Catégorie : Radio/TV

Violences à Jérusalem : une vidéo d’Al-Jazeera pleine de raccourcis et d’erreurs

« Israël affirme qu’Al-Jazeera, armée de caméras, incite à la violence à Jérusalem. C’est un mensonge. Voici la vérité. »

Benjamin-Netanyahu-vs-Al-JazeeraDans une réponse claire aux attaques du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, qui promettait mercredi dernier de faire son possible pour fermer et expulser Al-Jazeera d’Israël en raison de son « incitation continue à la violence autour de la crise du mont du Temple », un journaliste de la chaîne qatarie publiait vendredi matin une vidéo explicative sur cette dernière flambée de violence qui a coûté la vie à onze personnes :

Seul problème – outre le fait que le journaliste n’a pas estimé utile de donner, ne serait-ce qu’une seule fois, la parole aux Israéliens – la vidéo est truffée d’erreurs factuelles, d’omissions volontaires et d’interprétations biaisées.

Nier aux juifs tout attachement avec le mont du Temple

Dès son introduction, le journaliste rappelle que la mosquée Al-Aqsa est le troisième lieu saint de l’islam. Il n’est pourtant jamais fait mention du caractère doublement sacré de l’esplanade des mosquées (mont du Temple pour les juifs), aussi considéré comme le premier lieu saint du judaïsme. Si cette « omission » sert de trame narrative tout au long du documentaire, elle prend une tout autre dimension lorsque le journaliste explique qu’il va pénétrer dans l’enceinte de l’esplanade malgré les portiques de sécurité pour procéder à des vérifications « après avoir entendu que des colons juifs auraient été autorisés à entrer, malgré l’interdiction des rabbins ».

Une phrase représentative de la confusion dangereuse qui nourrit la rhétorique incendiaire de certains extrémistes. Car, si seuls les musulmans ont le droit de prier sur l’esplanade, les juifs ont parfaitement le droit de s’y rendre en visiteurs, comme le stipule le statu quo en vigueur depuis 1967. Les « interdictions rabbiniques » évoquées dans le documentaire concernent seulement quelques communautés ultra-orthodoxes, mais ne sont en aucun cas une majorité ni ne font office de loi.

Rabbinical-rulings-Al-Jazeera

Elles sont cependant encore régulièrement utilisées à des fins de propagande par ceux qui souhaitent nier aux juifs tout attachement historique, culturel et religieux avec le mont du Temple. Propagande appuyée par l’utilisation du terme « colons juifs » sans savoir si ces personnes vivent ou non à l’intérieur des frontières israéliennes reconnues par la communauté internationale et qui laisse donc sous-entendre, au mieux, que chaque Israélien qui pose le pied sur ce lieu saint est un envahisseur, au pire, que tous les juifs sont des colons en Israël.

Accuser Israël

Le journaliste poursuit son sujet en justifiant la colère des musulmans et des Palestiniens par l’installation de portiques de sécurité mais, autre oubli de taille, n’évoque pas la raison pour laquelle Israël a décidé d’installer des détecteurs de métaux à l’entrée de l’esplanade des mosquées : le 14 juillet dernier, deux policiers druzes israéliens sont abattus par trois Arabes israéliens. Des enregistrements de caméras de sécurité rendus publics par la police israélienne montrent que les assaillants se sont servis d’armes à feu, introduites dans l’enceinte du lieu saint par un complice.

Au fil de son explication, le journaliste affirme également que les Palestiniens ont continué de se révolter après le retrait de ces détecteurs de métaux jeudi dernier, car ils ont été « remplacés par des caméras de sécurité ». Ce qui est faux. Portiques et caméras ont été installés et retirés en même temps. S’il est vrai que le cabinet de sécurité israélien a bien évoqué l’installation possible d’un système de surveillance intelligent en remplacement, rien n’a encore été entériné et encore moins installé.

Aujourd’hui, contrairement à ce que ce document laisse entendre, la situation sécuritaire autour de l’esplanade des mosquées est redevenue la même qu’avant l’attaque du 14 juillet dernier. En outre, les affirmations de la femme interviewée à partir d’une minute et trente secondes, selon lesquelles elle n’a pour le moment pas le droit de pénétrer Al-Aqsa sont également erronées.

Check-Al-Jazeera

Israël, depuis le début de cette nouvelle crise, n’a jamais interdit aux femmes d’accéder à la mosquée. Seuls les hommes de moins de 50 ans se sont vus interdire par deux fois l’accès à la prière du vendredi en raison des émeutes meurtrières qui ont secoué Jérusalem-Est et plusieurs villes de Cisjordanie.
En revanche, le Waqf (autorité religieuse musulmane gardienne des mosquées de l’esplanade), a quant à lui interdit aux fidèles de passer les portiques de sécurité et de se rendre sur l’esplanade.

Vieilles polémiques

« Beaucoup de Palestiniens et de musulmans dans le monde ont peur que le lieu saint soit menacé », affirme encore le journaliste avant de revenir sur la visite de l’ancien Premier ministre israélien Ariel Sharon (alors simple député) sur le mont du Temple, dans une référence à peine voilée à la seconde Intifada. Le journaliste va même jusqu’à justifier cette peur par les fouilles archéologiques et les excavations israéliennes « qui n’arrivent pas à légitimer la revendication juive sur le mont du Temple ».

AJ+ rebuild that temple
Sans que cela ne remette en question la dimension sacrée d’Al-Aqsa pour les musulmans, est-ce réellement utile de rappeler que la présence de deux temples juifs sous l’actuelle esplanade des mosquées est un fait archéologiquement incontestable ?

Depuis toujours, Israéliens et Palestiniens s’accusent mutuellement de détruire les vestiges archéologiques qui prouvent l’attachement historique des deux peuples au lieu saint. À la fin des années 1990, une rumeur propagée puis démentie par les médias français concernant un tunnel creusé sous la mosquée Al-Aqsa avait contribué à nourrir des émeutes palestiniennes à Jérusalem-Est. Côté israélien, jusqu’à aujourd’hui, plusieurs associations d’archéologues filtrent les gravats extraits du site par le Waqf qui y réalise des travaux d’aménagement.

Une chose est néanmoins certaine. En faisant la part belle aux vieilles théories complotistes et en alimentant sciemment les peurs des Palestiniens concernant la destruction d’Al-Aqsa pour la construction d’un troisième Temple juif, ce journaliste d’Al-Jazeera simplifie à l’excès et ne contribue pas à faire taire ceux qui s’attaquent à la déontologie de son média.

Julie Eltes
@Julie_elt

 

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PRIX ALBERT LONDRES 2017

79e Prix de la presse écrite : Samuel Forey

pour ses reportages publiés dans Le Figaro.

