Catégorie : En Une

Le Monde lance une Académie pour aspirants journalistes de 18 à 25 ans

L’Observatoire des Médias était ce mercredi matin dans l’amphithéâtre du Monde, boulevard Blanqui, pour la conférence de presse de présentation de la Monde Académie, dont la première ‘saison’ arrive bientôt.
Florence Aubenas présente au Mouv, à RFI, et à l’Observatoire des Médias ce que sera Monde Académie:

L’Edito d’Erik Izraelewicz : 



 

Le communiqué de presse :

L’interview officielle par Le Monde :

Un article signé Florence Aubenas et Serge Michel : « Le Monde » est un média sérieux, mais…

Le Monde a prévu aussi une campagne de publicité, et des vidéos virales, voici la première :

Monde Académie, façon simple d’obtenir du contenu à moindre frais? Petite salve de critiques :


Les gens conseillent à leurs jeunes contacts de postuler , et les jeunes expriment leurs tentations :

Dixit Isabelle André, la toute nouvelle directrice du Monde Interactif, il était plus rapide et plus simple selon elle de faire appel à CitizenSide qui a développé une interface dédiée à la réception des candidatures. Un dérivé de la marque blanche que CitizenSide vend aux médias pour la réception des photos et vidéos des journalistes « citoyens ».


Les Entretiens de l’information 2012: l’économie, star de la présidentielle

Le moment de réflexion proposé par les Entretiens de l’information et l’IDIES (Institut pour le développement de l’information économique et sociale), en partenariat avec l’IPJ, sur « la place de l’économie dans la campagne présidentielle 2012» se déroulera le mercredi 14 mars 2012 de 10h00 à 18h30, dans les locaux de l’IPJ, 24 rue Saint-Georges, Paris 9ème (métro Notre Dame de Lorette).

Pour la deuxième année consécutive, L’Observatoire des Médias est partenaire média des Entretiens de l’information.

 

10h15 – Ouverture par Jean-Marie CHARON (Entretiens de l’Information)

10h30-12h30

La hiérarchie et le traitement de l’information économique dans l’actualité politique

Animation : Philippe FREMEAUX (délégué général de l’IDIES / Alternatives Economiques)

– Quelle hiérarchie (ou absence de hiérarchie) entre politique et économique?

– Quelle gestion des services politique et économique pendant cette période?

– Quelle gestion volontariste de l’agenda, quel suivi -obligé- des candidats?

– Quel appel aux experts intérieurs et extérieurs, sur quels critères?

Cyril AUFFRET (TF1), Philippe CHAFFANJON (France Info), Jean-Luc EVIN (Ouest France), Isabelle GERMAIN (LesNouvellesNews.fr), Francis LAFFON (L’Alsace), Pascal RICHE (Rue89).

14h00-16h00

Le choc des domaines et des compétences

Animation : Loïc HERVOUET (ex-directeur de l’ESJ Lille)

– Quelle dimension économique dans l’information politique, dans l’information sociale?

– Quelle dimension sociale dans l’information économique, dans l’information politique?

– Quelle dimension politique dans l’information sociale, dans l’information économique?

– Frontières de compétences, espaces et méthodes de coopération, conflits potentiels, organisations…

Raphaëlle BACQUE (Le Monde), Ellen SALVI (Mediapart) Nicolas CORI (Libération), Bruno FRANCESCHI (AFP), Sandra MOATTI (Alternatives Economiques), Philippe LEFEBURE (France Inter)

16h15-18h15

De quelle économie parle-t-on ?

Animation : Jérôme BOUVIER (médiateur à Radio France)

– Quel regard portent ces publics sur le traitement de l’économie dans cette période?

– Quelles « mises au placard » d’autres thèmes provoque cette priorité à l’info macro- économique? (logement, banlieue, Europe, étranger, sujets de société à dimension économique et sociale…)

Ahmed EL KHADIRI (Animafac), Nicole MAESTRACCI (FNARS), Emmanuel MERMET (CFDT), Eric FAVEY (Ligue de l’Enseignement),

18h15 – Conclusion Philippe FREMEAUX (délégué général de l’IDIES)

Inscriptions auprès de Jean-Marie Charon

 

Jean-Marie Charon
Sociologue des médias.
Président des Entretiens
de l’Information


Rtbf.be n’est pas un concurrent déloyal de la presse écrite: un blanc-seing pour France Télévisions?

Depuis plusieurs années, la question du périmètre légitime des activités des radiodiffuseurs publics secoue de nombreux paysages audiovisuels européens. Plusieurs outils sont apparus afin d’encadrer ces nouvelles activités : « public value test » et « market impact assessment » au Royaume-Uni, « Drei-Stufen-Test » en Allemagne, … Il s’agit d’ailleurs d’un des thèmes les plus discutés de ces dernières années au sein de l’EPRA, la plate-forme qui réunit tous les régulateurs audiovisuels européens.

En Belgique, c’est une variante de ce débat qui agite le secteur des médias, puisque ce sont moins les radiodiffuseurs privés qui se plaignent de la concurrence du radiodiffuseur public que… la presse écrite ! Suite à la décision de la RTBF de se rebaptiser rtbf.be en janvier 2010, les principaux titres de la presse belge francophone, réunis au sein de la société Journaux Francophones Belges (JFB), avaient saisi début 2010 le tribunal de commerce de Charleroi afin qu’il ordonne la cessation d’une grande partie des activités de la RTBF sur son site internet (mais aussi sur les réseaux sociaux et sur ses blogs) sous peine d’une astreinte de 10.000 € par jour et la cessation de toute exploitation publicitaire de ses sites internet, sous peine d’une astreinte de 10.000 € par infraction constatée.

Leurs arguments principaux  étaient les suivants :

  • les activités la RTBF sur les nouveaux médias ne relèvent pas de ses missions légales (qui sont de faire de la radio et de la télévision) mais sont aujourd’hui développées à un point tel qu’elles constituent au contraire des activités de « presse écrite en ligne » ;
  • dès lors que ces activités sont financées par une dotation publique, la RTBF se livre donc à une utilisation illégale de cette dotation;
  • cette situation crée en outre une distorsion de concurrence au détriment des JFB, « dès lors que l’argent de la collectivité permet aux médias subventionnés d’offrir un accès gratuit à leur plate-forme en ligne, d’augmenter ainsi le nombre de visites de leur site, voire de pratiquer un dumping sur les pratiques de publicité en ligne, et partant d’impacter à leur profit la répartition des recettes publicitaires ».

Les JFB estimaient par ailleurs que ces activités de la RTBF violaient les dispositions européennes en matière d’aide d’Etat aux radiodiffuseurs publics.

Dans un jugement prononcé ce 30 décembre, le tribunal de commerce de Charleroi déboute les JFB de toutes leurs requêtes. Le tribunal relève notamment, de manière générale, que « jurisprudence et doctrine se rejoignent pour reconnaître la possibilité à toute personne morale de mettre en œuvre, outre l’activité principale qui lui est assignée, d’autres activités non expressément prévues par ses statuts ou par l’acte légal qui la fonde, dès lors que celles-ci sont considérées comme accessoires« . Mais plus particulièrement, il estime aussi que « l’importance de l’activité de la RTBF sur le Net reste secondaire par rapport à son core business« .

