peurs des Palestiniens concernant la destruction d’Al-Aqsa pour la construction d’un troisième Temple juif, ce journaliste d’Al-Jazeera simplifie à l’excès et ne contribue pas à faire taire ceux qui s’attaquent à la déontologie de son média.

Julie Eltes
@Julie_elt

 

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Élection de Trump : quelles responsabilités pour Google et Facebook ?

Les dernières élections américaines, encore plus que les précédentes, se sont déroulées pour les journalistes sous l’emprise des multinationales par lesquelles les informations passent désormais : Facebook et Google, pour ne citer que les plus importantes. Ces infomédiaires – tels qu’ils ont été théorisés par Franck Rebillard et Nikos Smyrnaios – n’ont jamais eu un rôle aussi important dans la diffusion et la circulation des informations journalistiques. Pourtant, ils semblent éviter les responsabilités qui devraient s’accompagner des pouvoirs éditoriaux qu’ils se sont arrogés ces dernières années. Responsabilités qui posent plus de questions que d’habitude dans la mesure où Donald Trump aurait prétendument bénéficié de la circulation de certaines intox, que l’on appelle désormais là-bas, et même ici « fake news ».

Trump à la Maison-Blanche : le rôle des infomédiaires

La monétisation des lieux de passage du numérique a fait naître des géants de l’information. Inutile de refaire leur histoire ici. Ce qu’il faut cependant garder en tête, c’est que les organisations par qui nous accédons à l’information en contexte numérique aujourd’hui – qui font cette “nouvelle” médiation entre nous et la production journalistique –, sont fondées sur le principe de captation de la valeur économique produite par d’autres acteurs ; ici, les journalistes. Géants parmi les géants, Google et Facebook ont une importance de premier ordre sur la réorganisation des informations et par conséquent, sur la manière dont elles nous parviennent. Comme le disait déjà Dominique Cardon dans une interview donnée au Monde en décembre 2015 “On ne réfléchit pas assez à la manière dont Google classe l’information”.

Emprises éditoriales

Comment se passe cette réorganisation ? Si l’on prend la home d’un site d’information, celui-ci classera sans doute les informations suivant des ordres explicites : rubriques thématiques, temps de lecture, les plus partagés / lus, les derniers parus, etc. L’article apparaît ainsi en contexte, lié formellement au reste du site web et ancré dans une ligne éditoriale. En accédant à l’article via un infomédiaire, une partie du contexte se perd. Plutôt, il se voit recréé au sein du site web par lequel on accède à l’article. Ce contexte se trouve totalement uniformisé : la timeline ou la liste dans laquelle il apparaît norment les formes textuelles et si vous pensez à Facebook, seul le logo du journal permet de reconnaître l’énonciateur.

Une quantité de repères, de signes sont sacrifiés sur l’autel de l’uniformité, qui donne pour résultat une grande similarité entre les différents posts, bien que ceux-ci soient de natures et d’énonciateurs différents. Des entreprises privées non-journalistiques (pour le moment) imposent ainsi des règles éditoriales en même temps qu’elles deviennent le nouveau contexte normé au sein desquels circulent les articles. La re-contextualisation s’accompagne alors de règles « éditoriales » : l’écriture de l’article, de son titre, de ses intertitres, sa taille et le moment de publication sont autant de paramètres à prendre en compte pour un bon référencement.

Tout ça pour dire quoi ? Pour expliquer que ces entreprises de la Silicon Valley ont une emprise éditoriale plus forte qu’elles ne le prétendent sur le travail des journalistes. Une part désormais si importante que, lors de l’élection de Donald Trump, bien des regards se sont tournés vers Google et Facebook pour pointer leur mauvaise gestion dans la diffusion de certaines informations. Notamment, la circulation de fake news a été particulièrement importante, sans pour autant que l’un ou l’autre ne canalise leur propagation. Des acteurs malveillants ont ainsi repris les formes et codes des sites de presse et dans la re-contextualisation et le reclassement des infomédiaires, difficile de faire la différence entre un vrai site et un faux.

