Catégorie : Réflexion

Grandes manœuvres chez Bolloré, Berlusconi, Agnelli… Pourquoi ?

Tout a commencé avec la musique : Napster, vous vous souvenez ? Or c’est déjà de l’histoire … ancienne ! Et puis le cinéma, la télévision, la téléphonie, la presse, etc., de la production à la distribution, tous les modèles économiques traditionnels – grâce auxquels les acteurs majeurs des différents secteurs (souvent les mêmes, du reste) ont dégagé des marges faramineuses pendant des décennies – volent en éclat, balayés par des « disrupteurs » : Google, Apple, Facebook, Amazon, ces GAFA des temps modernes, auxquels il faut ajouter quelques « licornes » comme Uber, AirBnb ou, last but not least, Netflix, dont les valorisations explosent et dépassent rapidement celles des grandes entreprises traditionnelles.

Vala Afshar, nouveau gourou du numérique de Salesforce, répète souvent que Uber, AirBnb ou Netflix n’opèrent ni dans les transports, le logement ou les loisirs, mais dans le big data – ou l’économie de la demande -, et qu’aujourd’hui les entreprises qui ne sont pas numériques sont destinées à péricliter.

Naturellement, les médias étant au cœur de ce chamboulement, nous assistons en direct à des repositionnements à tout-va. Avec un parallèle évident en termes de pertes d’abonnés aussi bien à la télé que dans les journaux, notamment chez les plus jeunes générations (les « millenials », nés entre les années 80 et 2000) :

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Sources : WSJ, AAM

Et une autre constante : la dimension nationale n’est plus suffisante pour faire le poids face à une concurrence planétaire sur Internet, d’où la nécessité de sortir des frontières pour nouer des partenariats transnationaux, notamment dans la presse, qui a besoin d’évoluer en passant de la publication papier à l’édition numérique.

Des baisses marquées dont les conséquences vont bien au-delà du volet économique, puisque depuis toujours télé et journaux sont les principaux vecteurs de l’information auprès des opinions publiques, avec toutes les répercussions possibles que je laisse aux lectrices et lecteurs le soin d’imaginer…

Voilà les raisons pour lesquelles nous assistons à de grandes manœuvres depuis déjà des mois, notamment avec l’accélération de Pearson ces dernières semaines, qui a d’abord vendu le Financial Times Group au japonais Nikkei, avant de se désengager de The Economist Group en cédant une part majoritaire à l’italien Exor.

La situation italienne offre d’ailleurs de nombreux exemples de l’évolution en cours.

En juin 2014, Vincent Bolloré, via Vivendi, devient premier actionnaire de Telecom Italia, qui était alors le premier opérateur italien de téléphonie mobile, devancé entre-temps par la fusion entre Wind et Tre Italia, orchestrée respectivement par le russe Vimpelcom et par le groupe de Hong Kong Hutchison.

Or selon certains analystes, l’opération Telecom Italia de Vincent Bolloré pourrait bien être la porte d’entrée pour un rapprochement avec Mediaset, le groupe de la famille Berlusconi, qui continue de son côté à faire la pluie et le beau temps dans la réorganisation du paysage audiovisuel transalpin, puisqu’il a joué un rôle déterminant dans l’élection du nouveau conseil d’administration de la RAI, la télévision publique italienne, après avoir vainement tenté en début d’année de faire main basse sur le réseau d’émetteurs de RAI WAY.

Berlusconi n’abandonne pas non plus la carte Murdoch, puisque des rencontres ont déjà eu lieu en présence de Tarak Ben Ammar en vue d’un fusionnement de leurs respectives plateformes payantes en Italie, Sky Italia et Mediaset Premium.

Tarak Ben Ammar (qui siège également au conseil d’administration de Vivendi, soit dit en passant) confiait aux Échos : « Face à l’arrivée de Netflix et d’Amazon en Europe, la logique économique pousse à la consolidation des plates-formes payantes. Les vrais concurrents sont les acteurs du Net, … ».

Selon un autre intervenant, toujours cité par Les Échos, Netflix est « l’agrégateur de contenus le plus puissant du monde aujourd’hui, personne ne lui arrive à la cheville », une situation dont souffrent énormément les grands groupes américains de l’audiovisuel.

Il en va de même pour la presse, dont les courbes de ventes ne cessent de baisser, comme le montre le graphique ci-dessus : pour prendre le seul exemple de The Economist, les ventes papier du magazine ont pratiquement été divisées par deux entre 2008 et 2013, même si un fort redressement provient du numérique, avec plus de 50 000 exemplaires de l’édition en ligne vendus en 2014 par rapport à 2013 [pdf] !

Ce doit être l’une des raisons qui ont convaincu John Elkann à affirmer que le groupe dont il est à présent premier actionnaire dispose d’un formidable potentiel de croissance, sous réserve qu’il conserve son indépendance éditoriale jalousement proclamée.

En conclusion, dans cette course permanente au positionnement, anglais, français, italiens, américains, russes, chinois ou japonais et biens d’autres impossibles à citer dans un seul article, essaient de manœuvrer le mieux qu’ils peuvent pour ne pas être balayés par la concurrence des nouveaux acteurs de l’économie de la demande, qui évolue à la vitesse grand V ! Comme je le citais récemment dans un billet sur les infinies tergiversations de Yahoo :

C’est un peu la même histoire que Blockbuster qui refusa d’acheter Netflix en 2000 pour la modique somme de 50 millions $.

Quinze ans plus tard, Blockbuster n’existe plus et Netflix vaut plus ou moins 53 Mds $, ce qui n’est plus très loin de la valorisation de la Twenty-First Century Fox Inc de Murdoch, et à ce rythme…

Idem pour Uber, fort d’une progression impressionnante, qui a pratiquement dépassé la capitalisation de General Motors !

À la veille des bouleversements en passe de se concrétiser, on comprend mieux le but ultime de tous ces recentrages pour l’avenir de ces sociétés : vivre ou mourir.

 

Jean-Marie LE RAY

Blog : adscriptor 
Sur Twitter : @jmleray

«Informer sans discriminer» : Les mots ont un sens

Le 23 juin, à quelques jours de la Marche des Fiertés parisienne, l’AJL, l’association des journalistes lesbiennes, gays, bi-e-s et trans (LGBT), a présenté «Informer sans discriminer», un kit de conseils destiné aux journalistes et aux professionnel-le-s des médias pour les aider à traiter les sujets LGBT. Il est disponible en ligne, à consulter et à télécharger.

L’idée derrière ce kit, c’est que nous écrivons toutes et tous des papiers sans être directement concerné-e et/ou spécialiste. Et que, parfois, nous n’avons pas les bons mots pour parler des sujets avec lesquels nous ne sommes pas familier-e-s. Au bout du compte, l’information s’en trouve dégradée, parce qu’elle manque d’exactitude et parce qu’elle est offensante pour certaines personnes. L’idée de base, c’était donc d’aider à fournir une information de qualité, et qui respecte les personnes dont elle parle et à qui elle s’adresse.

Si les premières réactions ont été majoritairement positives, certains tweets de consoeurs et confrères ont été très violents, nous démontrant au passage l’ampleur de la tâche :

Et après l’hostilité manifeste, un exemple frappant de l’automatisme avec lequel les médias traitent les sujets LGBT s’est présenté le lendemain de la publication du kit:

L’AFP, présente à la conférence de presse, a fait une dépêche plutôt pertinente. Mais l’illustration de l’article, telle que reprise sur le site de TV5MONDE et de l’Expansion, montre une Soeur de la perpétuelle indulgence lors d’une Marche des fiertés. Redisons-le ici, les Soeurs sont formidables et font un travail extra de lutte contre le sida et auprès des personnes vivant avec le VIH. Ce n’est pas la question qui nous occupe ici. Il ne s’agit pas d’un problème de « mauvaise image » de l’homosexualité, une Soeur est une représentation comme une autre de la communauté. Le problème, c’est quand ça en devient la seule. Le problème, c’est quand ça n’a rien à voir avec le sujet et que c’est un réflexe de facilité pour le traitement iconographique. Un texte contient les mots « homo », « lesbienne », « LGBT » ou « trans », et automatiquement, on met une photo de la Marche des Fiertés, si possible « colorée ».

Il existe d’autres représentations. Sortons-les du placard elles-aussi. C’est pas évident? Bah oui. Ca demande un peu de boulot? Effectivement. Mais la facilité, ce n’est pas notre métier.

