Catégorie : journalisme citoyen

Blogging in whose business ? Un début de réponse ce weekend à Bristol !

La gare de Bristol Temple Meads
La gare de Bristol Temple Meads

J’ai l’honneur d’être invité par Wayne Powell (University of the West of England – UWE Bristol) à participer  au Royaume-Uni à  un week-end de débats et de discussions autour du blogging.

L’événement est organisé par MediaWise, le projet européén MediaAct project (UWE), et le  NUJ New Media Industrial Council.

   

En introduction, un merveilleux tweet du magnat des médias :

 

Quand : Vendredi 27 – Samedi 28 Juillet 2012

Où? Watershed Media Centre & the Pervasive Media Studio, Bristol 

Voici le programme, dans la langue de Shakespeare :

Friday 27 July: Watershed Media Centre

7pm-8.30pm – Blogging is whose business?

Introductory session plus: Why blog – to set the agenda, earn a living, challenge the mainstream? And what are the quality control issues?

***

Saturday 28 July: Pervasive Media Studio, Watershed Media Centre

10am – Regulating the mainstream and the margins

A chance to display and discuss the relative values of online regulatory mechanisms including the NUJ ‘kitemark’ and the Corrigo technique.

11.30am – Talking together

Creating an international forum for and about bloggers – to share techniques, achievements, problems etc.

1pm-2pm – Lunch (a set menu will be provided at the start of the day for you to choose from)

2pm – Protecting free speech

Is the blogosphere a free for all or could it benefit from solidarity and organisation at a national or transnational level?

Les participants:

Joan Canela Barrull – manager of www.mèdia.cat

Steve Baxter – New Statesman www.newstatesman.com/blogs/steven-baxter & Enemies of Reason www.enemiesofreason.co.uk  

Gilles Bruno– L’Observatoire des medias www.observatoiredesmedias.com

Sean Dodson – senior lecturer in journalism at Leeds Metropolitan 

Ronnie Grob – contributor to www.bildblog.de 

Gary Herman – NUJ New Media Industrial Council –  keywordsassociates.com

Philip Hunt – member of the National Union of Journalists’ New Media Industrial Council, blogger at www.shoeman.eu

Tim Ireland – www.bloggerheads.com

Mike Jempson – Director, www.mediawise.org.uk; senior lecturer in journalism, UWE; lead researcher for UWE on www.mediaact.eu

Eleanor Lisney – member of the National Union of Journalists’ New Media Industrial Council

Kristine Lowe – founder of Norwegian Online News Association (NONA),    blogs at http://kristinelowe.blogs.com

Will Moy – Director, www.fullfact.org

Sian Norrishttp://sianandcrookedrib.blogspot.co.uk

Sylwia Presley – GlobalVoices http://globalvoicesonline.org/author/sylwia-presley

Tobias Reitz & Kersten Riechers – www.corrigo.org

Steve Riley – www.fivechinesecrackers.com

Martin RobbinsThe Guardian’s Lay Scientist www.guardian.co.uk/science/the-lay-scientist

Tom Schaffer www.zurpolitik.at

Tim Tarrant – senior lecturer in Filmmaking and Creative Media at UWE Bristol

Judith Townend – journalist and researcher www.jtownend.com 

Christina Zaba – journalist

Tomas Rawlings Tomas is creative director at Auroch Digital and design director at Red Wasp Design.

 


Journalisme & réseaux sociaux : quelques tendances pour 2011

Rédacteur en chef de Citizenside, Aurélien Viers est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et du Centre de formation des journalistes, Aurélien a travaillé comme reporter à LCI et au Japon comme correspondant. C’est sa première contribution à l’Observatoire des Médias.

Bon, c’est vrai, le titre est facile, mais vous connaissez un titre davantage Google-Facebook-Twitter-friendly pour cette fin d’année ?

Ni prédictions, ni révélations ici, mais une synthèse non exhaustive des idées lues, vues, entendues en cette fin d’année sur les blogs et dans les conférences (notamment Rencontres RSLN, LeWeb, News:Rewired).

On aurait pu titrer en parlant de “mots-clés”, mais c’est so 2008.

1/ SEO journalism, ou le journalisme d’autocomplétion

Ecrire et titrer pour Google ? Oui, plus que jamais. Google reste le premier réflexe du public pour chercher des infos.

Des spécialistes interviennent dans les rédactions pour aider les journalistes à mieux référencer leurs articles, comme Masha Rigin de TheDailyBeast.com, invitée par l’Ecole de Journalisme de Sciences Po (merci à Alice Antheaume pour son récit de la journée).

La production d’infos va croissante – 600 nouvelles entrées par jour pour le Huffington Post – d’où la nécessité d’apparaître dans les premiers résultats des moteurs de recherche.

Les journalistes peaufinent le titre que vous avez envie de lire. Rien de plus facile avec Google Instant.

Exemple : un site britannique cherche comment traiter la mort du comédien Leslie Nielsen. Malcolm Coles de Digital Sparkles explique la stratégie employée pour attirer le plus grand nombre de visiteurs.

Premier réflexe : chercher quels sont les mots-clés les plus recherchés dans Google par les internautes. autour de la mort de Leslie Nielsen à ce moment précis.

Les mots-clés les plus recherchés par les internautes sont bien sûr “Leslie Nielsen dies, Leslie Nielsen dead”, mais le troisième est plus intéressant : Leslie Nielsen quotes.

Les journalistes décident alors de titrer et d’angler un article : “Leslie Nielsen dies, his 10 best quotes”. L’article a reçu des milliers de visites.

On pourrait qualifier ces pratiques de journalisme d’autocomplétion. Vous cherchez une info ? Les journalistes ont déjà la réponse.

De nouveaux outils apparaissent pour aider les journalistes à mesurer les tendances en temps réel sur les réseaux sociaux, comme Surchur.

En France, les brillants ingénieurs de The Metrics Factory annoncent le lancement imminent d’un outil de mesure de la recommandation sociale sur Facebook.

Faut-il s’alarmer de cette vision éditoriale très marketing (l’offre doit correspondre à la demande), cette “content farmisation des contenus”, ou se réjouir de pouvoir apporter la bonne info au bon moment ? le débat est ouvert.

2/ Analyse des données pour mieux comprendre ses visiteurs, ou Reader-centered journalism

“Connaissez mieux vos lecteurs !” C’est l’une des injonctions entendues le plus souvent à la conférence NewsRewired, organisé par Journalism.co.uk

Des tonnes de données sont disponibles pour mieux comprendre le parcours d’un visiteur, ses habitudes, ses centres d’intérêt.

“Utilisez ces chiffres pour fidéliser votre lectorat et le faire revenir”, déclarait en substance Joanna Geary, chef de projet et community manager au Times à la conférence News:Rewired.

Les algorithmes – très efficaces – d’Amazon étaient pris en exemple. On pourrait envoyer des notifications au lecteur pour lui suggérer de lire tel ou tel article, en se fondant sur ses lectures passées, celles de ses amis, celles de profils similaires au sien.

Au passage, les journalistes de NewsCorp se sont évertués à défendre la stratégie du modèle payant entreprise par leur patron, Rupert Murdoch. Avec des arguments plus ou moins pertinents – “Quand vous achetez une bouteille de lait, on ne dit pas que le magasin a érigé un mur payant ?”. Mais imagine-t-on un commerce faisant fuir 99% de ses clients ?

Cependant, du point de vue de la communauté, le Times a gagné en qualité ce que le site a perdu en audience. Selon Joanna Geary, de l’autre côté du mur (payant), les lecteurs du Times sont heureux. Ils participent, commentent, ont le sentiment d’appartenir à une élite, à un club. Une petite mais belle communauté, déjà évoquée par Benoît Raphaël.

Les sites doivent s’en inspirer pour “chouchouter” leurs lecteurs les plus fidèles, les plus attachés au titre. Les journalistes doivent-ils se soucier de marketing ? Oui, leur marque, leur titre n’a qu’un seul actif : sa réputation, et l’affection qu’on lui porte.

3/ Valorisation des lecteurs

Les médias doivent fournir les meilleures infos à leurs lecteurs, les meilleurs services à leurs fans.

Il faut s’appuyer sur le noyau dur de votre communauté pour faire remonter les alertes, tester de nouvelles fonctionnalités, recueillir leurs impressions. En retour, ces ambassadeurs reviendront encore plus souvent sur le site, parleront de votre titre autour d’eux, vous défendront en situation de crise.

A nos plus fidèles lecteurs, le pouvoir.

Celui de pouvoir participer librement sans modération a posteriori, comme le fait Reuters. Celui de modérer eux-mêmes la communauté, d’alerter les journalistes sur les meilleures contributions, de signaler des problèmes, d’apporter des URL et créer du lien.

Ingénieurs et journalistes doivent confectionner de nouveaux outils pour identifier les lecteurs les plus assidus, aux contributions de qualité – bref, ceux qui apportent le plus à votre site. Il faut ensuite leur bâtir un club sur mesure (je pense notamment au club de Mediapart), au sein du site – et non à l’extérieur.

Au tout début était le mythe – celui du journalisme citoyen. Le lecteur ? Potentiellement un dangereux concurrent. Tout le monde allait participer, l’info serait faite par tous. La presse tremblait.

C’était en 2005, YouTube naissait.

En 2010, j’ai entendu un responsable d’un gros site d’infos rappeler que 98% des visiteurs ne laissaient jamais de commentaires. Concentrons-nous sur les 2% restants et valorisons-les à hauteur de leur apport. 2%, ce n’est pas énorme en terme de ratio, c’est bien souvent immense en volume.

4/ Le Social gaming pour valoriser sa communauté

En quoi les jeux vidéos et des services comme Foursquare peuvent-ils aider les médias ? A priori, aucun rapport. Sauf pour mieux dialoguer, comprendre, fidéliser, valoriser et parler le même langage que ses lecteurs, habitués à ces nouveaux codes. Des fonctionnalités a priori indispensables pour des sites participatifs.

Le HuffingtonPost a ainsi instauré un système de badges pour distinguer ses lecteurs les plus actifs – en partageant notamment les billets et articles du site avec leur entourage.

A Citizenside, nous travaillons également sur un nouveau système pour distinguer les meilleurs contributeurs – et au final leur donner davantage de pouvoirs et privilèges concernant l’administration du site et l’animation de la communauté.

Les jeux en réseaux, boostés par Facebook, amorcent une vraie révolution. Autant s’inspirer dans ce nouveau monde des meilleurs exemples pour fidéliser, valoriser sa communauté, voire dans le futur vendre ses contenus/abonnements.

5/ News + Social Gaming, ou le jeu informatif

“Stop telling stories !” Le cri du coeur vient de Philip Trippenbach, de la BBC. “Une manifestation, ça se raconte. Pas le changement climatique. Le changement climatique, ça se comprend”, déclamait Trippenbach lors d’une superbe présentation à News : Rewired.

