Newspass: Google pourrait bien réussir à nous faire payer l’info, et pas Murdoch

Matthew Buckland est le fondateur du site Memeburn.com, où cet article a été publié.

Traduction Gilles Bruno.

Google a discrètement testé un système de paiement pour les éditeurs appelé « Newspass ». Selon le quotidien italien La Repubblica, Google aurait fait tester son service à différents éditeurs en Italie. [Lire ici aussi sur l’Observatoire des Médias]

Le géant du search lancerait un « système intégré de paiement » qui permettrait aux utilisateurs d’acheter des articles avec juste « un clic ». Newspass permettrait ainsi aux éditeurs d’utiliser une seule et même plateforme pour le web, le mobile, et les tablettes, afin de monétiser leurs contenus.

Fait essentiel, La Repubblica rapporte le fait que les utilisateurs auraient un seul identifiant pour une multitude de sites qui pourraient être suffisamment flexibles pour héberger différents types de paiement, incluant les abonnements de longue durée, et les micropaiements à l’acte. Un seul clic, donc pour avoir accès à l’information, pas très loin de ce qu’est déjà Google Checkout.

Les accès payants pour les sites d’information sont controversés depuis plusieurs années. Et on a souvent raison de douter de leur bon fonctionnement. Une poignée de publications à travers le monde, la plupart dans le domaine de la finance ont plus ou moins réussi le pari du payant, mais pour tous les autres, cela n’a pas été couronné de succès.

La nouvelle tentative de Google a comme un goût de déjà vu. Au début des années 2000, beaucoup d’éditeurs ont tenté de rendre leurs contenus payants sur la toile, mais ils ont été forcés de faire machine arrière face à ce qui deviendra l’ère du « web2.0 ». Ce fut un raz-de-marée de contenus générés par les utilisateurs et de billets de blogs qui envahit le net, une source de trafic pour les éditeurs. Google News, un agrégateur d’actualités, et une grosse source de trafic référent fut lancé en 2001. Ainsi, les éditeurs ne voulaient pas rater des lecteurs dirigés vers eux à cause de leurs systèmes payants.

Maintenant, contraints par un ralentissement de la publicité, une crise financière et une incapacité à retirer un revenu suffisant de la publicité en ligne, le débat du payant a refait surface avec vigueur — avec une bonne part du bruit venant du camp de Rupert Murdoch.

Ce qui est différent avec Newspass

La nouvelle initiative de Google diffère largement des tentatives de systèmes payants mis en place au début de la décennie. L’initiative Newspass ne suit pas une politique de « silo » qui force chaque publication en ligne à créer sa propre zone payante et son propre système de paiement. Cela a, et on pourrait le démontrer, conduit au fiasco un bon nombre de ces systèmes, car c’était une barrière pour entrer, compliquant la vie des utilisateurs qui voulaient juste lire un article.

L’initiative de Google fait bénéficier d’une solution complète qui s’articule autour de multiples sites — et une proposition plus simple qu’une myriade de paywalls. C’est aussi une façon plus précise de suivre les nouvelles habitudes de consommation de l’information. Ils n’aiment pas être limités à quelques publications — ça c’était l’ère de l’imprimé. Un Newspass qui permettrait d’accéder à plusieurs sites représenterait un atout certain pour l’utilisateur.

Prenez l’analogie de la télévision par satellite. Vous payez une fois et vous avez un bouquet d’une centaine de chaînes. La transaction est facile. Vous savez que vous en avez pour votre argent aussi parce qu’il y a une économie d’échelle en jeu. Maintenant imaginez un autre scénario: Que se passerait-il si vous deviez payer pour chacune des chaînes que vous voulez regarder, et devoir ainsi encore dépenser temps, argent et effort pour cela? Insensé.

Le succès de Newspass dépendra de l’adoption massive du système par les éditeurs. S’ils prennent une décision commune sous les auspices d’associations comme la WAN-IFRA pour les accompagner, alors cela pourrait fonctionner.

Mais si elles sont vues avec suspicion parce qu’elles mettent en jeu des acteurs comme Google, ou parce que les éditeurs continuent à vouloir installer leurs propres systèmes de façon individuelle — alors, une nouvelle fois, les zones payantes seront un échec.

Un collègue décrit un jour Google comme le « crack cocaïne » de l’info en ligne. Plusieurs publications traditionnelles en ligne ont une relation amour/haine avec le moteur de recherche. D’un côté Google leur procure une masse de visiteurs, mais d’un autre côté il agrège un contenu pour lequel il ne paye pas. Puis il y a l’épineux problème de la publicité. Google détient le meilleur modèle — un modèle qui supprime l’intermédiaire entre les éditeurs et les annonceurs. Clairement, les acteurs de l’info en ligne ne savent pas quoi faire.

Je suis sceptique vis à vis des « paywalls », mais je ressens que les éditeurs en ligne qui veulent générer plus de revenus ont du mal à augmenter la qualité de leurs contenus.

Ce système, un acteur tiers, neutre, offre la meilleure chance pour que le payant fonctionne. Google est probablement le seul acteur de l’Internet capable de mettre en œuvre une initiative d’une telle ampleur. Bien entendu, les éditeurs pourraient s’associer et proposer leur propre solution, mais seront-ils capable un jour de se mettre d’accord ? Un système payant pour la presse en ligne a besoin d’un acteur tiers et dépassionné comme Google.

Il faudrait qu’il y ait une large adoption de Newspass par les titres historiques, car cela sera un gage de qualité pour l’utilisateur. Et au fur et à mesure que d’autres publications joindront la boucle, les autres options vont se raréfier, et il deviendra évident de prendre un Newspass.

Il n’y a pas de pénurie de contenu et de divertissement sur le web. Ce qui est souvent difficile à trouver, c’est du contenu de qualité. Si l’initiative de système payant de Google contribue à augmenter cette qualité, c’est bon pour le métier.

Mais n’oublions pas que ce sont les éditeurs qui feront que Newspass fonctionne ou pas.

Lire aussi, en anglais, Google’s Newspass, another salvo in the battle for paid-for content domination (TheDailyMaverick)

Matthew Buckland

@matthewbuckland

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sur le même sujet, lire le billet de David Mitchell de l’Observer sur le site du Guardian  : Rupert Murdoch may be evil, but that doesn’t mean his paywall is