(La journaliste de l’AFP, contactée, a depuis demandé à ce qu’on modifie l’icono de la dépêche.)

L’un des objets de l’association, c’est de permettre à nos confrères et consoeurs de se rendre compte que tout au long de la chaine journalistique, comme dans le reste de la société, il y a des gays, des lesbiennes, des bi-e-s, des trans qui produisent et consomment de l’info. Nous aussi écrivons l’information et nous aussi la recevons. Nous voulons rappeler aux médias que leurs publics ne sont pas exclusivement composés d’hétérosexuel-le-s et que cette diversité doit être prise en compte. Que derrière les sujets, il y a des personnes humaines.

Durant les « débats » pour l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, le traitement de l’information a blessé énormément de personnes. Tout s’est passé comme si les propos à caractère homophobe n’étaient qu’une simple opinion et non un délit, et trop souvent, la tribune laissée aux opposant-e-s et à leurs propos haineux a trouvé sa justification dans le fait de garantir un «traitement équilibré» du sujet.

Beaucoup de journalistes sont en demande d’outils pour mieux faire leur boulot, et c’est exactement ce que souhaite proposer l’AJL. Ce n’est pas un guide d' »éléments de langage », ou une tentative de censure. Nous voulons simplement ouvrir la discussion.

Essayons simplement de nous rendre compte que nous parlons toutes et tous d’un endroit subjectif, impliquant notre vécu, nos expériences, notre identité. Notre position minoritaire ne fait pas de nous des « agents doubles » au service d’un « lobby », nous sommes pleinement journalistes, tout comme l’hétérosexualité n’est pas l’objectivité par essence. L’expertise communautaire n’est pas un lobby ni de la publicité pour une entreprise. Nous savons de quoi nous parlons. IL n’y pas de honte à aller voir les personnes informées pour produire une information de meilleure qualité. C’est ce que nous essayons toutes et tous de faire dans notre métier chaque jour.

Charles Roncier
co-président de l’AJl et rédacteur en chef adjoint de Vih.org

Le kit :

Réinventer les rédactions

Les entreprises de médias sont aux prises avec une forme de contradiction insoluble qui voit celles-ci réduire leurs effectifs de journalistes, diminuer le nombre des journalistes spécialisés au sein de celles-ci, au profit de généralistes polyvalents, au moment où les attentes des publics en matière de qualité, de diversité des contenus, de multiplicité des supports ne cessent de s’élever. Avec des méthodes de travail et des modes d’organisation inchangées, l’écart ne peut que se creuser, comme le dénoncent la plupart des analyses des syndicats de journalistes. Il n’est d’autre voie pour réduire la contradiction, et le risque de divorce entre les journalistes et leurs publics, que d’inventer de nouvelles formes de rédactions, aux modes d’organisations à imaginer et expérimenter de manière permanente dans un contexte de mutation dont les modalités et le terme sont des plus incertains.

Remise en question des modèles économiques

Chacun l’a compris, les modèles économiques des médias traditionnels sont profondément fragilisés, alors même que ceux des nouveaux médias numériques peinent à se dessiner. La baisse des ressources publicitaires, faite de la disparition des petites annonces, du recul des tarifs publicitaires, du transfert sur de nouveaux supports, a vocation à se poursuivre. Cette perte de ressource se cumule avec les changements dans les usages liés à l’importance de la gratuité, en même temps que l’abandon de la fréquentation de supports tels que l’imprimé pour certains âges ou catégories de publics, avec les ressources afférentes. Simultanément la compensation par les recettes des développements numériques reste très insuffisante (ex. 12 % pour Les Echos), alors même que les pure players d’information, dans leur majorité, peinent à atteindre l’équilibre.

La presse imprimée est le segment le plus fragilisé, avec des baisses d’effectifs importantes. Lors des dernières Assises du journalisme (à Metz) la liste était longue des plans visant à diminuer les effectifs des rédactions tout particulièrement en presse régionale, où le nombre de journalistes diminue de 6,5 % en deux ans. Les exemples à l’étranger, aux États Unis ou en Espagne, sont encore plus impressionnants puisque c’est de l’ordre de 30 % que le nombre de journalistes se voit réduit. Les effectifs des rédactions numériques, à commencer par les pure players sont modestes, au regard de ceux qui prévalaient dans les médias traditionnels. (Voir le baromètre de l’emploi, sur le sites des Assises)

Le défi est d’autant plus grand que les rédactions interviennent sur toujours plus de supports (imprimé, Internet fixe, Smartphone, tablettes, etc.) et qu’à chacun correspondent des formes d’usage (horaires, types de contenus et fonctionnalités mis en œuvre, contextes d’utilisation). Soit l’obligation de concevoir et mettre en œuvre des contenus et formes éditoriales spécifiques à chacun d’eux.

Nouvelles narrations et innovation éditoriale

La diversité des supports, chronologies, types de contenus, formes de narration, occupe toujours plus de journalistes sur ces fonctionnalités. Ceux-ci expérimentent des collaborations inédites journalistes / développeurs / designers / … Le risque est de voir s’atrophier les moyens dévolus à la collecte d’information, ainsi qu’à l’expertise, alors que l’éventail des thèmes traités s’élargit, en même temps qu’ils se complexifient.

L’appauvrissement de la qualité de l’information, souvent redouté, voire dénoncé dans le débat public devenu, apparaît inéluctable, sauf à repenser complètement les modèles de rédactions, leurs organisations et leurs fonctionnements.

Des rédactions ouvertes et horizontales

Il n’y aura pas un mais des modèles de rédactions à imaginer. Ceux-ci devront s’ouvrir de manière à faire collaborer les journalistes de la rédaction, avec des journalistes à l’extérieur, qu’il s’agisse d’individus (pigistes, free-lance) ou de collectifs, spécialisés dans un type d’information (agences) ou des formes éditoriales, tel PolitiFact aux États Unis, qui alimente en fact checking une multiplicité de quotidiens locaux.

Les rédactions ouvertes associent la contribution de témoins, observateurs, spécialistes, à la collecte d’information, y compris l’information de flux très rapide sous toutes ses formes (vidéos, images, sons, etc.). Selon d’autres modalités elles intègrent ponctuellement ou régulièrement, la compétence, l’expertise, particulièrement sur domaines les plus complexes. Des chercheurs, universitaires, spécialistes de différents domaines, fournissent une contribution brute ou mise en forme, à l’intérieur un encadrement journalistique. Soit une forme largement développée par des pure players d’information, comme HuffingtonPost, Slate, Rue89, …

Expérimentation et formation

Les modèles de rédactions ne se révéleront pas en une fois, ni venant d’ailleurs. Partout règne la même incertitude et le même impératif d’invention. C’est dire que les rédactions doivent intégrer très vite en leur cœur, mais sans doute aussi à leur périphérie (pure players) l’expérimentation, avec des équipes de journalistes spécialement dédiés à celle-ci.

En corollaire la notion d’expérimentation doit trouver sa place dans la formation. Les écoles ont vocation à prendre toute leur part dans le double processus innovation / expérimentation. Leur prise en charge de l’accompagnement de l’expérimentation au sein des médias intervient à la fois au niveau initial, en formant de futurs journalistes préparés à ce type d’exercice fait de recherche et remise en question permanente ; et à la fois en formation continue, en offrant aux rédactions et journalistes autant d’opportunités d’actualiser leur compétence, préparer les transformations à venir.

Jean-Marie Charon

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Et si les médias organisaient des Conférences d’innovation ? #Assises2013 #Obsweb

C’était aujourd’hui le troisième et dernier jour des Assises du Journalisme, en collaboration avec l’Obsweb.

Pour cette fin de journée, Arnaud Mercier m’a demandé de faire partie du « jury » qui devait donner son avis devant les propositions des étudiants, pour innover dans le journalisme.

Concours - 10 idées pour réinventer le journalisme

Ce concours, organisé par les Assises et l’Obsweb avait pour nom « 10 idées pour réinventer le journalisme ».

J’avais l’honneur d’être sur scène avec des pointures : Nathalie Pignard-Chesnel, Arnaud Mercier, Jérôme Bouvier et Philippe Couve.

Je n’ai pas pu voir toutes les pitchs des étudiants (un train à prendre), mais l’un d’entre eux a particulièrement retenu mon attention. C’est celui de Ludovic Chataing, aka @networkludo, tout nouveau étudiant en Master journalisme à Metz.