Samuel ForeySamuel Forey (36 ans) a déjà une grande expérience du reportage en terrain difficile, qu’il s’agisse de la couverture du printemps arabe en Egypte ou du conflit syrien, notamment dans la ville de Kobane tout juste libérée. Mais son traitement de la grande bataille de Mossoul pour Le Figaro, depuis l’automne 2016, a démontré, outre un courage et un sens du terrain évidents, une justesse de regard et une écriture d’une vivacité, d’une tendresse et d’un humanisme qui le classent à l’évidence dans la lignée d’Albert Londres. Des histoires, des images, des dialogues… Du journalisme de guerre à hauteur d’hommes, attentif aux gestes et aux regards, aux guerriers et aux civils, aux armes des djihadistes comme aux roses d’un jardin de la vieille ville.

    

33e Prix audiovisuel : Tristan Waleckx et Matthieu Rénier

pour Vincent Bolloré, un ami qui vous veut du bien ?

diffusé sur France 2 dans Complément d’enquête, le 7 avril 2016.

Tristan Waleckx (33 ans) et Matthieu Rénier (34 ans) ont choisi un sujet plus périlleux et plus difficile qu’il n’y parait : l’industriel français, homme d’affaires et patron de médias, Vincent Bolloré. Autant dire qu’ils ont bourlingué, de la Bretagne natale du tycoon aux sièges de Vivendi et de Canal +, sans oublier l’Afrique (d’où proviennent 80 % des bénéfices du groupe), ses installations portuaires et ses plantations d’huile de palme ; et que le voyage visant à saisir la personnalité, mais aussi les méthodes, aspirations et ressorts de Vincent Bolloré fut compliqué. Le jury a apprécié la rigueur de ce travail qui illustre l’indépendance et l’audace de la télévision de service public en matière d’investigation. (Revoir un extrait ici)

 

1er Prix du livre : David Thomson 

pour Les Revenants (Editions Les Jours / Le Seuil).

David ThomsonDavid Thomson (36 ans) est un éclaireur, qui, durant cinq ans, a fait preuve de courage, de persévérance, d’audace et d’une formidable intégrité en donnant la parole à des Français partis faire le djihad en Syrie et de retour en France. Toujours à bonne distance de ces sources, dans un univers difficile et dangereux. Lucide et sans œillères, totalement engagé -pour RFI et pour le site Les Jours-, dans un sujet qui a dévoré sa vie sociale et personnelle. Le titre de son livre, Les Revenants, s’est désormais imposé à tous les experts de la matière pour qualifier les djihadistes de retour sur le territoire français, menaces potentielles à la sécurité du pays, comme l’ont douloureusement démontré les récents attentats. Son enquête, qui reçoit le premier Prix Albert Londres du Livre, fera date. 

Le jury présidé par Annick Cojean, était composé de : Lise Blanchet, Hervé Brusini, Thierry Desjardins, Catherine Jentile, Jean-Claude Guillebaud, François Hauter, Christian Hoche, Marc Kravetz, Jean-Xavier de Lestrade, Manon Loizeau, Alain Louyot, Jean-Paul Mari, Delphine Minoui, Michel Moutot, Philippe Rochot, Patrick de Saint-Exupéry, Frédéric Tonolli, Olivier Weber, ainsi que des lauréats des deux dernières années : Luc Mathieu, Cécile Allegra, Delphine Deloget, Claire Meynial, Sophie Nivelle-Cardinale et Etienne Huver.

Qui était sélectionné?

via La Scam. Photo de couverture.

le-journal

Les clés des médias : Un réseau social, ce n’est pas un journal

L’Observatoire des Médias vous partage cette vidéo de France TV Éducation.

En ce mois de juin, le Canard boiteux a lancé un défi aux élèves : raconter chacun leur année au collège sur leur réseau social préféré. De son côté le journal sortira un numéro spécial où ses reporters raconteront l’année à leur façon. A la fin du mois on compare : rien à voir entre ce que racontent les élèves et les journalistes. Un réseau social ce n’est pas un journal : plus de subjectivité, plus de buzz, moins de synthèse, moins d’information.


Un réseau social, ce n’est pas un journal

RÉALISATEUR(S) : Mathieu Decarli & Olivier Marquézy
PRODUCTEUR(S) : LA GENERALE DE PRODUCTION; FRANCE TELEVISIONS; RADIO FRANCE; CANOPE; LE CLEMI; Avec le soutien de du ministère l’éducation nationale – Direction du numérique pour l’éducation; Avec le soutien du collectif Enjeux e-médias
AUTEUR(S) : Bruno Duvic
ANNÉE : 2016

#Explicite, le bébé média aux 58 parents ex-iTélé

Il y avait du monde, ce lundi après-midi dans les beaux quartiers de Paris pour les 58 ex itele (une trentaine présents) d’Explicite, qui faisaient leur conférence de presse. Deux conférences de presse en une : l’annonce du projet et de son lancement immédiat, dès vendredi pour l’investiture de Donald Trump.

Un lancement dès vendredi

Si ce lancement rapide est possible c’est que les moyens sont limités et que le format est léger. Non ces ex-iTélé ne lancent pas une chaîne d’info en continu, ni un site d’information à proprement parler : ils se jettent dans la gueule du loup des réseaux sociaux, en produisant vidéos, interviews, émissions, podcasts ou diaporama pour les réseaux sociaux, « pour le moment ».

58 journalistes, dont deux non ex-iTélé, pour le moment

Le « pour le moment » est revenu plusieurs fois lors de cette conférence de presse et c’est bien normal. 58 personnes pour le moment, pas de modèle économique pour le moment, pas de montant fixé pour la somme demandée en crowdfunding pour le moment, pas de limite à la taille de cette rédaction non plus, pour le moment. Combien de temps le modèle autofinancé pourra-t-il tenir, on ne sait pas non plus, et cela dépendra des bonnes âmes dans un premier temps, puis des investisseurs dans un second temps. Une chose est sûre : ce ou ces investisseurs devront respecter une charte d’indépendance à laquelle les ex-itele tiennent comme à la bonnette de leur micro.

Olivier Ravanello haussera le ton au moment de prononcer ces mots : « On ne touche pas à l’indépendance des journalistes. Ça devrait être dans la tête de tout le monde ». Poke Bolloré & sa clique.

Le projet se veut sexy. Un joli logo (une agence accompagne bénévolement le projet), un habillage que l’on découvrira cette semaine, mais surtout une équipe « prête à l’emploi » comme le dit Olivier Ravanello, qui se trouve être le president de l’association des journalistes associés qui éditera les productions « Explicite ».

Spécifité et non des moindres de cette rédaction : « elle aime et elle a envie de travailler ensemble ». Petite allusion au fait que la grève avait été provoquée par la volonté de Bolloré d’imposer Jean-Marc Morandini à l’antenne de la chaîne Itélé ?

Explicite, des contenus avec une seule contrainte : la qualité journalistique

Au niveau des contenus, pas de contrainte de formats. Pas de grille, donc virtuellement pas de limites. Mais pas de site de destination non plus pour les héberger : « on vous proposera une sorte de chaîne info à la demande », annonce Olivier Ravanello.

Reportages, courts ou longs, ou alors plusieurs épisodes dans la journée d’un même reportage feuilletonnant.