L’homme se définit à la fois comme journaliste, “interactive producer” et créateur de jeux.

Comment faire comprendre les enjeux d’une crise financière autrement que par une série d’articles techniques ? En impliquant le lecteur. En le faisant jouer avec le système, comme on jouerait avec un roulement à billes pour en comprendre le mécanisme. En piquant sa curiosité, en lui permettant de s’approprier progressivement toutes les notions.

Dans les tuyaux du labo de la BBC : un vaste jeu pour comprendre les classes sociales au Royaume-Uni mêlant sondage, étude épaulée par des sociologues, reportages, récit interactif et surtout une visualisation – annoncée comme inédite – de la masse de données recueillies.

Autre exemple de “jeu informatif” cette année, celui du Guardian, qui vous mettait dans la peau d’un ministre du budget chargé de coupes claires dans les comptes de la nation.

6/ La recommandation pour diffuser l’info et interagir avec le lecteur

Plus que jamais, la recommandation est mère de viralité.

Avant on envoyait un article à un ou deux amis. Puis le “like button” de Facebook est apparu. Un clic, et vos 130 amis sont ravis d’apprendre que vous recommandez de cet article incontournable.

Pour les sites, il s’agit de passer d’une stratégie “Google-friendly” (SEO, Search engine optimization) à une stratégie Facebook-friendly, facilitant la recommandation (SMO, Social media optimization). Jusqu’à l’overdose ?

CNN a produit une étude passionnante pour démontrer le pouvoir de la recommandation concernant les sites d’infos, comme l’évoquait Gilles Bruno.

Les internautes ont plus tendances à cliquer sur les liens suggérés par leurs amis – pour certains reportages diffusés en ligne, 80% du trafic vient des réseaux sociaux. Un seul lecteur a amené 5000 visiteurs à visionner une vidéo sur le site de CNN.

Dingue. Et ce n’est qu’un début : on annonce la télé connectée à Facebook, pour voir ce que vos amis recommandent de regarder.

Facebook recommande les médias, Facebook aime les médias.

De leur côté, les médias doivent imaginer de nouvelles formes d’écriture, interagir davantage avec les lecteurs (une page sans like ni commentaire est contre-productive pour Facebook) créer de nouveaux postes (social media manager, par exemple), utiliser de nouveaux outils et applications de veille/animation sur les réseaux (Hootsuite, Tweetdeck, Seesmic, mais aussi Tigerlily …).

7/ “Plus mon réseau sera vaste, mieux je serai informé”

Dans la vie de tous les jours, c’est une évidence. En ligne, aussi. Quand je cherchais une info, je demandais à la grande pythie, un algorithme me répondait.

Aujourd’hui de nouveaux moteurs de recherche vont propulser en premier les résultats déjà trouvés, recommandés par votre communauté, vos contacts plus ou moins proches.

Prenons LinkedIn. Le réseau social professionnel permet de chercher des contacts dans votre deuxième cercle (les contacts de contacts), le troisième… encore faut-il que votre premier réseau soit le plus étendu possible.

Le Social Graph vu par Facebook n’a pas fini de bouleverser notre accès à l’information; l’association de Bing avec Facebook s’avère prometteuse. Comme le tout nouveau Quora.

Ceux qui ont le plus grand réseau seront avantagés dans la recherche d’information, d’angles et de contacts. Le fossé risque de se creuser dans les rédactions entre les networked journalists et les rétifs aux réseaux, en ce qui concerne notamment le fact-checking.

Le journaliste doit aujourd’hui maîtriser les réseaux, demain naviguer entre les communautés. Des moteurs nouvelle génération permettront de scanner les niches et trouver plus facilement ceux qui font autorité dans leur microcosme.

A voir : Research.ly, qui permet d’affiner sa recherche par communautés et conversations en temps réel. Après le graphe social, Brian Solis annonce l’arrivée du graphe d’intérêts.

8/ Tous curators

Réduire le bruit et sélectionner, trier, des milliers de nouveaux liens tous les jours, les recontextualiser, tel est l’enjeu de ce nouveau sport en vogue aux Etats-Unis.

Pour les journalistes comme pour les blogueurs et lecteurs éclairés, cela passera par de nouveaux outils comme Storify, ou encore Scoop.it. Voir le résumé éclairant de la conférence de Brian Solis par Eric Scherer.

9/ Socialiser le live-blogging

Au nom de la langue française, je m’excuse pour ce titre. Le récit d’événements en temps réel fonctionne bien avec des applications comme Coveritlive, largement utilisée en 2010.

L’étape d’après ? Peut-être à chercher du côté d’applications comme ScribbleitLive. Souple, personnalisable, ergonomique, ce service a par exemple permis à une rédaction à Bangkok de couvrir en un clin d’oeil les émeutes des chemises rouges, aux fans d’une chaîne de sport de commenter un match en direct. Pour les sites sportifs, ce genre d’application est une aubaine (fidélisation, temps passé, etc.)

Par ailleurs, les créateurs de Scribbleitlive annoncent le lancement d’une plateforme de syndication des articles en temps réel et un outil “d’article vivant”, aidant le journaliste à diffuser du contenu entre le moment où l’angle est défini et le moment où l’article est diffusé.

10/ L’hyper-local, enfin ?

2011, l’année de l’hyper-local ? Comme on l’annonçait déjà en décembre 2006, 2007, etc. ?

Un seul bémol : le site Patch.com, qui commence à mettre tout le monde d’accord aux Etats-Unis, surtout en embauchant 30 journalistes par semaine, à des tarifs beaucoup plus élevés que les “fermes à contenus”.

Le modèle ? S’installer uniquement au sein de communautés déjà constituées, dans des quartiers à l’identité forte, des journalistes travaillant le réseau de fidèles, des infos en temps réel, des bons plans et des pages jaunes éditorialisées.

Déjà 600 sites locaux créés, qui s’articulent au niveau régional et national.

Voir l’article très complet d’Emma Heald sur Editors Weblog.

11/ Journalisme de données : ce n’est qu’un début

Une abondante littérature a déjà été écrite sur le sujet. Vous me direz : pourquoi écrire sur ce thème ? Parce que j’avais promis onze tendances.

En bref :

– A News : Rewired, on évoquait le “linked data” (3e paragraphe) : recontextualiser les données, les rendre encore davantage intelligibles pour mieux comprendre un système. Le travail d’Owni sur les Iraq Warlogs a bien sûr été souvent cité.

– Autre constat : les data journalists au Royaume-Uni semblent à première vue plus nombreux qu’en France, et commencent à ressembler à une petite confrérie, avec ses rencontres, ses événements, et sont en poste dans de nombreux titres. Il n’existe pas encore de formation ad hoc – tout comme en France – les journalistes interrogés se sont tous révélés des autodidactes.

– Le nombre d’applications développées par le Guardian autour du data journalism cette année donne le tournis. Le site vient d’ailleurs de lancer une section dédiée au Data journalism. La participation et la curation sont bien sûr dans l’ADN de cet espace.

On ne peut que constater un décalage croissant entre le rythme des innovations au sein des sites de news britanniques et l’Hexagone….

Sinon, en terme de tendances dans l’air du temps, vous avez remarqué quoi ?

Ecrire court ? Oui, je sais.

Ce billet a été initialement publié sur Citizenside blog

NewsPass, l’arme de Google pour faire payer l’info

Scoop de Repubblica, qui annonce être partenaire de Google pour le lancement de Newspass d’ici la fin de l’année, une plateforme destinée à faire se rencontrer éditeurs et internautes autour des contenus payants de Google News (tout ou partie, c’est pas encore très clair…).

Le système de micro-paiements sera bien sûr Google Checkout (voir ici, même si Google semble disponible à accepter d’autres méthodes de paiement choisies par les propriétaires des sites), et les éditeurs pourront monétiser leurs contenus (articles, vidéos, audio, photos, etc.) aussi bien pour le Web que pour les mobiles, les tablettes ou les e-books, etc.

La plateforme Newspass serait déjà en phase de test et, selon Repubblica, Google serait en train de contacter les éditeurs pour voir s’ils sont disponibles pour participer à la phase d’expérimentation.

Selon ce blog, l’offre ne serait pas réservée qu’aux journaux traditionnels, mais également aux pure players et, pourquoi pas, aux blogs qui le souhaiteraient. Ceci dit, à l’heure où s’annonce la concurrence des fermes de contenus, je me demande quelle sera la viabilité financière d’une telle offre.

Qui semble arriver après des années de lutte entre éditeurs de contenu et Google, un peu dans tous les pays…

L’article laisse également filtrer que Google indexe déjà les contenus derrière paywall et que Newspass permettrait à l’internaute d’acheter l’article ou le clip voulu en un clic, via son compte Google. Les contenus payants apparaîtront également dans les pages de résultats de Google, signalés avec un symbole Checkout (je suppose) ou autre.

En outre, toujours dans le souci de transparence que Google veut mettre en avant pour écarter d’ores et déjà les objections sur sa position dominante, la société de Moutain View accepterait de partager avec les participants au système toutes les informations découlant de l’utilisation de Newspass (stats de fréquentation et, selon Repubblica, profil des utilisateurs).

Gageons donc qu’il sera bientôt fortement question de la confidentialité des données, autre bataille à venir…

Enfin, en supposant que les coûts de la plateforme seront pris en charge par Google, la société laisserait entendre qu’au niveau du partage des revenus, la part la plus importante irait aux producteurs des contenus.

Dans une interview à Krishna Bharat, le créateur du service Google News déclare :

Google veut devenir une media company, nous ne serons jamais éditeur, notre réussite est aussi celle des éditeurs, nous voulons juste être un intermédiaire de confiance entre les lecteurs et les producteurs de contenus.

Et d’ajouter que ce n’est pas la fin du tout gratuit, mais plutôt l’émergence d’un modèle hybride, où tout ce qui peut être unique, exclusif, à forte valeur ajoutée, peut sortir du lot et être monétisé en tant que tel.
Liens connexes en anglais :

P.S. Au-delà du seul aspect « News », cette stratégie du single sign-on déployée par Google pourrait mettre le moteur en position de force, puisque potentiellement tous les abonnés aux services de Google pourront utiliser ce système d’authorisation unique (Google Checkout) pour le micro-paiement du téléchargement à la carte de films, de livres, de logiciels, de musique, etc. etc.

Alors, après moteur du Web, Google banque du Web ?

Ce billet a été publié à l’origine sur Adscriptor par Jean-Marie Le Ray sous le titre « Google teste Newspass« . Publié ici avec l’accord de l’auteur.

A lire aussi, sur la stratégie actuelle de Yahoo : « Yahoo signals major challenge to newspapers » chez Reflections of a Newsosaur.

StreetPress.com un journalisme participatif en quête de sens

StreetPress vient d’être mis en ligne. C’est un nouveau venu dans les sites d’info participatifs, issu de l’expérience StreetReporters.