Peut-on retirer des enseignements d’une telle décision au regard des activités en ligne des autres radiodiffuseurs européens, comme par exemple le développement récent du site et de l’application France TV info ?

Même si cette jurisprudence ne lie évidemment que les tribunaux belges, il certain que les radiodiffuseurs publics qui sont confrontés à des procédures similaires ailleurs en Europe ne manqueront pas de prendre à leur compte de nombreux attendus de ce jugement.

Il est certain aussi que les radiodiffuseurs publics dont le cahier des charges arrive à échéance dans un futur proche veilleront à ce que les termes qui détaillent les missions de l’entreprise publique soient à la fois les plus larges quant à l’étendue des missions (les contenus à produire et diffuser) et les plus précis quant aux outils à mettre en œuvre (les plates-formes pour les distribuer). A cet égard, il faut bien reconnaître que la RTBF avait une longueur d’avance, son cahier des charges négocié en 2006 :

  • évoquant déjà ses missions en termes de services non-linéaires bien avant que la directive TVSF, transformée en directive SMA en décembre 2007, étende elle aussi le champ d’application de la réglementation audiovisuelle aux services à la demande ;
  • prévoyant déjà que « La RTBF développe une offre Internet de référence en Communauté française, permettant de mettre en œuvre des synergies stratégiques avec ses services de médias audiovisuels linéaires et non linéaires, et notamment : de permettre à ses usagers de communiquer avec la RTBF ; de diffuser en ligne, le cas échéant, une ou plusieurs de ses chaînes de radio et/ou de télévision et des contenus de services de médias audiovisuels non linéaires ; d’assurer la promotion de ses programmes, notamment d’information, et de ses productions propres ; de constituer une porte d’entrée pour d’autres sites de la Communauté française […] »;
  • précisant même, parmi ses objectifs en termes d’information, qu’elle devait diffuser « en ligne : des pages actualisées régulièrement relayant les journaux et séquences d’informations provenant des diverses rédactions de la RTBF et constituant une extension de ces journaux et séquences ; des dossiers thématiques ; des contenus audiovisuels spécifiques, actualisés dans la mesure du possible ».

Toutefois, en déboutant les JFB de l’ensemble de leur requêtes, ce jugement nous prive de nombreux autres enseignements qui auraient pu sortir d’une telle affaire. Le principal d’entre eux aurait été de savoir quels contours pouvaient recouvrir cette « certaine présence » sur internet que les JFB reconnaissaient comme légitime.

Par ailleurs, il faut relever que ce jugement laisse ouverte la question de la conformité au droit européen des aides d’Etat dont bénéficie la RTBF. Le tribunal, sans surprise, s’est déclaré incompétent quant au respect des règles du Traité de l’Union européenne. Les JFB avaient d’ailleurs déjà mis un autre fer au feu en déposant plainte en février 2011 auprès de la Commission européenne. Et c’est en effet bien là, avec de nombreuses conséquences pour les tous les groupes audiovisuels publics européens, que se jouera l’essentiel de ce bras de fer.

Jean-François Furnémont
Directeur général du CSA belge et Président de l’EPRA
L’auteur s’exprime à titre personnel

Les médias en 2011: un tournant pour la presse française

L’exercice est assez convenu en cette fin d’année.  Il consiste à revenir sur les éléments marquants de 2011. Pour la presse écrite française, il ne paraît pas exagéré de parler de l’amorce d’un véritable tournant dans sa longue histoire. Pour en prendre la mesure il suffit de revenir sur quelques uns de ses événements ou faits les plus significatifs.

L’année se termine sur quelques symboles forts : deux titres nationaux, France Soir et La Tribune dont les comptes sont très dégradés vont ou risquent d’abandonner le papier pour ne plus être proposés que sous forme numérique, alimentés par des rédactions réduite au strict minimum. En fait il s’agit là de la manifestation d’une tension générale sur les comptes des journaux, manquant de ressources publicitaires, voyant leur diffusion s’éroder, qui frappe d’abord les plus fragiles. France Soir et La Tribune des situations pourtant bien différentes, entre l’ancien quotidien populaire, totalement épuisé ayant perdu l’essentiel de son lectorat et le quotidien économique né des années quatre-vingt qui a su gagner un public, sans jamais trouver l’équilibre de ses comptes.

Comme toujours, l’attention se concentre sur la presse parisienne, alors que des situations encore plus préoccupantes se sont fait jour en région, là où la Comareg (Groupe Hersant Média) a purement et simplement cessé d’exister licenciant plus de mille personnes. Région où ce même Groupe Hersant Média surendetté a annoncé son mariage avec le groupe Rossel (La Voix du Nord, Le Soir de Bruxelles), avec là aussi la perspective d’une « rationalisation » qui se soldera par des centaines d’emploi supprimés.  Que penser en outre du sort de Paris Normandie, exclu de cet accord, au risque d’un dépôt de bilan à plus ou moins brève échéance ?

La tension sur les comptes des journaux se traduit aussi par l’annonce de restructurations de titres hier encore symbole de réussite : Les Echos, Le Parisien/Aujourd’hui en France. Dans les deux cas les comptes sont au rouge, alors même que la diffusion fléchit (-5,38% pour le second). « Plans sociaux » ou « Plans de départs volontaires » ont ici en commun qu’ils visent à resserrer les rédactions, en même temps qu’à opérer un mouvement qui voit des journalistes traditionnels de l’imprimer laisser leur place à de nouveaux venus formés et si possible créatifs dans l’univers du numérique.

Dans ce registre des évolutions nécessaires des rapports entre imprimé et numérique, 2011 aura été pour les quotidiens français l’année de l’engagement vers les « rédactions intégrées » où se côtoient, coopèrent, se fondent journalistes du print, du web, des supports mobiles. Le Figaro en fait l’annonce et engage les aménagements nécessaires, Le Monde ou 20 Minutes créent des services communs, etc. Faut-il rappeler que la presse anglo-saxonne avait amorcé ce mouvement dès les lendemains de l’éclatement de la bulle Internet. Ces journaux à l’exemple du Guardian ou du Financial Times montrent d’ailleurs que ce ne sont pas des rédactions aux fonctions indifférenciées qui se font jour, puisque des pôles continuent à servir plutôt un support ou l’autre selon ses spécificités. Faut-il imaginer que 2012 permettra de faire un pas de plus aux quotidiens français, celui du « web first », soit la priorité au numérique pour sortir d’abord les nouvelles sur ses différents supports, pour ensuite les sélectionner, les développer, les approfondir pour l’imprimé, comme en ont fait le choix en 2011, le Guardian, le Financial Time ou Le Temps.