La proposition convainc un peu moins lorsque l’équipe nous propose de « passer au crible les grandes mesures des candidats à la présidentielle », mais on demande à voir et à entendre, bien entendu.

De l’innovation technique

Après le joli plateau de France Info sur le canal 27 de la TNT, est-ce que la prochaine innovation en matière de journalisme mobile viendra d’Explicite? C’est possible.

L’un des ex salariés d’iTélé participe au lancement d’une structure technique baptisée Youbelive, qui rejoint le projet Explicite et qui permettra de déployer plusieurs directs vidéo interactifs à la fois : « 10 journalistes en immersion dans un événement », nous promet-on. Si c’est bien fait, il se peut que cela soit efficace et pas seulement gadgétoide.

L’ombre d’iTélé à effacer

Est-ce que ce projet est une sorte de thérapie de groupe pour journalistes échaudés après un mois de grève ? Il est bien possible que non. Néanmoins, lorsqu’on demande aux intéressés si ils continuent, en parallèle, à chercher du travail, la réponse est oui. Il est donc possible que quelques personnes quittent le navire à peine mis sur les mers de l’information. Mais une chose est sûre : Explicite va leur « permettre d’aller jusqu’au bout des choses, ce qu’ils n’avaient pas forcément pu faire dans [leur ancienne] maison » en ce qui concerne par exemple l’interactivité avec le public sur le sport, lance François Pinet.

Un financement à venir

« Des bonnes fées se sont penchées sur le berceau » : l’image est belle, et l’on parle donc d’une agence de design pour le logo et l’habillage des contenus, de la salle pour cette conférence de presse, qui servira aussi pour des émissions.

Pour le reste, l’équipe d’Explicite attend beaucoup d’une levée de fonds via crowdfunding pour un montant auquel ils réfléchissent encore, levée de fonds qui permettra de prouver la sexytude du projet auprès de vrais investisseurs.

Olivier Ravanello l’a martelé plusieurs fois : il verrait bien un groupe s’intéresser, investir dans le projet pour lui assurer sa viabilité.

Un groupe média s’était intéressé à la chaîne iTélé (et à son canal TNT) : le Groupe Le Monde. Interrogée par L’Observatoire des Médias, Sonia Chironi admet que oui, « avec la minorité de blocage de sa rédaction, Le Monde serait un groupe dont Explicite pourrait étudier les propositions ». Chiche?

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Les journalistes, premières victimes de la répression en Turquie

« Aujourd’hui, nous avons le record du nombre de journalistes en prison. Nous avons dépassé tous les régimes autoritaires et totalitaires du monde ». Au cours de l’entretien que nous avons eu, en septembre, dans un vaste bureau au dernier étage du quotidien Cumhuriyet,  le journaliste Kadri Gürsel, dressait le constat amer d’une presse turque en pleine épuration. « Le journalisme est mort en Turquie. Il ne reste plus que des médias sous le contrôle du pouvoir. Leur fonction n’est que de relayer la parole officielle. Les autres sont réduits au silence « , nous disait cet ancien journaliste à l’AFP, membre du comité directeur de l’Institut de la presse internationale (IPI) et spécialiste de politique étrangère.

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Quelques semaines plus tard, le 31 octobre, Kadri Gürsel était lui aussi arrêté, avec huit de ses collègues. la police a lancé un raid sur le journal et a dont les cadres sont accusés de liens avec des organisations terroristes. Ils croupissent depuis en prison. Au total, environ 145 journalistes et écrivains seraient actuellement détenus en Turquie selon le décompte de la plateforme indépendante P24. La moitié des journalistes emprisonnés dans le monde le sont par le régime turc.

« Je n’ai jamais connu pire situation pour les journalistes. Même pendant les périodes de junte militaire. »

« Je n’ai jamais connu pire situation pour les journalistes. Même pendant les périodes de junte militaire. » Celui qui porte ce regard sombre sur le paysage médiatique en Turquie n’est pas le premier venu. Hasan Cemal, 47 ans de carte de presse, est l’une des grandes figures du journalisme politique turc. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, autour de 2005, Hasan Cemal était pourtant une voix écoutée jusqu’au sommet du pouvoir. Sa plume était bienveillante à l’égard d’Erdogan. Aujourd’hui, comme tous les démocrates, il est désabusé. Et il n’a plus de mot assez dur pour décrire l’atmosphère dans laquelle est plongé son pays.

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Hasan Cemal a été une victime parmi d’autres de la grande « purge » des médias lancée par Recep Tayyip Erdogan. En 2013, il a été licencié du grand quotidien Milliyet, tout juste racheté par un homme d’affaires lié au gouvernement et patron de la fédération turque de football, Yildirim Demirören. Sa carte de presse lui a été supprimée pour la première fois depuis 1969, en septembre. « Tous mes collègues sont en exil, en prison, ou privés de leur travail. Erdogan veut une presse servile, à sa botte », constate Hasan Cemal.

L’ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet, Can Dündar, lui, a été contraint à l’exil après avoir été condamné à une lourde peine de prison et victime d’une tentative d’assassinat à la sortie du tribunal. Sa faute: avoir publié les preuves de livraisons d’armes par les services secrets turcs à des groupes radicaux syriens. Dündar avait été nommément pris pour cible par Erdogan. « Il le payera cher », avait fulminé le président turc.

Très tôt convaincu de la nécessité de contrôler l’information, dans un pays grand consommateur de journaux, l’homme fort de la Turquie arrivé au pouvoir en 2003, a rapidement fait le ménage dans le paysage médiatique. Dès 2009, il met à genoux le puissant groupe Dogan, qui détenait les plus grands titres (Hürriyet, Milliyet, Posta) et la chaîne CNN Türk. Frappé par un redressement fiscal de 3,7 mds de dollars, le groupe est dépecé, vendu en partie à des hommes d’affaires proches du parti au pouvoir, l’AKP. Le journal Sabah est lui aussi racheté par un groupe, dirigé par le gendre d’Erdogan.

Répression en Turquie : les réseaux sociaux aussi

La censure d’internet et des réseaux sociaux est une autre forme prise par la mainmise du pouvoir turc. Youtube avait été bloqué de longs mois, déjà en 2007. La moitié des tweets bloqués en 2015 par des administrations étatiques l’ont été par la Turquie. Ce black-out sur l’information est devenu particulièrement criant à partir des émeutes du parc Gezi, en 2013. Depuis, les interventions incessantes du pouvoir politique ont laminé toute une profession.

Des centaines de journalistes, de toutes les sensibilités politiques, ont été licenciés depuis 2013 avec l’épuration lancée par Erdogan contre la presse. « Aujourd’hui 90% de la presse est contrôlée par Erdogan et ses proches. Ils ne parlent que d’une voix, ne font que s’incliner, servir, répéter la parole officielle », estime Hasan Cemal.

