Mediapart: affirmation d’une « marque media » sur le web

Par sa manière de traiter l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, le site d’information en ligne Mediapart s’affirme comme une vraie marque media, se détachant des autres pure players – Rue89, Backchich et Slate.fr – et contraignant au suivisme les organes de la presse conventionnels.

Une marque media est à l’information ce que les plus prestigieuses réussites culturelles ou entrepreneuriales sont à la création ou à l’industrie: des titres dont les valeurs affichées sont spontanément et massivement reconnues.

Les valeurs d’une marque media sont aujourd’hui l’indépendance, la fiabilité, l’innovation.

Mediapart prouve son indépendance, non seulement, dans l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, mais aussi dans tous ses contenus journalistiques et surtout dans son modèle économique fondé sur la confiance de ses abonnés.

Dans le dossier Bettencourt-Woerth-Sarkozy, la Justice et la police (pour le retrait, notamment, d’une somme de 50 000 euros le 26 mars 2007) ont validé jusqu’à présent la fiabilité de la rédaction de Mediapart.

Quant à l’innovation, elle apparaît dans la carte mentale (mind mapping) de l’affaire en question. Carte interactive qui n’est pas très originale par rapport à ce que proposent quotidiennement les sites d’information américains et britanniques mais qui, dans le pauvre contexte hexagonal, peut être saluée comme une prouesse.

Mediapart_carte_Bettencourt_2.jpg L’idée de cette carte est attribuée par Mediapart à Alphoenix. Dans l’esprit du proverbe « Une image vaut mille mot », elle explique dix fois mieux qu’un texte la structure du dossier exploré par les journalistes. Cette explicitation aurait pu être proposée par des journaux imprimés sur papier ou par des chaînes de télévision: ils ne l’ont pas fait. Mediapart l’a fait avec la supériorité du web: l’interactivité. Chaque point nodal de la carte renvoie d’un clic à un article. C’est du rich media journalistique avec une image comme porte d’entrée conduisant à des contenus textuels. L’infonaute choisit sa manière d’assimiler l’enquête.

Ce que Mediapart révèle en plus

Au-delà des informations sur l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy, le surgissement de la marque Mediapart révèle des éléments beaucoup plus importants pour le métier de journaliste et pour la démocratie.

Que la presse soit critiquée par des politiciens parce qu’elle « ouvre en plein jour les poubelles que les politiciens remplissent la nuit », c’est un grand classique depuis la III ème République. Les minables – Estrosi, Morano, Bertrand entre autres – qui osent encore recourir à cette rhétorique finiront, eux, dans les poubelles de l’Histoire.

Qu’un pitoyable ancien chiraquien rallié à Sarkozy se ridiculise à l’Assemblée nationale avec une diatribe grotesque contre internet en dit long sur le piètre journaliste qu’a pu être François Baroin.

Seuls sont dignes d’intérêt les politiciens de droite qui, tout en soutenant Eric Woerth, s’abstiennent de critiquer Mediapart parce qu’ils savent que le centre de gravité de cette marque media, Edwy Penel, est capable de faire le même travail d’élucidation contre la gauche. Il l’a prouvé, notamment dans l’affaire du « Rainbow Warrior ». Ne pas se souvenir de la hargne de Mitterrand contre l’ex-directeur de la rédaction du « Monde », c’est faire preuve d’une affligeante inculture.

Ce que révèlent aujourd’hui les attaques contre Mediapart, ce sont les pulsions d’une partie de la Droite qui se dévoile, y compris en recourant aux barbouzeries, comme sournoisement mais fondamentalement liberticide.

Alain Joannes

@aljoannes

Livre : Le journalisme à l’ère électronique

Ce billet a été à l’origine publié sur http://www.journalistiques.fr/

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