Faut-il voir dans ces différents mouvements de réorganisation des rédactions de la presse quotidienne l’explication d’un autre signe d’évolution apparu en 2011, celui de l’inversion de la courbe d’évolution du nombre de journaliste qui tend à baisser (37 007 en janvier) ? Faut-il s’attendre alors à une évolution de fond aussi brutale que celle des Etats Unis qui en dix ans ont perdu pratiquement 30% des effectifs de journalistes ?  Faisant en quelque sorte écho à cette tendance, le 5 décembre à Lyon lors d’un colloque organisé par la Wan-Ifra, un leitmotiv se retrouvait dans les propos des responsables journaux et groupes aussi différents que le New York Times, le Financial Times, Le Temps, Roularta, 20 Minutes : « Il va falloir faire travailler beaucoup plus les rédactions et nos journalistes ». Gageons que la formule est insuffisante et que le tournant amorcé en 2011 amènera presse imprimée et presse numérique à repenser la notion même de rédaction, avec des journalistes travaillant en réseau et expérimentant de nouvelles formes de coopérations avec des experts/spécialistes de différents domaines, sans parler des internautes témoins d’événements ou sensibilisés à une question ou une cause.

Jean-Marie Charon
Sociologue des médias.
Président des Entretiens
de l’Information

Jean-Marie Charon est intervenu ce mercredi 27/12 dans l’émission d’Ali Rebeihi « Comme on nous parle ».

Les invités : Jean-Marie Durand (Rédacteur en chef adjoint, rubriques idées, médias – Les Inrockuptibles), Guy Dutheil, (journaliste, service média – Le Monde), par téléphone Pierre Haski (co-fondateur du site Rue89), par téléphone Jean-Marie Charon (sociologue des médias)

Qu’est-ce que « la gauche » a à voir avec la rémunération des blogueurs?

C’est une bonne question – à peu près posée ici-même par Anthony Rivat: sur les sites d’info, les blogueurs doivent-ils être considérés comme des « employés » comme les autres – et rémunérés en conséquence? Ou sont-ils de purs esprits nourris d’affection et de reconnaissance – ce qui, certes, arrange bien leurs hôtes, confrontés aux rigueurs de l’hiver budgétaire, mais eux aussi, souvent, qui gagnent en liberté de ton ce qu’ils perdent en confort matériel?

Très honnêtement, je n’ai pas de réponse toute faite – voire pas de réponse du tout. Ce que je sais: aujourd’hui, à LEXPRESS.fr, nous ne payons pas les blogueurs. Par souci de bonne gestion, mais aussi par principe. Nous leur offrons une tribune, de la visibilité, ils nous apportent leur expertise, posent un regard décalé sur notre fond de commerce, l’actualité, bref nous alimentent et nous différencient. Valeur contre valeur, l’échange est égal – et s’il ne l’était pas, me dis-je, les blogueurs nous fuiraient.

Le sujet divise les médias en ligne – qui ne partagent pas tous mon avis, il ne manquerait plus que ça. D’autres que nous payent tout ou partie de leurs blogueurs – des sommes qu’on dira « raisonnables », faut-il le préciser. Parce qu’ils n’ont pas envie de les voir filer à la concurrence, parce qu’ils estiment qu’ils leur rapportent suffisamment (en audience, en image, en opportunités publicitaires) pour justifier les sommes engagées. Il n’est d’ailleurs pas dit qu’un jour ou l’autre, confronté à la même équation, je ne sois pas amené, au moins ponctuellement, à m’asseoir sur mon principe.

Le débat divise aussi la blogosphère, depuis plus longtemps même que les médias en ligne. Je me souviens qu’on en parlait déjà il y a plus de deux ans, quand nous avions lancé avec les blogueurs l’opération 3001 et que certains avaient accusé L’Express de se constituer ainsi un cheptel à pas cher. Il a rebondi il y a quelques mois, à l’occasion de la vente à bon prix du Huffington Post à AOL, quand ses contributeurs gratuits se sont rendus compte que leur patronne venait de s’en mettre plein les poches sur leur dos – ce n’est pas aussi simple que ça, mais peu importe, l’argument se tient. Il a touché la France plus récemment, quand Anne Sinclair, qui chaperonne la version française du HuffPo, a appelé les « experts » a rallier gracieusement sa nouvelle bannière, ce qui a notamment provoqué la chronique dont je fais état dans ma première phrase – et conséquemment la présente réaction.

Pourquoi? Parce qu’il me semble qu’Anthony Rivat pose le problème à l’envers en faisant porter la responsabilité de la situation sur les cochons de payeurs potentiels. Les blogueurs sont assez grands pour faire leurs calculs et décider en toute connaissance de cause si le jeu (encore une fois, s’exprimer, faire connaître leur opinion au public, SE faire connaître) en vaut la chandelle. Ou non. Auquel cas, ils sont aussi assez grands pour négocier (ça arrive, je le sais), monter leur petite entreprise, voire sauter le pas et devenir… journalistes (ça arrive aussi).

Je comprends parfaitement la réaction des blogueurs du Huffington Post, qui ont découvert a posteriori que les termes du contrat avaient changé sans qu’on prenne la peine de les en avertir. Je comprends moins la réaction des blogueurs de sa version française, qui savent désormais parfaitement à quoi s’en tenir – et Anne Sinclair ne leur a rien caché. Si ça ne leur plaît pas, ils n’ont qu’à pas y aller.

 

PS qui a tout à voir: un petit mot aux journalistes qui s’inquiètent de leur hypothétique remplacement par la main d’oeuvre bon marché ainsi créée, pour leur rappeler qu’un journaliste est un journaliste, un blogueur un blogueur, et que le second n’a pas vocation à se substituer au premier, mais à le compléter.

P.S sous forme de réponse à Gilles Bruno, qui profite éhontément de son invitation pour me poser les questions suivantes:

Vos confrères du Plus (Nouvel Observateur) paient certains blogueurs. Pas tous. Que pensez-vous de cette pratique?

Rien. Chacun fait ce qu’il veut chez lui. J’imagine qu’ils ont de bonnes raisons pour ça.

Rue89 allant s’intégrer dans la galaxie du Nouvel Obs, à votre avis, cela va-t-il mettre en ‘péril’ le Plus?

Pas du tout! Le Plus a autant à voir avec Rue 89 que le polo avec le foot. Ce sont deux concepts d’info en ligne très différents, ils se complètent bien plus qu’ils ne se concurrencent. Cela dit, si j’en crois les déclarations des uns et des autres, la prise de participation de L’Obs dans Rue 89 est strictement capitalistique. La question ne se pose donc même pas.

Du coup, les audiences cumulées vont changer, les rapports de force aussi. Pouvons-nous avoir une idée de comment va s’organiser votre ‘riposte’ ?

Les audiences cumulées? Quelles audiences cumulées? Je ne sache pas que l’équipe de Rue 89 ait l’intention d’être avalée par l’Obs. Et si la situation changeait, nous aviserions. Pour le moment, ce n’est pas le cas.

 

Photo de Une par Razak, (RichardTrois sur Flickr)

HuffPost : Pourquoi la gauche soutient-elle la non-rémunération des blogueurs ?

Le Huffington Post est-il menacé avant même de naître hors des États-Unis. Au Québec, le site qui doit arriver sur la toile début  2012, fait face à plusieurs critiques. Des personnalités, étiquetées politiquement figurent sur la liste des contributeurs, mais c’est la question de la rémunération qui pose problème. Les blogueurs devront  délivrer gratuitement leurs contenus au site hébergé par le géant America Online (AOL). La société de services internet, influente dans l’économie américaine, a racheté le « Huff » pour 315 millions de dollars en février 2011. Aujourd’hui, la non-rémunération des blogueurs semble n’être destinée qu’à accroître les bénéfices.