Depuis le 15 juillet et le coup d’Etat manqué, la répression frappe tous azimuts : la presse critique de gauche, mais aussi les médias jugés « pro-kurdes » ou conservateurs… Renforcé par l’état d’urgence, le pouvoir a fait fermer des chaînes de télévision, radios, sites internet et le quotidien Özgür Gündem. Journalistes, éditeurs et même les membres du comité de soutien de ce journal sont poursuivis par la justice, y compris Erol Önderoglu, courageux correspondant de Reporters Sans Frontières depuis plus de 20 ans.

Enfin, la presse proche de la confrérie de Fethullah Gülen, ancien allié devenu rival et soupçonné d’être le cerveau du coup d’Etat, a été anéantie. Le groupe de presse Ipek, qui détenait plusieurs chaînes télé et quotidiens, a été saisi par la force et placé sous tutelle en octobre 2015. Le journal Zaman, vaisseau amiral de la confrérie Gülen qui tirait à 700.000 exemplaires par jour, a été pris d’assaut par la police antiémeutes et réduit au silence. Des dizaines de ses journalistes et éditorialistes ont été mis derrière les barreaux, d’autres poussés à l’exil.Au total 170 médias ont été interdits ces quatre derniers mois.

C’est peut-être à l’étranger que se trouve l’avenir des médias turcs. C’est l’avis de Can Dündar qui devrait lancer prochainement une web tv turcophone depuis son exil allemand.

Guillaume Perrier

Les entretiens avec Kadri Gürsel et Hasan Cemal sont à retrouver dans « Erdogan, l’ivresse du pouvoir« , un film documentaire de Guillaume Perrier et Gilles Cayatte (Alegria Productions), sur Arte à 20h50.

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O. Schrameck se réveille-t-il sur iTELE ? : « tout ne peut s’acheter avec de l’argent »

La grève à iTELE a pris fin le 16 novembre après un mois d’un conflit douloureux et qui aura vu partir des grands noms de la chaîne d’informations en continu. Un arrêt de la grève obtenu suite à la signature par la SDJ d’I-Télé et les dirigeants du groupe Canal d’un protocole d’accord, que l’Observatoire des Médias a publié. Après la fin de la grève à iTELE, le CSA doit maintenant veiller au respect de l’indépendance de la rédaction, a rappelé mardi son président, Olivier Schrameck, au micro d’Europe 1.

« Ces 31 jours de grève se terminent sur un sentiment de tristesse. Je voudrais exprimer des sentiments particuliers à l’égard des journalistes, dont l’équipe se dissout dans des conditions terribles » : le grand manitou du gendarme de l’audiovisuel a fait part de son soutien aux salariés. Et nous sommes émus. Mais où était le CSA pendant ce mois de grève?

Olivier Schrameck se réveille-t-il sur iTELE ? : «tout ne peut s’acheter avec de l’argent» »

Comme on peut le voir dans le protocole d’accord, les salariés n’ont pas obtenu le retrait de Jean-Marc Morandini de l’antenne. Ils ont obtenu une sorte de cordon sanitaire anti-Morandini, comme nous l’avions évoqué ici :

 

La défense du patron du CSA : « nous avons exercé notre compétence déontologique »

Une charte éthique doit être rédigée, dans le cadre de la loi Bloche, dans les quatre mois. « Tout ne peut pas s’acheter avec de l’argent mais bien entendu, les problèmes d’argent sont au centre des conflits sociaux. Ils ne sont pas de notre compétence. En revanche, nous avons une compétence déontologique et nous l’avons exercée« , précise le président du CSA.

csa-charte-ethique-groupe-canalComme l’observatoire des Médias l’a montré, parmi les annexes jointes au protocole d’accord, figuraient deux versions de la charte d’éthique du groupe Canal Plus. De son côté, le Conseil supérieur de l’audiovisuel a en effet demandé qu’un « comité d’éthique soit reconstitué » Et Olivier Schrameck de préciser :  « J’ai reçu hier des indications provenant de la chaîne iTÉLÉ, nous sommes en train de les examiner et de vérifier qu’elles sont conformes au principe d’indépendance qui est consubstantiel à l’existence d’un comité d’éthique« , en concluant sur ce sujet : « Il n’y pas d’éthique respectée sans indépendance reconnue ».

Enfin, en rappelant ce qui fait le fondement de la convention de la chaîne, Olivier Schrameck répétera ce qu’il avait déjà dit lors des auditions des dirigeants de Canal Plus au CSA : le gendarme de l’audiovisuel tient à veiller à ce qu’i-Télé ne devienne pas une chaîne de divertissement. « Pour l’instant, Vincent Bolloré a dit clairement que ce n’était pas son intention », note Olivier Schrameck. « S’il arrivait qu’on vienne à confondre information et divertissement, alors ce serait les conditions même de la chaîne qui se trouveraient modifiées substantiellement », affirme-t-il. Auquel cas, la chaîne encourrait des sanctions.

 

L’Observatoire des Médias vous propose de voir l’intégralité de l’interview d’Olivier Schrameck : 


Olivier Schrameck : « Nous avons reçu des… par Europe1fr

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Document : Le protocole d’accord qui met fin au conflit à #iTélé

Il est là. Il a enfin été signé. Mais pas par tout le monde. Le « protocole de fin de conflit » entre direction et représentants des salariés a été signé avant-hier, le 16 novembre, à l’exception notable des syndicats +Libres – majoritaire dans le groupe Canal+ –, de la CGT, et de la CFDT.
Il acte la reprise du travail à i-Télé/CNEWS. Visiblement, les reportages continueront à être diffusés en boucle sur l’antenne de la chaîne info jusqu’à la fin de cette semaine. Pour le moment, il est prévu que la reprise du travail soit effective dimanche à 14 heures, afin de pouvoir être en direct à 18 heures. Ou alors lundi matin.
D’ici décembre, il est bien possible qu’il y ait au final entre 50 et 60 personnes qui négocient leur départ. Une hécatombe.

L’Observatoire des Médias s’est procuré ce fameux protocole d’accord tant attendu. Le document original, disponible à la fin de ce billet, est disponible en version intégrale, annexes comprises. L’Observatoire des Médias a tout de même choisi d’anonymiser les noms des représentants syndicaux, qu’ils aient signé l’accord ou pas.

