Catégorie : Évènement

auteur&co 2017

Jeudi 9 mars – #auteurs2017 de la Scam : nouvelle Présidence, nouvelles ambitions culturelles ?

Une journée de réflexion sur la place et le rôle de la culture. (programme complet sur auteursandco.fr)

Dans un contexte marqué par les questions économiques et sécuritaires, l’élection présidentielle risque encore de passer à côté des enjeux culturels, pourtant essentiels à la cohésion et à l’enrichissement de notre société et à l’éducation des nouvelles générations. À quelques semaines de l’élection présidentielle, Auteurs&Co posera les enjeux des politiques publiques en matière culturelle, interrogera l’avenir des médias publics et décryptera les ambitions numériques de l’Europe.

 


9h – Accueil des participants autour d’un café

9h30 – Ouverture du colloque par
Anne Georget, @annegeorget documentariste et présidente de la Scam
Bernard Stiegler, philosophe et directeur de l’Institut de recherche et d’innovation (IRI)


10h – L’État peut-il encore avoir une ambition culturelle ?

« La culture pour tous » s’imaginait comme une voie d’émancipation, l’avènement des valeurs du siècle des Lumières. Objectif commun à tous les ministres de la Culture qui l’ont poursuivi avec plus ou moins d’ambitions, de moyens et… de succès.
La « culture pour tous », est-ce une utopie? La culture a-t-elle une mission d’éducation civique? Les politiques culturelles et d’éducation doivent-elles travailler de concert ? Quelles missions et quels moyens souhaite-t-on donner à la culture et à son ministère?
Intervenants :
Karine Berger, députée des Hautes-Alpes
Jean-Paul Cluzel, président du conseil d’administration de l’Institut pour le financement du cinéma et des industries créatives (IFCIC)
Laurence Engel, présidente de la Bibliothèque nationale de France (BnF)
Yves Michaud, philosophe
Animateur : Michel Guerrin, journaliste au Monde


11h45 – Rencontre

Benjamin Brillaud, vidéaste et créateur de la chaîne NotaBene
Léo Grasset, vidéaste et créateur de la chaîne DirtyBiology
animée par Laetitia Moreau, auteure, journaliste et documentariste, vice-présidente de la Scam

12h30 – Déjeuner


14h – L’audiovisuel public a-t-il les moyens de ses ambitions ?

En 2009, la publicité a été supprimée sur les antennes de France Télévisions en première partie de soirée. À l’inverse, en 2016, Radio France a été autorisée à en diffuser davantage. Le mode de gouvernance des médias publics a été modifié en 2009, puis en 2013, sans clore le débat. Malgré la révolution numérique, le financement de l’audiovisuel public repose toujours sur le poste de télévision traditionnel. L’audiovisuel public a-t-il un avenir dans un environnement numérique dominé par des acteurs internationaux ? Comment s’assurer qu’il demeurera un acteur de référence de la création audiovisuelle? Comment moderniser son financement et sa gouvernance?

Introduction : Delphine Ernotte Cunci, présidente de France Télévisions
intervenants : Olivier Babeau, professeur à l’université de Bordeaux et représentant du think tank Fondation Concorde
Philippe Chazal, président du Club Galilée et directeur général de la Fabrique des Formats
Anne Georget, documentariste et présidente de la Scam
Marc Schwartz, conseiller maître à la Cour des Comptes et médiateur du livre
Fabienne Servan-Schreiber, productrice de films et PDG de Cinétévé
animateur : Amaury de Rochegonde, rédacteur en chef adjoint à Stratégies et chroniqueur médias à RFI

16h – Pause


16h15 – Grand entretien avec Christiane Taubira

L’ancienne ministre de la Justice, sera interrogée par Antoine Perraud, journaliste.


16h45 – Ambitions européennes : le numérique au service de la culture ou l’inverse ?

L’Europe mise aujourd’hui sur le marché unique du numérique pour atteindre ses objectifs 2020 de croissance, d’emploi et de changement démocratique. La diversité culturelle n’apparaît plus comme une priorité européenne. Le terme « contenu » remplace de plus en plus souvent les mots «oeuvre» ou « création ». Cette évolution reflète également l’enjeu des débats sur le droit d’auteur ou la diffusion des œuvres. La culture doit-elle céder le pas à la technologie? Y a-t-il encore une ambition culturelle européenne? Quels sont les outils pour assurer un partage équitable de la valeur ?
Intervenants : Pervenche Berès, députée européenne (Socialistes et Démocrates), coprésidente de l’intergroupe « Industries culturelles et créatives» du Parlement européen
Anne Durupty, vice-présidente d’Arte GEIE et directrice générale d’Arte France
Constance Le Grip, députée européenne (Parti populaire européen), membre de l’intergroupe « Industries culturelles et créatives » du Parlement européen
Hervé Rony, directeur général de la Scam
Laurent Samama, directeur Média, Entertainment & Industries-EMEA Strategic Relationships de Google
Animatrice : Isabelle Szczepanski, journaliste et directrice générale d’Électron Libre


20h – Projection, en avant-première, de La Parade, un conte post-industriel de Mehdi Ahoudig et Samuel Bollendorff (52’, Les Films du Bilboquet)



Réservation en ligne indispensable : www.scam.fr/9mars.html

Information/contact : marianne.rollet@scam.fr
presse : Astrid Lockhart – 01 56 69 64 05 – astrid.lockhart@scam.fr

Une manifestation Scam en partenariat avec
la Mairie de Paris et le Forum des images
News Tank Culture, NPA conseil, L’Observatoire des médias

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Il faut faire plus pour assurer la sécurité des journalistes ! #ENDImpunity

endimpunity unesco 2 novembreL’Observatoire des Médias relaie la communication de L’Unesco à l’occasion de la Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre des journalistes.

