Les « agrégateurs éditorialisés », media de demain?

Proam, media-citoyens, agrégateurs d’information, blogs, site de media traditionnels, faisons le point sur ce qui se passe du coté des sites d’infos et sur ce qui semble se profiler…

On connait depuis un an, une croissance importante des media dits participatifs (ou pro-am pour professionnels – amateurs). Ce sont des sites qui mélangent plus ou moins des contenus d’origines diverses (journalistes, experts, internautes). La plupart du temps, ce sont les professionnels qui éditent ce contenu, fixant la ligne éditoriale et mettant en avant ce qu’ils jugent le plus pertinent. Dans cette catégorie on retrouve les Mediapart, Rue89, The Politico, TPM Café,… Ces sites mettent l’accent sur ce qu’ils appellent le contenu communautaire, à savoir les « commentaires » des internautes ou au mieux des blogs d’experts… A court terme tous les médias traditionnels (TV, presse écrite, radio…) intégreront cette dimension participative à leur offre internet. Ainsi, d’ici peu les sites media traditionnels ne devraient plus présenter de différence avec les pro-ams.

 

En parrallèle, des media dits citoyens vont plus loin dans leur démarche d’ouverture. Ils proposent une plus grande part de contenus rédigés par des non professionnels. Parfois, ils vont même jusqu’à laisser le choix éditorial aux rédacteurs amateurs ou aux lecteurs (par exemple via des votes). C’est le cas de Now Public, Agoravox, Oh My News,… Les articles proposés sont des contenus rattachés au site. C’est à dire que les auteurs font le choix de publier, sur la plate-forme, leur papier, leur video, leur photo et ces contenus deviennent propriété du site. Ils génèrent une audience pour le site et constitue le patrimoine éditoriale du site.

 

Enfin, nous connaissons tous les projets encore plus anciens que sont les portails (ou les agrégateurs). Le procédé utilisé par ces sites est extrèmement simple : construire des pages référençant des articles externes et les classer par thématique, chronologie, vote, etc… Digg, Technorati, Wikio, les portails d’actualité de Google, Yahoo et MSN sont aujourd’hui le meilleur générateur d’audience pour les sites d’informations et les blogs.

 

Il y a une voie mediane encore peu explorée : une nouvelle catégorie de media qui mixerait l’ensemble des pratiques citées précédemment. On pourrait l’appeler la catégorie des « agrégateurs éditorialisés ». Ces derniers porposeraient un ensemble hiérarchisé de contenus d’origine mixte (professionnels et amateurs). La hiérarchisation pourrait être réalisée soit par les lecteurs, soit par des équipes restreintes, des communautés d’éditeurs (journalistes ou non). Certains sites pratiquent déja plus ou moins cette approche. C’est le cas de Drudge Report, de Desourcesure, de Paperblog, de Betapolitique, de Wikinews, de France 24 Observers…Il me semble que les « agrégateurs éditorialisés » devraient être particulièrement appréciés par les lecteurs et les auteurs. D’abord parce que les contenus débordent et vont déborder de partout, les sources d’information ne cessent de se multiplier (les évolutions technologiques transfomant sans cesse nos terminaux en diffuseurs) et le besoin de hiérarchisation, de filtrage et d’éditorialisation deviennent plus importants que la création d’information elle-même. Enfin parceque les créateurs de contenus, souvent motivés par l’audience et la notoriété, ont un désir d’indépendance croissant ; de peur de d’être « récupérés » par des sites d’information participatifs ou des medias citoyens ils préfèreront être cités dans un agrégateur plutôt « qu’hébergés » sur une plate-forme commune.