Sa proposition ? Organiser, au sein des médias, des Conférences d’innovation. En clair, réunir de façon régulière tous les corps de métier du média en question, et mettre en commun les idées de tout le monde, pour pouvoir faire avancer les choses et proposer de nouveaux projets, de nouvelles pratiques, de faire améliorer la façon de travailler.

Je trouve cette idée excellente.

Bien entendu, le jeune et fougueux Ludovic voulait que ce type de réunion puisse être quotidienne. Je lui ai tout de suite fait le remarque que non, le temps des journalistes (et des autres) n’est pas extensible à l’infini, et que pour ne pas sombre dans la réunionite aiguë, ce serait impossible de faire cela quotidiennement.

Je me suis permis de relater une anecdote à Ludovic et au public. Quand Libération a connu de gros soubresauts en 2006, le journal avait décidé d’organiser, dans la grande salle du hublot, une sorte d’assemblée générale avec un but bien particulier : « TROUVONS ENSEMBLE DES IDÉES POUR AMÉLIORER LE JOURNAL… SANS QUE CELA COÛTE DE L’ARGENT. »

Pourquoi l’idée de Ludovic est bonne ? Parce que justement, il conviendrait d’organiser ce type de conférences d’innovation… Avant que le média en question soit en situation critique. Avec un peu d’organisation, de bonne volonté, et de discussion, il est possible d’organiser cela au sein des médias. J’ai bien dit au sein des médias et pas au sein des rédactions. Puisqu’il faut que cela aille au-delà des journalistes.

Au boulot !

   

FN d’apparence, le grand makeover de Marine Le Pen

J’ai un complexe du Front National qui fait que je bondis immédiatement dès que j’apprends une nouvelle sortie verbale scandaleuse de l’un de ses cadres, élus ou militants ou bien dès que je perçois une tentative de banalisation du parti dans les médias, du coup la plupart du temps je me retrouve à faire le jeu du parti d’extrême droite dont la victimisation a toujours été le modus operandi dans les médias. Par trois fois ces derniers jours je me suis fait prendre au piège.

Hier ELLE publiait sur son site dans la rubrique ELLE MAN un portrait ironique mais maladroit de Maximilien Delvallée dédié à Julien Rochedy le directeur du Front National Jeunesse tournant autour de son physique qu’on peut trouver avantageux où le journaliste se demandait si justement son physique pouvait éluder son propos. Je me suis emporté contre ELLE parce qu’ échaudé par le magazine qui depuis quelque temps multiplie ce que la rédaction considère comme des gaffes sur les sujets raciaux mais dont la répétition devient gênante pour ne pas dire plus. L’article de Maximilien Delvallée n’apparaît d’ailleurs apparemment plus sur le site après avoir provoqué un tollé chez les partisans du FN comme chez ses opposants sur les réseaux sociaux. Il a été remplacé par un texte « à propos de l’article sur Julien Rochedy« , parlant d’un ton « maladroit et inapproprié ». Voici l’article retiré du site Elle Man (à partir de deux copies d’écran trouvées sur Twitter) :

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Je n’ai pas été le dernier et j’ai réagi vivement en m’arrêtant à la photo où Julien Rochedy pose tel un mannequin pour un sent-bon pour les dessous-de-bras avant de lire l’article, ne comprenant pas comment on pouvait participer ainsi à banaliser voire à glorifier le FN. Ma réaction ainsi que celle de toutes celles et ceux qui ont été également choqués montre que pour les journalistes comme pour les humoristes le FN est toujours un casse-gueule. Maximilien Delvallée a subi l’agacement provoqué par le mensonge du FN qui tente plus que jamais de changer son image à défaut de changer ses idées qui sont bel et bien les mêmes qu’à la création du parti en 1972 par Jean-Marie Le Pen. Comme le rappelait brillamment Didier Porte dans son billet d’hier, les mines patibulaires des anciens OAS et autres qui l’entouraient n’arrangeaient rien l’image du parti d’extrême-droite qu’il ne faut d’ailleurs plus qualifier comme tel sous peine de poursuite de la part de sa présidente qui tente un lifting du FN en oubliant qu’en matière de chirurgie esthétique quand on en fait trop ça se voit encore plus et ça provoque l’effet inverse à celui souhaité : non seulement on ne trompe personne mais en plus on a l’air ridicule. Il n’y a pas à dire Julien Rochedy ou encore Marion Le Pen présentent mieux qu’Alexandre Gabriac bien que les idées soient les mêmes.

En apprenant que des homosexuels se présentaient sur la liste du FN dans le IIIeme arrondissement de Paris, ma première réaction a été « connards » et « traîtres » et encore une fois je tombais dans le piège. Je m’en suis aperçu en lisant le commentaire d’une des personnes en question, un mannequin pour sous-vêtements Armani laissé sur la page Facebook d’un journaliste à Têtu qui relayait l’information. Les homosexuels qui s’indignaient de sa présence sur cette liste étaient à ses yeux des censeurs sectaires qui lui refusaient d’exprimer le droit de s’exprimer librement, que la sexualité des gens était de l’ordre de la sphère privée et n’avait rien à voir avec son engagement. C’est pour cela que je ne rapporterais donc pas son nom ici puisqu’il ne souhaite pas cette étiquette, qu’il n’accordera donc pas d’interviews en tant que « gay du FN » ni ne participera à des sujets télévisés ou rédactionnels comme « Ces gays au FN » par exemple puisque ses propos nous rassurent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un pink washing dans le but de ramener le vote gay au FN ni de lisser l’image du parti. Non. Il le dit lui-même, ça n’a rien à voir avec son engagement. Prenons-en donc acte et nous jugerons de sa bonne foi dans les mois prochains. De plus c’est un non-événement total puisqu’il y a toujours eu des homosexuels au FN, Jean-Marie Le Pen le disait lui-même (de mémoire) « Bien sûr que nous avons des homosexuels au Front National mais ce ne sont pas des folles, ils savent se tenir voyez-vous ». Didier Lestrade avait abordé le sujet l’année dernière dans son livre « Pourquoi les gays sont passés à droite ? » et le fait est comme le dit si justement le journaliste Marc Endelweld, c’est toute la société française qui a basculé à droite. Donc la présence d’homosexuels au FN n’est qu’un effet de pourcentage représentatif de la population.

Autre emportement, Stéphane Ravier candidat FN à la mairie de Marseille. Ses propos mal rapportés lors de l’émission « Salut les terriens » ont finalement fait le jeu du FN qui a pu dénoncer une cabale et une manipulation des médias visant à discréditer leur candidat. Non Stéphane Ravier n’a jamais dit que le viol était un rapport amoureux comme un autre au premier degré, il faisait l’analogie imbécile et déplacée entre la consommation de drogue qui relève du choix avec le viol qui est un crime. Du coup ce qui était suffisant pour démontrer son ignorance des deux sujets lui a permis de se poser en victime par un effet pervers.

Tout l’art du FN est de savoir faire feu de tout bois, de manipuler, pervertir les faits et les propos à son avantage afin de se positionner en outsider seul et contre tous et en particulier les médias alors que le FN et les Le Pen n’ont toujours existé que par les médias, on peut même dire que le talent de Jean-Marie Le Pen héritier sans profession, est celui d’orateur et de savoir utiliser les médias ce qui aujourd’hui en ferait l’équivalent d’une Nabilla par exemple. Marine a hérité du talent de son père, la bourgeoise en Desigual qui chante du Dalida pour faire peuple mais qui vit au château et dont le parcours professionnel est plus qu’opaque et qui elle aussi semble avoir un complexe du FN tant sa volonté de changer la forme du parti relève plus de la stratégie marketing que de l’Œdipe.

Difficile de parler du FN sans se retrouver dans un piège à doigts chinois qui ne fait que bénéficier au parti, lui permettant de dénoncer des lobbys imaginaires. Maximilien Delvallée en a fait l’expérience. Plus on proteste et plus on a l’impression de participer à la montée du FN. La normalisation tant souhaitée est là, on gomme l’appellation extrême droite, on refait le casting parce qu’on a tout compris au marketing. Tout cela montre bien qu’à terme l’ambition de Marine le Pen est d’abandonner le nom FN trop connoté pour peut-être adopter celui de MLP, par exemple pour mouvement pour le peuple reprenant aussi les initiales de la présidente héritière-fille de. Mais comme du rouge à lèvres sur un cochon que du sucre sur une crotte de chien, ça ne change ni ne changera rien à ce qu’est, a été et sera le parti des Le Pen. Rappelons-nous de Saint-Exupéry quand il disait que « l’essentiel est invisible pour les yeux », cela s’applique aussi bien à la beauté intérieure rendue invisible par une apparence peu avenante qu’à toute l’horreur du monde dissimulée dans un nouvel emballage clinquant.