Au cours de la dernière décennie, plus de 800 journalistes ont été tués pour avoir voulu couvrir des évènements et informer le public : en moyenne, c’est une mort par semaine. Dans neuf cas sur dix, les meurtriers restent impunis. L’impunité entraîne un plus grand nombre d’assassinats et représente souvent un facteur d’aggravation de conflit et d’effondrement des systèmes de droit et de justice. L’UNESCO met en garde contre les dommages causés par l’impunité sur des sociétés toutes entières en dissimulant de graves violations des droits de l’homme, la corruption et la criminalité. Les gouvernements, la société civile, les médias et ceux concernés par le respect de l’Etat de droit sont invités à se joindre aux efforts mondiaux pour mettre fin à l’impunité.

Lors de sa 68ème session, en 2013, l’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté la Résolution A/RES/68/163, qui proclame le 2 novembre « Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes ». Cette résolution a exhorté les Etats Membres à mettre en place des mesures précises afin de lutter contre l’actuelle culture d’impunité. La date a été choisie en mémoire de l’assassinat de deux journalistes français au Mali le 2 novembre 2013.

Mise à jour de 9h44 :

Voici ce qu’a publié ce matin François Hollande sur Facebook, qui cite Ghislaine Dupont et Claude Verlon  :

Le 2 novembre 2013, il y a 3 ans, Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient lâchement assassinés près de Kidal, au Mali. Ils voulaient montrer ce pays en cours de réconciliation, donner la parole à ceux qui ne l'ont pas. Ils voulaient simplement faire leur travail de journalistes. Nous n'oublions par leur courage. Nous n'oublions pas leur famille, dont je partage la douleur et à qui j'exprime toute ma solidarité. La vérité doit être faite et c'est le rôle de la justice. Elle mène des investigations dans un contexte difficile et fait tout ce qui est possible pour répondre aux légitimes attentes des familles. En cette Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre les journalistes, souvenons-nous aussi de Gilles Jacquier, Rémi Ochlik, Yves Debay, Olivier Voisin, Camille Lepage. Souvenons-nous de Charlie Hebdo. La liberté de la presse est un de nos biens les plus précieux. Beaucoup de journalistes et photographes s’exposent pour nous livrer images et reportages qui nous permettent de savoir et donc de ne jamais fermer les yeux sur les horreurs et leurs responsables. C'est un combat que les journalistes mènent pour nous chaque jour, et ils méritent notre total soutien.

GEN Summit

GEN Summit 2016 : à Vienne du 15 au 17 juin 2016

Comment les médias vont-ils gérer leurs relations avec Facebook, Apple, Google, Amazon et les autres super-plateformes qui proposent des actualités à leurs utilisateurs? C’est la question centrale qui sera abordée pour cette année 2016 lors de la sixième édition du rendez-vous annuel GEN Summit, qui explorera les « solutions » les plus pertinentes pour les rédactions.

GEN Summit 2016 : les enjeux de la distribution de contenu

Ces plateformes que l’on pourrait qualifier de « over-the-top » proclament qu’elles veulent être les partenaires des éditeurs et partager les revenus, mais qui détiendra les data des lecteurs? La distribution de contenu est en train de devenir un champ de bataille pour les grands médias mais aussi les pure-players, qui pour la première fois, font face au même dilemme.

L’Observatoire des Médias, partenaire de l’événement, sera à Vienne du 15 au 17 juin 2016 pour couvrir l’événement organisé par le Global Editors Network où sont attendus pas moins de 600 rédacteurs en chef et innovateurs médias.

Inscrivez-vous ici.

VIDEO – Sandrine Treiner : « France Culture est une antenne intrinsèquement différente »

L’Observatoire des Médias : Dans ce monde où des médias de service public vont contribuer à la nouvelle chaîne publique d’information, comment fait-on pour garder son identité ?

Sandrine Treiner : J’ai plutôt tendance à penser que c’est de plus en plus facile. Ça dépend ce qu’on appelle une identité ou une singularité. On représente tout sauf une singularité de niche, pour parler entreprise de la culture, on est tout sauf une niche quand vous avez un million quatre cent mille personnes qui passent tous les jours sur votre antenne Si c’est une niche, il y a énormément de chiens dans la niche !
Il ne s’agit pas de cultiver une identité différente, il s’agit d’une antenne qui est intrinsèquement, sans avoir aucun besoin de se forcer sans avoir besoin de se fabriquer une posture, une antenne différente.
Alors pourquoi ? Parce que nous pensons qu’un autre ton radiophonique, un autre temps radiophonique, une autre manière de penser l’actualité, de la mettre en lumière est possible et qu’elle a aujourd’hui non seulement un public mais un public grandissant.
Cela veut dire qu’en tant qu’antenne généraliste, nous sommes aussi une antenne généraliste avec des news à 8 heures etc.

Au fond qu’est-ce qu’on produit ? On produit de l’information. C’est une mission extrêmement importante pour une antenne de service public et puis on produit à mon sens ce qui permet de vraiment comprendre ce que l’on a dit dans les journaux. C’est ça la particularité de France Culture : pour ça il faut un temps spécifique, donc on a du temps, on laisse le temps. Nos émissions généralement font une heure. On pourrait se dire oui « est-ce que ça correspond au rythme de vie d’aujourd’hui ? » : précisément, on se rend compte que grâce au numérique on peut proposer une forme de contre-grille, de contre-programmation.