Signal intéressant, Yahoo Actualités semble avancer un pion dans ce sens. Certains bloggueurs se voient proposer depuis peu d’intégrer le flux d’agrégation du portail. Le deal est alléchant au premier abord : Yahoo apporte de la notoriété et de la visibilité aux bloggeurs et récupère de l’audience et des liens vers du contenu pertinent. Demain cette pratique devrait s’intensifier…

mknmlpmini.jpgMichel LEVY-PROVENCAL
directeur technique « nouveaux media » de
la chaine d’information France24.
www.mikiane.com

9 Comments

  • rosselin
    27 avril 2008

    Yahoo propose effectivement à des blogueurs de rejoindre sa page, mais filtre les contenus. Ce qui serait intéressant, ce serait d’avoir une vision de leur politique éditoriale, par exemple sur le plan politique.

    JR

  • Pingback: Vu d’ici bas - WE de droit.
    27 avril 2008
  • Cedric
    28 avril 2008

    Media de demain… pour les médias. D’hier pour les pure players. Il fut un temps, chez AOL, dans les grandes années qui ont suivi l’acquisition de Time Warner, où nous étions une bonne trentaine de journalistes dans la rédaction. Oui oui, la rédaction. Pourtant, nous se sortions pas des bureaux et nous ne produisions pas – ou si peu – de contenus exclusifs.

    En fait, nous travaillions avec toutes les sources que le web nous offrait : deal avec des partenaires (agences de presse, médias classiques, pure players) ; reprise d’info vue ailleurs ; compilation et éditorialisation de « contenu généré par les utilisateurs ».
    Ce mix a très bien fonctionner éditorialement parlant. Nous arrivions à capter l’audience relativement mieux que les concurrents car nous ajoutions une réelle plus value éditoriale par dessus : nous faisions notre travail de rédacteurs.

    Bon, faut que je fasse un poste sur cette expérience là parce que c’est l’une des – mais pas la seule – clé de la réussite de ces sites, dont Yahoo, cité par Michel (bien que Yahoo ait une stratégie éditoriale différente…)

  • Simon
    28 avril 2008

    Une typologie très pertinente. Toutefois, votre définition de la catégorie « Pro-am » me semble perfectible. Ce qui caractérise les sites regroupés dans cette catégorie, c’est plutôt qu’il s’agit de projets médiatiques « pure web » qui ont intégré une dimension participative très en amont du projet éditorial. En ce sens, ils sont en avance sur les médias classiques, qui finiront effectivement par les rejoindre sur ce terrain. Mais il s’agit avant tout de projets éditoriaux portés par des journalistes et qui fonctionnent selon un modèle journalistique somme toute classique (rédactions, sources, hierarchie de l’info, ligne éditoriale).
    La deuxième catégorie que vous présentez (« les médias citoyens ») se caractérise plus par cette dimension « Pro-am », dans la mesure où le contenu est largement produit par les utilisateurs, mais où il est éditorialisé par des professionnels qui le hiérarchise et le valide, ce qui est une (certaine) garantie de qualité. Je rajouterai d’ailleurs dans cette catégorie cafebabel.com, ou même Obiwi.fr.
    Ces réserves mis à part, je partage votre point de vue sur l’avenir prometteurs des aggrégateurs éditorialisés, qui permettront de faire « le tri » dans une profusion de sources éparses et de qualité variable.
    C’est d’ailleurs pourquoi en ce sens que nous avons lancé contre-feux.com (http://www.contre-feux.com) qui mélange contenus propres produits par une rédaction « ouverte » et sélection de contenus sur des sites tiers.

  • Rodolphe
    30 avril 2008

    Pas facile de coller des étiquettes certes utiles pour se positionner mais forcément réductrices.

    L’agrégation a ses limites. A mon sens, il est nécessaire de retravailler les contenus externes pour les publier sur un média qui « agrège ». Il s’agit en effet de s’adapter à un public forcément plus généraliste.

    Vive la grande soupe

  • Perdrieu
    5 mai 2008

    Que dire en parallèle de l’évolution des modèles économiques ?
    Le modèle de production des contenus (coeur du métier de média) présenté sous la terminologie « agrégateur éditorialisé » me semble en effet dans l’ère du temps. Mais y voyez-vous aussi des changements de modèles économiques significatifs pour ces médias d’un nouveau genre ? Lesquels ?

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