 

Philippe DOUX-LAPLACE
« Né le même jour que le Dr Alzheimer. J’aime, je m’intéresse, j’écoute, j’apprends, je gagne ma vie. Je donne mon avis aussi…quand on me le demande. Comme tout le monde. »

Non, le fact-checking en télé n’est pas un gadget, c’est un impératif citoyen !

Bonne et belle empoignade Twitterienne mardi 23 octobre, initiée par Jean-Marie Charon aux alentours de 8h15 sur la question du fact-checking. Et qui a opposé les défenseurs d’un fact-checking en temps réel en télévision (moi-même et Erwann Gaucher) aux plus sceptiques Eric Mettout et Jean-Marie Charon.

Le terme de « fact-checking » n’est pas nouveau : il date des années 30 aux Etats-Unis, période durant laquelle les grands journaux créent des départements spécialisés dans la vérification de l’information. Les articles des journalistes sont passés au peigne fin pour en vérifier le fond, qu’il s’agisse des faits, des dates, des chiffres… Le mot est remis à la mode dès 2004, à mesure qu’apparaissent des fondations, sites et blogs dédiés à la vérification de la parole politique : factcheck.org, politiFact.com, The Fact Checker

L’enjeu de présidentielle américaine explique cette profusion de « vérificateurs ». A l’image du site factcheck.org qui acquiert une notorieté incroyable , suite au débat entre les deux candidats à la vice-présidence Dick Cheney et John Edwards. Factcheck.org établira les responsabilités réelles de Dick Cheney dans les difficultés rencontrées par la societé pétrolière Halliburton qu’il avait dirigée entre 1995 et 2000.

Chez nous, le précurseur de cette tendance est Daniel Schneidermann et son émission Arrêt sur images sur France 5 lancée dès 1995, mais arrêtée en 2007, à la veille de la présidentielle française (un rapport de cause à effet ?). Le site web ne sera lancé lui, qu’en janvier 2008, après l’élection. Pareil pour le blog désintox de Libération qui ne voit le jour qu’en 2008.

Le Monde suivra en novembre 2009 avec Les décodeurs avant de toucher la radio, tels le Vrai/faux de l’info de Laurent Guimier sur Europe 1 ou Le Vrai du faux sur France Info. Mais c’est à l’occasion de la présidentielle 2012, que le fact-checking « en temps réel » (ou presque) se développe.

Le Monde, Libération et d’autres demandent à des journalistes de vérifier l’info et publier les correctifs éventuels pendant les débats. Itélé et le site owni inaugurent même la première rubrique de fact-cheking bi-media : télévision et web.

LA VÉRIFICATION EN DIRECT EST UNE NÉCESSITÉ EN TÉLÉ

L’enjeu de cette vérification en direct est énorme et tient à la puissance du média télé. Ce dernier reste à 80% le principal outil (voire le seul) d’information pour nos concitoyens. La radio n’arrivant que loin derrière (45%) et la presse n’en parlons pas (30%). Ainsi, quand une ânerie est proférée en télévision et qu’elle n’est pas contredite durant l’émission, on est sûr d’enfumer au moins la moitié des téléspectateurs qui n’entendront ou ne liront pas le démenti journalistique.

C’est ce que je tâchai de démontrer en 2010, à la suite d’une interview de Nicolas Sarkozy par David Pujadas. Mais nous voici au coeur du débat qui nous a donc agité sur l’oiseau bleu. Ces vérifications « en temps réel » sont-elles vraiment utiles ?

Pour Eric Mettout, directeur de la rédaction de l’Express, c’est du gadget. « Le temps réel, c’est à l’instant T, pas 10 minutes après ! » Pour lui, tout passe donc par la préparation en amont des journalistes. Il faut travailler ses dossiers, comme on dit.

Naturellement, Eric pointe du doigt l’un des problèmes essentiels de l’information politique en télévision, que je soulevais d’ailleurs moi-même en 2010 : le manque de préparation et de spécialisation des journalistes. Qui n’a enragé dans les années 80 de voir les valeureux Alain Duhamel et autre kadors du petit écran, se faire retourner comme des crêpes par un Jean-Marie Le Pen, aussi bon qu’orateur que menteur ? Rares sont ceux qui ont su alors relever ses manipulations, à l’image de François Henri de Virieu à l’Heure de vérité.

Pour la petite histoire, Jean-Marie Le Pen a sorti un graphique montrant une courbe vertigineuse témoignant de l’augmentation de l’immigration, FH de Virieu a bien expliqué que cette courbe n’était pas sérieuse puisque l’échelle de l’axe vertical était beaucoup plus grande que l’axe horizontal (le mieux eut été sans doute de lui interdire de montrer cette courbe fallacieuse, mais au moins a-t-il corrigé un peu le tir).

Ce manque de préparation des journalistes qui était criant en 2007 a permis aux deux candidats de débiter tour à tour, des bêtises plus grosses qu’eux.

Jean-Marie Charon, évoque quant à lui la difficulté journalistique de produire un décryptage rapidement.

Ces deux arguments sont corrects : il est difficile de produire des chiffres fiables dans l’urgence et d’autre part, après l’heure, c’est plus l’heure. Le téléspectateur a décroché, est passé à autre chose.

FACE A LA GUERRE DE L’INFORMATION, IL FAUT TROUVER DE NOUVELLES ARMES

Mais, le problème, c’est que nous sommes confrontés à une asymétrie de moyens entre politiques et journalistes. Du côté politique, nous avons une armée de communicants et de petites mains tout droit sortis de Science-Po qui préparent les interventions des politiques au millimètre près. Ces aides de camp des « spin-doctors » sont chargés d’exhumer la vieille étude slovène ou bulgare que personne n’a lu, mais qui prouve avec certitude son propos. Les OGM tuent, les OGM sauvent des vies, les OGM sont sans aucun effet…

La préparation ou le niveau de spécialisation du journaliste qui interroge le politique n’y change rien. Buffalo Bill n’a aucune chance face à Billy the kid, car l’important c’est de dégainer le premier. Nul ne saurait tout savoir, donc le journaliste est condamné à se taire ponctuellement sur les points qu’il ignore et à laisser passer le mensonge.

Or, si la vérification-correction a lieu le lendemain sur un autre support, nous sommes quasiment sûrs que la moitié au moins des téléspectateurs ne la verra pas. Il faut donc trouver un moyen de réintroduire la vérification DURANT le programme.

Par ailleurs, les journalistes, aussi forts et préparés soient-ils, ne sont pas de taille à affronter des professionnels de la politique, rompus à la langue de bois, à la mauvaise foi éhontée, au cynisme le moins scrupuleux. Ou en tout cas, ils ne sont pas assez préparés. C’est ce que montre bien l’excellent article de Cédric Mathiot du blog Désintox de Libération. Lui recommande d’ailleurs d’inverser la charge de la preuve et de confronter les politiques face à leurs mensonges et contradictions, comme le fait Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Il n’est pas juste que les journalistes subissent simplement, ils doivent aussi mettre le doigt là où cela fait mal.

Quant au temps nécessaire à la vérification, c’est un point essentiel. Il ne faut évidemment pas se précipiter et prendre le temps qu’il faut. Mais, on peut déjà dire que les grosses erreurs racontées en 2007 par Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal auraient chacune pu être débusquées en moins de 20 minutes. C’est déjà ça ! Ce point de vue est confirmé par Bastien Hugues (FranceTv info), Samuel Laurent (le monde.fr) ou encore Thomas Legrand (France Inter) qui ont fait l’expérience de ce fact-checking à chaud sur les déformations les plus grossières.