Un protocole d’accord entre la Direction et la SDJ d’ITELE/CNEWS

IL A ETE ARRETE CE QUI SUIT Afin de mettre fin au conflit collectif opposant depuis le 17 octobre 2016 les collaborateurs de la chaîne ITELE / CNEWS et la Direction au sujet de la mise à l'antenne de Jean-Marc MORANDINI, de la direction de la rédaction et de la stratégie éditoriale de la chaîne, et de la mise en place d'une charte éthique au sein de cette dernière, la Direction et la SDJ d'ITELE/CNEWS, avec les organisations syndicales et en présence des secrétaires des instances sociales ont accepté de prendre les engagements réciproques tels que définis ci-après

ITELE / CNEWS restera une chaîne d'information en continu agrémentée de magazines d'information dans le respect total de la convention la liant au CSA. La grille prévisionnelle des programmes d'ITELE / CNEWS telle que présentée en CE du 27 octobre 2016 figure en annexe du présent protocole de fin de conflit. Après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés, tant sur les moyens que les contenus, la grille sera décidée par la Direction et présentée aux équipes concernées, par tranche et par émission. En attendant, une grille provisoire, allégée décidée par la Direction après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés sera mise en place au redémarrage de l'antenne. • L'indépendance éditoriale de la Chaine est garantie par la convention CSA et par les Chartes (Annexe). Il est en particulier expressément rappelé que, conformément aux termes desdites chartes, chaque chaîne, chaque rédaction du groupe C+ se doit de refuser toute pression ou directive, d'où qu'elle vienne, qui pourrait porter atteinte à son indépendance éditoriale. Par dérogation à l'article 5 du présent protocole, cette disposition continuera à s'appliquer sans limite de temps, y compris dans l'hypothèse où, pour quelque raison que ce soit, le présent protocole d'accord cesserait de s'appliquer. • Dans la semaine suivant la promulgation de la loi Bloche, une réunion sera organisée entre la Direction et la SDJ. Au cours de cette réunion, un calendrier de négociation des modalités de mise en oeuvre de cette loi d'ici au 31 mars 2017 sera établi. • Conformément aux engagements pris par la société SESI envers le CSA, le comité d'Ethique de SESI dont la mission est de veiller au pluralisme sur la chaîne sera reconstitué et réuni avant la fin de l'année 2016.Bonne nouvelle! Il s’agit d’une chaîne d’infos en continu. Agrémentée de magazines d’information. Manque de pot, dans magazines d’information, il y a aussi la tranche « Morandini ». L’animateur est gratifié d’un paragraphe spécial dans l’accord de fin de conflit.

Le cas Morandini

La Direction ayant refusé sa mise en retrait, Jean-Marc MORANDINI restera à l'antenne et elle s'engage à ce que cette émission soit soumise à la même exigence de rigueur et de déontologie que l'ensemble des émissions d'ITELE / CNEWS. L'ensemble des collaborateurs d'ITELE / CNEWS (reporters/JRI, envoyés spéciaux, rédacteurs en chef, rédacteurs en chef adjoints, services édition, digital, documentation, production, technique, coordination médias, etc.), les techniciens et les collaborateurs de la production de l'UES CANAL+ pourront refuser de travailler pour toute émission présentée et/ou produite par Jean-Marc MORANDINI (ci-après « l'émission de Jean-Marc MORANDINI »), sans que ce refus ne puisse entraîner sanction disciplinaire, retenue sur salaire, ou encore discrimination dans le parcours professionnel. Sur le plan opérationnel, il est précisé que : Les images tournées par les équipes ITELE / CNEWS ne pourront être utilisées dans l'émission de Jean-Marc MORANDINI sans l'accord du rédacteur en chef jour. Les séquences de l'émission de Jean-Marc MORANDINI ne seront pas exploitées sur les autres tranches de l'antenne et Jean-Marc MORANDINI n'apparaîtra pas dans les JT d'ITELE / CNEWS, sauf circonstance exceptionnelle et uniquement après validation du rédacteur en chef jour. Les tranches précédant l'émission de Jean-Marc MORANDINI n'auront pas l'obligation de « teaser » cette émission. Les équipes du service digital d'ITELE / CNEWS ne seront pas contraintes de rendre compte sur les réseaux sociaux de l'émission de Jean-Marc MORANDINI, ni de mettre en ligne les extraits de cette émission sur le site ITELE / CNEWS ou sur n'importe quel autre support.

Sur l'antenne d'ITELE / CNEWS, l'émission de Jean-Marc MORANDINI sera circonscrite aux génériques, jingles, pages de publicité et auto-promotion. Par dérogation à l'article 5 du présent protocole, les engagements exposés au présent point s'appliqueront tant que l'émission de Jean-Marc Morandini, telle que définie ci-dessus, figurera à l'antenne de ITELE/CNEWS y compris dans l'hypothèse où pour quelque raison que ce soit, le présent protocole d'accord cesserait de s'appliquer.

Bien entendu, rien dans cet accord sur l’exploitation des images par Morandini sur ses médias. Lors de ses premières émissions « Morandini Live« , on n’avait pas entendu de « retrouvez les infos sur le blog ‘jeanmarcmorandini.com' ». Si le respect des chartes est effectif, cela devrait continuer…

Serge Nedjar aura toujours ses deux casquettes

C’était l’une des grandes revendications des salariés de la chaîne. Serge Nedjar se retrouvera flanqué d’un adjoint, mais gardera les deux fonctions de Directeur Général d’ITELE / CNEWS et Directeur de la rédaction d’ITELE / CNEWS.

Serge NEDJAR est Directeur Général d'ITELE / CNEWS et Directeur de la rédaction d'ITELE / CNEWS. Il est convenu qu'un nouveau Directeur de l'information délégué, prioritairement choisi au sein des effectifs actuels ITELE / CNEWS, sera nommé au plus tard le 15 décembre 2016.

CNEWS Matin (ex-Direct Matin),  dans les murs, bientôt partenaire?

Les relations entre ITELE / CNEWS et Direct Matin / CNEWS Matin sont totalement transparentes et leurs rédactions sont indépendantes l'une de l'autre. Tout projet de partenariat entre les 2 sociétés prendrait la forme d'une convention qui serait soumise à l'information eUou à a consultation préalable des représentants du personnel de l'UES CANAL+ (CE et CHSCT).

Comme le fait remarquer un représentant syndical non-signataire à L’Observatoire des Médias, rien n’empêchera Vincent Bolloré de proposer à des salariés de CNews Matin (ex Direct Matin) de démissionner pour être ensuite embauchés par CNews (ex I-Télé).

Dès lors, qu’est-ce qui empêchera encore plus simplement à un journaliste de la télé de collaborer pour son ex journal?

Le volet social : pas de PSE, mais des ruptures conventionnelles

Tout salarié titulaire d'un COI avec la société SESI, et ce quel que soit son statut et son poste, pourra solliciter, en considération des causes du conflit auquel il est mis fin, une rupture conventionnelle conformément aux dispositions des articles L. 1237-11 et suivants du Code du travail. La Direction s'engage à accepter cette rupture conventionnelle et à verser une indemnité définie par application d'un référentiel d'indemnisation exceptionnel de 2 mois de salaire brut par année d'ancienneté et ce, jusqu'à 12 ans d'ancienneté, sans que l'indemnité puisse être inférieure à 6 mois de salaire brut. Cette indemnité sera majorée d'un mois de salaire brut par année d'ancienneté au-delà de 12 ans. L'ancienneté prise en compte pour l'indemnité globale de rupture conventionnelle sera calculée selon les règles suivantes : Les années incomplètes seront prises en compte prorata temporis, Les périodes continues de COD et de CDDU qui se sont succédées préalablement à l'embauche en COI seront intégralement prises en compte: pour les COD et les CDDU, une ancienneté de 10 mois équivaudra à 12 mois. Les piges éventuelles préalablement à l'embauche en COI seront également intégralement prises en compte dans le calcul de l'ancienneté selon le calcul suivant : la réalisation d'au moins une pige au cours d'un mois donné équivaudra à un mois d'ancienneté et l'ancienneté totale sera arrondie à l'entier supérieur.