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L’Observatoire des Médias a interviewé un de ses fondateurs, Johan WEIZ.
Vous vous lancez ce jeudi midi. C’est donc la suite de Street Reporters?

Oui, nous avons vécu comme un laboratoire l’aventure StreetReporters, et au bout de deux ans, on a décidé de sauter le pas et de tirer les expériences de StreetReporters pour créer StreetPress :
– le participatif, c’est quelque chose qui se travaille
– cela nécessite beaucoup d’encadrement
– un outil qui nous permet de suivre les gens qui écrivent
– nous serons là pour encadrer des gens qui ne seront pas forcément professionnels.

Qu’est-ce qui vous différencie, donc, par exemple, du Post.fr, où les posteurs se battent pour écrire un article le premier et être publié en une?

Nous on est AVEC les reporters qui contribuent. A la première conférence de rédaction, nous étions 20, et nous avons discuté. On va parler, en vrai, en direct, avec la personne qui va faire le reportage. Cela nous différencie par exemple du Post, où nous allons rencontrer la personne qui va écrire, qui va faire le reportage.

Moi ce matin, j’ai vu physiquement 8 reporters. On s’est posés, on s’est assis, on s’est parlés, on s’est vus, on a parlé au moins une demi-heure pour définir un angle.

Définir un bon sujet, c’est pas quelque chose qui s’improvise. On parie vraiment sur des interactions. La Motivation première, ce n’est pas d’être en une d’un gros site, mais je vais chercher autre chose que la visibilité.

La motivation qui compte le plus, c’est la quête de sens.

sp-tof
Mais tout cela, cela coûte très cher, n’est-ce pas?

Oui, faire du participatif de qualité, cela coûte très cher.
Nous sommes 5 permanents à la rédaction, et nous sommes là de 8 heures du matin à 21 heures en semaine, et le samedi, « à la cool ».
Les gens qui participent sont donc gérés par nous. Notre mission principale et chronophage, c’est de gérer cette participation.
Les gens qui écrivent sont soit en stage, soit on un job, et participeront à StreetPress en plus. Ce sont des gens qui ont un travail, une occupation à côté.

Vous allez donc les former à l’écriture journalistique?

Je veux traiter un sujet, mais comment le traiter. La manière de l’angler, n’est pas innée. Les gens ont des passions, des questionnements, et notre vrai travail c’est de faire de bons angles. Ce qu’il va falloir, c’est creuser, et ne pas traiter le sujet d’une manière générale, mais c’est au niveau de l’approche.
Deux tiers des gens qui participent chez nous n’ont pas de formation journalistique.

Vous aller payer les frais des gens qui vont partir en reportage? Si vous envoyez quelqu’un à Lille, allez-vous lui payer ses billets de train?

Non, si quelqu’un va à Lille, c’est qu’il a déjà prévu d’y aller, que son travail va lui permettre d’être là-bas, et que donc il va profiter de son déplacement pour écrire quelque chose pour nous et faire un reportage.

Une fois l’article écrit, la personne est-elle payée?

Non.

Et vous, comment vous payez-vous?

Nous avons monté des partenariats avec des institutions, comme des écoles de journalisme, qui vont nous envoyer des gens que nous allons former.
– Un tiers de notre chiffre d’affaire est basé là dessus, sur la formation des étudiants. Cela nous permet de financer l’encadrement des reportages.
– Nous faisons de la production vidéo. La structure va s’appeler StreetProd, c’est quelque chose que nous faisons depuis deux ans : des formats courts pour le web. Nous avons des contrats à l’année, et là dessus, j’ai de la visibilité jusqu’à juin.
– Nous allons ensuite essayer bien sûr, de revendre une partie de nos contenus, de faire des partenariats (Yahoo…), et aussi des partenariats au niveau européen.

Nous avons travaillé sérieusement sur le modèle économique, et nous sommes « zen » jusqu’à juin. Nous n’avons pas fait de levée de fonds, jusqu’à présent.

5 journalistes, c’est une petite rédaction, et nous espérons nous développer, bien entendu.

Allez-vous vous créer un compte sur Le Post, pour être média invité? (StreetReporters a publié jusqu’en août 2008 des articles sur cette plateforme)

Nous ne les avons pas encore contacté, mais oui, c’est quelque chose que nous allons faire. LePost est un media qui a une vraie force. Nous notre point de départ est différent. Tout le monde ne peut pas venir écrire chez nous, contrairement au Post. Nous voulons faire moins de production de sujets, mais plus des sujets « fait main ». On veut en même temps « industrialiser » cette approche. Mais cela peut être complémentaire avec le Post.

Et Rue89, qu’est-ce qui vous en différencie?

On ne peut pas vraiment arriver chez Rue89, et dire voilà, j’ai un sujet. Ils ne vont pas prendre une demi-heure pour discuter avec la personne de son angle.
Même en envoyant un mail.
Eux leur métier, c’est de faire du participatif, notamment avec les commentaires, mais la production de l’information, est principalement faite chez Rue89 par des professionnels.
Si vous produisez l’information par des gens qui ne sont pas journalistes ou professionnels à la base, comme nous voulons le faire, l’impact sociétal que vont avoir ces articles seront radicalement différents.

L’Observatoire des Médias souhaite une bonne chance à StreetPress et à son équipe!

Une équipe qui se paye une bonne tranche de rigolade en se présentant :

Voici leur communiqué de presse officiel.

Pure players, la battle. Chronic’art interroge trois acteurs du journalisme de demain

Note de l’Observatoire des Médias : Cyril de Graeve m’a permis de publier ici l’interview qui est parue dans le numéro #55 du moi de mai de Chronic’art. Une interview captivante. Bonne lecture, et que cela ne vous empêche pas de vous abonner à cet excellent magazine!

Alors que les médias traditionnels se noient dans la crise, quelques jeunes loups issus du vieux monde journalistique s’essayent sur le terrain du journalisme online. Sur Internet, on boit quelques tasses, évidemment, mais tous les espoirs sont permis pour dessiner le journalisme du futur… Entretien-vérité avec David Dufresne (Médiapart), Laurent Mauriac (Rue89) et Johan Hufnagel (Slate.fr). Pure players, faites vos jeux, rien ne va plus !

Ils sont jeunes, dynamiques et parfaitement conscients d’une nécessaire redéfinition du rôle des médias à l’heure du journalisme sur Internet. Tous les trois ont par ailleurs profité d’une solide expérience à la fois dans les médias traditionnels et sur le réseau. David Dufresne (Médiapart), Laurent Mauriac (Rue89) et Johan Hufnagel (Slate.fr) ont en outre un point commun : ils ont fait leurs armes chez Libération, dans un support en pleine crise existentielle, avant que la crise globale et mondialisée noircisse un peu plus, encore, les perspectives d’avenir du titre et, il faut bien le dire, de la presse quotidienne papier en général. Libé, donc qu’ils ont quitté pour co-fonder, sur le réseau électronique, avec des pontes de la presse traditionnelles (en France, encore, les figures marquent décidément plus que les idées), les supposées nouvelles voies de l’information généralistes et du journalisme participatif. Voici donc les pures players – comme on dit – de l’Internet francophone que nous avons a décidé de réunir le temps d’une longue discussion informelle dans le salon d’un hôtel chic sur la Place de la République, à Paris.

Chronic’art : Nous n’avons pas voulu interroger les officiels (Edwy Plenel, pour Mediapart, Jean-Marie Colombani, pour Slate.fr, et Pierre Haski pour Rue89), mais vous trois, ex-journalistes de Libé, puisque vous tâtiez du web bien avant d’intégrer vos trois nouvelles rédactions respectives… Vous comprenez la démarche ?

David Dufresne : Oui bien sûr. Dans la mesure où nous nous intéressons au Net depuis près de quinze ans, je pense qu’aucun de nous trois ne pouvons être taxés d’opportunisme…

Laurent Mauriac : Bonne idée, merci pour l’initiative.

Pourquoi, en France, les investisseurs n’envisagent jamais, comme c’est le cas aux Etats-Unis, de parier sur de nouvelles têtes, des jeunes journalistes entrepreneurs qui auraient déjà une vraie expérience du média Internet, pour chapoter l’équipe d’un site d’infos généralistes comme les vôtres ?

David Dufresne : La question est assez redoutable… Mais elle se retourne : pourquoi de jeunes journalistes n’ont pas eu envie de lancer de sites d’infos généralistes ? Ce n’est pas une critique, juste un constat.

Laurent Mauriac : Moi je relativiserais la question de l’âge. J’ai observé, notamment chez Libération, qu’il y avait beaucoup de blocages chez des gens relativement jeunes et, au contraire, de l’intérêt et de la curiosité chez des gens plus âgés, réceptifs au média et bien conscients de son intérêt journalistique.

Johan Hufnagel : Aux Etats-Unis, tout de même, la grande majorité des pure-players sont dirigés par des grands noms de la presse traditionnelle. Et puis surtout je ne suis pas certain que l’on aurait pu, sur ma tête, ou même sur celle de David ou Laurent, avoir les moyens suffisant pour monter ces sites, même si les coûts sont naturellement plus réduits que ceux nécessaires pour le lancement d’un quotidien papier…

Aviez-vous des modèles en tête en lançant vos supports respectifs ?

Laurent Mauriac : Quelques-uns, oui, mais les temps ont changé. On se référait au départ au Huffington Post, Slate (version US, ndlr) ou Salon. Ces sites-là étaient en train d’apporter la preuve qu’on pouvait faire du journalisme crédible et sérieux sur Internet. En outre, on pensait qu’il n’y avait rien de convaincant dans le domaine du journalisme participatif, et que tout restait à inventer en la matière. On peut faire du journalisme sérieux sur le Net mais en même temps, il faut envisager une ouverture, faire en sorte que, dorénavant, les journalistes ne se retrouvent plus sur un piédestal et qu’ils redéfinissent leur rôle à l’heure d’Internet.

On parlait beaucoup à une époque de « journalisme citoyen », or aujourd’hui il semblerait que le mythe ait pris un sacré coup de plomb dans l’aile…

Ce qu’on a appelé le « journalisme citoyen » n’a rien à voir avec l’esprit d’un site participatif tel que nous l’envisageons. Nous sommes hostiles à l’idée qu’avec Internet, parce que tout le monde peut prendre la parole, n’importe quel internaute pourrait s’improviser journaliste. Cette idée était à la mode il y a deux ou trois ans. Mais il faut une compétence pour être journaliste, une expérience, des réseaux, ça ne peut pas s’improviser. C’est un apprentissage. Pour autant, Internet permet une nouvelle ouverture et l’intégration de non-journalistes dans le processus de production de l’information.

Entendu, mais comment gérer la distinction entre les deux, journalistes et non journalistes, pour qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur la provenance et la nature de l’information ?