Cette première vérification est complémentaire d’une analyse ultérieure des questions plus complexes, comme par exemple : « c’est la dérégulation financière progressive des années 80 qui est responsable des crises actuelles. »

JOUER COLLECTIF, UTILISER LES NOUVEAUX SUPPORTS, REPENSER LES EMISSIONS POLITIQUES

Il est important de pouvoir aligner la même armée de vérificateurs que ceux d’en face. Et pour cela, il faut recourir à la communauté, en particulier à celle qui s’exprime sur Twitter et qui regorge d’experts : avocats, assistants parlementaires, sociologues…

Le journaliste omniscient qui fait son travail tout seul est dépassé. Il doit pouvoir s’appuyer sur les autres, tout en restant le chef d’orchestre, afin de faire le tri des informations qu’il reçoit. Exactement comme Andy Carvin l’a fait pour la NPR lors des révolutions arabes.

Après l’heure, c’est plus l’heure me dit-on ? Tant pis, on s’es fait avoir, zut, on aurait du mieux se préparer. C’est une bonne démarche et le journaliste doit devenir de plus en plus expert et la télévision recourir à des chefs de rubrique et non plus à des présentateurs (ce qu’elle fait de plus en plus sur France 2 en tout cas). Mais cela ne suffit pas, car on ne peut être préparé à tout, comme je l’explique plus haut.

Le packaging de l’info par @owni, une bonne illustration…

La solution tient à la scénarisation des émissions de télévision. Rien n’empêche qu’on se réserve le droit, en fin d’émission de faire un bilan des imprécisions, erreurs relevées pour chaque candidat. Cette séquence serait, je gage, même la plus suivie, si elle est habilement « packagée ». En citant à l’antenne les contributeurs qui auraient débusqué des bêtises ou aidé à trouver la source pour vérifier l’info, on fidéliserait comme jamais. On intéresserait peut-être même plein de citoyens à cette chose publique dont ils se sentent dépossédés.

Et on pourrait alors appeler les téléspectateurs à retrouver les vérifications pas encore terminées sur le site, plus tard. Avec pourquoi pas, l’inscription à des alertes pour chaque point douteux ou leur totalité… Voilà qui permettrait d’allier audience, fidélisation, qualité et continuité de service. Cela me semble une piste intéressante à creuser.

Enfin, il y a aussi le second écran, cher à mon ami Erwann Gaucher. Rien n’empêche qu’on diffuse sur sa tablette ou sur mobile des informations contextuelles qui enrichissent la compréhension du débat : fiches pratiques, encadrés, et pourquoi pas corrections sur ce qui a été dit…

 

Une piste évidemment intéressante, mais qui présente l’inconvénient d’être socialement discriminante. Qui a les moyens aujourd’hui de s’acheter une tablette ? Qui aura le réflexe de lancer une application pour en savoir plus ? Les catégories sociales les plus favorisées, comme le rappelle justement Denis Verloes (TV5 Monde)

 

 

Quoi qu’il en soit, il est impératif que la télévision publique s’adapte aux nouvelles méthodes politiciennes de manipulation médiatique. Je crois même que de tels dispositifs permettraient de ne pas avoir à les utiliser.

C’est par sentiment d’impunité et pour le gain politique sans risque que la fiabilité de la parole politique s’est dégradée. Rétablir une forme de bâton (s’il est suffisamment visible) sera dissuasif, j’en suis sûr. Et cela contribuera d’autant à revivifier l’intérêt des citoyens pour la politique, tout comme le Petit journal y contribue indirectement (quand il ne bidonne pas lui-même).

 

Cyrille Frank

Sur Twitter

Billet publié initialement sur Mediaculture

« Armée de l’Air » ou l’histoire d’une vraie-fausse page Facebook

Sur Facebook, il est parfois difficile de faire la différence entre des pages officielles et des pages qui ne le sont pas. Cela vaut pour toutes les institutions, y compris pour les armées. La réaction des institutions militaires à l’égard de ces « fausses » pages officielles varie selon les pays.

Aux Etats-Unis, les armées disposent d’un contact direct chez Facebook en la personne d’Adam Conner, auteur du document intitulé Facebook and Government 101. Si les armées constatent qu’une « fausse » page officielle existe, elles envoient un message à Facebook qui se charge non seulement de supprimer la page en question mais, de surcroît, de transférer les fans vers la page officielle. Les armées britanniques fonctionnent peu ou prou de la même manière avec le bureau de Facebook à Londres. En revanche, Facebook ne dispose pas de bureaux en Allemagne ni en France. Aussi, quand la Bundeswehr a voulu supprimer « sa » fausse page sur Facebook, elle a envoyé… un fax au siège de l’entreprise californienne – fax qui est resté sans réponse.

L’Armée de l’Air française a adopté une approche différente. Il y a quelques mois encore existait une page « Armée de l’Air » qui ressemblait à s’y méprendre à une page officielle : le logo officiel y était utilisé, des informations provenant du site du ministère de la Défense y étaient relayées et le contact fourni était l’adresse de l’armée de l’Air.

De nombreux militaires participaient aux discussions sur le « mur », sans se douter qu’il ne s’agissait pas d’une page officielle. Des recruteurs prenaient même part aux échanges. Le Sirpa-Air a voulu savoir qui administrait cette page. Un officier a créé un profil et a participé aux discussions. Après s’être fait remarquer comme contributeur, il a demandé à entrer en contact avec l’administrateur, qui lui a répondu. C’est comme ça que l’armée de l’Air a découvert que « sa » page était gérée par… un policier ! Il s’avère que ce policier – qui vit en Alsace – est nostalgique de l’armée de l’Air où il a effectué son service militaire. Il explique : « Quand je me suis inscrit sur Facebook, j’ai cherché la page de l’armée de l’Air. Il n’y en avait pas. Je me suis dit : “Qu’à cela ne tienne” et j’en ai créé une ». Il précise que si une page officielle avait existé, il y aurait contribué et n’aurait pas créé une nouvelle page. S’il n’apparaît pas comme administrateur, c’est parce qu’il n’aime pas se mettre en avant et il affirme n’avoir jamais réfléchi aux problèmes que pouvait poser le fait que cette page ressemble vraiment à une page officielle. Il soutient d’ailleurs qu’il serait prêt à la supprimer ou à la transférer officiellement au Sirpa-Air si on le lui demandait.

Dans un premier temps, l’armée de l’Air a laissé faire, estimant que le policier faisait du bon boulot. Après tout, il passait près d’une heure par jour à modérer les commentaires, supprimer les remarques jugées déplacées et diffuser des informations officielles provenant du site du ministère de la Défense. Au début de l’année 2011, la politique du Sirpa a changé. Un officier a appelé le policier. Suite à cette conversation téléphonique, dont la teneur ne nous a pas été révélée mais qui s’est semble-t-il déroulée sur un ton amical, le policier a accepté qu’un officier du Sirpa-Air devienne co-administrateur de la page. Cette dernière a alors commencé à changer. Le logo officiel a été remplacé par la photographie d’un avion de chasse.

Surtout, dans la partie « informations » est apparue la mention : « Cette page ne constitue pas la page officielle de l’armée de l’Air ». Puis, le nom de la page a été transformé en « Fans de l’armée de l’Air ».

D’après les informations fournies par le policier, l’objectif du Sirpa-Air serait de créer une page officielle et d’utiliser à cette fin le nom « Armée de l’Air ». La page officielle entretiendrait des liens étroits avec la page « Fans de l’armée de l’Air », dans l’espoir de récupérer une partie des 12 000 fans de cette page.

Il est difficile de dire si les fans resteront sur la page d’origine tout en adhérant à la nouvelle page officielle, s’ils délaisseront la première au profit de la seconde ou s’ils resteront fidèles à la « fausse » page officielle sans s’intéresser à la « vraie ». En revanche, on peut d’ores et déjà dire que l’armée de l’Air a agi avec tact, comparé à la méthode anglo-saxonne qui, comme nous l’avons décrit au début de ce post, est certes plus rapide mais aussi beaucoup plus brutale. C’est peut-être ça la French touch.

Les créateurs de « fausses » pages agissent souvent plus par un mélange de passion et d’ignorance des règles que par volonté de nuire. Ce sont des fans qu’il serait dommage de se mettre à dos en réagissant de manière trop brusque ou légaliste, sur le mode : « vous n’avez pas le droit d’utiliser notre logo ». En l’occurrence, le policier a plutôt été flatté d’être contacté par des officiers de l’armée de l’Air et de voir que son initiative intéressait au plus haut niveau.