Comment gérer le mercato au sein même de Radio France ? Quand par exemple Claude Guibal, grande voix pour l’international, va chez Inter ?

D’une part Claude Guibal c’est presque le cas où la question ne se posait pas : d’une part elle n’est que momentanément sur France Inter jusqu’à cet été, mais surtout elle a été très longtemps comme vous le savez correspondante. Elle a été correspondante de Radio France au Caire. Une correspondante de Radio France, c’est une correspondante de Radio France, c’est-à-dire autant sur Culture sur Inter ou sur Info. Quand elle est revenue en France, elle est venue sur France Culture, mais il y a une porosité des rédactions. La question ce n’est pas de savoir si Claude Guibal est sur France Culture ou France Inter, c’est savoir ce qu’elle y fait et comment elle le fait.

Précisément en raison de cette question des temps et des formats, Claude, pour ne citer qu’elle, fait forcément des papiers qui sont différents. L’anglage assez international de France Culture l’amenait effectivement à avoir plus de temps à France Culture, mais à France Inter, elle n’est pas « France Culture à France Inter » : Elle est Claude Guibal qui travaille pour France Inter. Elle travaille un peu différemment. Il faudrait lui poser la question mais c’est probablement de cela qu’il s’agit.

En revanche du côté des émissions, les gens peuvent éventuellement passer d’une antenne à l’autre, mais en revanche l’émission de philosophie de France Culture est plus puissante en réalité que la personne qui la fait. C’est vrai de l’Histoire, c’est vrai de la géopolitique, c’est vrai de tout. Quand bien même les personnes évoluent et tant mieux s’ils en ont envie passent à France Inter ou ailleurs, l’émission, elle, reste à France Culture, donc la singularité reste à France Culture. Cela dit, le petit bémol c’est qu’on peut avoir le sentiment parfois que, y compris évidemment en dehors du service public, France Culture donne aussi des idées à d’autres antennes, et que donc de temps en temps, on se dit « Là ils font du France Culture ». Tant mieux.

Parlez-nous de votre nouveau bébé, à savoir le nouveau site internet de France Culture.

Le bébé, d’abord dans un premier temps on est toujours très content du bébé. Les autres ne vous disent rien d’ailleurs parce qu’ils savent que vous le prendriez très mal. Le nouveau bébé est épatant d’abord parce que c’est un bébé bien fichu, très simple d’utilisation, la condition sine qua non de la chose : Il a un player qui fonctionne, il y a des sons qui arrivent et donc, en l’espace de deux mois il est déjà de +35 % d’écoute des propositions des propositions radiophoniques.

Il nous permet de faire des choses auxquelles je tiens beaucoup, qui est tout le travail d’éditorialisation et de ré-éditorialisation du fonds de France Culture ce que l’ancien ne permettait pas. Du reste l’ancien permettait à peine l’écoute de la radio. Il ne permettait même pas l’écoute de la radio sur les smartphones et les tablettes. Donc oui, je suis très contente.

Maintenant, c’est le tout début de notre nouvelle réflexion : « à quoi va ressembler le récit numérique de France Culture », et pour le moment, nous commençons à travailler, nous n’avons posé que les bases.

Il y a des endroits où on est seuls. On n’est pas seuls par exemple sur l’actualité culturelle, et heureusement pour la culture dans ce pays. En revanche on est sans doute seuls sur la question de du lien entre les savoirs et le monde, entre les savoirs et l’actu. C’est beaucoup de ce côté-là que l’on va développer notre proposition : nous pourrions devenir une sorte de gigantesque webradio des savoirs. Vous vous brancheriez sur France Culture et vous tomberiez toujours, tout le temps, sur une conférence de très haut niveau, une émission de connaissances moderne et qui en même temps vous fait comprendre des choses que vous ne saviez pas avant. Je pense qu’on a un boulevard.

Où en est l’adoption de l’outil web par les équipes de France Culture ?

Concernant les journalistes, en tant que tels, et de manière globale sur l’ensemble de la maison ronde – et cela aura été l’enjeu de l’année 2016 – nous arriverons à un accord multimédia qui permettra de clarifier les missions de chacun. Pour autant, les gens qui font les antennes sont des gens formidables qui n’attendent pas cet accord multimédia pour travailler, même s’ils considèrent – et je le comprends très bien – que c’est très important. Nombreux sont les journalistes qui, maintenant que nous avons le nouveau site qui est beaucoup plus simple d’utilisation pour nous, nombreux sont les journalistes qui postent leurs chroniques, leurs journaux, leurs papiers alors qu’ils ne le faisaient pas avant tout simplement parce que c’était très long et très casse-pieds.

Par ailleurs, environ 80 % des émissions ont une page tout à fait entretenue, se sont développées sur les réseaux sociaux, que nous développons beaucoup. On développe aussi la vidéo : nous allons détacher quelqu’un qui va se mettre à travailler activement là-dessus, étant posé que notre réflexion est de se dire que contrairement à France Inter ou France Info, nous n’allons pas directement filmer nos émissions parce qu’on a moins besoin de reprises, d’exposition, et on a moins de modules courts à exposer.

En revanche nous allons accompagner en vidéo et en photographie nos productions documentaires, nos fictions : nous avons déjà commencé à créer des petits modules de vidéos qui ne sont pas du filmage, mais qui sont vraiment de la création de vidéo ou photographique.On commence à travailler sur tous ces enjeux.

France Culture est partenaire du Forum d’Avignon. Pourquoi ce partenariat ?