David Dufresne : Chez Mediapart, c’est extrêmement clair. Il y a deux parties : le Journal (les professionnels) et le Club (les amateurs, les lecteurs…). Là où c’est poreux, c’est lorsque les commentaires des lecteurs viennent à la suite d’un article. Nous avons pris le parti de les afficher dans une fenêtre différente, pour que le distinguo soit évident. Cela dit, d’une manière plus générale, je trouve discutable le fait de devoir distinguer les professionnels, qui auraient soi-disant un regard juste, et les autres ; je pense même que cette différence a explosé depuis très longtemps. Tout le monde peut avoir quelque chose d’important, de cohérent à dire. Un amateur, c’est-à-dire quelqu’un dont le journalisme n’est pas le métier, peut apporter une information capitale. On l’a bien vu pendant les élections européennes, avec Etienne Chouard, par exemple (enseignant en économie-gestion et droit fiscal, qui aurait eu une certaine influence sur le « Non » à la Constitution, en publiant sur son site en mars 2005 une analyse critique envers le traité constitutionnel européen. Largement repris et commenté par les médias traditionnels, son blog a connu un beau succès d’audience et de popularité, ndlr). Quelqu’un qui a un savoir particulier peut être beaucoup plus pertinent que n’importe quel journaliste, y compris spécialisé. Le seul et vrai souci, pour lui, en revanche, c’est le temps, parce que le temps c’est de l’argent. Alors bien sûr, on peut s’atteler à un domaine, à une question comme sacerdoce, mais à un moment donné il y a certaines sources qui seront très difficilement aux non-journalistes. Sur un domaine qui m’intéresse, qui est celui du Ministère de l’Intérieur, c’est un peu compliqué pour un citoyen ou pour un lecteur d’accéder à certaines informations, d’avoir les bonnes entrées. Au-delà de ça, la frontière entre amateurs et professionnels est devenue extrêmement flou…

Sur LePost, la rédaction se permet de mentionner qu’une info est vérifiée. C’est vers cela que nous tendons ? Le besoin de signaler au lecteur-visiteur si une info est journalistique ou pas ?

Laurent Mauriac : C’est un peu curieux. Pour moi, c’est douteux puisque je pars du principe qu’une information doit être vérifiée à la base, avant publication. Chez Rue89, nous sommes dans une logique de coproduction éloignée des pratiques utilisées par les médias traditionnels. Notre système consiste à puiser beaucoup d’informations en provenance de nos lecteurs ; nos lecteurs deviennent pour nous des capteurs, charge à nous de vérifier ensuite les informations qu’ils nous envoient.

Au même titre qu’une agence de presse, les internautes sont donc devenus une nouvelle source d’information ?

David Dufresne : Non, ce n’est pas si nouveau. Pendant des années, des personnes lambda, des citoyens, des associations, ont été des sources d’infos. Beaucoup d’enquête ont démarré parce qu’un jour, un lecteur ou un auditeur a pris son téléphone, ou son stylo… il ne faut quand même pas exagérer !

Sauf que le média Internet démultiplie et facilite les choses…

Laurent Mauriac : Traditionnellement, les médias fonctionnent avec les dépêches d’agences ou en se recopiant. Avec le participatif, les internautes fonctionnent aussi comme des capteurs et constituent une nouvelle source d’information. A la nuance près que dorénavant, en plus de vérifier l’information, il faut que nous prenions soin de nous renseigner sur la source. Qui est l’internaute qui nous a transmis l’information ?

Johan, ça vous concerne aussi tout cela chez Slate.fr ?

Johan Hufnagel  : Contrairement à Rue89 ou Mediapart, Slate.fr n’est pas un site de news, mais un site d’analyse…

Jean-Marie Colombani, pour définir son support, parle d’un « magazine » plus que d’un « quotidien ». Qu’est-ce que cela signifie, on a du mal à comprendre… ?

Rien (rires) ; ou plutôt, ça veut dire qu’on ne fait pas de l’actu chaude. Nous sommes tous les trois des pure players, et les fondateurs de ces sites ont tous une grande expérience de la presse traditionnelle. Ce sont donc des sites proches, notamment pour les publicitaires. Mais en vérité, nous sommes vraiment différents. Pour Slate.fr, l’analyse pertinente peut être partagée par des non-journalistes. Nous avons reçu récemment, par exemple, une tribune d’un doctorant franco-américain en France qui nous a proposé un excellent papier sur les universités américaines. Un papier assez long, très analytique, bien pensé, vraiment dans le débat. Comme le site repose pour beaucoup sur des interventions de ce genre, notre différence réside aussi dans un rapport à l’audience. Comme celle qui distingue un magazine d’un quotidien, c’est dans ce sens-là qu’il faut comprendre la précision de Jean-Marie Colombani.

Laurent Mauriac : L’info brute en provenance du lecteur est intéressante dans deux cas de figure : lors d’un témoignage, qui se suffit à lui-même et qui contient donc une information, et lorsqu’on a des expertises, comme le disait Johan, de la part de personnes qui ont l’autorité et la légitimité nécessaire pour parler d’un sujet et faire de l’analyse…

David Dufresne : Justement, je pense que la limite de l’interactivité – et je ne pointe pas Rue89 en disant cela -, c’est justement la notion de témoignage. Et particulièrement à travers les documents vidéo, pour lesquels tu n’as pas le hors-champs, le contexte. Parfois, ça ne va pas tellement plus loin que Radio-couloirs… Mais c’est aujourd’hui la mode, le triste graal de l’« actu buzz »… Je crains que dans les années à venir, on ne s’intéresse plus qu’au témoignage brut, que seul lui ait de la valeur et que l’on fasse fi du contexte.

Justement, est-ce qu’il n’y a pas un créneau journalistique, comme il existait appliqué à la TV, pour un décryptage des infos parues sur le Net ?

Bien sûr que oui, et Laurent a raison : il y a des sites qui se sentent obligés d’indiquer que leurs infos sont vérifiées, ce qui signifie que tout le reste ne l’est pas forcément… Tout comme, c’est une autre de mes inquiétudes, de plus en plus la concurrence acharné sur Internet fait qu’on a droit seulement à un début d’info. On balance une actu en se disant que de toute façon on pourra la modifier par la suite dans la journée. Moi je trouve ça non seulement bizarre mais surtout dangereux. D’ailleurs, la pression sur les sites est énorme : on exige des modifications d’articles en live, des suppressions de vidéos qui déplaisent, etc.

En même temps, est-ce que ça n’est pas une obligation pour un pure player que de devoir être le premier sur une info ?

Oui bien sûr, mais cela n’empêche pas d’avoir une exigence et de s’obliger à vérifier un maximum avant de publier.

Laurent Mauriac : On peut à la fois publier des infos bétons, et en même temps, s’il s’agit d’un événement en train de se produire, envisager que l’info va évoluer tout au long de la journée…

David Dufresne : La base du journalisme, c’est le recul. Et à partir du moment où tu te mets au niveau de l’accélération de l’information, tu t’écartes fatalement de ce principe. J’ai travaillé pour une chaîne d’info, i-Télé. J’ai vu de très près comment ça se passait. Ce n’est plus de l’information…

Laurent Mauriac : Sur l’affaire Hadopi, par exemple, je pense qu’il y avait une urgence à informer nos lecteurs du fait que le projet de loi a été rejeté par l’Assemblée. C’est utile. Cette info, on la connaît, elle est vérifiée. Donc tu peux donner l’info dans un premier temps… et suivre son développement ensuite s’il y en a un.

David Dufresne : Je ne parle pas de ce genre de cas, incontestables. Je dis que très souvent, notamment sur Rue89, des papiers sont publiés dans une version, puis modifiés au grès des « communiqués » officiels, où des informations qui vous parviennent au fil des heures… Chez Mediapart, on a décidé, dans la mesure du possible, de se donner le temps de vérifier une info brute avant publication et d’essayer d’être le plus complet dès sa parution…

Est-ce que ça n’est pas fondamentalement antinomique à la nature du support, à la vitesse du réseau et son potentiel interactif ?

Cet enjeu n’a aucune espèce d’importance… Je parle pour moi, sachant qu’une rédaction n’est pas un régiment. Quelqu’un d’autre chez Mediapart pourra penser différemment. A propos de l’exclusivité et des journalistes qui se battent pour publier une info en premier, ça me fait doucement sourire. Pourquoi ? Chez Rue89, par exemple, ils sont super réactifs. A tel point que si j’ai un scoop, ils vont me citer 10 minutes après que nous l’ayons publié. Ensuite, LePost, qui va reprendre Rue89, ne me citera plus… C’est-à-dire qu’aujourd’hui, le scoop dure à peine 10 minutes. A l’époque, lorsque nous étions à Libération, celui qui avait un scoop était le roi du monde. Tu avais au moins jusqu’à 13h00 si Le Monde voulait bien te reprendre…

Laurent Mauriac : Le pire étant les agrégateurs qui vont indiquer en haut de l’écran l’actu la plus fraîche, et donc forcément la énième réécriture du papier d’origine. Là ça pose un vrai problème, parce qu’il n’y a pas de reconnaissance – primordiale dans le journalisme – de celui qui est à la base d’une info.

Johan Hufnagel : Sur l’accélération de l’info, j’en suis en partie responsable en ce qui concerne la France puisque j’ai travaillé pour le site de 20 Minutes où il s’agit clairement de faire du direct, de réactualiser les actus en permanence. Ce qui n’empêche pas de publier des infos vérifiées. Et nos sources d’infos, aussi, étaient complètement différentes. Quand on a commencé dans le métier, sur une info importante, nos sources d’infos provenaient de deux envoyés spéciaux sur le terrain, le New York Times le lendemain, CNN, l’AFP et Reuters. Or maintenant, à vingt minutes de décalage avec les flux RSS, tu as les news de l’ensemble des sites de la planète, plus ou moins crédibles, à disposition.

C’est si compliqué de produire une information inédite sur Internet ?

Laurent Mauriac : Cela demande des moyens, c’est le travail des agences. Il faut d’abord s’assurer de la qualité de l’information, la vérifier, mais ça n’interdit pas la rapidité. Le journalisme d’agence a toujours fonctionné comme ça. La nouveauté, aujourd’hui, c’est que l’information d’agence est disponible à tous, instantanément, sur Internet.

David Dufresne : Autrefois, avant l’arrivée d’Internet, les journaux finançaient des enquêtes, des reportages. Seulement le rapport entre les coûts, le temps, le salaire et la chute des ventes a fait que, globalement, la pratique a été déclarée plus du tout rentable ou même amortie.

Rien à voir avec la perte d’intérêt du lecteurs pour ce type de papiers ? Ou des annonceurs ?