L'indemnité globale de rupture conventionnelle intégrera le montant correspondant à l'indemnité conventionnelle de licenciement. L'ancienneté retenue pour le calcul de l'indemnité conventionnelle de licenciement sera décomptée selon les dispositions conventionnelles applicables au statut du collaborateur telles qu'elles figurent en annexe du présent protocole d'accord. Le salaire pris en compte pour le calcul de l'indemnité sera égal au douzième des salaires de base bruts perçus au cours des 12 derniers mois précédant la signature de la rupture conventionnelle, après neutralisation d'une éventuelle période de grève, majorés du treizième mois, de la prime d'ancienneté et de la prime de polyvalence. Les autres primes conventionnelles récurrentes liées aux spécificités métiers (prime de bureau, prime VS, etc.) ainsi que les contrats d'image seront pris en compte dans le cadre de l'indemnité globale de rupture. Pour les bénéficiaires d'un Bonus sur Objectifs (BSO), celui-ci sera versé à hauteur de 85% pour l'exercice en cours. L'application du référentiel n'exclut pas le bénéfice d'autres dispositions telles que des mesures d'outplacement ou de formation qui pourront si nécessaire, faire l'objet d'un arbitrage en commission de suivi.

La demande de 1er rendez-vous auprès des services RH devra être formalisée avant le 25 novembre 2016 et la signature de la rupture conventionnelle devra intervenir au plus tard le 23 décembre 2016. La date de sortie des effectifs sera fixée au plus tôt le lendemain de la date d'homologation (pour mémoire, cette homologation devra être expresse pour les salariés protégés) et au plus tard dans les 3 mois qui suivent l'homologation, sauf accord des parties. • Les salariés en CDD qui le souhaiteront seront reçus par la Direction des ressources humaines afin, s'ils en expriment la volonté, d'anticiper la fin de leur mission. Dans ce cas, le contrat sera immédiatement rompu et le salarié bénéficiera d'une indemnité égale à la rémunération qu'il aurait dû percevoir jusqu'au terme de son contrat ainsi que de la prime de précarité. Afin de faciliter les démarches administratives, il est convenu que l'attestation Pôle Emploi indiquera expressément que la rupture anticipée d'un commun accord du CDD est intervenue « à l'initiative de l'employeur». • Les pigistes qui ne souhaiteraient plus collaborer pour la chaîne ITELE / CNEWS pourront être sollicités, en fonction des besoins, sur d'autres chaînes du Groupe. A cet effet, les pigistes le souhaitant seront reçus collectivement et individuellement par la Direction des ressources humaines pour faire le point sur leur situation. Les représentants du personnel pourront intervenir en soutien ou accompagnement. A cette occasion, l'historique de collaboration sera examiné pour chaque pigiste d'ITELE, ce qui permettra d'apprécier leur situation. • Les collaborateurs en contrat d'alternance pourront solliciter une rupture de leur contrat sous réserve qu'ils aient trouvé un autre employeur pour poursuivre leur formation. • La Direction s'engage à remplacer, par le biais de recrutement de salariés en CDI, les salariés de la société SESI quittant l'entreprise dans le cadre d'une rupture conventionnelle établie en application du présent accord de fin de conflit. Les postes concernés seront ouverts en priorité aux collaborateurs en CDD ou en contrat de pige au sein de la société SESI à compétences équivalentes. Les recrutements devront obligatoirement intervenir dans un délai de 4 mois suivant la sortie des effectifs du salarié concerné, sauf difficulté particulière de recrutement. Les salariés recrutés dans ce cadre bénéficieront également des dispositions du présent accord relatives à la participation des salariés de la société SESI et des techniciens de l'UES CANAL+ à l'émission de Jean-Marc MORANDI NI.

Un paragraphe anti « chasse aux sorcières »

Le volet social se termine par cette mention : « Les salariés qui choisissent de rester dans l’entreprise ne pourront pas faire l’objet d’une sanction disciplinaire ou l’objet de tout type de discrimination (tant salariale que dans leur parcours professionnel) au regard de leur position ou leur prise de parole pendant le conflit. »

Capital pour tous les salariés grévistes qui choisiront de rester dans l’entreprise.

La charte éthique du groupe Canal Plus, signée en 2008

Le document de protocole de fin de conflit comprend comme première annexe la « Convention entre le CSA, agissant au nom de l’État, d’une part, et la société S.E.S.I., ci-après dénommée l’éditeur, d’autre part, concernant le service de télévision CNEWS ».

charte-ethique-groupe-canalLa deuxième annexe est un document rare : la charte éthique du groupe Canal Plus, signée en 2008. Un vieux document dont le préambule est signé par Bertrand Meheut, arrivé chez Canal en 2002 et mis à la porte en 2015. Il comporte plusieurs passages surlignés. Ont-ils été surlignés par le passé dans ce document scanné, où ont-ils été surlignés spécifiquement pendant ce conflit à i-Télé? L’Observatoire des Médias n’a pas cette information. Mais ce qui est certain, c’est que la lecture de ces passages fait véritablement écho aux revendications des grévistes.

deontologie-2008-canal-plus

L’annexe suivante est la charte dans sa version de 2002, où plusieurs passages sont aussi surlignés, sur l’indépendance éditoriale :

independance-editoriale-2002-canal-plus

Allez, on relit le dernier paragraphe à Serge Nedjar, et on fera bien lire ce passage à son futur adjoint : « Chaque chaîne, chaque rédaction se doit de refuser toute pression ou directive d’où qu’elles viennent qui pourraient porter atteinte à son indépendance éditoriale ».

Lorsqu’un journaliste lui avait demandé fait remarquer que  « Le distinguo business/contenu disparaît si vous allez déjeuner avec les annonceurs », Serge Nedjar  avait rétorqué « La chose ne se discute même pas : la direction de la chaîne et la direction de l’éditorial c’est une seule et même personne et c’est moi ».

Une grille qui sera difficile à tenir

L’avant-dernière annexe est la grille prévisionnelle des programmes d’ITELE / CNEWS telle que présentée en CE du 27 octobre 2016. Comme stipulé plus haut,  « après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés, tant sur les moyens que les contenus, la grille sera décidée par la Direction et présentée aux équipes concernées, par tranche et par émission. En attendant, une grille provisoire, allégée décidée par la Direction après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés sera mise en place au redémarrage de l’antenne. »

grille-cnews-protocole-accord

Voici l’intégralité du document « PROTOCOLE D’ACCORD DE FIN DE CONFLIT ITELE/CNEWS », où à la fin est présent le tableau de calcul des indemnités de licenciement :

inspection du travail itele-canal-plus

Itélé – Document : quand l’inspection du travail écrit aux dirigeants de Canal Plus

Cinq semaines. Ce lundi 14 novembre, la rédaction (et les techniciens) d’i-Télé entament leur cinquième semaine de grève. Ce n’est pas compliqué, il s’agit bel et bien d’un record pour une chaîne de télévision privée. Aujourd’hui, à 12 heures, une rencontre est prévue entre la direction du groupe Canal Plus et les ministres Myriam El Khomri (Travail) et Audrey Azoulay (Culture), au Ministère du Travail.