Mais responsabilités limitées ?

Si les deux entreprises récusent toute responsabilité dans l’élection de Donald Trump (il serait de toute façon bien difficile de quantifier tout cela), Google et Facebook affichent deux manières de gérer la situation. Google continue la politique de l’autruche et se dédouane de toute responsabilité en se considérant comme une “plateforme” (entendez “neutre”) avant tout. Or, le moteur de recherche ne l’est pas, comme le faisait notamment remarquer Carole Cadwalladr le 16 décembre dernier dans The Guardian. Facebook consent, lui, à réfléchir à sa politique vis-à-vis des rédactions, pour peut-être la modifier légèrement.

The-Facebook-Journalism-Project
Le Facebook Journalism Project, un concept aussi flou que la photo qui illustre son annonce ?

À demi-mot, le réseau social reconnaît sans doute une part de responsabilité dans la mauvaise gestion des fausses informations qui ont circulé pendant les mois de la campagne puisqu’il a annoncé en décembre 2016 The Facebook Journalism Project. Derrière la grandiloquence de ce nom se cache une série de révisions de sa politique des news. Facebook attend le dernier paragraphe pour mentionner, sur son blog, qu’il “continuera à poursuivre ses efforts pour freiner la propagation des fausses informations”.

Cela se traduit par l’ajout d’une option pour l’internaute permettant de signaler une intox. Une fois le signalement effectué, des équipes de fact-checkers dites indépendantes vérifieront l’article en question. Ces dernières font partie de l’initiative du Poynter Institute et ont par conséquent signé ses “règles de principe” visant à harmoniser une charte de déontologie du fact-checking. Facebook intègre de cette manière une tierce partie journalistique pour la vérification des informations. La boîte noire que représente l’algorithme se voit attribuée une surveillance explicitement humaine, aveu d’une automatisation qui montre aujourd’hui largement ses limites.

Reste que les infomédiaires semblent éviter les critiques qui retombent sur les journalistes. Leur communication sur leur prétendue neutralité, leur transparence affichée nous fait oublier que ces géants sont avant tout des médiateurs et qu’en tant que tels, ils altèrent tout ce qui passe par leurs canaux et doivent assumer les responsabilités des conséquences de leurs politiques.

azoulay assouline itele senat

Audrey Azoulay : « C’est au CSA de veiller au respect de la convention d’iTélé. »

Hier, réponse au Sénat d’Audrey Azoulay, Ministre de la Culture et de la Communication, au sujet de l’avenir de la chaîne iTélé, à une question de David Assouline, Sénateur de Paris. Vice-Président de la Commission de la Culture du Sénat. Secrétaire National du Parti Socialiste chargé de la Culture et de l’Audiovisuel.

La ministre s’en remet au CSA, qui a été saisi par la Société des journalistes d’ITELE et les organisations syndicales du groupe Canal +, via un courrier que L’Observatoire des Médias s’est procuré.

David Assouline :


« Ce matin, les salariés d’I-Télé ont reconduit leur grève, en opposition avec une décision de leur direction contraire à l’éthique et à la crédibilité de la chaîne. Une direction qui recourt à l’intimidation et au mépris, jetant par exemple à la poubelle, le week-end dernier, des effets personnels ou démagnétisant des badges d’accès…

Nous venons d’adopter à l’initiative du groupe socialiste une loi sur l’indépendance des médias. Loi inutile disaient certains… La preuve que non ! La situation à I-Télé illustre les problèmes liés à la concentration des médias, qui conduit à la confusion des genres et à des tentatives de mise au pas des rédactions lorsque des médias passent sous la coupe de grands groupes privés – dont les objectifs et l’activité principale n’ont aucun rapport avec l’information. Les propriétaires et investisseurs ont des droits, mais pas tous les droits…

La quasi-totalité des rédactions sont concernées, qui savent que leur avenir est en jeu. Le groupe socialiste est solidaire des salariés d’I-Télé. Le Gouvernement entend-il répondre à la demande de médiation, pour sortir du blocage ? (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et républicain) »