Des annonceurs, surtout, oui. En ce qui concerne les lecteurs, je suis moins sûr… Du coup, aujourd’hui, on arrive à une logique catastrophique, non seulement pour le journalisme – même si au fond, c’est pas très grave qu’il soit bousculé au bout d’un siècle et demi, je trouve ça plutôt intéressant que, d’une certaine façon, ça se passe très mal pour nous -, mais surtout pour l’information. En clair, le scoop a été remplacé par le buzz et je pense que c’est grave. On est dans une logique « Google News ». Je crois que Johan connaît mieux que moi l’algorithme de Google Actualité, mais grosso modo, c’est maintenant la prime à la nouveauté…

Laurent Mauriac : Non, c’est la prime au comportement moutonnier ; c’est-à-dire que Google News avantage ceux qui traitent la même information. Plus il y aura de médias pour traiter une info, plus tu auras la possibilité d’être repris.

David Dufresne : Le problème, et c’est extraordinaire, c’est qu’Internet devrait être précisément l’inverse. On devrait se dire : puisque chacun peut publier à des coûts moindres (pas d’impression, pas de distribution), on devrait pouvoir se passer des autres et privilégier l’infos alternatives, la surprise, l’originalité. Or, c’est tout le contraire que l’on observe, c’est la moutonnerie absolue, la googlerie intégrale.

Johan Hufnagel  : Je pense qu’on a pour le coup, nous journalistes, tous une responsabilité dans cette affaire – et je parle sous le contrôle de Laurent avec qui on a souvent été en désaccord sur la marche à suivre à Libération. Prenons le cas que nous connaissons bien tous les trois de Liberation.fr. On s’est demandé à un moment quoi faire de ce site. Résultat : on est tous parti faire autre chose parce qu’on n’avait plus la possibilité de faire quoi que se soit. Ne pas être moutonnier implique des moyens, et on ne les a pas eu.

Ce serait seulement une question de moyens ?

Laurent Mauriac : Pas seulement, mais le premier réflexe d’un journal en difficulté est de sauver le papier. Paradoxalement, plus un journal est en difficulté, plus la partie web est délaissée. Quand j’ai quitté Libé, je me souviens que le web était totalement accessoire…

David Dufresne : C’est une vielle affaire le site web de Libération. Il se trouve qu’en 1997, j’étais au Conseil de surveillance du journal et je me souviens de discussions avec Serge July ; je lui disais qu’il fallait rendre le site payant pour pouvoir financer l’équipe. A l’époque, j’étais dans le Mini-Rezo, La Rafale, où nous défendions d’autres idées – celles de la contribution, du gratuit – mais notre but et nos moyens étaient tout autres. En 1997-1998, tout le monde sait qu’Internet est l’avenir, mais personne ne pense que c’est LE SEUL avenir pour le journalisme. Réponse de Serge July : « Non, on ne peut pas, pour l’instant tout le monde est gratuit et si nous on devient payant, on est mort ». A la fin des années 90, tous les patrons de presse ont pris cette décision-là. Et c’est encore le cas aujourd’hui. On connaît la suite…

Johan Hufnagel  : Nous n’avons jamais été en position de faire quoi que ce soit d’ambitieux pour le site, sauf lorsqu’ils ont lâché les chevaux, en 2000, un peu avant l’explosion de la bulle Internet. Ca a duré trois mois. Pourquoi ne trouve-t-on pas, en France, d’équivalent à Politoco ou au Huffington Post ? Si tu prends la rédaction française la plus importante des pure-players, c’est Mediapart

Pour revenir sur l’enquête, les reportages, cela n’implique-t-il pas de constituer, comme dans les grand médias traditionnels, une trop importante rédaction pour un site d’informations généralistes online ?

David Dufresne : Mais ce sont les journalistes qui produisent l’information. La rédaction est essentielle… Pour Slate.fr, c’est différent puisqu’ils vont chercher des intellectuels, des analystes, ça ne réclame pas les mêmes moyens en terme humain lorsque tu vas chercher des infos.

Laurent Mauriac : Aujourd’hui, tout est axé sur le people. A mon avis, c’est le pire des calculs qui soit, parce qu’on entre alors dans le cercle vicieux de la dépréciation de la qualité ; même les gens qui sont intéressés par des infos, pas forcément people, mais plus légères disons, sont confortés s’ils se sentent dans un cadre sérieux, de qualité. Je sais de quoi je parle puisque chez Rue89 nous affichons sur chaque article le nombre de connexions. Cela nous permet de constater que, souvent, des sujets qui nous tiennent à cœur (des reportages, des enquêtes, notamment) font nettement moins de connexion qu’un article sur un infos plus légère, rédigée en vingt minutes, et qui a nécessité une fraction des moyens utilisés pour la rédaction d’un article de fond. En même temps, l’idée qu’il faudrait abandonner les reportages serait hors de propos. Parce que c’est justement grâce à ce cadre équilibré, qui mélange du très sérieux avec du plus futile, que certains lecteurs passent de l’un à l’autre, que les papiers de fond sont finalement plus lus que s’il n’y avait que ça sur le site.

David Dufresne : Mais je ne comprends pas : pourquoi affichez-vous l’audience des papiers ? Quelle est la finalité de cette fonctionnalité si vous n’en tenez pas compte ?

Laurent Mauriac : C’est un outil, un indicateur pour nous. Ca n’est qu’un critère parmi d’autres et puis c’est aussi intéressant pour les lecteurs. Surtout, c’est révélateur : il nous arrive de nous faire incendier dans les commentaires d’un papier un peu léger ; le fait d’afficher le score d’un article est dans ce cas un contre-argument qui vaut explication.

David Dufresne : J’observe que vous avez quand même tendance à mettre l’accent aujourd’hui les papiers plus légers. Ce sont des retours que j’ai de gens qui appréciaient votre ton… tu peux cartonner Mediapart, il n’y aucun souci, c’est pas le problème !

Laurent Mauriac : Je prends ça comme un compliment parce qu’il y a beaucoup de gens qui pensent, au contraire, que Rue89 est trop sérieux.

Johan Hufnagel  : Personnellement, je trouve ça génial que ce ne soit plus nous qui décidons de la hiérarchie des informations, puisque celle-ci peut se faire en fonction de ce qui intéresse réellement le lecteur – pratique courante pour les supports d’infos sur le Net. Cela tient à la façon dont le Web est construit. Aujourd’hui, en moyenne, 60% de l’audience d’un site provient de Google, ce qui signifie qu’il y a plus de lecteurs occasionnels que de lecteurs fidèles sur nos sites. Cela change forcément beaucoup de choses dans nos rapport avec les lecteurs, nous devons l’intégrer. Si 80% de mes nouveaux lecteurs viennent sur mon site parce qu’il ont cliqué sur la poitrine de Britney Spears, et que par la même occasion j’ai réussi à leur faire lire une longue interview sur la crise des subprimes, j’estime que c’est gagné.

David Dufresne : Je suis en total désaccord avec cette idée !

Johan Hufnagel  : Je voudrais finir… Quand Libé a suivi la guerre en Bosnie en proposant des unes sur le sujet – et je pense que le quotidien a été exemplaire là-dessus -, combien de fois les ventes du journal ont plongé ?…

David Dufresne : Non, je ne suis pas d’accord. Je ne prétends être dans mon époque en affirmant cela, mais je pense toujours que l’information n’est pas une marchandise comme les autres. Au sortir de la guerre, c’est précisément ce que les députés ont pensé quand ils ont décidé d’aider les journaux et les journalistes (qui payent moins d’impôts, entre autres avantages). Tout le monde s’accordait à dire à ce moment-là que ça n’était pas un secteur d’activité dont le but premier consisterait, comme les autres, à gagner de l’argent, à être rentable. Je suis entièrement d’accord sur le fait de savoir si, pour une fois, les lecteurs ne pourraient pas avoir leur mot à dire sur la hiérarchisation de l’info, plutôt que le rédacteur en chef – à qui cela ne fait pas de mal de prendre un petit coup de latte (rires). Mais la question est : est-ce que Jean-Marie Colombani aurait accepté de publier la photo de la poitrine de Britney Spears dans Le Monde, lorsqu’il y était ? Est-ce que Pascal Riché, Pierre Haski ou toi, Laurent, vous auriez accepté cela à Libération ? J’ai pas souvenir que vous étiez tous les trois les journalistes les plus fantaisistes de la rédaction… Bref, je trouve cela étonnant, bien que tout le monde a le droit de changer, j’en conviens. C’est surprenant parce que sous prétexte qu’on arrive sur le web, tout d’un coup, on se lâche complètement. Alors bien sûr, on change de médium, je comprends qu’on ait envie de mettre en avant une certaine fraîcheur. Personnellement, j’ai une conception effectivement vieillotte du journalisme, et j’ai eu la chance de toujours choisir les supports pour lesquels j’avais envie de travailler. Quand on a rejoins Libération dans les années 90, c’était encore un journal qu’on achetait un peu comme un acte social. Acheter Libé, ça voulait dire quelque chose. Aujourd’hui, l’identité des différents journaux est en train de se perdre parce que tout le monde court après Google. Et la publicité qui va avec.

Laurent Mauriac : C’est vrai que sur le web, il n’y a moins d’identité. En ce qui concerne les sites d’informations, j’entends. Il y a par exemple plein de lecteurs a priori de gauche qui vont aujourd’hui chercher de l’information sur LeFigaro.fr, alors que ça ne leur viendrait jamais à l’esprit d’acheter le quotidien papier.

David Dufresne : La faute à qui, aussi ? Quand on te propose un sujet sur le fait de savoir si jogger est un sport de droite (« Peut-on faire du jogging sans être sarkozyste ? », ndlr), comme l’a fait Slate.fr au moment de son lancement, forcément, c’est la dépolitisation absolue (rires). C’est un peu surprenant comme signal envoyé au lecteur…

Johan Hufnagel  : Oui, mais c’est aussi un papier différent de ce que tu peux trouver sur Google News, justement. Je pense que les pure players sont fondamentalement très différents des médias traditionnels aussi d’un point de vue des sujets.

David Dufresne : C’est incroyable cet abandon ou ce revirement de ligne dès lors qu’un support passe sur Internet ! Aujourd’hui, quel différence entre le site de Libé et le site du Figaro ? Alors qu’on perçoit toujours nettement la différence entre les deux supports papiers…

Laurent Mauriac : Je préfère être mal classé sur Google News – et non pas sur Google -, mais garantir aux lecteurs une information originale, exclusive. Parce que, globalement, tous les rédactions des médias traditionnels pratiquent beaucoup la publication texto ou la réécriture des informations d’agences. Ils le font tous !

Johan Hufnagel  : Je pense qu’il y a aussi un problème par rapport à ce que les rédacteurs en chef demandent aux journalistes. Lorsque je suis arrivé à 20 Minutes, la philosophie de la rédaction en chef était de se débarrasser de l’AFP. On voulait éviter de se baser sur des copiés-collés de dépêches. Or, c’est impossible quand tu veux faire un média très chaud. Cela dit, spécialiser certains journalistes, les immerger dans le Web – et les faire travailler à partir des fils RSS, j’insiste – permettent dorénavant d’avoir des infos différentes, pas forcément originales, pour donner aux sites des « couleurs » ou des angles différents et cela a fondamentalement changé la donne. LePost, par exemple, l’exploite très bien. Dans son genre…

David Dufresne : Mais c’est quoi son genre ?!