Pigasse et Sinclair au service d’AOL ?


Anne Sinclair devant la Maison Blanche. (Source)

On sait désormais qu’ Anne Sinclair, madame Strauss-Kahn, sera la directrice éditoriale de la version française du Huffington Post. La nouvelle a surpris dans le monde médiatique, sans pour autant créer de vraie polémique. L’édition dont les premiers contenus devaient être mis en ligne en novembre, verra le jour début 2012. Nos confrères de Rue89 se sont procurés le mail envoyé depuis quelque jours par Anne Sinclair pour recruter les blogueurs. « Ces contributions ne seront pas rémunérées et seront l’équivalent de colonnes publiées dans d’autres médias. Mais nous leur donnerons la plus grande visibilité possible, grâce je l’espère, à la force de frappe du Huffington Post», écrit la journaliste. Les internautes accueillent mal la façon de faire: « Ni EDF, ni France télécoms ne vous acquittent de vos factures avec la notoriété, même si elle est grande », répond Pierre Serisier, journaliste, blogueur pour le monde.fr. De son côté, Roland Pavot (GdeC), blogueur indépendant, regrette que ses collègues soient « attirés par leur excès d’orgueil et leur besoin de reconnaissance ». Sa principale crainte, en plus d’une « exploitation des compétences à des fins d’enrichissement » du site, est la perte de la liberté d’expression des auteurs. Ce qui choque ailleurs, ne pourrait-il pas nous concerner aussi ? La version québécoise est pointée du doigt car elle s’apprête à faire travailler gratuitement des personnalités politiques de gauche. Des adversaires du profit des multinationales qui font du bénévolat pour AOL, la nouvelle peut surprendre. En France, le problème est le même : l’épouse d’un socialiste emblématique prône ce mode de fonctionnement. Même interrogation concernant Matthieu Pigasse, l’un des actionnaires majoritaires du Monde et président des Inrocks. Ces deux médias sont à l’origine de l’arrivée du « Huff » dans l’hexagone. Pigasse est donc l’un des ouvriers majeurs du site d’information. Mais il est surtout très proche de la gauche française. Longtemps conseiller de DSK, puis de Laurent Fabius, cet ancien de Science Po ne cache pas son soutien au Parti socialiste.

Les « experts » bénévoles

Dans son mail aux blogueurs, Anne Sinclair précise qu’il faut des « experts », histoire d’assurer un bon nombre de visite. Aux Etats-Unis, le « Huff » a fait son succès sur ce modèle éditorial. En France et au Québec, la proposition a plus de mal à se faire accepter. Il y a quelques jours, le site canadien projetj.ca révélait la liste de huit blogueurs ayant accepté d’offrir leur contribution au Huffington Post local. Parmi eux, trois noms font tâche : Amir Khadir, député de Québec solidaire (ancré à gauche) et la porte parole du parti, Françoise David. Le fondateur d’une organisation écologiste, Steven Guibeaut, apparaît également parmi les blogueurs « experts » et bénévoles. L’idéologie de gauche, en France et au Canada, ne serait-elle plus ce qu’elle était ? Est-ce devenu normal pour eux de travailler bénévolement pour accroître le profit d’une multinationale ? «Mon porte-parole a donné son accord de principe pour la reprise de mes textes qui sont déjà diffusés sur le Web », répondait Françoise David au site ledevoir.com. Les blogueurs québécois arguent que cela leur permet de défendre leurs idées en étant lu par un plus grand nombre. Aux Etats-Unis, le Huffington Post génère plus de 25 millions de visiteurs uniques par mois. AOL enregistre des bénéfices importants et, en France, le site sera soutenu par Les Inrockuptibles et le Monde, deux journaux gérés par des hommes d’affaire. Le mode de rémunération des blogueurs est un éternel débat…

Anthony Rivat

Anthony Rivat est est en Licence Webjournalisme à Metz.

Toujours sur le Huffington Post France, lire l’article de Jean-Marie Charon sur L’Observatoire des Médias, qui concluait ainsi :

[…]A moins que ce soit encore une tentative de plus pour profiter sans la rémunérer de l’activité des journalistes et de la frange du public le plus contributif.

Francetv info, ou la consécration de l’info en temps réél

Le voilà, il est enfin arrivé le bébé de Bruno Patino, chef ès numérique à France Télévisions (plus précisément directeur général délégué au développement numérique et à la stratégie de France Télévisions, et directeur de France 5).

Cela a mis le temps. Mais le résultat est plutôt excitant : http://www.francetv.fr/info

logo francetv info

Il s’agit donc d’une plateforme d’informations. Et lorsque l’on s’intéresse au lancement des différents pureplayers en France ou ailleurs dans ce domaine, venant de la part de Bruno Patino (ex patron du Monde Interactif), et d’une société avec de gros moyens (France Télévisions) le projet était attendu au tournant.

Le fantôme d’une télévision ?

une chaîne info pour France Télévisions?Bruno Patino est venu s’occuper de France 5 et du numérique, mais les premières réflexions des journalistes, de Libération et du Figaro, ont porté sur un ‘fantôme’, celui d’une chaîne info, une vraie chaîne info de télévision, que le groupe n’a jamais eue.

Et lorsque les @Garriberts lui demandent « N’est-ce pas un pis-aller pour la chaîne info que France Télévisions n’a jamais pu faire ? » celui-ci répond :

Il y a, par rapport à ce projet de chaîne info en continu que France Télévisions n’a pas eue, le syndrome du membre fantôme, comme pour les gens amputés. Il nous faut maintenant aller au-delà de cette démarche, convaincre l’ensemble des rédactions de participer en transversal et créer un continous news desk alors que, par la faute de l’absence de chaîne info, il n’y en a pas aujourd’hui. C’est-à-dire qu’on met en place des choses qui rappellent furieusement une chaîne info. En même temps, on contourne l’obstacle : on a la télé connectée en ligne de mire. On lance le mobile d’abord, le Web dès demain, les applis pour tablettes dans trois semaines et il est évident que, dans les tout premiers mois de 2012, on va entrer sur le téléviseur.

Qu’à cela ne tienne, occupons-nous donc de cette plateforme d’information.

Un lancement asynchrone

Bruno Patino avait prévenu, il y aurait d’abord l’application iPhone disponible, et le lendemain, seulement le lendemain, le site web disponible: « le mobile a été conçu en 1er, et pas comme un dérivé du web ».
Stratégie intéressante, lorsque l’on connait les mécanismes de l’Apple Store, et l’importance d’avoir beaucoup de téléchargements au lancement ou à la mise-à-jour d’une application.

C’est donc l’application iPhone qui était disponible ce lundi 14 novembre, et nous renverrons vers nos camarades d’@si qui ont ici décortiqué le fonctionnement de l’application mobile.