Le Forum d’Avignon a fort aimablement proposé que France Culture soit le partenaire privilégié de l’événement. La première évidence est que je veux que dans France Culture soit puissamment présente là où il est question de culture. Je pense que non seulement nous sommes un relais de la culture et des savoirs, mais nous avons aussi un discours sur la nécessité de la culture et des savoirs. C’est une chaîne qui met en œuvre et qui remet en œuvre tous les jours 24 heures sur 24 une forme d’engagement qui est un engagement de service public, citoyen et de passion. France Culture est aujourd’hui une grande antenne, qui rayonne fortement, très suivie, qui reste – voire qui est de plus en plus à certains égards – une antenne extrêmement singulière où l’on s’engage.

«La Nuit des Débats» : Vivre-ensemble à l’heure du numérique, samedi 2 Avril 2016 19h45

Table ronde organisée par Café de Jour«La Nuit des Débats» avec Valérie Jeanne-Perrier, Asma Azizi, Sylvain Lapoix, Gilles Bruno.

La table ronde « vivre ensemble avec le numérique » réunit des chercheurs et des journalistes ayant pris part à des actions, des travaux ou des enquêtes portant sur les usages des techniques de communication telles que les réseaux sociaux ou les blogs dans des situations sociales d’échanges entre individus, comme par exemple des personnes assistant à un événement grave ou encore très éloignés les uns des autres.

Comment dans ces situations difficiles, complexes, les technologies de l’information (réseaux, sites, blogs, applications de messageries) sont-elles mobilisées par les individus ou les collectifs pour maintenir ou recréer des liens affectifs, amicaux, d’entre-aide ou de mobilisation ?

En quoi permettent-elles éventuellement de prolonger, de construire de nouvelles relations pour créer ou recréer des collectifs et de continuer de tisser les liens sociaux ? Après une courte introduction au thème, Asma Azizi, Sylvain Lapoix et Gilles Bruno répondront à ces questions ouvrant des perspectives renouvelées autour de la place du numérique dans la vie quotidienne et la construction de liens sociaux.

Valérie Jeanne-Perrier est enseignante et chercheure au Celsa, école de journalisme et de communication de l’université de la Sorbonne. Ses cours et recherches portent sur les mutations des pratiques liées à l’usage des nouvelles technologies : photographie, journalisme, politique, mode… Rares sont les secteurs qui ne sont pas touchés par des déplacements de la fabrication des liens sociaux, désormais également tissés d’interactions entre les individus, portées par l’appropriation des technologies de la communication.
Asma Azizi est docteure en sciences de l’information et de la communication, elle a soutenu une thèse portant sur l’usage des blogs dans les diasporas marocaines. Elle a ainsi pu retrouver, antérieurs à ces blogs, des journaux papiers qui ont largement préfiguré les outils numériques, dans les modes de discours et de liens maintenus de solidarité maintenus grâce à des médias, numériques ou non.

Sylvain Lapoix est journaliste indépendant et coauteur du programme ‪#‎Datagueule‬. Collaborateur de médias web depuis 10 ans, il a initié lors des attentats du 13 novembre le hashtag Twitter ‪#‎PorteOuverte‬.

Gilles Bruno est l’animateur du site d’information « l’observatoire des médias » ; depuis quelques années, il analyse, sur ce support, les mutations des pratiques du numériques, dans les milieux du journalisme et des médias. Cet observatoire lui permet de rendre compte des transformations à l’oeuvre dans les formes du lien entre publics, médias et journalistes.

 

LIVE : 6e Conférence Nationale des Métiers du Journalisme #CNMJ

La 6e Conférence Nationale des Métiers du Journalisme se déroulera donc les 1er et 2 octobre 2015 au Conservatoire national supérieur de musique et de danse.
Voir le plan d’accès

C’est gratuit. Mais il faut vous inscrire ici.

Cette année encore, l’Observatoire des Médias vous présente le programme et vous fera vivre via Twitter l’événement.

Il n’est pas excessif de parler de rupture pour caractériser la période assez inédite que connaissent les médias. Cette rupture est éditoriale, organisationnelle, culturelle et sociale. C’est dire que se dessinent sous nos yeux de nouvelles frontières, qu’il s’agisse des métiers ou des entreprises de médias.

La 6ème CNMJ se déroulera sur une journée et demie. Elle est consacrée à cette question des nouvelles frontières. Celles-ci peuvent prendre la forme d’entreprises atypiques au regard de ce qu’étaient jusqu’ici les médias d’information. Ces nouvelles frontières sont surtout celles qu’expérimentent les journalistes, bien souvent en coproduction avec de nouveaux partenaires, développeurs informatique, graphistes, designers, statisticiens, spécialistes du jeu, mais aussi émanation du public (experts, contributeurs divers, témoins, etc.).

 

 

Jeudi 1er Octobre

9h30 : Accueil

10h : Ouverture des travaux

Jean-Marie Charon (Président de la CNMJ) : Nouvelles frontières / nouvel écosystème.

Denis Ruellan (Celsa) : La question des frontières dans l’histoire du journalisme.