Johan Hufnagel: Son genre, c’est de faire du tabloïd (du people) dans l’esprit. En Angleterre, en Allemagne, sur papier, ça se vent à des millions d’exemplaires. On ne peut pas cracher dessus.

David Dufresne : Je ne crache sur aucun genre, mais où est ici l’information qui te permet de comprendre le monde. C’est ça qui m’intéresse. Pourquoi la Place de la République (nous nous entretenons au Crowne Plaza, sur la place, à deux pas des locaux de Libé – et de Chronic’art, ndlr) est-elle agencée de cette manière ? Cette information-là est en train de disparaître complètement. Les questions de fond ne sont plus traitées…

Sur Internet ?

Non, partout ! Et aujourd’hui, c’est grave parce que si l’un de nous trois se plante, c’est la merde. Pourquoi ? Parce que la presse traditionnelle est morte. En un an, tout s’est effondré. C’est la sidérurgie, les usines ferment. Donc jusqu’ici on pouvait dire de manière intuitive que ça n’est pas dramatique ; maintenant ça l’est.

Mais tu ne donnes aucune chance à la presse papier ? Il n’y a pas, pour elle, au contraire, dans ce contexte-là, une possibilité de redéfinition totale ?

Rien n’est jamais définitif, mais… A terme, lorsque le journalisme online sera évident pour tout le monde, les sites Internet seront plus riches que les rédaction papiers. On n’en est pas là : bien des quotidiens, pourtant mourants, ont aujourd’hui plus de moyens financiers que nous trois réunis !

Laurent Mauriac : David, qu’est-ce que tu fais de tes moyens ? Est-ce que ça vaut le coup, par exemple, de dépenser beaucoup d’argent pour envoyer un journaliste couvrir un sommet international sachant qu’il va être parqué dans un local, qu’il aura droit à un point off commun pour tout le monde… A quoi ça sert que tous les médias envoient quarante journalistes pour couvrir ça ? Pour cela, donc, on investit beaucoup et pour rien. En revanche, si les ressources peuvent être allouées à la réalisation de reportages originaux, des enquêtes intéressantes, c’est pas plus mal.

David Dufresne : Oui mais ça n’est pas le cas. La presse écrite a un rôle bien déterminé depuis toujours par rapport à la TV et la radio. C’est elle qui a longtemps donné l’alerte. La radio la répercutait, puis la TV la mettait en images. Aujourd’hui, ce rôle là est pris par le Net…

Laurent Mauriac : C’est plus fort que ça, car aujourd’hui Internet joue TOUS ces rôles à la fois !

David Dufresne : Tu oublies l’édition, tout de même. Tout ça pour dire que le problème, c’est que je ne suis pas sûr qu’on aura les reins solides pour tenir longtemps comme ça, avec les petits moyens qui sont les nôtres…

Laurent Mauriac : Ca fait dix ans qu’on se dit que ce média qu’est Internet est génial. Je parle d’une minorité de journalistes parce que le gros de la profession n’en a toujours manifestement pas conscience. Ils le vivent comme un contrainte.

Johan Hufnagel  : La question qui se pose et qui va encore se poser, c’est la question du modèle économique. On peut tout à fait envisager une rédaction de 150 personnes, mais quelle audience peut faite en sorte de faire vivre cette entreprise ?

Justement, évoquons la question du modèle économique… Est-ce qu’il y a aujourd’hui une possibilité de modèle viable pour un pure player ?

Johan Hufnagel  : Dans le monde, le cas de Slate est assez étonnant. C’est un des plus vieux titre qui existe sur le Web et qui est bénéficiaire depuis deux ans. Et il est sur un créneau où la pub est relativement chère. C’est le modèle classique…

David Dufresne : Non, il ne s’agit pas d’un modèle classique ! C’est simplement le modèle dominant sur Internet. Surtout, du fait de la crise, il est en train de s’effondrer. On se souvient que tout le monde a hurlé, et à raison, lorsque les journaux papiers gratuits sont apparus. Eux fonctionnent sur ce modèle-là, uniquement financés par la publicité. Je continue de penser que c’est affligeant : quelle est l’information que 20 minutes, Metro et Direct Soir ont sorti depuis qu’ils existent ? Il n’y en a pas ! Tu peux chercher, il n’y en a pas. Et un journal qui ne sort pas d’informations, pour moi, ça n’est pas un journal.

Laurent Mauriac : Les radios et les chaînes TV privées ont toujours fonctionné sur un modèle gratuit. Un média financé par la publicité, ça n’est pas nouveau.

David Dufresne : Pour la TV, le modèle est mixte (redevance). Et qu’est-ce que TF1 a sorti comme information ? Qu’est-ce qui sort comme information dérangeante ? Il y a quelques modèles de radio plus valables, comme Europe 1, mais c’est rare.

Reste qu’aucun modèle qui repose sur la publicité, en France, n’est aujourd’hui à l’équilibre sur Internet. Par ailleurs, cela fait un moment qu’on ne dépasse pas le système des bannières, malgré les perspectives techniques et de ciblages précis offertes pas le média électronique et vantées par les professionnels de la com’…

Laurent Mauriac : Nous en sommes encore aux prémices, c’est évident que ça n’est pas satisfaisant. Dans les agences de pub, on observe le même phénomène que dans les groupe de presse : on s’accroche d’abord à ce qu’on sait faire. Tout cela est en train d’évoluer et je pense que la crise est un accélérateur.

David Dufresne : L’honnêteté, c’est de dire que personne n’a encore la solution.

Laurent Mauriac : Culturellement, quoi qu’il en soit, Internet est lié à la gratuité…

David Dufresne : Non, pas à la gratuité, mais à l’échange, au partage.

Laurent Mauriac : Ce qui est au cœur d’Internet, le lien hypertexte, repose sur la gratuité. Si tu envoies quelqu’un sur un lien payant, c’est comme si tu l’envoyais contre un mur.

David Dufresne : Je pense que rien n’est écrit dans le marbre et que la gratuité que tu évoques revêt plusieurs facettes très différentes. Au départ, les utilisateurs font du gratuit sur Internet parce qu’ils sont salariés ailleurs (les militaires, puis les chercheurs). Dans les années 90, cette gratuité se poursuit via le militantisme. Et aujourd’hui, on en viendrait à un système faussement unique qui voudrait que quelques annonceurs, qui sont les mêmes dans le monde entier, financent les sites d’informations. Au final, on va avoir une seule agence de pub pour le journalisme : Google Ads

Laurent Mauriac : Google Ads est très minoritaire chez nous… Pour en revenir à la gratuité, il y a aussi derrière ça une question journalistique. Est-ce qu’on veut faire une information qui doit être diffusée vers le plus grand nombre – puisqu’Internet le permet -, ou bien est-ce qu’on veut produire une information pour un petit nombre de gens, dans une logique de club ? Moi je pense qu’avec Internet, on a un outil qui permet de démocratiser l’information, une info de qualité.

David Dufresne : Je trouve très étonnant ce discours totalement amnésique. Au XIXe siècle, les journaux touchaient mille fois plus de lecteurs que Rue89 aujourd’hui. Le Petit Journal vendait 2 millions d’exemplaires par jour ! Si l’information doit être proposée pour le plus grand nombre au détriment de sa qualité, je dis non ! L’audience, que ce soit dans l’Art ou dans l’Information, n’a jamais été la mesure la plus pertinente. A un moment donné, je pense qu’il vain de vouloir s’adresser au plus grand nombre.

Johan Hufnagel : Mais les journaux ont toujours reposé sur une grande part de gratuité. Libé est tout de même financé à 60% par la pub et s’il y a 140 000 exemplaires vendus, au final c’est tout de même 700 000 lecteurs qui le lisent.

Culturellement, sur le Net, on parle de plus de « freeware », de logiciels libres. Est-ce que cela n’est pas un peu différent de la « gratuité » au sens propre du terme ?

David Dufresne : Si, et je suis très étonné que les gens fassent une confusion – notamment des gens parfaitement bilingue – sur le sens du terme « free ». Ca ne veut pas dite « gratuit », mais « libre », en effet. Et c’est sur cette ambiguïté-là que se bâtit le discours de la gratuité. « Free », cela sous-entend que quand tu te sers de quelque chose, tu le partages. Ca n’est pas sa gratuité qui vient en premier lieu, c’est l’échange, c’est le fait que chacun peut contribuer à son amélioration.

Laurent Mauriac : David a raison. C’est l’esprit du logiciel libre. Il y a d’ailleurs des logiciels gratuits qui ne sont pas libres.

David Dufresne : Et puis tu peux gagner de l’argent avec des logiciels libres…

Quelles sont les autres sources de revenus sur lesquelles vous comptez en attendant que la publicité rapporte davantage ?

Laurent Mauriac : A Rue89, nous concevons et développons des sites pour des clients extérieurs. Dès l’origine du site, nous avons estimé qu’il était primordial d’être un site à la pointe techniquement, avec une équipe complètement intégrée. L’imbrication des métiers journalistiques, techniques et commerciaux (comme la presse traditionnelle gère parfois son imprimerie et sa régie en interne) est logique avec Internet. Enfin, nous développons également une activité de formation au journalisme multimédia.

Il existe une écriture journalistique adaptée au web ?

Oui bien sûr. Il y a une écriture pour l’imprimé et il y a une écriture pour la lecture à l’écran. Une écriture web qui est en train de s’inventer.

David Dufresne : Pour être franc, je ne suis pas sûr que ce soit les journalistes qui sont en train de l’inventer.

Laurent Mauriac : Ce n’est pas eux qui l’ont inventé, les blogueurs sont passés avant, mais ils sont en train de l’intégrer.

David Dufresne : Personnellement, je me suis transformé depuis un an en journaliste multimédia, avec ma caméra. Je peux faire un papier uniquement écrit, un autre moment plutôt vidéo, ou bien un diaporama sonore… et selon les cas, je ne dis pas la même chose.

Johan Hufnagel : Sur le Net, je n’arrive plus à faire un papier long. Parce que quand tu as à ta disposition des vidéos ou des documents, tu fait des liens, tu n’est plus obliger de raconter cela dans ton papier.

Parlons un peu de crédibilité journalistique… Si l’on se réfère au dernier baromètre TNS Sofres (janvier 2009) à propos de la confiance des français accordée aux médias, est-ce qu’il n’y a pas un souci en ce qui concerne la crédibilité du support Internet ? Au fil des ans, certes, le média électronique gagne en crédibilité, mais il reste tout de même encore aujourd’hui en dernière position derrière les médias traditionnels…

Johan Hufnagel  : On mélange tout via ces sondages. Les médias les plus crédibles sont toujours les médias les plus populaires, ça ne veut pas dire grand-chose…

David Dufresne : Et puis l’image, celle de la TV, est considérée comme étant plus convaincante que n’importe quel autre méthode de diffusion de l’information. Alors que nous savons tout que l’on peut trafiquer les images ou leur faire dire tout l’inverse de ce qu’elle montre réellement.

