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Pour Mark Zuckerberg toutes les contrevérités sont bonnes à dire

Dans son discours du Jeudi 17 Octobre 2019 devant les élèves de l’université de Georgetown, Mark Zuckerberg a décidé de reporter la responsabilité du fact-checking sur les utilisateurs pour éviter de devoir réguler lui-même le contenu publié sur sa plateforme Facebook.

 

« Nous pensons que les gens devraient être en mesure de voir ce que les politiciens ont à dire […] Je ne pense pas qu’il soit correct dans une démocratie que les entreprises de la tech censurent les politiciens. […] Les gens devraient pouvoir décider eux-mêmes de ce qui est crédible […] »

Une technique de communication usée jusqu’à la corde qui consiste à rendre l’utilisateur final responsable de toute la chaîne de qualité d’un produit. Un peu comme ces entreprises polluantes qui, au lieu de limiter l’usage de plastiques dans leurs emballages, culpabilisent leurs clients et leurs demande de recycler des matériaux qu’il serait bien plus efficace de ne pas utiliser.

La liberté d’expression comme argument ultime

Il semble que toutes les contrevérités sont bonnes à dire pour Mark Zuckerberg. En effet, le fondateur de Facebook présente sa plateforme comme un outil décentralisé au service de ses utilisateurs et permettant de court-circuiter les sources traditionnelles:

 

« Nous n’avons plus besoin de nous appuyer sur les gardiens habituels, en politique ou dans les médias, pour nous faire entendre, et cela à des conséquences importantes. […] Je comprends les inquiétudes sur le pouvoir centralisé des plateformes en ligne, mais je pense que le plus important, c’est que ces plateformes décentralisent ce pouvoir en le redonnant directement à leurs utilisateurs. »

Appropriation de la lutte pour les droits civiques

Dans son plaidoyer, Mark Zuckerberg n’a pas hésité à utiliser sans vergogne la lutte pour les droits civiques pour justifier sa décision de ne pas filtrer les fausses informations sur sa plateforme :

« Donner la parole aux gens et l’inclusion plus large vont donc de pair, et la tendance a été de renforcer la voix au fil du temps. Mais il y a aussi une contre-tendance. En période de tourmente sociale, notre impulsion est souvent de réduire la liberté d’expression. Nous voulons le progrès qui provient de la liberté d’expression, mais pas la tension. […] Nous l’avons vu lorsque Martin Luther King Jr. a écrit sa célèbre lettre de la prison de Birmingham, où il avait été incarcéré pour avoir manifesté pacifiquement. »

Bernice King, fille de Martin Luther King Jr., n’a pas tardé à lui répondre :

« J’aimerais que Facebook prenne la mesure des problèmes qu’a subi Martin Luther King à cause de campagnes de désinformation lancées par des politiques. C’est ce qui a créé l’atmosphère propice à son assassinat »

La réponse des Démocrates

Elizabeth Warren, candidate à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2020, a déjà mis en lumière le manque de véracité des publicités politiques en publiant elle-même une publicité mensongère avec le message suivant : « Flash info : Mark Zuckerberg et Facebook viennent d’annoncer leur soutien à la réélection de Donald Trump ». Elle a accusé vendredi Facebook d’« aider activement Donald Trump en le laissant propager des mensonges et de la désinformation. Facebook a déjà aidé Donald Trump une première fois. Ils pourraient le faire encore, et engranger des profits au passage.»

La modération n’est pas rentable pour Facebook

N’oublions pas que Facebook est une entreprise cotée en bourse qui se doit de surveiller sa « bottom line ! ». Pour Zuckerberg, « d’un point de vue business, la controverse ne vaut certainement pas la faible part de revenus » générés par les publicités politiques.

La modération de contenu publicitaire politique n’est pas simple selon Mr Zuckerberg :

  « Même si nous voudrions interdire les publicités politiques, la manière de fixer une ligne en la matière reste incertaine. (…) Devrions-nous supprimer toutes les publicités qui parlent de couverture santé ou d’immigration ou des droits des femmes ? Si nous n’interdisions que les publicités pour des candidats aux élections, mais pas celles-ci, quel serait le sens de donner à tout le monde une possibilité de s’exprimer dans un débat politique, sauf les candidats eux-mêmes ? »

Le fact-checking, un bandage sur une jambe de bois

Il est malheureusement prouvé que le fact-checking ne permet pas de rétablir la vérité une fois que le mensonge a été intégré par la population. La stratégie de Trump que l’on pourrait nommer « fleuve de mensonges » ne permet pas aux journalistes de corriger tous les mensonges énoncés.

Facebook, le problème et la solution ?

Zuckerberg n’a pas hésité a présenter Facebook comme un garant de la démocratie dans le monde donnant l’opportunité aux petits candidats et autres challengers d’avoir une plateforme « d’amplification du discours politique » à ceux qui « ne pourraient pas avoir autant d’attention médiatique (dans les médias traditionnels [sic]) sans ces publicités ».

Ironique, quand on sait que « qu’il a mis au chômage un nombre incalculable de journalistes, désossé l’industrie, et volé des milliards de revenus publicitaires », comme souligné par Michaël Szadkowski dans Le Monde.

Zuckerberg mélange ainsi les concepts de liberté d’expression et de désinformation. « Les citoyens qui ont la liberté de s’exprimer publiquement constituent une nouvelle force de notre monde – un cinquième pouvoir, qui vient s’ajouter aux autres structures de pouvoir de nos sociétés »

@MaxSattonnay, consultant en communication politique

 

Photo by Annie Spratt on Unsplash

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