Les internautes seraient devenus accro au prompteur

navigation-gauche-francetv-infoDu LIVE. DU LIVE, d’abord du LIVE.
Les journalistes ont été les premiers à être accro au prompteur. Celui de l’AFP et de son flux de dépêches. Outil indispensable des journalistes de desk, mais aussi des autres, le fait d’avoir une partie de son écran occupée par quelque chose qui défile est devenu un classique pour tout le monde désormais, avec Facebook surtout, et Twitter aussi. L’internaute qui visitera la plateforme d’info que le web verra quelques similitudes avec Facebook. C’est ainsi l’info « En direct » qui est mise en avant, avec juste en dessous dans les choix du menu, « Les titres« , « Les tops« , « Les régions« , « Les images« .

En navigation au dessus, des rubriques plus ‘classiques’ : « France, Monde, Eco, Sport, Decouvertes, Culture buzz, Débats, :-) »

C’est cet usage qui est véritablement nouveau, porté au pinnacle de la page d’accueil du site. Car vous aurez bien d’autres moyens de visiter le site, en cliquant sur « Les titres », mais c’est le Live qui arrivera par défaut. France Télévision fait là un pari, un pari osé.

Avant cela, plusieurs autres médias avaient tenté l’expérience du Live, pour des évènements en particulier. DSK, la primaire socialiste, et bien d’autres encore. Dans bien des cas, il a été fait usage de l’excellent module développé par coveritlive.com, qui permet, soit gratuitement, soit en marque grise, de couvir un évènement, en faisant l’agrégation de textes, de photos, de vidéos, de tweets.

Mais hormis le huffington post, très peu de sites avaient fait le choix :
1) développer les fonctionnalités comparables à Cover it live au sein de leur propre CMS;
2) oser franchir le cap de présenter la Une du site de cette façon là.

France TV Info a fait ce choix audacieux. (cliquer sur l’image pour la voir en plus grand)

Personnellement, hormis ma sélection de flux RSS, j’ai choisi de suivre beaucoup de gens, sur Twitter. Le résultat, un flux continu, rapide, qui, si on le fixiez, vous donnerait le tourni. Et qu’y voit-on, au sein de ce flux d’informations? De tout, et de rien. De informations, et des relais très pertinents, et puis, beaucoup de doublons (ce qui arrive lorsqu’on suit des personnes appartenant aux mêmes sphères).

Résultat, j’aurais parfois envie que quelqu’un fasse au tri au sein de tout cela, et ne me présente que le meilleur, une sorte de super Summify de ce qu’il faut savoir, de ce qu’il faut lire.

En fait, ce flux, j’ai bien l’impression que France TF Info s’en occupe, désormais.

Un SVP de l’info

svp logoQuel twitto, avec un minimum ‘décent’ de followers n’a jamais essayé de se servir de Twitter pour poser une question, soit d’actu, soit pratique? La qualité des réponses que vous obtiendrez dépendra de la pertinence sur les sujets des membres de vos followers. Là, l’application mobile et le site proposent de répondre aux questions que va poser l’internaute ou le mobinaute, sans même créer de compte (risqué?). Une façon de faire vivre l’information, de rester proche de son lectorat, et de donner envie à son lecteur de devenir accro, parce qu’on lui a répondu, parce qu’on s’est occupé de lui.

Une équipe de choc

Vous remarquez, au coin de la capture d’écran plus haut, l’avatar de la journaliste? C’est la nouvelle charte!! :-) La quasi-totalité des journalistes recrutés ou affectés à la rédaction et à l’animation de cette nouvelle plateforme d’information ont tous été photographiés de la même façon. Une façon aussi de bien distinguer, dans le flux live, qui appartient à la redac ou pas. Nous avons fait un petit montage ce ces avatars de profil twitter (grâce à cette @liste) :

les-tetes-de-france-tv-info-via-twitter

On peut y voir qu’une majorité a joué le jeu de cette photo, et les ‘récalcitrants’ :-)

Mais il y a un autre point commun à un bon nombre des salariés réunis pour travailler au sein de cette rédaction. Un bon nombre d’entre eux ont déjà travaillé ensemble, ou au moins dans le même groupe : pas moins de huit (au moins) ont travaillé au sein du Monde Interactif (LeMonde.fr et LePost.fr), et quelques un chez 20minutes.fr.
Bruno Patino a fait ainsi venir avec lui toute une équipe déjà bien rodée à l’info en ligne, à l’actu chaude, et lui a fait prendre en main le nouvel outil.

Des rédactions qui se parlent, enfin?

#LesRédactionsSeParlent Démo plateforme d'info web #Ftv ... on TwitpicVoici une photo partagée par @PL_Constant. Son titre : »#LesRédactionsSeParlent Démo plateforme d’info web #Ftv à la rédac France 2″. Un tweet qui en dit long. Comme tout projet novateur, il peut, au sein d’un paquebot comme celui de France Télévisions, ne pas bien être compris, être mal assumé/revendiqué par une partie de l’entreprise.

C’est que le web de France Télévisions, ce n’est pas qu’une plateforme d’infos.

Une galaxie de sites

Car disons-le, lorsqu’on voit quelque chose de nouveau, comme l’application mobile et le site web FranceTV info, on a envie de voir le reste de cette politique appliquée à tout l’univers de France TV. On a vu les nouvelles versions de culturebox (adieu la mosaïque, bonjour un site plus épuré), et aussi la nouvelle mouture du site de sorties. Et là, un petit pincement au cœur. (Lorsque je veux savoir ce qui se passe ce soir, je ne veux pas forcément avoir dans mon résultat de recherche ce qui se passe tous les jours et qui provoque du bruit).

Il reste donc beaucoup de travail. Et c’est cela qui est excitant.

Souhaitons donc à toute l’équipe de France TV info la bienvenue dans la bataille de l’info et du service au lecteur! Bonne route, et nous allons voir ce que vous nous réservez à l’avenir!

Ciao Berlusconi ! Comment Silvio est-il devenu l’actif le plus toxique d’Italie

Lundi dernier, au plus fort de la tempête qui était sur le point de balayer le 4e – et, espérons-le vivement, dernier – gouvernement Berlusconi, celui-ci n’a rien trouvé de mieux à faire que de se réunir à Milan avec les deux enfants de son premier lit, Piersilvio et Marina, ainsi qu’avec Fedele Confalonieri (président de Mediaset) et son avocat en chef, Nicola Ghedini. Réunion de famille pour le moins curieuse au moment-même où le paquebot Italie est en train de sombrer corps et biens, sauf si on la considère comme réunion in extremis pour sauver les meubles…

« Ciao Berlusconi » par Laurent Sciamma

Car les affaires de Berlusconi sont une chose lorsqu’il est le chef du gouvernement, et une autre lorsqu’il n’y sera plus : mercredi les actions Mediaset on chuté de 12% à 2,20 € à la bourse de Milan, alors qu’elles étaient à presque 13,20 € en 2006. Autrement dit le groupe a déjà perdu 83,32% de sa valeur au cours des 5 dernières années !