L’Observatoire des Médias révèle ici les extraits d’un courrier électronique envoyé le mercredi 2 novembre 2016 par l’inspectrice du travail “Unité Départementale des Hauts-de-Seine Inspection du travail Unité de contrôle n°7 des Hauts de-Seine Section 8” à Jean-Christophe THIERY, patron de Canal +, et en copie Sandrine MORIN, DRH du groupe. Des extraits de ce courrier avaient été publiés par Les Jours. L’Observatoire des Médias vous propose la quasi-intégralité de ce document.

Objet : dénonciation de dysfonctionnements dans la consultation du CE et du CHSCT à propos du projet « News Factory »

[…]

Informée de dysfonctionnements concernant les institutions représentatives du personnel de Canal + (comité d’entreprise et CHSCT notamment) et du contexte actuel de grève des salariés de la chaine I-TELE, je me suis présentée vers 16h30 le 24 octobre 2016 afin d’effectuer une visite de contrôle.

[…]

il ressort de mon contrôle du 24 octobre 2016 que les élus, de tous bords confondus, dénoncent les agissements de votre direction consistant à:

-refuser de transmettre les informations sur l’ensemble du projet « News Factory » alors que ces informations sont évidemment nécessaires à la consultation régulière du CE et du CHSCT, compte tenu du rôle et des missions dévolues à chacune de ces institutions (en l’espèce celle de donner un avis sur l’ensemble du projet News factory) ,

-la mise en marche forcée du projet News Factory sans consultation préalable des instances représentatives du personnel CE et CHSCT, ce qui s’est déjà concrétisé par le déménagement décidé « manu militari » pendant le week-end de plusieurs bureaux de journalistes de la chaine d’info en continue I-TELE (du 3ème étage vers le 2ème étage) sans informer individuellement les personnes concernées,

– prévoir dans un contexte tendu de grève, l’emménagement de 120 journalistes du journal DIRECT MATIN au 3ème étage en lieu et place des journalistes de I-TELE désormais concentrés au 2ème étage,

– jeter à la poubelle les affaires de salariés d’I-TELE non informés individuellement du déménagement de leur bureau décidé pendant le week-end,

-refuser la médiation demandée par les représentants du personnel, sans prendre le soin de prévenir le syndicat + Libre et alors que la Direction des Ressources Humaines avait commencé à œuvrer en ce sens en organisant une réunion.

[…]

J’ai aussi personnellement constaté la mise en marche du projet News Factory concrétisée le 24 octobre 2016 vers 17h00 par le fait que 3 ouvriers étaient encore activement occupés à travailler au 3ème étage du bâtiment B du site Arcs-de-seine sous la direction de Mme Sophie Allègre, Directrice des Aménagements et Moyens Généraux afin de préparer l’arrivée imminente des 120 salariés de DIRECT MATIN (prévue pour avoir lieu mercredi 02 novembre 2016).

L’ensemble des faits constatés lors de mon contrôle et les explications recueillies notamment auprès de la DRH Sandrine MORIN et la Directrice des affaires Sociales Elodie BOUVET-LUSTMAN me confortent dans l’existence d’une entrave au fonctionnement régulier du CE et du CHSCT, à savoir :

-Le fait, pour la Direction de ne pas donner à la Présidente du CHSCT les informations nécessaires pour communiquer aux instances sur la globalité du projet News Factory alors que ce projet, nécessairement stratégique, aura un impact sur les conditions de travail, la ligne éditoriale et l’organisation du travail des salariés.

-la mise en marche accélérée du projet News Factory (déménagement de bureaux, installation d’enseigne faite à la va-vite) démontrant l’absence totale de volonté de dialogue dans un contexte où la majorité des salariés sont en grève.

Or pour rappel l’article Article L4612-8 du Code du travail prévoit expressément que « le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail est consulté avant toute décision d’aménagement important modifiant les conditions de santé et de sécurité ou les conditions de travail et, notamment, avant toute transformation importante des postes de travail découlant de la modification de l’outillage, d’un changement de produit ou de l’organisation du travail, avant toute modification des cadences et des normes de productivité liées ou non à la rémunération du travail ».

De même qu’il résulte de la combinaison des articles Article L2323-2 du Code du travail et L2323-6 du Code du travail, que le comité d’entreprise doit être informé et consulté préalablement « sur les questions intéressant l’organisation, la gestion et la marche générale de l’entreprise et, notamment, sur les mesures de nature à affecter le volume ou la structure des effectifs, la durée du travail, les conditions d’emploi, de travail et de formation professionnelle ».

Nul doute que les mouvements de personnel impactant SESI (I-TELE) et DIRECT MATIN constitue une décision importante entraînant des changements définitifs et ayant des effets sur les conditions de travail de vos collaborateurs.

Dès lors dans tous les domaines où l’avis du CHSCT et/ou du comité d’entreprise est requis, vous aviez l’obligation en votre qualité d’employeur d’organiser cette consultation afin qu’elle intervienne en temps utile avant que vous n’ayez pris votre décision, étant entendu que cette dernière doit s’entendre dès lors que l’objet du projet escompté est suffisamment déterminé pour que son adoption ait une incidence sur l’organisation, la gestion et la marche générale de l’entreprise (Cass. soc. 03/02/1981, n°79-94.250, Cass. soc. 12/11/1997, n°96-12.314,). Un faisceau d’indices montre que le projet News Factory est déjà muri.

Naturellement cette consultation doit être réelle et sérieuse afin de permettre un dialogue et des échanges de point vue entre les différentes parties, ceci impliquant de fait des réponses motivée de votre part, faute de quoi il pourrait s’agir d’un délit d’entrave (Cass. soc. 28/11/1989 n°89-82.015, Circ. Min. DRT n°12 du 30/11/1984).

Aussi, plus généralement, pour être à même d’émettre un avis éclairé et se prononcer en toute connaissance de cause lors de toutes réunions d’information voire de consultation, ces deux institutions doivent disposer d’une information précise et claire de la part de l’employeur afin de leur permettre d’avoir une vision globale des problèmes (Cass. soc. 19/12/1990, n°89-16.091), étant entendu qu’arguer de l’absence de projet News Factory pour vous y soustraire ne saurait vous exonérer de vos obligations légales en la matière pour les domaines concernés.

Ainsi, si la mission première du CHSCT est de se tenir informé de l’état de la santé, de la sécurité dans l’établissement, et de bien connaître les conditions de travail de celui-ci, cela suppose néanmoins qu’il puisse recevoir de l’employeur les informations qui lui sont nécessaires pour l’exercice de ses missions.