Johan Hufnagel  : Et cette crédibilité-là a aussi explosé. Il y a des historiques qui perdent leur crédibilité en arrivant sur des supports plus ou moins suspects sur le Net ; à l’inverse, certains inconnus, blogueurs par exemple, on acquis une crédibilité imparable. Je pense à des gens comme Maître Eolas, suivi par je ne sais combien de visiteurs uniques par jour…

David Dufresne : Eolas fait un décryptage absolument fameux, et totalement orienté (c’est d’ailleurs pourquoi il est fameux). Il rempli parfaitement son rôle dans son domaine, le droit, mais son cas est relativement rare. Nous, journalistes, nous devons restés un contre-pouvoir. C’est ce rôle-là qu’il faut tenir, quelque soit le support.

Y compris pour parler à la masse ?

Ce n’est surtout pas elle qui doit nous gouverner.

Johan Hufnagel  : Tout de même, je reviens sur le cas intéressant de LePost, qui est pour moi un site génial. Rendez-vous compte qu’il comptabilise aujourd’hui 2,5 millions de visiteurs uniques par mois…

Laurent Mauriac : C’est en effet un moment historique lorsque LePost a doublé le site de Libération

Johan Hufnagel  : Oui, ils sont différents pour cette raison-là. Le nombre de participations permet de tomber sur des perles, par exemple le récit d’un match de foot proposé par « Lou78 », bien meilleur que celui réalisé par des professionnels…

David Dufresne : L’exemple est inattaquable, mais franchement minoritaire. Comme son nom l’indique, l’objectif de LePost est de faire en sorte que chacun lâche ses posts. C’est l’action de poster, qui compte chez eux ; pas de dire. Et on évoque une émanation de Le Monde ! La question est : sur papier, est-ce que Le Monde aurait un jour accepté de faire un supplément dans l’esprit de LePost ?

Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir à côté de sites « exigeants », des sites plus novateurs et expérimentaux comme LePost, quitte à essuyer les plâtres ? Qu’apporte un site fermé et journalistiquement aussi traditionnel que Mediapart, en comparaison ?

Ecoute, j’ai touché le pouvoir, en passant par Canal +. Moi ce pouvoir-là, je le trouve très intéressant à étudier, mais sans aucun intérêt. Parce qu’en réalité, tu n’en fais rien de ce pouvoir. Encore une fois, ici on parle de journalisme. L’ambiguïté dans cette conversation, c’est qu’on mélange information et journalisme. Il se peut qu’une information essentielle arrive via LePost, mais ça ne constitue pas pour autant un travail journalistique. Alors après, on peut se demander si le journalisme tel que nous l’avons connu est encore valable ? Est-ce qu’une rédaction composée de journalistes, autrement dit une intelligence collective, a encore un sens ? Il y a des gens, comme le blogueur américain Jeff Jarvis (créateur du blog, ndlr), qui pense que la rédaction n’existe plus. Seuls comptent dorénavant les journalistes de marque. Des stars, en quelque sorte, sur lesquelles les lecteurs peuvent s’appuyer…

Laurent Mauriac : Ca n’est pas tout à fait ça. Jeff Jarvis pense au contraire que les rédactions ont toujours besoin de journalistes spécialisés dans les différents domaines de l’actualité. Par contre, oui, il affirme aussi que si l’on ne touche pas aujourd’hui au modèle de fonctionnement d’une rédaction classique, tout va péter ! Dans cet esprit, dans cette redéfinition du journalisme, LePost est intéressant ; ils ont de l’avance en la matière. Il y a évidemment beaucoup de choses critiquables dans leurs choix rédactionnels, mais ils sont manifestement très innovants. Notamment dans le fait que les journalistes collaborent avec toute une équipe de non-journalistes et qu’ils les suivent et les encadrent.

Comment gérer la modération sur des sites d’infos comme les vôtres ?

Laurent Mauriac : Il y a deux types de modération, deux écoles. La modération a priori et la modération a posteriori. La plupart des sites d’infos font une modération a priori, avant publication. Chez Rue89, on a choisi une modération a posteriori pace que on estime qu’une modération a priori perd en spontanéité et donc en intérêt. Et puis les gens apprécient que leur contribution s’affichent instantanément. Après, la question principale, c’est celle de la qualité des commentaires. Nous on observe qu’elle n’est pas toujours formidable, mais qu’il y a tout de même dans la masse des commentaires, des choses très intéressantes, des « pépites ». C’est la raison pour laquelle nous pensons qu’il faut remettre de l’éditorial là-dedans. C’est-à-dire ne pas se contenter de laisser faire la communauté, et faire de l’animation. Cela se fait en valorisant les meilleurs commentaires, en les sélectionnant et en les mettant en avant. Cela se fait aussi via la participation des journalistes dans les débats – ce n’est pas si courant, beaucoup de sites sous-traitent la modération des commentaires à des sociétés spécialisées. Ca prend du temps mais selon nous, ça fait parti du travail journalistique. C’est-à-dire que l’article ne se termine pas au moment où tu mets un point et ou tu le publies ; il a une deuxième vie ensuite, à travers les commentaires, et l’animation.

Comment ça se passe chez Mediapart ?

David Dufresne : Le principe de Mediapart était de dire qu’il n’y a pas d’anonyme. Il a donc fallu convaincre l’équipe fondatrice que l’anonymat puisse exister sur le Net, ou plutôt le « pseudonymat ». C’est le principe même du réseau : tu peux participer, avoir une existence même, sous une autre identité, un avatar. Les lecteurs doivent s’abonner pour commenter ; ils laissent leur adresse, leur numéro de carte bleue… il y a donc plutôt une certaine tenue dans nos commentaire. Je ne dis pas que la qualité des commentaires est meilleure, mais il y a très peu d’insultes, sinon quelques trolls obsessionnels, bien sûr. Au-delà de ça, tout de même, le meilleur côtoie le pire, y compris dans un système relativement maîtrisé qui est celui de Mediapart. Il m’est arrivé d’écrire des papiers motivé par des commentaires extrêmement éclairant. Ca c’est le meilleur ; mais le pire, la plaie absolue même, il faut quand même le reconnaître, c’est que le commentaire, généralement, est un commentaire de commentaire de commentaire de commentaire… On sort vite complètement du sujet. Le problème du commentaire, c’est qu’il est sur la base de réactions, et non pas de réflexion.

Le commentaire, en somme, peut tuer un sujet ou un article…

Oui, c’est évident.

Laurent Mauriac : A force, on connaît les gens, ceux qui apportent quelque chose et les trolls. C’est aussi une question d’habitude.

David Dufresne : Si on ramène tout ça au journalisme, tous ces retours immédiats sont quand même très éclairant sur notre métier.

Laurent Mauriac : Nous, on a découvert ça lorsqu’on a lancé des blogs chez Libé, à travers les commentaires de nos lecteurs et cette relation particulière qui s’installait avec eux.

Est-ce que, par rapport aux lourdeurs structurelles et hiérarchiques des médias traditionnels, vous avez l’impression d’être un peu désinhibés maintenant que vous travaillez pour des pure players ?

Laurent Mauriac : Oui, il y a cet effet-là. Je suis complètement d’accord avec ça.

David Dufresne : Pas moi. Je viens du fanzine, j’ai toujours été dans cet esprit-là. Je suis tout sauf un légaliste ! Chez Libé, je n’ai eu affaire à aucune pression.

Laurent Mauriac : Il y a quand même une écriture un peu différente, vraiment liée à Internet.

David Dufresne : La grande différence, finalement, c’est que tu n’as pas de chemin de fer. Ce qui offre de fait une certaine liberté.

Laurent Mauriac : Ce qui n’empêche pas qu’il faille peser la longueur des papiers selon les sujets. On se bat toujours pour que les papiers ne soient pas trop longs. Quand les journalistes de la presse papier arrivent, ils ont tendance à se lâcher sur la longueur et ça n’est pas forcément positif. Quelque soit le support, pour bien faire, il faut toujours des contraintes.

Propos recueillis par Cyril De Graeve

Johan Hufnagel, l’américain
Ex rédacteur en chef du site de Libération, ex rédacteur en chef du site du quotidien gratuit 20 Minutes, mis à pied en août 2008 (on se souvient qu’une grève de la rédaction du site avait suivi cette brutale éviction), Johan Hufnagel est aujourd’hui rédacteur en chef et cofondateur de Slate.fr.
Slate.fr
Fondateurs : Jean-Marie Colombani, Eric Le Boucher, Eric Leser, Jacques Attali et Johan Hufnagel
Lancement : le 10 février 2009
Rédaction : 3 journalistes permanents
Modèle économique : site gratuit financé par la publicité
Composition du capital : 15% Slate Group (propriété du Washington Post) / le reste : investisseurs (investissements et répartition des parts du capital en cours de négociation)
Audience : 170 000 visiteurs uniques par mois

Laurent Mauriac, le puriste
Après avoir été correspondant à New York pour Libération, Laurent Mauriac a cofondé, avec une équipe de journalistes issue du quotidien national, Rue89 dont il est aujourd’hui le Directeur général.
Rue89
Fondateurs : Pierre Haski, Laurent Mauriac, Pascal Riché, Arnaud Aubron et Michel Lévy-Provençal
Lancement : le 6 mai 2007 (deux heures avant l’élection de Sarkozy)
Rédaction : 15 journalistes permanents
Modèle économique : site gratuit financé par la publicité
Composition du capital : 52% fondateurs / 18% amis de Rue89 (« love money ») / 6% Habitants de Rue89 (les premiers employés) / 24% investisseurs
Audience : 1 million de visiteurs uniques par mois

Davis Dufresne, le cyberpunk
Autrefois membre actif de l’association informelle et hacktiviste le Mini-Rezo, créateur du mythique webzine La Rafale (1995), de Davduf.net, ancien reporter société et chroniqueur télé pour Libération et ex rédacteur en chef de la chaîne d’information i-Télé. David Dufresne est aujourd’hui vidéaste et journaliste d’investigation (police, justice, libertés publiques, Internet) chez Mediapart.
Médiapart
Fondateurs : Edwy Plenel, Laurent Mauduit, François Bonnet, Gérard Desportes, Godefroy Beauvallet et Marie-Hélène Smiéjan.
Lancement : le 2 décembre 2007
Rédaction : 25 journalistes permanents
Modèle économique : site payant financé par les abonnements
Composition du capital : 60% fondateurs / 40% investisseurs et amis de Médiapart
Audience : 45 000 visiteurs uniques par jour / 13 500 abonnés

Lire notre dossier complet dans Chronic’art #55 (mai 2009)

Trouver les nouveaux modèles économiques du web

Une après-midi passionnante à regarder les présentations et participer au chat qui était en regard.

La liste des participants.