Source : Titoli.com sur données Yahoo Finance

Une tendance dont la baisse s’est accentuée au cours des douze derniers mois :

Source : Google Finance

Et ce malgré la présence de Berlusconi aux affaires et en dépit des différentes interventions législatives qu’il a prises au fil des ans pour faire prévaloir son empire média contre la concurrence, ce qui lui a permis de se construire un marché sur mesure, où la croissance des télévisions commerciales s’est accompagnée d’un déclin constant et calculé du service public… Sur fond de conflits d’intérêts majeurs, jamais résolus mais entretenus avec soin, notamment au niveau de la publicité, d’où une suprématie évidente pour Mediaset : près de 49% des parts de marché dans la pub contre moins de 20% pour la RAI, alors qu’en parallèle la RAI a 36% des parts d’audience, vs. 32% pour Mediaset…

Source : Il Fatto quotidiano

Et ça ne va pas mieux dans la presse, où le déclin continu oscille ente 20 et 40% : comme l’observe justement le Financial Times, avant même que Berlusconi ne quitte la scène, ce sont les investisseurs qui ont commencé à quitter son groupe !

Mais un exemple saisissant de la manière dont la capacité de légiférer de Berlusconi influe lourdement sur les résultats de son groupe nous est donné par Report, une émission télé de journalisme d’enquête diffusée sur RAI3 le dimanche soir, confiée à l’excellente Milena Gabanelli et à son équipe de journalistes freelances.

Dimanche 30 octobre, un reportage intitulé “I Biscazzieri” (Tenanciers de tripot), signé Sigfrido Ranucci, nous relate l’histoire ci-après.

* * *

Depuis le tremblement de terre qui a dévasté L’Aquila en 2009, en faisant plus de 300 morts, la légalisation du jeu en ligne (poker, bingo, machines à sous, etc.) a fait des pas de géant, officiellement pour qu’une partie des recettes ainsi réalisée aide à la reconstruction de L’Aquila (qui est toujours dans l’état de ruines où le séisme l’a laissée…).

Ainsi, grâce au Décret « Abruzzes », l’État a déjà encaissé 14 milliards d’euros, sur lesquels 500 millions par an sont destinés, en partie, à la région des Abruzzes et à L’Aquila, aux termes de l’article 12 dudit Décret.

Le journaliste nous explique donc comment l’État collecte tout cet argent et qui sont les concessionnaires assis autour du pot pour se partager la mise. Serez-vous surpris si je vous dis que l’un des derniers concessionnaires admis est la société Glaming, qui appartient à … Mondadori (qui appartient à … Mediaset, qui appartient à …).

Le communiqué de presse officiel indique la répartition du capital : Mondadori à hauteur de 70%, et les 30% restants à Fun Gaming, société contrôlée à 51% par Buel Srl, société de Marco Bassetti, mari de Stefania Craxi, députée du parti de Berlusconi et fille de Bettino…, les 49% étant de la « Entertainment Gaming Invest », une fiducie dont la caractéristique étant justement que son ou ses propriétaires sont inconnus…

Selon le journaliste, la loi antimafia exige que l’identité du ou des fiduciaires soit connue, d’autant plus dans les relations entre concessionnaires de services publics et administration et pouvoirs publics. Or interviewé par Ranucci, Salvatore Lampone, dirigeant du Monopole des jeux, répond qu’il ignore qu’une fiducie est au capital de Glaming.

Le journaliste rétorque : – donc les sociétés qui participent au gâteau des jeux en ligne peuvent être moins transparentes que les autres ?

Réponse de Lampone : – non, elles sont seulement régies par une autre mesure de loi, et précisément le décret numéro 98/2011 promulgué le 14 juillet dernier.

Le lendemain du reportage, Mondadori réagissait dans le quotidien Corriere della Sera, en précisant :

Le groupe Mondadori a agi en conformité avec les principes éthiques les plus hauts, dans un cadre juridique clair qui n’a jamais été contesté, en appliquant des procédures rigoureuses comme tous les autres concurrents, sans aucune intervention abusive de quelque nature que ce soit et sans le moindre conflit d’intérêt, pas même déguisé.

Nous n’en doutons pas. Même si en voyant qui a promulgué le décret, le doute pourrait être permis…

Pour autant, l’histoire ne s’arrête pas là…

Non ! L’autre aspect concerne l’amende infligée à Fininvest, holding de contrôle de Mediaset, condamnée en juillet dernier à payer 564 millions d’euros à Carlo De Benedetti, comme dédommagement pour avoir illégalement obtenu le contrôle de Mondadori en corrompant le magistrat chargé de la procédure judiciaire. Une énorme tuile pour le groupe, qui s’ajoute aux 83,32% de perte de valeur de Mediaset comme indiqué en début de billet, et à un endettement de Mondadori qui est passé de 75 à près de 300 millions d’euros au cours des trois dernières années !

Donc en ajoutant tous ces éléments, on comprend bien que si Mondadori réussit à récupérer du liquide quelque part, ça ne sera pas de refus !

Impérieuse nécessité immédiatement satisfaite, certainement par le plus grand des hasards, aux termes du Décret de l’AAMS (les Monopoles de l’État) du 28 juin 2011, publié au Journal Officiel de la République italienne du 2 juillet 2011, n° 152, qui détermine les critères opérationnels et patrimoniaux des sociétés concessionnaires des jeux publics, en introduisant à l’article 9 le concept du “cash pooling”, qui permet tout simplement de centraliser la trésorerie intra-groupe (et inter-groupe ?) sur un compte pivot unique pour compenser les dettes et les créances des différentes sociétés.

Et vu que le jeu en ligne permet d’encaisser d’importantes quantités de liquide au jour le jour, on comprendra dès lors l’avantage que peut en retirer un groupe fortement endetté pour d’autres raisons. Et puisque Glaming est contrôlée par Mondadori, tout l’argent encaissé par Glaming va finir dans un premier temps sur le compte Mondadori, qui gère ça comme elle le veut dans l’immédiat, en éliminant évidemment pas mal de trésorerie négative. CQFD !

Berlusconi, qui joue décidément sur tous les tableaux, a donc ajouté le jeu en ligne à sa panoplie (président croupier, après avoir été président ouvrier…), dont il percevait déjà des dividendes sous une autre forme : SISAL et Lottomatica, qui gèrent les paris et les loteries en Italie, ont globalement investi en 2009-2010, près de 18 millions d’euros en publicité sur les chaînes Mediaset, contre moins d’1,5 million € sur la RAI.

Soit un déséquilibre de 92% vs. 8% des recettes publicitaires en faveur de Mediaset. Or en 2007, ce même ratio pour Lottomatica était respectivement de 15,5% vs. 12%…

Source : Il Fatto quotidiano

Ce ne sont là que quelques exemples de la manière dont l’empire de Berlusconi bénéficie depuis presque deux décennies de sa position dominante non seulement économique, mais aussi et surtout politique, deux décennies pendant lesquelles il a conduit l’Italie au bord du désastre alors qu’il blindait TOUTES ses affaires en se promulguant une bonne centaine de lois sur mesure :

Depuis son arrivée au pouvoir, Silvio Berlusconi a transformé les Assemblées en ateliers de prêt-à-porter législatif. On peut dire qu’il applique au mot pour mot ce que dénonçait déjà Coluche à propos des politiques :

Le milieu autorisé c’est un truc, vous y êtes pas vous hein ! Vous n’êtes même pas au bord. Vous n’y êtes pas du tout. Bon, le milieu autorisé c’est un truc. C’est un endroit autorisé où il y a plein de mecs qui viennent pour s’autoriser des trucs mais y a que le milieu qui compte. Et là-dedans y a une poignée de connards qui tournent en rond en s’autorisant des trucs : « Euh… Qu’est-ce que tu fais là ? Ben j’sais pas, j’vais peut-être m’autoriser un truc, mais c’est vach’ment gonflé. J’hésite ! Euh… »

Berlusconi, lui, il hésite pas, plus c’est pourri, plus il s’autorise !