11h-13h : Nouveaux médias d’information

Animateur : Pierre Savary (ESJ Lille)
Avec :
David Lacombled (Orange), Arnaud Le Gal (Les Echos), Stéphane Saulnier (Ask Média), Benoît Sillard (CCM Benchmark), Duco Van Lanschot (Blendle)

14h-17h : Coproduction Journalistes et …

Chloé Salles (EJDG), Laurie Schmitt (Université Grenoble-Alpes, Gresec) : la coproduction de l’information

Animatrice : Nicole Gauthier (CUEJ)
Discutant : Jean-Christophe Boulanger (SPIIL)

Table ronde avec :

Karen Bastien (Wedodata),  Guillaume Giraudet (Fifty Agency), Florent Maurin (The Pixel Hunt), Grégoire Sierra (Racontr)

 

Vendredi 2 octobre

Animateur : Pascal Guénée (IPJ)
Discutant : George Sanerot (Bayard)

9h30-10h30 : Journalisme participatif

Jon Henley (Guardian) : La place du public dans la stratégie du Guardian
Valérie Jeanne-Perrier (Celsa) : Journalistes sur les réseaux sociaux

10h30-12h30 : Coopération entre les journalistes et leurs publics

Avec : Paul Ackermann (HuffingtonPost), Silvia Costeloe (BBC), Laura Placide (Citizenside), Cécile Prieur (Le Monde)Bastien Hugues (Francetvinfo)

Conclusion : Dominique Meda  (Université Paris Dauphine)

13h : fin des travaux

Dominique Meda

le live du vencredi 2 octobre :

Live Blog J2 LIVE : 6e Conférence Nationale des Métiers du Journalisme #CNMJ
 

le live du jeudi 1er octobre :

Live Blog 6e 6e Conférence Nationale des Métiers du Journalisme
 

Débat « Où va la presse? » : compte-rendu.

À l’heure du numérique, le futur des entreprises médiatiques peut avoir quelque chose d’angoissant. Mais “où va la presse ?”, se demande Politis. L’hebdomadaire s’est posé la question dans un hors série disponible dans les kiosques. Le vendredi 10 juillet, le média a invité des acteurs et observateurs de la presse à prolonger le débat à la Gaité Lyrique, à Paris. Des intervenants fins connaisseurs du sujet :

Julia Cagé, économiste, enseignante à Sciences Po Paris et auteure de « Sauver les médias Capitalisme, financement participatif et démocratie »

Denis Sieffert, directeur de Politis

Cyril Petit, journaliste, rédacteur en chef des éditions au JDD, auteur de « La presse sur tablette »

Nicolas Cori, journaliste, Les Jours

Arnaud Mercier, professeur en communication, responsable de l’Observatoire du webjournalisme

Tout est à réinventer : les structures juridiques, les modèles économiques, les formats et l’activité journalistique. Le numérique bouleverse profondément les manières d’exercer le métier. Sur le Web, les informations s’entrechoquent et se succèdent à toute vitesse. La course au buzz séduit même certaines rédactions selon les intervenants présents lors du débat. “Les contenus sont de plus en plus accessibles avec le numérique. En tant que journalistes, notre rôle est de faire une sélection des contenus pour les lecteurs. Il faut traiter mieux et différemment les informations”, estime Cyril Petit, rédacteur en chef des éditions au JDD.

Une singularité qui semble nécessaire pour se démarquer et capter l’attention des internautes. Cela est aussi valable pour Politis. Denis Sieffert, directeur de l’hebdomadaire, n’a eu de cesse de répéter que son média n’a pas vocation à s’inscrire dans une logique de flux, c’est-à-dire d’information en continu. “On souhaite apporter plus et mieux pour être identifiables dans la masse des médias numériques”, précise-t-il.

Le web et “l’émiettement de l’information”

Arnaud Mercier, responsable de l’Observatoire du webjournalisme, explique que le Web a multiplié les canaux de diffusion de l’information : “On observe une démocratisation de la parole publique. Il y a aussi un vrai changement dans la relation entre les internautes et les médias. Par exemple, les réseaux sociaux favorisent un émiettement de l’information. Les internautes se retrouvent ‘par hasard’ sur tel ou tel site d’actualité. Ils finissent par ne même plus savoir quel site ils consultent. Pour appuyer son constat, le professeur en communication rappelle que les internautes se désintéressent des pages d’accueil des sites web. Pour lui, “les médias sont paresseux et ne réfléchissent pas assez aux moyens de donner envie aux lecteurs d’aller voir la ‘home’” et donc les autres contenus journalistiques produits par le média en question.

Le renouveau de l’offre éditoriale

Tout l’enjeu est d’attirer et de fidéliser une audience volatile selon les participants au débat. Plusieurs projets et entreprises médiatiques voient le jour pour répondre à ce défi. Justement, parmi elles, on retrouve Les Jours. Le média prépare son lancement. Nicolas Cori, cofondateur du pure-player, souhaite se démarquer du flux pour traiter dans la longueur certains sujets. On veut agripper des sujets qui nous semblent importants, qu’on appelle des ‘obsessions’. Je suis persuadé qu’on peut lire des articles longs sur les supports numériques, indique cet ancien journaliste à Libération.

Car l’offre éditoriale sur le Web ne se cantonne pas qu’aux dépêches, loin de là. Celle-ci tend à se diversifier et à se spécialiser. “En ligne, il y a de la place pour les médias qui sont dans une logique de spécialisation. Il existe aussi la possibilité de lire des articles longs sur le Web. Les lecteurs du média brésilien O Globo passent en moyenne 1H15 sur la version tablette. Ce n’est pas un combat perdu d’avance”, rassure Arnaud Mercier. Pour aider le lecteur à mieux maîtriser sa consommation d’articles, le chercheur propose qu’une estimation du temps de lecture soit affichée au début des articles.