Les thèmes abordés.

Les slides de Jeff Jarvis en introduction :

New Business Models for News

View SlideShare presentation or Upload your own. (tags: cuny news)

Les vidéos sont mises en ligne au fur et à mesure par Ground Report (un clic sur On demand permet de passer à une vue chapitrée des interventions) :

(au passage, j’aime bien comment Mogulus fait allumer la télé ou fait une surimpression en vert old style pour le réglage du volume)

Rue89: et voilà enfin la levée de fonds tant attendue

Je viens de recevoir le communiqué de presse, que je préfère vous livrer sans glose, dans un premier temps (juste en ajoutant des liens):

Augmentation de capital réussie pour Rue89.com

Le site d’information Rue89.com vient de réussir une levée de fonds de 1,1 million d’euros auprès de nouveaux investisseurs, une opération réalisée dans des conditions qui garantissent son indépendance et lui assurent les moyens de son développement.

Cette opération, qui valorise la société à 4 millions d’euros, a vu l’entrée au sein du capital de Rue89.com de cinq nouveaux actionnaires:

Halmahera (fonds familial): 100 000 €

– Khedaoudj Zemmouri (journaliste): 100 000 €

Midi-Minuit (société de production audiovisuelle, PDG : Georges Bermann): 200 000 €

Hi-Media (régie publicitaire et éditeur de sites, PDG : Cyril Zimmermann): 300 000 €

Verdoso Média (fonds personnel de Franck Ullmann): 300 000 €

Les « Amis de Rue89 » -une société fondée au démarrage du site pour en soutenir la démarche- ont apporté environ 100 000 € supplémentaires.

Le capital de Rue89 se compose désormais de la manière suivante:

Les quatre fondateurs (Arnaud Aubron, Pierre Haski, Laurent Mauriac et Pascal Riché) conservent la majorité du capital : 51,3 %

– Les Amis de Rue89: 17,6%

– Les Habitants de Rue89 (l’équipe initiale du site): 6,1 %

– Nouveaux actionnaires: 24,9 %

La structure de la société a également changé, avec un Directoire et un Conseil de surveillance. Le Directoire est composé des quatre fondateurs et de Damien Cirotteau, directeur technique. Il est présidé par Pierre Haski.

Le Conseil de surveillance de la société est présidé par Renaud de la Baume, membre des « Amis de Rue89 » et qui représente au Conseil la société Verdoso Média.

Commentaire : Cette augmentation de capital constitue une étape importante dans la courte histoire de Rue89, qui a vu le jour le 6 mai 2007. Elle lui donne les moyens de son développement après une première année consacrée à l’émergence de ce nouveau média participatif, et à l’installation de cette nouvelle « marque » dans le paysage médiatique français.

Parmi les projets de développement rendus possibles par cet apport financier, figure le lancement d’un site participatif à Marseille, et le lancement, à la rentrée, d’un site consacré à l’information économique. De nouvelles avancées pour élargir le champs de l’information couverte par le site.

Cette opération financière réussie constitue un signe de confiance important dans le secteur de l’information en ligne, encore relativement nouveau et en construction. Et elle vient conforter la position de Rue89, devenu en un temps record le site le plus fréquenté dans la catégorie des médias indépendants et participatifs, avec environ 600 000 visiteurs uniques par mois.

Le 27 juin 2008

Les fondateurs de Rue89

Arnaud Aubron, Pierre Haski, Laurent Mauriac et Pascal Riché

Cafebabel.com, du nouveau chez le vétéran

C’era una volta a nice participative website. « Européen, jeune, et participatif », c’est de cette façon que se définit Cafebabel.com

Il y a quelques semaines, je rencontrai Alexandre Heully, responsable de la communication de ce site. Alexandre fait partie de l’équipe fondatrice de Cafebabel.


Alors, en quelques chiffres, que peut-on dire de CafeBabel :

* 300 000 visiteurs uniques par mois (source : Google Analytics), répartis sur les 6 langues : français, anglais, allemand, italien, espagnol, polonais
* 350 journalistes et 700 traducteurs dans 26 rédactions locales en Europe;
* 70 blogs européens;
* 4 000 inscrits à la communauté (mais combien de réellement actifs?)
* 11 salariés et 3 stagiaires;
* Fondé en 2001 à l’initiative d’étudiants Erasmus, cafebabel.com est un média indépendant édité par l’association Babel International.

J’ai rencontré Alexandre et l’équipe rédactionnelle parisienne à la veille de la mise en ligne de la toute dernière version de ce « magazine européen en 6 langues ».

Cafebabel propose une fonctionnalité intéressante. Ils ont appelé cela d’un nom markéto-radiophonique intéressant : le « babelmix ».

L’équipe est partie du constat : « pourquoi lire une traduction quand on peut découvrir un article dans sa version originale ? ». Cafebabel.com propose désormais à tous les utilisateurs inscrits gratuitement sur le site de composer eux-mêmes leur cocktail linguistique pour lire cafebabel.com dans les langues qu’ils parlent.

Vous nous avez entendu parler chiffres pendant l’interview. Quels sont les objectifs du site pour 2008? Dépasser la barre 500 000 visiteurs uniques.

La conversion ratée de Médiapart aux règles de la diffusion virale

Je reviens sur la campagne de Mediapart. Oui, parce que à la réflexion, je me suis demandé ce que celamediapart2.JPG pouvait bien révéler, cette singulière conception de la diffusion virale. Une diffusion exclusivement entre soi ! Un contre sens forcément fatal sur le net. Par essence, en effet, par nature, par définition, un virus ne se diffuse que si il touche potentiellement un maximum de monde, et d’autant plus vite si les contaminés peuvent eux même transmettre le virus à tous ceux qu’ils côtoient. Cela, dans un laps de temps indéterminé : les grandes épidémies, comme les rumeurs, peuvent incuber des mois et parfois des années dans l’indicible des corps, prendre tout leur temps pour germer dans l’ombre des consciences. Cela se passe comme ça sur Internet en tout cas. Et c’est d’ailleurs, comme nous l’avons déjà souligné, un des points sensibles du modèle choisi par Médiapart que de s’isoler et se draper derrière ses éâis remparts, tournant ostensiblement le dos au principal mode de diffusion de l’information sur le net. Attention : nous ne disons pas qu’il n’existe pas de place pour des services payants en ligne Loin de nous également l’idée que le modèle du net soit forcément figé pour l’éternité et qu’il ne pourrait plus connaître de contorsions. Au contraire, nous sommes même convaincus que la nature du net, précisément, est d’être un univers instable où les vérités d’un jour ne sont plus celles du lendemain. Ce qui explique d’ailleurs l’extrême difficulté à le saisir et à y reproduire tel quel les anciens modèles.

mediapart.JPGLa campagne virale de Mediapart me semble donc très étriquée. Seuls les abonnés peuvent utiliser le « matériel » (bannières, bandeaux etc… j’imagine en tout cas) [Olivier Silberstin est allé un peu vite, et s’en explique ici] pour faire connaitre le site et parrainer pour une dizaine de jours seulement des amis à eux ! Pour moi qui ne suis pas parrainé, pas d’accès gratuit au contenu du site pendant dix jours. Pas abonné ? Donc pas le droit de soutenir malgré tout Médiapart. Pas le droit d’afficher sur mon blog un bandeau, pas le droit d’un slogan sur mes courriers électroniques parce que je ne paye pas mon écot chaque mois, ni de mobiliser mes amis et contacts ! Pas l’autorisation de penser, en dépit de mes billets ironiques, que oui en effet, quand même, l’existence de site comme Médiapart est utile pour un exercice vigilant de la démocratie ! Non monsieur ! Pour cela il faut être abonné !

Cela me rappelle vaguement quelque chose. Drôle d’idée quand même. Tout cela me semble aller tout simplement aller à l’encontre de ce qu’il faut faire ici et maintenant sur internet.

Olivier SilberstinCe billet a été publié à l’origine
sur blogoz.fr,
le blog
d’Olivier Zilbertin.

Journalisme citoyen: Pas question d’argent

Skoeps.nl, un site de journalisme-citoyen, a fermé la semaine dernière. Ses actionnaires, deux gros groupes médias néerlandais, l’ont jugé trop peu rentable. Le business plan avait pourtant l’air simple :

  1. Trouver plein de sous,
  2. Faire une publicité massive et
  3. Partager les revenus des pubs et de la revente de contenus.

Tout a fonctionné, sauf qu’il n’y a pas eu assez de revenue à partager. Le cash-flow de Skoep était positif. Ce qui signifie, puisque les investisseurs ont décidé de mettre la clé sous la porte, que la croissance devait être minimale.

Skoeps avait prévu de reverser €500,000 aux contributeurs en 2008. Malgré cette proposition, qui aurait dû leur apporter un avantage considérable par rapport aux autres sites de journalisme citoyen, le site n’a pas été capable de proposer des contenus rivalisant avec les marques nationales.

Parmi les motivations des journalistes, on trouve souvent ‘sauver le monde’, généralement un peu avant ‘voir ma byline partout’. Tout en bas de la liste, on doit trouver ‘pour gagner beaucoup d’argent’. Ca ne serait pas incongru que les producteurs de contenus non-professionnels (le mot précis pour journalistes-citoyens) pensent la même chose.

Il semble que les internautes ne sont prêts à accorder du temps et des efforts à créer du contenu que s’ils ont espoir de voir leur prose largement diffusée. En Pologne par exemple, les sites de journalisme citoyen les plus importants, MM Moje Miasto (ma ville) et Wiadomosci24, appartiennent aux deux plus gros groupes du pays, Mecom et Polskapresse. Ils utilisent largement les synergies entre pro et amateur, entre le média de masse et le média spécialisé. Polskapresse a ainsi fait la pub de son site en pleine page dans les journaux du groupe, tout en promettant aux contributeurs un espace dans l’édition papier.

Même les pure-players semblent suivre cette voie. Malgré ses fonds de $10m, Now Public n’est pas pressé de rémunérer ses contributeurs. Un débat organisé sur le site a été superbement ignoré par la communauté. Seuls 8 membres y ont pris part, sur plusieurs milliers. Leur contrat avec Associated Press semble être leur principale force.

Quand il s’agit de monétisation, la meilleure option reste l’open-pricing. Le don moyen tourne autour de $4. Avec un système de rémunération à la quantité ou au sensationnalisme, les contributeurs sont incités à penser en termes de pages vues. L’open-pricing donne au journaliste la possibilité de se concentrer sur la fidélisation et la satisfaction de ses lecteurs, avec une vision à long-terme.

Les contributions amateurs n’ont de la valeur pour l’éditeur que si elles présentent un avantage sur la masse. Les sites d’opinions citoyennes, style Agoravox, se retrouvent avec un réseau social de news junkies plutôt qu’un réservoir à scoops. Pour dénicher les contributions à plus forte valeur, la BBC invite les internautes les plus proches de l’action à participer aux articles.