Ce livre offre un raccourci saisissant des raisons profondes – avouables et inavouables – pour lesquelles Silvio Berlusconi s’est lancé en politique en 1993-1994 : l’endettement de son groupe atteignait alors presque 4 000 milliards de lires, il allait se retrouver en pleine tempête judiciaire, les banques étaient sur le point de fermer les robinets, et, comme l’avoua son associé de toujours, Fedele Confalonieri, dans une interview a Repubblica (25 juin 2000) :

Si [Berlusoni] ne s’était pas lancé en politique, s’il n’avait pas fondé Forza Italia, aujourd’hui nous serions sous les ponts ou en taule avec une accusation de mafia…

Vive la sincérité !

Décidément, tout cela n’a que trop duré, et il est vraiment temps que ça s’arrête ! Mais gare aux coups de queue du caïman

Italie : la censure arrive…

Depuis longtemps, les écoutes téléphoniques sont une grosse épine dans le pied de Silvio Berlusconi. Son gouvernement actuel, le quatrième, a été formé le 7 mai 2008. Or la première proposition de loi pour réglementer les écoutes et leur publication a été déposée dès le mois suivant, le 30 juin, projet de loi n° 1415. Autant dire qu’il n’a pas perdu de temps…

Ce projet avait été approuvé en première lecture le 11 juin 2009, d’où il était passé au Sénat sous le n° 1611, approuvé en première lecture avec modifications le 10 juin 2010.
Renvoyé le lendemain à la Chambre des députés pour passer en deuxième lecture, il avait fini par être abandonné par Berlusconi sous la double impulsion de l’opinion publique d’une part, et des nombreuses modifications au texte original de l’autre, raison pour laquelle Berlusconi ne le jugeait plus suffisamment répressif. Il n’empêche que s’il avait été voté alors, même dans sa forme modifiée, il est probable que personne n’aurait rien su du Bunga-Bunga

Le voici donc de retour avec une troisième tentative pour tenter de bâillonner la presse et les médias traditionnels d’une part, et le Web de l’autre. Il a souvent essayé de le faire, et j’en avais déjà parlé ici-même, mais cette fois il n’a jamais été aussi près du but.

Il m’est impossible d’expliquer toutes les conséquences de cette « loi » si elle devait être approuvée par un parlement italien dont la majorité (très faible mais suffisante) est à la botte de Berlusconi, notamment grâce à la Loi Calderoli, mais il est certain que si les mafias en tout genre auront bien des raisons de se réjouir de son approbation, les gens honnêtes, eux, n’auront d’autre choix que de remâcher leur honte pour un gouvernement qui dénie et détruit la démocratie chaque jour davantage.

Je me contenterai donc d’évoquer certaines des conséquences possibles, pour les journaux et les journalistes d’une part, et pour les blogueurs de l’autre.

1. Les journaux et les journalistes

La liberté d’expression et de la presse est inscrite en toutes lettres à l’article 21 de la Constitution italienne :

Tutti hanno diritto di manifestare liberamente il proprio pensiero con la parola, lo scritto e ogni altro mezzo di diffusione.

La stampa non può essere soggetta ad autorizzazioni o censure.

Autrement dit, chacun/e a le droit de manifester librement ses pensées oralement, par écrit ou par tout autre moyen de diffusion, et la presse ne peut être soumise à aucune autorisation ni censure.

Cette simple phrase sur la presse s’étend au droit d’informer, qui se divise en deux branches selon la législation italienne : le « droit de chronique », et le « droit de critique ».

Le « droit de chronique » (diritto di cronaca), c’est la manifestation de la liberté d’expression propre aux journalistes, qui consiste non seulement à diffuser des informations mais aussi à les commenter.

La Cassation le considère légitime lorsque plusieurs conditions sont réunies :
– l’utilité sociale (rien à voir avec le commérage)
– la vérité des faits exposés
– la forme civile de l’exposition

Sur le « droit de critique » (diritto di critica), les limites à l’exercice sont le langage correct et le respect des droits d’autrui.

Le problème étant de pouvoir présenter des faits documentés tout en sachant que ça ne plaira probablement pas à l’auteur des faits en question…

Or publier les écoutes téléphoniques pertinentes dans le cadre d’une enquête a permis jusqu’à aujourd’hui de documenter des faits en les portant à l’attention de l’opinion publique. Avec cette loi ce ne sera plus possible, et si un journaliste se risquait à le faire il serait passible d’emprisonnement et son journal d’une amende pouvant aller jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros !

Je vous passe les détails, mais c’est le silence de tombe assuré sur toutes les enquêtes qui ont recours aux écoutes, dont l’utilisation sera également fortement restreinte pour les juges, à la plus grande joie de Berlusconi & Co., y compris des mafias en tous genres. L’administration américaine avait d’ailleurs manifesté toute son inquiétude l’année dernière, en jugeant qu’un telle loi aurait fortement entravé les enquêtes menées en collaboration avec l’Italie sur la mafia.

2. Le Web et les blogueurs

Le droit d’informer et de s’exprimer constitutionnellement reconnu à l’article 21 est également menacé pour les internautes en général, puisque la nouvelle proposition de loi intervient aussi sur ce point, avec l’article 29 de la dernière version du texte :

Traduction :

« Pour tous les sites Internet, y compris les journaux et magazines publiés par voie télématique, les déclarations ou les rectifications seront publiées, dans les quarante-huit heures suivant la demande, avec le même graphisme, le même niveau d’accessibilité au site et la même visibilité que les informations auxquelles se réfère ladite demande. »

En clair, selon la version actuelle discutée au parlement italien, si j’écris dans un de mes billets, entre autres, que « Silvio Berlusconi est actuellement mis en examen pour corruption et pour favoriser la prostitution de mineures » et que la chose ne lui plaît pas, je serai obligé de publier n’importe quelle déclaration qu’il m’enverra et de la laisser en ligne à la place de mon texte.

Le délai de 48 heures court à partir du moment où il envoie la demande de rectification et non pas à partir du moment où je la reçois… Je dois publier le texte reçu « sans commentaire », et indépendamment du fait qu’il soit réellement mis en examen pour corruption et pour favoriser la prostitution de mineures : autrement dit, la vérité des faits exposés n’a plus aucune espèce d’importance dans cette affaire, pas plus que l’utilité sociale de l’info ou la forme civile de son exposition (les 3 critères retenus par la Cassation).