Les médias sociaux, ouverts et décentralisés correspondent assez peu à la culture des armées, relativement fermées et très hiérarchisées. L’histoire de la page Facebook « Armée de l’Air » montre que les armées peuvent compter sur des internautes de bonne volonté pour relayer leurs messages dans le monde du web 2.0 – monde qu’elles abordent avec prudence et parfois avec méfiance. Bien sûr, tous les adeptes des réseaux sociaux ne sont pas aussi bien intentionnés que ce policier mais la crainte de tomber sur des trolls ne doit pas justifier l’inaction. Aujourd’hui, les armées n’ont plus vraiment le choix : si elles veulent faire entendre leur voix, elles se doivent d’être présentes sur les réseaux sociaux. L’armée de l’Air, visiblement, l’a compris comme d’ailleurs l’armée de Terre et la Marine. On reste toutefois loin de ce qui se fait aux Etats-Unis, les armées américaines ayant intégré le fait que dans l’expression « médias sociaux », l’adjectif est plus important que le nom. Cela signifie concrètement que le web 2.0 n’y est pas considéré uniquement comme un outil de relations publiques mais aussi comme une plateforme susceptible de faciliter l’organisation voire les opérations des armées.

Billet publié à l’origine sous le titre ‘L’histoire étonnante et instructive de la page Facebook « Armée de l’Air » sur ultimaratio par Marc Hecker, chercheur, CES, Ifri.
L’Ifri sur Twitter, c’est ici : @ifri_

Données, narration : la bataille des journalismes

Avec la grande facilité de diffusion qu’offre Internet, se procurer des informations et les publier n’apparaissent plus comme des questions primordiales : il s’agit désormais de savoir comment les traiter et sous quel format les diffuser pour qu’elle soit vues et comprises par tous. Ce phénomène invite les professionnels de l’information à s’interroger sur la forme à donner à l’information, en l’occurrence : données ou narration?

Les innovations technologiques, notamment informatiques et mobiles, permettent de recevoir et de diffuser des informations sans modération. Certains acteurs du monde des médias agitent dès lors le modèle du journalisme de données ou data journalism pour clarifier ce mouvement massif et continu. Cette technique journalistique vise à utiliser et à traiter informatiquement des données complexes pour les diffuser sous une forme facilement compréhensible (graphiques, infographies, etc.). Elle s’appuie notamment sur le postulat disant que la compréhension par l’image serait parfois bien plus efficace que la compréhension par les mots.

Le datajournalism est une innovation et non pas une révolution, soit « une extension de pratiques anciennes avec les outils d’aujourd’hui » comme l’affirme Alain Joannes.[1] Autrement dit, il pourrait être le journalisme du XXIème siècle. A ce titre, il vient s’opposer au journalisme de narration, qui s’articule autour du récit d’informations prises sur le terrain et du commentaire à propos de ses informations. Ce paradigme est un des traits fondateurs du journalisme français et le point de rupture historique avec le journalisme anglo-saxon :

Le journalisme français marque donc sa différence par rapport au modèle anglo-américain. L’excellence professionnelle s’y fonde sur la maîtrise et le brio du style. Les contenus rédactionnels, valorisant critiques, billets et chroniques, traduisent le poids du commentaire, d’un métadiscours sur l’actualité qui privilégie l’expression des opinions, transforme l’évènement en prétexte à exercices de styles, brillants et désinvoltes. [Erik Neveu, sociologie du journalisme, La découverte, 2004]

Et le journaliste dans tout ça?

Le journalisme de données est à l’origine d’un bouleversement important dans la composition des acteurs du journalisme. Si le travail de fond – le traitement et l’analyse des données – reste confié au journaliste aidé par des techniciens (statisticiens, spécialistes, etc.), la visualisation des données serait désormais l’apanage d’infographistes et de programmeurs. Ce qui pourrait avoir comme conséquence de voir le rôle du journaliste s’amoindrir dans les médias. Marc Mentré se demande ainsi sur le site-laboratoire Owni quel sera le profil-type du journaliste du 21ème siècle.

Demain faudra-t-il être journaliste ET programmeur/développeur ? La question se pose désormais de manière récurrente, en raison de l’évolution du journalisme qui devient de plus en plus technique, et aussi de la montée en puissance (?) du datajournalism. Celui-ci exige de solides connaissances informatiques pour exploiter les montagnes de données qui s’accumulent partout, et plus largement par l’évolution du journalisme qui devient de plus en plus technique. Déjà, des écoles de journalisme comme la Columbia University de New York propose un double cursus, tandis que d’autres comme la Medill School propose de former des développeurs au journalisme. [30 juillet 2010, La programmation, l’avenir du journalisme, Owni]

Le journalisme de données vise également à faire de l’individu lambda, un acteur à part entière du journalisme, via le crowdsourcing. A ce titre, il fait partie intégrante du mouvement participatif dans les médias (Médiapart, Rue 89, Le Post, etc.). Ce fonctionnement est plus que rentable pour les journalistes. En premier lieu, il permet de contenter l’internaute en créant un lien d’interactivité. Celui-ci peut travailler lui-même les données, regarder plus en détails ce qui l’intéresse, faisant honneur au principe de « l’information à la carte ». En outre, c’est un moyen totalement gratuit de compléter et de crédibiliser les connaissances diffusées en donnant une responsabilité réelle aux lecteurs. Ce trait est particulièrement saillant dans le débat politique où les médias essayent de mettre un terme aux accusations récurrentes du journaliste à la solde des pouvoirs.[2] Dans ce cadre, le journaliste devient également modérateur, la matière première étant apportée par une communauté.

Ces transferts de responsabilité peuvent se heurter à des problèmes idéologiques. Pour Alain Joannès, « Le vrai problème vient de la technophobie du journalisme français c’est-à-dire une haine de tout ce qui techniquement pourrait permettre à la profession d’évoluer ». La question des coûts vient également se poser comme un obstacle à l’avènement du journalisme de données. Le traitement de l’information sur ce modèle nécessite en effet une équipe élargie – statisticiens, développeurs, designers, animateur de communauté, etc. – alors même que la période est à la compression des postes dans les rédactions.

Un laboratoire de recherche tente même de chercher la solution dans le tout-informatique. Il essaye de confier à la fois la diffusion et le traitement des données à des outils informatiques, si bien que l’être humain aurait uniquement une valeur dans les articles dit « à valeur ajoutée », c’est-à-dire contenant de l’analyse.

A la recherche de la vérité : le leurre de l’objectivité des données

Le journalisme de données n’est pas une technique globale. Journalisme de narration et journalisme de données sont appelés à cohabiter dans les médias pour donner à voir à la fois des informations globales (données) et des informations locales (détails via la narration). Malheureusement, l’avènement de cette technique – surtout dans le journalisme anglo-saxon – voit naître une nouvelle bataille de chapelles dans laquelle l’objectif visé est de donner à mieux percevoir la réalité et la vérité.

Dans un monde d’hyper commentaires, mais aussi de grande puissance de compilation et calcul, la véritable médiation avec la réalité se fait par la donnée. Demain, au lieu de tribunes de chroniqueurs, si brillants soient-ils, au lieu de blogs ou Twitter, on ne peut qu’espérer que les médiateurs de l’information s’en emparent. [30 juillet 2009, Pour un journalisme de donnée, Slate.fr]

Toutefois, ceux qui considèrent les données comme représentation objective de la réalité, négligent un facteur important : cela reste le journaliste qui choisit les données à traiter et qui donne un sens particulier aux résultats obtenus. Et comme le journalisme de narration, le journalisme de données cherchent à montrer quelque chose, si bien qu’ils conditionnent le lectorat en l’invitant à juger le résultat de la même manière que lui.

Les outils informatiques sont de précieux auxiliaires de l’herméneutique moderne : ils permettent non seulement de naviguer rapidement et efficacement dans de grandes masses de textes, mais aussi de dégager des éléments quantitatifs et objectifs du discours. Fréquence des mots, évolution du vocabulaire, expressions récurrentes, cooccurrences significatives, peuvent aisément être dégagés grâce à des outils adaptés. L’ordinateur n’analyse pas à notre place mais il nous donne à voir des éléments quantifiés et remplit ainsi des fonctions heuristiques : c’est à nous d’interpréter ces données. [Louis-Jean Calvet, Jean Véronis, Les mots de Nicolas Sarkozy, Seuil, 2008]

« L’iRiposte ça n’existe pas » ou comment l’UMP tente de se défendre sur la toile

iriposte

Capture d’écran du site de l’iRiposten Edité par Jérémy Collado

Pendant trois jours, les étudiants de 2e année ont enquêté sur la iRiposte de l’UMP, comprendre la mobilisation des militants en ligne.