Audrey Azoulay :

« Le conflit à iTélé dépasse largement le cadre seul de cette chaîne de télévision. Il s’agit d’une question d’éthique, d’indépendance et de liberté. […] Avec Patrick Bloche à l’Assemblée nationale, mais malheureusement sans le soutien de la majorité sénatoriale, nous avons fait voter la loi renforçant l’indépendance et le pluralisme des médias ; ce texte rend obligatoire d’ici 2017, dans tous les journaux, chaînes de télévision et de radio, la conclusion d’une charte de déontologie négociée avec les journalistes. Il s’agit aussi de renforcer la protection des sources et les lanceurs d’alerte. Ce n’est pas au Gouvernement de dire si tel ou tel animateur a sa place sur les antennes d’I-Télé, mais au CSA de veiller au respect de la convention en contrepartie de laquelle une fréquence a été attribuée à la chaîne. Il a été saisi.

Enfin, les voies normales du dialogue social n’ayant pas été respectées, un travail de médiation sociale a été lancé avec la direction régionale du travail, toujours sur place, pour renouer le dialogue. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste et républicain) »

Mais cela devient urgent :

 

Mise à jour de 11h05 :

Itélé maintient sa grève pour une 12ème journée consécutive :

 

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front national le monde

Front National : après la Voix Du Nord en 2015, « Le Monde » alerte ses lecteurs

Quand et comment les grands médias vont-ils se positionner vis-à-vis du Front National?

Jacques Hardoin, directeur général du groupe Rossel-La Voix, avait expliqué au « Monde » la démarche du quotidien La Voix du Nord, qui avait pris position contre le FN aux régionales.

Dans Le Monde daté du mardi 25 octobre 2016, Jérôme Fenoglio, directeur du Monde alerte à son tour les lecteurs du quotidien sur la réelle nature du discours de Marine Le Pen, et détaille comment le journal détricotera la campagne de la présidente du Front National. (Le directeur du monde avait lui aussi, signé, un édito « Le Front national, cette imposture » en 2015)

Pas dupe sur la pipolisation de la présidente du Front national :

Elle a aussi multiplié les incursions dans les contrées, dont elle fut si longtemps bannie, de la politique spectacle et de la  » pipolisation  » – le dernier épisode avec l’émission  » Ambition intime  » sur M6, le 9 octobre.

Ces mouvements correspondent à une stratégie de banalisation […] pour ne plus se contenter de perturber le système politique, comme le faisait son père, mais bien de conquérir le pouvoir.

 

Décortiquer la doctrine politique de Marine Le Pen

Si [Marine Le Pen] a réduit les outrances, elle partage les mêmes obsessions [que son père] : celles d’une nation organique tout au bord de sombrer parce qu’elle est rongée par un mal intérieur – l’immigration –, menacée par un ennemi extérieur – l’Europe – et trahie par ses élites. Elle joue sur les mêmes ressorts : l’exploitation de la peur et des passions tristes d’un certain nombre de citoyens.

Jérome Fenoglio précise la ligne de son quotidien

Tout au long de la campagne présidentielle, Le Monde maintiendra le principe qu’il s’est fixé depuis de nombreuses années : aucune tribune de Marine Le Pen, ou d’un hiérarque du FN, ne sera publiée dans ses colonnes ou ses publications numériques. Cette ligne éditoriale ne signifie pas qu’il faille minimiser, voire passer sous silence, la parole lepéniste. Nous couvrirons le FN avec la même rigueur, les mêmes règles, la même exigence que les autres partis politiques. Nous en rendrons compte avec tous les outils dont nous disposons : l’entretien, l’enquête, le reportage ou le portrait.