Il ne s’agit pas non plus de diffamation, je me suis contenté de relater un fait établi, mais il suffit que la personne me demande de rectifier sous n’importe quel prétexte pour que je sois obligé de le faire sans avoir à mon tour aucun droit de réponse. Faute d’obtempérer, je suis passible d’une amende jusqu’à 12 000 euros…

La chose est donc prise très sérieusement par Wikipedia.it, qui proteste depuis hier en affichant une page d’accueil blanche et en ayant remplacé TOUTES ses pages par un message d’avertissement. Une action menée avec le soutien de Jimmy Wales et de la fondation Wikimedia, entre autres.

D’après les dernières infos (la discussion est en cours en ce moment même), il se pourrait que l’article incriminé soit assoupli pour les blogs (non plus 48 heures à partir de l’envoi de la demande, mais 10 jours à partir de la réception de la demande, une amende abaissée, etc.), mais pas pour les journaux, çe qui ne change rien sur le fond, puisque le seul but de cette dernière trouvaille « juridique » est justement d’empêcher par tous les moyens la publication d’infos que le pouvoir en place ne veut surtout pas voir circuler.

Donc pour conclure, une fois de plus dans l’Italie de Berlusconi, l’objectif de la loi est de violer le droit

Jean-Marie Le Ray

P.S. [Mise à jour – 6 octobre 2011] Comme déjà évoqué hier dans les commentaires, l’alinéa 29 ne concernerait plus ni les blogs ni les sites Web autres que ceux des journaux et magazines en ligne. La chose n’était pas gagnée d’avance et c’est évidemment une victoire de toutes les protestations, vigoureuses et variées, mises en œuvre par la blogosphère italienne, ainsi que par Wikipedia.it, dont la protestation a provoqué un tollé de réactions dans le monde entier.

Un encart ajouté ce matin sur l’encyclopédie précise ce qui suit :

L’obscurcissement de Wikipedia a suscité une grande attention auprès des médias, des entreprises, des associations et des citoyens. Certains politiques ont exprimé leur intention de déposer des amendements qui garantiraient Wikipedia contre les obligations visées à l’article 29 dudit projet de loi

Le site restera obscurci au moins jusqu’au déroulement du débat à la Chambre des députés, prévu pour ce matin, 6 Octobre 2011.

Je précise enfin que la rectification rendue obligatoire aux termes de l’article 29 n’a rien à voir avec la publication des écoutes téléphoniques, mais concerne n’importe quel contenu. L’exemple de Robip était donc tout à fait plausible. Et surtout, qu’on ne s’y trompe pas : cette « victoire » des blogueurs n’est qu’une victoire largement partielle, et que si Berlusconi la fait passer en force telle quelle par un vote de confiance dans les jours qui viennent, il est certain qu’elle aura des conséquences extrêmement fâcheuses en bâillonnant non seulement la liberté d’expression et de la presse en Italie, mais aussi et surtout le bon déroulement de la justice…

D’autre part, en réponse au dernier commentaire de Jérôme, la loi qui serait modifiée dans ce cas est effectivement la loi du 8 février 1948, n° 47, portant dispositions sur la presse, mais je le répète, j’attends de voir le texte définitif qui pourrait encore changer avant que ce projet de loi ne devienne vraiment loi.
En effet, pour qu’une loi soit promulguée, il faut que le même texte soit approuvé par les 2 chambres du parlement. Donc vu que ce texte, qui provient à la Chambre des députés dans sa version approuvée par le Sénat, sera modifié, il repartira au Sénat pour une nouvelle lecture. S’il est alors approuvé au Sénat sans modif, la loi sera promulguée. Mais si le Sénat devait le modifier encore, il devrait repasser à la Chambre et ainsi de suite.
Or lorsqu’on voit les déclarations actuelles de Maurizio Paniz, le même qui a proposé les peines de prison pour les journalistes (l’important selon lui étant que si leur casier judiciaire n’est plus vierge ils y penseront à 2 fois avant de parler de certaines choses…) (celui qui a osé affirmer sans trembler devant la nation que Berlusconi était intervenu sur Ruby parce qu’il était intimement convaincu que c’était la nièce de Moubarak et que son seul désir était d’éviter un incident diplomatique, pour situer le personnage), qui affirme que les blogs aussi doivent être sanctionnés, tant que je n’ai pas le texte définitif sous les yeux, je préfère rester circonspect.
Une dernière précision, la sanction pécunière irait non pas jusqu’à 15 000 € mais jusqu’à 12 000, car les 15 000 lires de la loi de 48, au change actuel ça ferait environ 10 euros.

photo de une : houkart

Demain un HuffingtonPost.fr?

Arianna Huffington était en France il y a peu. Lors de son passage à Paris elle devait rencontrer plusieurs responsables de sites de presse en ligne. Plus aucun doute, donc après la Grande Bretagne, la France devrait être à terme un axe du développement international du site qui vient de détroner sur le web, le New York Times, par la taille de son audience. S’agira-t-il du lancement d’un nouveau site sous son titre Nord-Américain? S’alliera-t-il avec des éditeurs en ligne français? Quel serait dans ce cas là le rôle de chacun des partenaires qu’il s’agisse de la fourniture d’information, de la relation au public, de services associés et bien sûr de l’investissement? Autant de questions qui restent sans réponses, si ce n’est que la dame paraît bien déterminée.

L’intérêt pour la France de la part d’un nouveau venu, issu de l’univers des pure players pourrait manifester la reconnaissance de l’originalité du contexte national où interviennent une bonne dizaine de pure players d’information généraliste, exprimant un large éventail d’approches éditoriales et commerciales. La disponibilité du public, comme des professionnels peut, de ce point de vue, apparaître plus grande vis à vis d’une offre plus ouverte que chez nombre de nos voisins européens où les médias traditionnels contrôlent l’essentiel de l’offre d’information journalistique sur le web. L’argument peut aussi se retourner. N’y a-t-il pas trop d’intervenants et une offre déjà très diversifiée, notamment de pure players participatifs de Rue89 à Agoravox, en passant par Lepost, etc.? Le contexte pourrait dès lors sembler plus complexe pour une entrée dans un pays dont les us et coutûmes institutionnelles rebutent souvent les opérateurs de médias Nord-Américains.

Cependant Huffington Post n’est plus aujourd’hui un pure player indépendant, depuis son rachat par AOL. Sa stratégie internationale peut dès lors s’interpréter différemment, s’inscrivant dans la démarche d’un FAI et de portails qui sont en partie distancés par les plus gros acteurs de l’univers Internet. HuffingtonPost.fr ferait alors partie d’un retour en force sur la marché français d’un AOL dont l’approche s’était considérablement rétrécie, notamment en matière de fourniture d’information et de services. L’entrée en discussion avec des éditeurs de presse en ligne français pourrait là aussi marquer un infléchissement, teinté de réalisme, afin de mieux s’adapter aux attentes des utilisateurs, comme aux exigences institutionnelles et juridiques. Elle pourrait aussi constituer un pas prudent dans la redéfinition des rapports entre fournisseurs de services, agrégateurs et producteurs d’information sur le web. Pour repenser le partage de la valeur? A moins que ce soit encore une tentative de plus pour profiter sans la rémunérer de l’activité des journalistes et de la frange du public le plus contributif.

Jean-Marie Charon

auteur avec Patrick Le Floch de « La presse en ligne », Repères / La Découverte