Sus à la “gauchosphère”! C’est le leitmotiv de Benjamin Lancar, président des Jeunes Populaires qui a lancé fin août la “iRiposte”. On aurait pu imaginer des cohortes de militants au service du général Sarkozy, armés de leur Macbook, se lançant dans la bataille sur Twitter, Facebook et les sites d’infos. Mais au lieu d’une victoire à la Austerlitz, la iRiposte s’est fait railler dès le début comme un fail type Waterloo.

Anecdote, les Jeunes Pop ont oublié d’acheter le nom de domaine i-riposte.fr et une version parodique du site est déjà en ligne. Avec des vidéos de Nadine Morano, Secrétaire d’Etat chargée de la Famille et de la solidarité qui se déhanche, les plus belles citations de Frédéric Lefebvre, le Porte-parole de l’UMP, ou des parodies de Groland et du Petit Journal. Oups. Mais des semaines après, les iRiposteurs ont-ils fourbi leurs armes?

« On va voir une cinquantaine de militants dans toute la France”


Aujourd’hui, contrairement à l’objectif annoncé par Benjamin Lancar, c’est plutôt “une vingtaine” d’après Patrick D’Agostino, responsable web des Jeunes Populaires. “Il y a une équipe technique chargée de créer de nouvelles plates-formes, des professionnels du web mais il n’y a pas de cellule”, précise Matthieu Creux, délégué national des Jeunes Pop mais aussi co-fondateur d’iStrat, une agence spécialisée dans l’influence sur le web. Il est, avec Thomas Kolbé, coordinateur de l’équipe web formée il y a deux ans par les Jeunes Pop.

Au delà de ce noyau dur, d’autres militants s’engagent dans les fédérations. Mais combien vont vraiment “riposter”? “Je ne sais pas combien, répond Matthieu Creux. On envoie parfois des mails pour signaler des articles contre nous, mais on ne peut pas dire combien lisent ces mails et vont effectivement répondre aux attaques”. Aucun militant n’est présent sur le web à temps plein, et le travail se fait sur le temps libre, bénévolement, affirme-t-il. Comment s’organise cette petite troupe? “On fonctionne par boucle mail, par GoogleDoc. On ne fait pas de réunion régulière.” explique Thomas Kolbé.

Les responsables reconnaissent donc que les moyens sont plutôt artisanaux. Ce qui ne manque pas de faire sourire des gens comme Emery Doligé, blogueur classé à droite et conseiller en marketing digital: “Un jour, j’ai rencontré Benjamin Lancar à Europe 1, raconte-t-il. Il me salue et me dit: ‘Je vous présente l’iRiposte’ en montrant quatre mecs qui étaient avec lui. C’est une bonne blague.”

« Il faut qu’on se saisisse d’Internet”

Une autre point important de la iRiposte telle qu’annoncée par Benjamin Lancar concerne la formation des militants. Comment se servir des outils Internet, comment faire de la veille sur le web? Matthieu Creux est chargé de sensibiliser les militants des Jeunes Pop lors de déplacements dans les fédérations.

Pour le moment, toutes ne l’ont pas encore accueilli. “Il n’est pas encore venu, mais c’est prévu pour janvier, explique Marine Courtaut, responsable départementale des Jeunes Pop du Rhône. Mais il y a eu des formations à Port Marly”. En effet, le campus d’été des Jeunes Pop à Port Marly a été l’occasion de débuter cette formation. Le blogueur Emery Doligé était présent pour donner son point de vue sur l’utilisation d’Internet par les jeunes de droite. “Je leur ai dit que s’ils voulaient arriver à la cheville de la gauche, il fallait utiliser Twitter, leur statuts Facebook pour dire qu’ils étaient de droite et soutenir le gouvernement.” Le message est-il bien passé? “A l’applaudimètre, j’ai gagné” estime le blogueur. Mais pour le moment, celui-ci affirmer pourtant ne pas avoir vu de différence. La responsable local Marine Courtaut se rappelle d’avoir été plus active pendant la dernière élection: “Notamment pendant les régionales, j’allais beaucoup répondre aux articles. Par exemple un article sur un élu de la région, j’allais riposter.” “Hors période de campagne, le militant de droite ne fait rien sur le web,” diagnostique Emery Doligé.

“Une équipe répondra sur Twitter”

Sur la plateforme de microblogging, pas de raz-de-marée Jeunes Pop depuis le lancement de la i-riposte. D’ailleurs, un faux compte “iriposte” parodie l’initiative de Benjamin Lancar:

Capture d'écran compte parodique iRiposte

Le réseau compte cependant quelques dizaines de comptes Jeunes Pop actifs. @JeunesPopkemon,
un compte anonyme clairement moqueur envers les Jeunes Pop, et qui s’est fixé pour mission de recenser tous les jeunes UMP présents sur Twitter, en recense une centaine. Par ailleurs, l’objectif consistant à doter chaque fédération départementale d’un compte Twitter n’est que partiellement atteint : nous n’avons trouvé qu’une quinzaine de comptes Twitter de fédérations, dont une moitié est inactive, comme celle de Marseille dont le dernier Tweet date  du 9
avril.

Capture d'écran Twitter des Jeunes Pop de Marseille

Il y a pourtant certains Jeunes UMP actifs sur Twitter, comme @Bastienregnier qui défend bec et ongles la politique du gouvernement et les ministres lors des “live tweet” des questions au gouvernement.

Capture d'écran d'un tweet de Bastien Régnier

Cependant, le jeune homme assure être “naturellement attiré par les nouvelles technologies” et “n’avoir reçu aucune incitation à twitter depuis le lancement de l’iRiposte”. “Pour instant !”, tempère le militant.

Patrick Dagostino, membre du noyau dur de l’équipe web des Jeunes Pop chapeaute l’initiative #QAG. Lors des questions au gouvernement, les militants visent à “live twitter” : répondre en direct sur Twitter aux accusations portées par l’opposition dans l’hémicyle, et mettre en avant les qualités de leurs ministres. La timeline #QAG ne comptait pas beaucoup de Jeunes Pop ce mercredi 3 novembre.

Capture d'écran #QAG

“Nous allons animer des sites un peu durs sur la gauche”

Oh my god, un nouveau site! Un des prochains projets web évoqués par les Jeunes Pop, c’est OMG: “l’Observatoire des Mensonges de la Gauche”. Un site qui reste aujourd’hui entouré de mystère. Est-il terminé? “C’est à l’état de projet. Avancé ou pas, je ne vous dirai pas” répond Matthieu Creux. Quand sera-t-il mis en ligne? “On ne se fixe pas de deadline”. L’objectif est de créer l’évènement comme lors du lancement de la PS-Academy pendant le congrès de Reims, site parodique qui a fait la fierté de Jeunes Pop.



PS Academy
envoyé par ps-academy. – L’actualité du moment en vidéo.

OMG sera probablement attendu au tournant, puisque annoncé cet été par Benjamin Lancar. Mais d’après Jean-Lionel Nogues, responsable des Jeunes Pop de Haute Garonne et graphiste pour la « iForce », le site s’appuiera sur un blog de type WordPress, avec un thème dont il se charge de préparer le logo. Là encore, les moyens semblent limités. Pour Xavier Moisant, webmaster du site de Jacques Chirac lors de la campagne présidentielle de 2002, c’est même carrément ringard. “Il fallait faire des sites parodiques type PSstory ou OMG en 2000, juge-t-il, aujourd’hui il faut produire son propre contenu, comme des vidéos défendant une réforme et critiquant le projet du PS et le faire circuler via les réseaux sociaux.” Dans un autre registre, la genèse-même de l’idée de ce site trouve contestation en interne. « On a fait la même chose avant eux sur notre site jeunessarkozystes.fr, assure Mike Borowski, virulent opposant à Benjamin Lancar aux dernières élections pour le président des Jeunes Populaires, la chasse à la rumeur de la gauche, ce n’est pas une nouveauté, ils ont fait du copier-coller ! » De fait, sur le site des jeunes sarkozystes, une « chasse à la rumeur » est annoncée depuis mai 2010. Suivent trois rumeurs de la gauche et à peine plus de commentaires.

chassealarumeur

“Nous dénoncerons les manipulations médiatiques, répondrons aux commentaires”

Pour diffuser les idées de la majorité présidentielle, Benjamin Lancar avait évoqué l’idée de charger des militants de répondre aux commentaires sur les sites Internet d’information. Il s’agissait de remettre à leur place les internautes trop critiques envers le gouvernement ou encore de dénoncer la partialité de tel ou tel journaliste en bas de son article “du type (ceux de) Marianne” selon le président des Jeunes Pop’. Dans les faits, Antoine Daccord, chargé de l’animation de la communauté du Figaro.fr, ne voit jusqu’ici aucune différence. “L’opération iRiposte est invisible, elle est absorbée par la masse des commentaires. Nous recevons environ 300 000 commentaires par mois. D’ailleurs, les commentaires militants sont souvent identifiés par les lecteurs qui les apprécient peu et leur reprochent souvent de ne pas jouer carte sur table”.