S’adapter aux usages

L’idée avancée par Arnaud Mercier fait directement écho à la nécessité de s’adapter aux habitudes des lecteurs et notamment au temps qu’ils ont pour lire des contenus journalistiques. C’est ce qu’a rappelé Cyril Petit, à l’aide d’un diaporama avec des “petits chats qui bougent”. Les supports numériques ont chacun leur temps dans la journée. “Les usages du matin sont sur smartphone. Avec La Matinale, Le Monde est devenu un journal du matin pour la première fois de son histoire et s’est adapté aux habitudes des lecteurs. De son côté, la tablette est la reine de la nuit. On l’utilise surtout quand on est au lit”, explique Cyril Petit.

La-Presse+-iPad

Le journaliste prend ainsi l’exemple de La Presse+, “l’expérience que tous les éditeurs français regardent”. Le média québécois a fait le choix radical de tout miser sur le numérique en proposant une édition pensée pour la tablette. Une transformation en profondeur permise par un budget de 32 millions de dollars (lire à ce sujet le billet de Jean-Sébastien BARBEAU) S’adapter aux usages mais aussi aux supports. C’est ce qu’à fait Bild avec son journal vertical, une application pensée pour les smartphones.

Et l’indépendance dans tout ça ?

La question des ressources économiques était aussi un point central du débat. C’est le nerf de la guerre pour les médias qui assurent leur transition numérique ou ceux qui se lancent avec des projets novateurs. L’économiste Julia Cagé était présente pour évoquer ce point et défendre son idée d’une “société de média à but non lucratif”. Pour faire face à la baisse des revenus publicitaires, les médias doivent trouver de nouvelles sources de revenus. Tout en garantissant leur indépendance éditoriale. L’enseignante s’inquiète notamment de l’arrivée de milliardaires à la tête d’entreprises médiatiques qui n’investissent pas autant que nécessaire. Elle souhaite contenir leur influence “en limitant leur droit de vote”.

De son côté, le modèle des Jours se base sur trois piliers, indique Nicola Cori : les fondateurs qui détiennent plus de 50% du capital, le crowdfunding et “on va aussi aller voir les gens qui ont beaucoup d’argent mais sans qu’ils aient le contrôle”. Un nouveau média bientôt en ligne… comme tant d’autres. On peut citer Le Quatre Heures (qui vient de remporter le concours des Têtes Chercheuses ce jeudi), Ijsberg, Mars actu, les Rue89 locaux, etc. On peut être inquiet pour la presse mais on fait face aussi à un chaos créatif. Le coût d’accès à la création de nouveaux médias est faible, indique Arnaud Mercier, en guise de conclusion. Comme quoi, il y a de quoi être optimiste.

 

Florian DELAFOI
@FlorianDel
Blog

Programme Auteurs & Co 2015 : Marché unique… culture unique? #Auteur2015

Une fois de plus, L’Observatoire des Médias est partenaire de l’événement organisé par la Scam. C’est le 12 mars prochain, au Forum des Images.

Le formulaire d’inscription.

Voici le programme détaillé :

La culture est la colonne vertébrale de l’Humanité. La culture européenne est un patrimoine riche de valeurs communes. Depuis l’après-guerre, l’Europe se construit sur ce socle ; les institutions européennes sont aujourd’hui héritières de cette histoire millénaire qui a façonné ses peuples. Quelles valeurs porte l’Europe au lendemain de ses élections et de la mise en place de sa nouvelle Commission ? Quelle place pour la culture et ses industries ? Quelle politique pour la révolution numérique ? Quel avenir pour le droit d’auteur?…

9h > Accueil par Julie Bertuccelli, présidente de la Scam et Laurence Herszberg, directrice générale du Forum des images.

Ouverture par Patrick Klugman, adjoint à la Maire de Paris, chargé des relations internationales et de la francophonie.

9h30 > Introduction par Jean-Noël Jeanneney, historien.

10h > La mosaïque européenne est-elle soluble dans le marché unique ?

On ne construit pas une Europe de l’audiovisuel, du disque ou du livre comme on construit une Europe de l’aviation ou de l’énergie.

Force est de constater que les oeuvres nationales ont du mal à franchir les frontières à l’intérieur de l’Union et qu’aucune culture nationale n’est plus populaire que celle de l’oncle Sam. Comment créer ensemble ? En quoi la diversité culturelle est-elle une richesse ? Quels rôles pour les politiques publiques notamment à travers les télévisions et radios publiques ? Quelles synergies pour les festivals ? Quelle politique pour les quotas ? Comment la culture peut-elle être le nouveau ressort de la construction européenne?

Table ronde animée par Brice Couturier, producteur (France Culture) et journaliste (Les Échos), avec :

Francis Balle, professeur de sciences politiques à l’université Paris II Panthéon-Assas, directeur de la Revue européenne des médias, ancien membre du CSA

Barbara Gessler, chef d’unité Europe Créative – sous-programme Culture

Sergio Ghizzardi, auteur documentariste

Martin de Haan, traducteur littéraire, vice-président du Conseil européen des associations de traducteurs littéraires

Guillaume Klossa, directeur de l’UER (Union européenne de radiotélévision)

Adriek van Nieuwenhuijzen, directrice du marché de l’Idfa (festival international du film documentaire d’Amsterdam).

12h > L’Europe vue par… Julia Kristeva, écrivain, psychanalyste.

Entretien mené par Antoine Perraud, journaliste (Médiapart, France Culture).

14h > L’harmonisation du droit d’auteur : une nécessité ou un prétexte ?

Le droit d’auteur est indissociable du développement culturel. Depuis plus de deux siècles, le droit d’auteur a fait ses preuves en Europe. La révolution numérique, aussi importante que l’invention de l’écriture puis de l’imprimerie, est prétexte à bien des remises en cause. Comme la durée de protection étendue à soixante-dix ans après la mort de l’auteur, l’harmonisation européenne continuera-t-elle à se faire par le haut ? Le droit d’auteur est-il menacé par le commerce électronique ? La Commission souhaite-t-elle que les Européens lisent les mêmes livres, voient les mêmes films ?