Concernant le comité d’entreprise, votre responsabilité est pareillement engagée, l’article Article L2323-4 du Code du travail disposant que pour lui permettre de formuler un avis motivé, le comité d’entreprise dispose d’informations précises et écrites transmises par l’employeur, d’un délai d’examen suffisant et de la réponse motivée de l’employeur à ses propres observations.

Or en l’espèce, il ressort des faits que ne pas donner suffisamment à l’avance des informations pourtant réclamées par les élus sur le projet éditorial de la chaine I-TELE et plus globalement sur l’ensemble du projet News Factory participe du délit d’entrave aux institutions représentatives du personnel.

La réponse de votre directrice des ressources humaines Sandrine MORIN sur ce point est étonnante car sous le prétexte de ne pas disposer elle-même de la moindre information sur le projet News factory, celle-ci entend justifier une pseudo consultation du CE et du CHSCT en parfaite méconnaissance de la loi. Aussi, tant que le comité d’entreprise n’a pas été dument informé ni même consulté sur ce point, je vous demande de suspendre vos décisions de réaménagement de bureaux.

En conséquence, compte tenu de l’ensemble de ces observations et du contexte de grève actuel et de ras-le-bol qui perdure depuis plusieurs semaines, il importe dorénavant de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser ces agissements et veiller dès à présent à ce que votre direction amorce un dialogue sain et constructif avec l’ensemble des institutions du personnel afin de garantir un fonctionnement permanent de ces instances dans le respect des droits reconnus aux représentants du personnel.

Je vous informe dès à présent que je n’exclue pas de saisir le Procureur de la république rattaché auprès du Parquet de Nanterre compte tenu des dysfonctionnements constatés susceptible de caractériser un délit d’entrave commis à l’égard du fonctionnement régulier de ces institutions sanctionné aux articles Article L2328-1 et L4742-1 du Code du travailL.

Par ailleurs, je vous rappelle votre obligation de sécurité de résultat prévue à l’article Article L4121-2 du Code du travail qui doit dorénavant vous obliger à être plus attentif à la santé de vos salariés, le projet News Factory ne pouvant se faire sans vos salariés ou au détriment de leur santé psychologique et morale, le tout sur fond de tension et d’absence de dialogue social.

Organiser des déménagements de bureaux en pleine grève n’était pas la meilleure des solutions en matière de lutte contre la souffrance et le mal être au travail quand ce sont précisément les conditions de travail des journalistes de I-TELE qui en sont la cause et alors que tous les indicateurs sont « au rouge » concernant les risques psycho sociaux (selon le rapport effectué par Technologia).

Dans un premier temps, je vous invite à reprendre le dialogue pour trouver rapidement une issue au conflit avec vos instances et vous invite à m’indiquer les mesures que vous prendrez suite à mes observations.

 

serge-nedjar

Serge Nedjar : « La direction de la chaîne et de l’éditorial c’est une seule et même personne et c’est moi »

Jour après jour, les salariés d’iTélé sont face au mur de l’absurde.

Alors que cela semblait être une concession de la part du directeur de la chaîne, Serge Nedjar, il apparaît désormais qu’il n’est même plus question de nommer un directeur de la rédaction d’ici quelques semaines. Celui qui avait déclaré « Il n’y aura rien à discuter car vous ferez ce qu’on vous dit de faire », continue sur sa lancée.

Nedjar a et gardera sa double casquette.

Nedjar ne lâche rien, et face à ce comportement, en interne, on redoute de très nombreux départs. « Ne resterons que les plus corvéables », lâche un salarié, « la qualité première recherchée par Bolloré ».

En réalité, après QUATRE semaines d’une grève difficile, les seules choses qu’auront obtenues les salariés, c’est d’avoir le droit de ne pas collaborer directement avec Jean-Marc Morandini… et un chèque pour partir.

Amer, un autre salarié n’en peux plus : « Je suis triste de réaliser que ces dingues vont nous avoir à l’usure. En n’ayant rien lâché. »

Car Serge Nedjar, ce mercredi matin, devant les salariés, a été très clair.

Lorsqu’un salarié demande s’il va nommer un directeur de la rédaction afin de préserver l’indépendance vis-à-vis de l’actionnaire, la réponse ne se fait pas attendre : « Non, je suis les deux » rétorque Serge Nedjar.

Pas de distinguo business/contenu

La suite de l’échange est du même acabit:

Un journaliste : « Pourquoi vous ne voulez pas distinguer le business du contenu ? »
Serge Nedjar : « Ce qu’on fait c’est du contenu. Ensuite la responsabilité au dessus c’est de faire en sorte que la chaîne perdure. »
Ce même journaliste : « Le distinguo business/contenu disparaît si vous allez déjeuner avec les annonceurs. »
Un autre journaliste : « C’est ce qu’on appelle un conflit d’intérêts. Ça n’existe pas ailleurs. »
Serge Nedjar : « La chose ne se discute même pas : la direction de la chaîne et la direction de l’éditorial c’est une seule et même personne et c’est moi »

Serge Nedjar : « Il n’y aura rien à discuter car vous ferez ce qu’on vous dit de faire »

serge-nedjar-lemonde-mPetite (ou grosse, c’est selon) surprise en ouvrant M Le Magazine, du Monde : le patron d’i-Télé; Serge Nedjar, se voit gratifié d’une belle page. Je vous rassure tout de suite, elle n’est pas à la gloire du personnage.

Pas une page de pub pour Serge Nedjar

« [Il] incarne à la perfection ce que dénoncent les journalistes de la chaîne, en grève depuis le 17 octobre : la mainmise de Vincent Bolloré et une déontologie discutable. » nous disent Alexis Delcambre et Pierre Jaxel-Truer

Le « Bolloré boy » y est taxé d’avoir la « réputation d’un manageur musclé toujours au service des intérêts de son actionnaire ».

On y parle aussi collusion contenu/publicité :

À Direct Matin, il dirigeait le titre en même temps que la régie publicitaire. Un mélange des genres qui rendait à dessein les frontières poreuses entre annonceurs et contenus. Il fait la même chose à i-Télé, où il cumule depuis le départ de Zeller tous les postes de direction. Il continue aussi de diriger Direct Matin, dont les équipes rejoignent celles d’i-Télé pour constituer une  » News Factory « .

« Il n’y aura rien à discuter car vous ferez ce qu’on vous dit de faire »

Le Monde rapporte une de ses sorties :  » Il n’y aura rien à discuter car vous ferez ce qu’on vous dit de faire « , a-t-il déclaré à la rédaction.

Pour rendre à Cesar ce qui est à Cesar, cette phrase est issue d’un compte-rendu de la SDJ d’iTélé qui avait été publié alors par Puremedias. Extrait :

cr-sdj-itele-nedjar

La totalité du document est à lire ici.

Prometteur. Il n’est pas impossible que cette page serve de cible à fléchettes pour les salariés d’iTélé.