Capture d'écran commentaire sur lefigaro.fr

“Grâce à Internet, les Jeunes Populaires seront les lieutenants de la campagne de Nicolas Sarkozy”

“Quelle erreur d’avoir communiqué sur l’iRiposte, analyse Arnaud Dassier, responsable de la campagne web de Sarkozy en 2007 et toujours acteur de la comm’ web politique avec sa propre agence. Il aurait mieux valu s’organiser en interne et occuper le terrain sur Internet sans en parler. Maintenant, ils sont attendu au tournant et ont mis la barre trop haut”. Une stratégie plus discrète aurait pu éviter la parodie de i-riposte.fr et la création du faux compte twitter.

Capture d'écran site parodique iRiposte.fr

Quand in fine nous revenons vers Matthieu Creux, des Jeunes UMP, pour lui faire part de notre bilan, celui-ci choisit clairement de relativiser: “Laissez-nous le temps! L’iRiposte est hyper récente. Ça ne se fait pas en deux jours.” De fait, il assume : “L’iRiposte ça n’existe pas. Il n’y a pas d’équipe. C’est une lubie journalistique… A l’heure actuelle c’est une coquille vide! ” Pour autant, Matthieu Creux insiste sur le fait que cela ne l’empêche pas de dormir: “Le fait d’être moqué sur Internet, on s’en fiche. Quand on est moqué, les gens parlent de nous. Ça nous fait de la pub.

Judith Duportail et Maxime Cuny
sont Etudians en journalisme à Sciences Po.
Article publié à l’origine sur le site de l’école de journalisme de Sciences Po sous le titre :
L’iRiposte des jeunes UMP: une « coquille vide » et alors?
Retrouvez les auteurs sur Twitter : @
JudithDuportail @maximecuny

Activité de votre réseau : “Gmail Api” just unfriend “Facebook” !

Ces derniers jours ont été marqués par un certain nombre d’annonces des grands acteurs du Web, et en premier lieu le dévoilement par Mark Zuckerberg de la stratégie mobile de Facebook.

Aujourd’hui, on apprend que Google a décidé de fermer l’API Contacts de Gmail à Facebook en mettant en avant le caractère asymétrique de leurs relations et le manque d’ouverture du réseau social. A mon sens ces mouvements sont importants et en disent beaucoup sur leurs velléités de gestion de notre identité numérique !

Présente-moi tes amis et ils resteront… avec les miens.


Revenons d’abord sur la fermeture de l’API Gmail. Cette API, fournie par Google, permet à des services tiers de fouiller dans le carnet d’adresses Gmail de leurs utilisateurs pour savoir qui de leurs amis utilisent déjà le service.

C’est une option qui n’est pas absolument pas anodine dans un web de plus en plus social, où la valeur d’un service va croître avec le nombre de ses contacts /amis /followers. Imaginez par exemple que vous soyez le seul à utiliser Foursquare…Ce type d’API permet ainsi de lever la plus importante barrière à l’entrée lorsque l’on s’inscrit à un nouveau service. Google a donc décider d’exclure Facebook car le réseau social n’autorise pas la réciproque et ne joue pas le jeu de la libération des données. C’est en tout cas l’explication officielle fournie par la firme de la Mountain View. Pourquoi pas ? Il est vrai que Google revendique le « pouvoir donné aux utilisateurs » dans la gestion et la portabilité de leurs données personnelles comme le Google Dashboard par exemple (cf. le blog de Peter Fleisher dont les billets défendent cette philosophie). Je crois néanmoins que la vraie raison est que le célèbre moteur de recherche ne souhaite pas favoriser davantage le développement de Facebook, et surtout pas sur le terrain de la gestion de notre identité numérique. Car l’annonce des nouvelles conditions d’utilisation de l’API Contacts est intervenue au lendemain seulement de celle du réseau social sur la dissémination de Facebook Connect sur les smartphones.

Facebook enfonce le clou de l’identifiant unique


Lors de la conférence de presse du 3 novembre, la firme de Palo Alto a présenté les deux axes de sa stratégie sur mobile.

Le premier, sans surprise, est la monétisation de la fonction de géolocalisation « Places » (dont je parlais ici) au travers d’offres de couponing numériques, et la seconde, très importante à mon sens,porte sur le déploiement de Facebook Connect sur les applis mobiles afin de faciliter l’inscription ou l’authentification à des services tiers (vidéo explicative de FB avec le Nexus One de Google ;-) ) .

one-id-rule-them-all

La fonction Facebook Connect vous permet en effet de vous logger à un site sans avoir à saisir ou à re-saisir vos informations personnelles. De cette manière, FB Connect traite de l’une des spécificités de la gestion de notre identité en ligne: la dispersion. En ligne, notre identité est fragmentée sur différents espaces, qui se traduit concrètement pour l’internaute par la gestion d’une multiplicité d’identifiants (login / mdp). On connaissait déjà cette difficulté, mais elle est exacerbée sur un mobile où il est tout de même moins aisé de retaper ses identifiants, et où le non accès à un service peut s’avérer plus critique en mobilité.

Depuis plusieurs années, un certain nombre d’initiatives émanant de différents acteurs ont été lancées précisement pour tenter de faciliter la vie des internautes qui doivent jongler avec un grand nombre de couples login/mdp: système d’authentification décentralisé pour l’utilisateur comme OpenID, standard technologique Oauth pour faciliter l’échange d’attributs entre sites, système fédéré comme Liberty Alliance et plus récemment des solutions propriétaires comme Google Friend Connect, MySpace Connect et la plus répandue désormais Facebook Connect. Pour plus de détails cf. la perle « Technologies d’authentification » Technologies Authentification Unique

Avec plus de 500 millions d’utilisateurs, Facebook est déjà incontournable comme solution d’authentification pour des usages disons « classiques » d’Internet (hors signature électronique et transactions sensibles) et avec l’extension vers le mobile la firme de Palo Alto s’apprête à prendre des positions décisives.

Établir le lien entre identité réelle et identité numérique: le Graal ?

Si pour le moment FB Connect ne peut viser que des usages classiques, cela est dû à l’autre spécificité de nos identité en ligne à savoir que « On the Internet, nobody knows that you are a dog » c’est à dire qu’un internaute ne dispose pas vraiment de moyen de prouver sa véritable identité « qui il est », et qu’il doit donc sans cesse faire la preuve qu’il dispose bien des droits pour accéder à tel ou tel service en saisissant et re-saissant ses différents identifiants. Facebook pourrait revendiquer ce lien entre réel et numérique puisque les membres sont majoritairement présents sous leur véritable identité (même si depuis quelques temps, je ne sais si vous constatez la même chose, un certain nombre de mes amis « pseudonymise » leur compte…). Toutefois le fait qu’un utilisateur puisse créer un compte avec une fausse identité ou alors un compte avec une véritable identité qui n’est pas la sienne, est susceptible de générer une suspicion générale empêchant d’aller vers des usages plus « officiels » de cette identité. Il faudrait pour cela des comptes vérifiés un peu à la manière de ce que fait Twitter avec les comptes de personnalités (il semblerait que Twitter va d’ailleurs abandonner ou en tout cas faire évoluer cette option). La valeur de cette vérification reposera sur deux éléments clés : la procédure de vérification utilisée et l’entité qui l’opère.

Aujourd’hui, cette préoccupation semble bien réelle chez Google si l’on en croit les différentes déclarations d’Eric Schmidt depuis un an environ, qui ne cesse de clamer que l’anonymat devient trop dangereux « In a world of assymetrics threats, true anonymity is too dangerous » (27’57 dans la vidéo ci-dessous à propos du futur du Web)


Ce billet a été originellement publié sur Inframarginal