Lire l’article écrit par Olivier Faye et Les Décodeurs dans la partie abonnés du MondePourquoi le discours de Marine Le Pen reste profondément d’extrême-droite , avec point par point, les idées du FN décryptées :

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Bernard Mourad veut « éviter à la France l’embarras d’un non-choix » et rejoint Emmanuel Macron

Gilles Fontaine l’annonçait en exclusivité dans Challenges :

Bernard Mourad, le patron d’Altice Media Group va abandonner ses fonctions dans les prochains jours pour rejoindre l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron comme conseiller spécial. Son départ, confirmé par plusieurs sources, devrait être annoncé officiellement dans les prochains jours. Ce proche de Patrick Drahi a choisi de démissionner pour éviter tout conflit d’intérêt dans ses nouvelles missions auprès de l’ex ministre de l’Economie, un ami de plus de 15 ans.

L’intéressé s’en est expliqué sur Facebook :

bernard-mourad-fb-sourceChers amis,

j’ai décidé de démissionner de toutes mes fonctions au sein du groupe Altice afin de me consacrer pleinement à un engagement citoyen, en tant que conseiller spécial auprès d’Emmanuel Macron.

J’ai eu l’honneur, comme Président d’Altice Media Group, puis Vice-Président de SFR Presse, Directeur Général Adjoint de SFR Media et responsable du développement d’Altice Media International, de travailler avec des équipes de très grande qualité et de participer à la construction d’un groupe de médias et télécoms de premier plan. À ce titre, je tiens à remercier chaleureusement Patrick Drahi pour sa confiance et son amitié depuis plus de 10 ans.

Pour des raisons d’éthique personnelle et professionnelle, j’ai considéré que mon engagement auprès d’Emmanuel Macron était incompatible avec l’exercice de fonctions dirigeantes dans un groupe de médias. C’est pourquoi j’ai demandé que ma démission prenne effet immédiatement, en renonçant à toute rémunération. Je précise par ailleurs que j’exercerai mes fonctions auprès d’Emmanuel Macron à titre bénévole, et ne percevrai aucune rémunération publique ou privée à ce titre.

Au-delà de l’amitié qui nous lie depuis plus de 10 ans, j’ai décidé de m’engager pleinement auprès d’Emmanuel Macron car la situation du pays exige, à mes yeux, une mobilisation de toutes les forces vives de la société civile, trop longtemps éloignées de la vie publique par un système partisan archaïque, enfermé dans des clivages désormais dépassés, des postures tacticiennes et artificielles qui ne visent le plus souvent qu’à l’auto-préservation de positions statutaires plutôt qu’à la construction d’un projet politique ambitieux pour les générations futures.

D’où une profonde défiance de nos concitoyens vis-à-vis d’une classe politique enfermée dans l’entre-soi, incapable d’auto-critique et de renouvellement. D’où, aussi, une montée en puissance sans précédent des extrémismes, sur fond de débats identitaires souvent grossièrement instrumentalisés, qui conduisent à diviser notre pays au moment où nous devrions – plus que jamais – nous rassembler. Et retrouver un horizon commun, un véritable projet de société dans un monde en pleine transformation et en quête de sens.

De par mon parcours personnel, j’entretiens un rapport passionnel à la France. Cette France qui m’a accueilli à l’âge de deux ans, protégé d’une guerre civile, permis d’être éduqué dans Ies écoles de la République et de bénéficier de cet ascenseur social- qui est désormais, hélas, en panne. C’est cette France que je souhaite à mes enfants et à tous les enfants de France, quelles que soient leurs origines. Et c’est aussi pour cela que j’ai décidé de m’engager — comme citoyen et comme père.

Une nouvelle offre politique, authentiquement progressiste, fondée sur l’égalité des chances et des opportunités, récompensant le risque plus que la rente, ouverte sur le monde tout en demeurant fidèle à notre histoire et à nos valeurs, est aujourd’hui nécessaire pour transformer profondément notre pays. Pour le refonder et le réconcilier.

Partout en Europe et dans le monde, le changement est à l’oeuvre, tant d’un point de vue générationnel qu’idéologique — la France fait exception.

Chacun, à sa mesure et selon ses moyens, peut contribuer à ce renouveau démocratique, et éviter à notre pays l’embarras d’un non-choix — ou pire -dans 7 mois. J’ai décidé d’y prendre ma part aux côtés d’Emmanuel Macron.

BM

Source : Libération