Introduction par Patrick Bloche, président de la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale.

Table ronde animée par Isabelle Szczepanski, journaliste (Electron Libre), avec :

Dante Desarthe, cinéaste, co-président de l’ARP (auteur-réalisateurproducteur)

Janine Lorente, présidente SAA (Société des auteurs de l’audiovisuel)

Maria Martin-Prat, chef unité du droit d’auteur – Direction juridique des réseaux de communication, du contenu et des technologies de la Commission européenne

Arnaud Nourry, PDG de Hachette Livre

Pierre-François Racine, président du CSPLA (Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique)

Clôture par Jean Michel Jarre, auteur, compositeur, président de la Cisac (Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs).

16h15 > Culture : quel partage de la valeur ?

Le grand chantier auquel l’Europe ne peut plus échapper est incontestablement celui de l’harmonisation fiscale notamment. L’optimisation fiscale des champions américains du secteur fait régulièrement la Une des médias. L’Europe si encline à la transparence et à l’égalité de traitement ne peut continuer à rester indifférente à de telles distorsions de concurrence entre les entreprises américaines et européennes. N’est-il pas temps que tous les acteurs, publics et privés, construisent ensemble un écosystème respectueux des intérêts de tous, créateurs, diffuseurs, opérateurs du net, etc. et propice à un partage de revenus équitable ?

Introduction par Catherine Morin-Desailly, présidente de la Commission de la culture, de l’éducation et de la communication du Sénat, auteure du rapport L’UE: colonie du monde numérique?

Table ronde animée par Jean Quatremer, correspondant de Libération auprès de l’Union européenne, avec :

Gilles Babinet, responsable des enjeux économie numérique auprès de la Commission européenne, cofondateur et gérant de CaptainDash

David Lacombled, directeur délégué à la stratégie des contenus d’Orange

Éric Robert, conseiller fiscal auprès de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques)

Virginie Rozière, députée européenne

Benoît Thieulin, directeur de l’agence La Netscouade, président du Conseil national du numérique.

17h45 >  Conclusion des tables rondes par Hervé Rony, directeur général de la Scam

18h >  Clôture par Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication

 

20h > Projection en avant-première de La France est notre patrie

un film documentaire de Rithy Panh

2014 – 75′ – Catherine Dussart Productions avec Centre Bophana et ECPAD
Information/contact à 12mars@scam.fr

Une manifestation Scam en partenariat avec

la SAA, l’ARP, la SGDL, le SNE, le SATEV, le SPI, l’USPA

Forum des images, Mairie de Paris

EurActiv, L’Observatoire des médias, News Tank Culture, WGR.

Médias, femmes et stéréotypes : la France a un (bon) train de retard

Avec pour thème la responsabilité des journalistes, la 8ème édition des Assises du journalisme interrogeait ce samedi 18 octobre la place des femmes dans les médias. Constat : il y a encore du boulot pour prétendre à la parité et dépasser les stéréotypes affiliés au genre !

« La France est en retard. » Le constat de Thierry Thuillier, directeur des programmes de France 2, seul homme du débat sur la place des femmes dans les médias à l’initiative du collectif des femmes journalistes « Prenons la Une » dans le cadre de la 8ème édition des Assises du journalisme à Metz, samedi 18 octobre, sonne comme un aveu. Mais on peut aussi y voir une prise de conscience révélatrice de la petite révolution en cours dans les salles des rédactions et au sein des médias français plus généralement. Un marqueur des évolutions en cours.

Vers les 51% ?

Avec un taux moyen de représentation qui gravite autour de 20% à la télévision et à la radio, la France se situe dans la morne moyenne européenne en ce qui concerne la place faite aux femmes sur les plateaux ou dans les sujets réalisés (chiffres présentés par Dominique Fackler, responsable des données INA’Stat). « Soit deux femmes intervenantes pour huit hommes » rappelle, à juste titre, Ségolène Hanotaux, journaliste-réalisatrice co-porte-parole de « Prenons la Une ».

France 3 pointe par exemple à un taux de 23%, contrairement à M6, bonne dernière des principales chaines françaises en matière de féminisation. Pour la radio, France Inter domine ses concurrentes, dont RTL où la représentativité des femmes a reculé, détaille Dominique Fackler, et les matinales sont toutes occupées par des hommes – ce qui leur vaut d’être qualifiées de « matimâles » par Marlène Coulomb-Gully, chercheuse en sciences de l’information et de la communication à l’université Toulouse-II. Et ne parlons pas de la presse écrite… Dernier chiffre qui lui n’a pas bougé : sur les chaines d’info, seulement 18% des invités en 2013 et 2014 sont des femmes. Souvent les mêmes : Marine Le Pen, Nathalie Kosciusko-Morizet, Najat Vallaud-Belkacem, Marisol Touraine ou encore Anne Hidalgo, etc.

Pourtant, malgré les lenteurs, le plafond de verre et les encore trop nombreuses résistances, la féminisation de la profession de journaliste est bien en cours. « Des progrès » ont été réalisés à la télévision, en particulier à France Télévision « qui part de très loin » souligne Thierry Thuillier, et la marche vers les 51 % de femmes dans les médias est belle et bien lancée – le clin d’œil dans le nom de l’émission The 51% Project sur France 24, animée par la journaliste australienne Annette Young n’est d’ailleurs pas anodin. En 2013, 46% des détenteurs de la carte de presse ont été des détentrices (16959 pour un total de 36823 cartes de presse attribuées), alors qu’elles étaient un peu plus de 15000 en 2003, soit 41,6 % des effectifs. Des évolutions qu’on ne doit pas prendre à la légère.

Une responsabilité des médias à rompre avec les stéréotypes

Pour autant, la question de la place des femmes dans les médias ne peut pas se résumer à l’énumération de statistiques sur la féminisation de la profession, des plateaux TV ou des sujets. Au-delà, c’est bien la représentation médiatique des femmes même qu’il faut poser. Les chantiers, bien qu’ouverts, sont immenses : un combat permanent contre les stéréotypes, les clichés et l’assignation genrée des rôles sociaux.

Pour Marlène Coulomb-Gully, auteure de Présidente: le grand défi (2012) ou de Médias: la fabrique du genre (Sciences de la société, n°82, 2012), « il existe une dissymétrie permanente dans le traitement des hommes et des femmes politiques ». A l’inverse de leurs homologues masculins, selon la professeure, les femmes politiques sont forcément – et toujours – questionnées sur leur apparence physique: la robe à fleurs de Cécile Duflot, le changement de coiffure de NKM, etc. « On interroge toujours les femmes en tant qu’épouses et en tant que mères » poursuit-elle. De même, si une femme politique a du caractère, elle est « incontrôlable », si elle est ferme dans ses décisions, elle est « austère » ou « autoritaire ». Bref, la femme est typifiée, renvoyée à des stéréotypes dont on ne peut la défaire.

Et Marlène Coulomb-Gully d’asséner: « Les médias sont une force structurante dans la représentation des hommes et des femmes : il y a donc une responsabilité des médias à rompre avec les stéréotypes ». Une responsabilité que Ruth Elkrief, journaliste, présentatrice de la tranche 19-20h de BFM TV et signataire du manifeste du collectif « Prenons la Une » élargit à l’ensemble de la société. « Les femmes politiques n’osent pas venir parler à la télévision quand elles n’ont rien à dire – contrairement aux hommes politiques », explique l’ancienne journaliste de TF1 et de LCI, qui pose la question de l’éducation des filles. « La question est celle de la stratégie de pouvoir des femmes dès qu’elles commencent à travailler, analyse Ruth Elkrief. Il faut élever les filles d’aujourd’hui dans l’idée qu’elles sont légitimes à exercer le pouvoir : la clé est dans la détermination des femmes à se voir dans des rôles de pouvoir ».

Quotas, discrimination positive ou négociations salariales: des remèdes en débat

Alors quelles solutions pour faire changer les mentalités et contrer l’inertie sociale? Au sujet de la discrimination positive, les avis des intervenants sont tranchés et révèlent les blocages à l’œuvre dans les médias. « Je ne fais pas de discrimination positive, même si je suis très engagée pour l’égalité homme-femme » confie d’abord Ruth Elkrief qui parie plutôt sur des formes d’empowerment, de prise de pouvoir des femmes par elles-mêmes.

A France Télévision, Thierry Thuilier, réticent à l’idée de se voir imposer d’hypothétiques quotas par le législateur, se réjouit des nominations récentes des ses consœurs Agnès Vahramian, directrice adjointe de la rédaction de France 2, ainsi qu’Agnès Molinier, directrice adjointe de la rédaction de France 3 depuis avril 2014. « Ça n’a pas été simple de nommer des femmes à des postes de responsabilité. Il a fallu plus de persuasion qu’avec les hommes » déplore tout de même le directeur des programmes. Quid d’une femme présidente de France TV au printemps prochain? taquine alors Ségolène Hanoteaux en pointant du doigt le plafond de verre qui empêche les femmes d’accéder aux véritables postes de décision. La question est, semble-t-il, posée.

Pourtant, à l’étranger, des solutions existent – et elles semblent avoir séduit Thierry Thuilier. Au Royaume-Uni, la BBC a lancé depuis 2004 sa BBC Academy, une formation qui propose, entre autres, du media training pour former des journalistes et des expertes à la prise de parole dans les médias afin d’atteindre un idéal de parité. Si les déterminismes sont tenaces (récemment sur 17 candidatures pour quatre postes de direction au sein de la BBC, une seule était portée par une femme), explique Donna Taberer, directrice de l’école, 364 femmes ont été formées depuis les débuts de la BBC Academy et 74 s’expriment aujourd’hui dans les médias audiovisuels britanniques. « Je ne crois pas aux quotas. Il faut changer la tête des gens » nuance-t-elle.

Pour Marlène Coulomb-Gully, un cadre législatif un peu plus contraignant incite tout de même à améliorer les pratiques managériales et professionnelles. « Personne ne remettrait en cause la loi sur la parité aujourd’hui ! » s’exclame-t-elle. D’autant que d’autres combats sont à mener, pour paraphraser Ruth Elkrief interrogée sur les inégalités salariales. Un chiffre : dans les rédactions, l’écart moyen de salaire entre rédacteurs en chef hommes et femmes serait, en 2014, de l’ordre de 550€ (229 € pour les reporters). Une inégalité renforcée par la précarisation des contrats: désormais, CDD et contrats de pige remplacent peu à peu les CDI pour les femmes journalistes. « N’attendez pas d’être reconnues, battez vous pour vos salaires ! s’insurge Marlene Coulomb-Gully. Il faut négocier vos salaires ! » Et l’universitaire de conclure : « rien n’est jamais acquis, il faut rester vigilant ».

 

billet publié sur Le blog de Florian Bardou

@florianbardou