Catégorie : Liberté de la presse

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Les journalistes, premières victimes de la répression en Turquie

« Aujourd’hui, nous avons le record du nombre de journalistes en prison. Nous avons dépassé tous les régimes autoritaires et totalitaires du monde ». Au cours de l’entretien que nous avons eu, en septembre, dans un vaste bureau au dernier étage du quotidien Cumhuriyet,  le journaliste Kadri Gürsel, dressait le constat amer d’une presse turque en pleine épuration. « Le journalisme est mort en Turquie. Il ne reste plus que des médias sous le contrôle du pouvoir. Leur fonction n’est que de relayer la parole officielle. Les autres sont réduits au silence « , nous disait cet ancien journaliste à l’AFP, membre du comité directeur de l’Institut de la presse internationale (IPI) et spécialiste de politique étrangère.

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Quelques semaines plus tard, le 31 octobre, Kadri Gürsel était lui aussi arrêté, avec huit de ses collègues. la police a lancé un raid sur le journal et a dont les cadres sont accusés de liens avec des organisations terroristes. Ils croupissent depuis en prison. Au total, environ 145 journalistes et écrivains seraient actuellement détenus en Turquie selon le décompte de la plateforme indépendante P24. La moitié des journalistes emprisonnés dans le monde le sont par le régime turc.

« Je n’ai jamais connu pire situation pour les journalistes. Même pendant les périodes de junte militaire. »

« Je n’ai jamais connu pire situation pour les journalistes. Même pendant les périodes de junte militaire. » Celui qui porte ce regard sombre sur le paysage médiatique en Turquie n’est pas le premier venu. Hasan Cemal, 47 ans de carte de presse, est l’une des grandes figures du journalisme politique turc. Lorsque je l’ai rencontré pour la première fois, autour de 2005, Hasan Cemal était pourtant une voix écoutée jusqu’au sommet du pouvoir. Sa plume était bienveillante à l’égard d’Erdogan. Aujourd’hui, comme tous les démocrates, il est désabusé. Et il n’a plus de mot assez dur pour décrire l’atmosphère dans laquelle est plongé son pays.

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Hasan Cemal a été une victime parmi d’autres de la grande « purge » des médias lancée par Recep Tayyip Erdogan. En 2013, il a été licencié du grand quotidien Milliyet, tout juste racheté par un homme d’affaires lié au gouvernement et patron de la fédération turque de football, Yildirim Demirören. Sa carte de presse lui a été supprimée pour la première fois depuis 1969, en septembre. « Tous mes collègues sont en exil, en prison, ou privés de leur travail. Erdogan veut une presse servile, à sa botte », constate Hasan Cemal.

L’ancien rédacteur en chef de Cumhuriyet, Can Dündar, lui, a été contraint à l’exil après avoir été condamné à une lourde peine de prison et victime d’une tentative d’assassinat à la sortie du tribunal. Sa faute: avoir publié les preuves de livraisons d’armes par les services secrets turcs à des groupes radicaux syriens. Dündar avait été nommément pris pour cible par Erdogan. « Il le payera cher », avait fulminé le président turc.

Très tôt convaincu de la nécessité de contrôler l’information, dans un pays grand consommateur de journaux, l’homme fort de la Turquie arrivé au pouvoir en 2003, a rapidement fait le ménage dans le paysage médiatique. Dès 2009, il met à genoux le puissant groupe Dogan, qui détenait les plus grands titres (Hürriyet, Milliyet, Posta) et la chaîne CNN Türk. Frappé par un redressement fiscal de 3,7 mds de dollars, le groupe est dépecé, vendu en partie à des hommes d’affaires proches du parti au pouvoir, l’AKP. Le journal Sabah est lui aussi racheté par un groupe, dirigé par le gendre d’Erdogan.

Répression en Turquie : les réseaux sociaux aussi

La censure d’internet et des réseaux sociaux est une autre forme prise par la mainmise du pouvoir turc. Youtube avait été bloqué de longs mois, déjà en 2007. La moitié des tweets bloqués en 2015 par des administrations étatiques l’ont été par la Turquie. Ce black-out sur l’information est devenu particulièrement criant à partir des émeutes du parc Gezi, en 2013. Depuis, les interventions incessantes du pouvoir politique ont laminé toute une profession.

Des centaines de journalistes, de toutes les sensibilités politiques, ont été licenciés depuis 2013 avec l’épuration lancée par Erdogan contre la presse. « Aujourd’hui 90% de la presse est contrôlée par Erdogan et ses proches. Ils ne parlent que d’une voix, ne font que s’incliner, servir, répéter la parole officielle », estime Hasan Cemal.

Depuis le 15 juillet et le coup d’Etat manqué, la répression frappe tous azimuts : la presse critique de gauche, mais aussi les médias jugés « pro-kurdes » ou conservateurs… Renforcé par l’état d’urgence, le pouvoir a fait fermer des chaînes de télévision, radios, sites internet et le quotidien Özgür Gündem. Journalistes, éditeurs et même les membres du comité de soutien de ce journal sont poursuivis par la justice, y compris Erol Önderoglu, courageux correspondant de Reporters Sans Frontières depuis plus de 20 ans.

Enfin, la presse proche de la confrérie de Fethullah Gülen, ancien allié devenu rival et soupçonné d’être le cerveau du coup d’Etat, a été anéantie. Le groupe de presse Ipek, qui détenait plusieurs chaînes télé et quotidiens, a été saisi par la force et placé sous tutelle en octobre 2015. Le journal Zaman, vaisseau amiral de la confrérie Gülen qui tirait à 700.000 exemplaires par jour, a été pris d’assaut par la police antiémeutes et réduit au silence. Des dizaines de ses journalistes et éditorialistes ont été mis derrière les barreaux, d’autres poussés à l’exil.Au total 170 médias ont été interdits ces quatre derniers mois.

C’est peut-être à l’étranger que se trouve l’avenir des médias turcs. C’est l’avis de Can Dündar qui devrait lancer prochainement une web tv turcophone depuis son exil allemand.

Guillaume Perrier

Les entretiens avec Kadri Gürsel et Hasan Cemal sont à retrouver dans « Erdogan, l’ivresse du pouvoir« , un film documentaire de Guillaume Perrier et Gilles Cayatte (Alegria Productions), sur Arte à 20h50.

iTélé : le nom CNews reporté sine die, un médiateur demandé par les salariés

L’Observatoire des Médias publie l’intégralité du communiqué que les représentants de la rédaction d’iTélé et des organisations syndicales du Groupe Canal Plus ont envoyé à la presse. Nous avons mis en valeur des passages.

 

Paris, le vendredi 21 octobre 2016.

Communiqué des représentants de la rédaction d’iTélé et des organisations syndicales du Groupe Canal Plus.

Aujourd’hui 12 heures 30, des représentants de la rédaction d’iTélé et les organisations syndicales du Groupe Canal Plus ont rencontré Stéphane Roussel, directeur général en charge des opérations du groupe Vivendi, Jean-Christophe Thiery, président du directoire du Groupe Canal Plus, Gérald-Brice Viret, directeur des antennes du Groupe Canal Plus, Serge Nedjar, directeur général d’iTélé, Sandrine Morin, DRH du Groupe Canal Plus et Elodie Bouvet, responsable des affaires sociales du Groupe Canal Plus.

Cette rencontre n’a malheureusement pas permis d’aboutir à une sortie de crise, la direction des Groupes Vivendi et Canal Plus ne répondant favorablement à aucune des demandes des représentants de la rédaction d’iTélé et des organisations syndicales et se contentant d’annoncer le report du lancement de CNews initialement prévu lundi prochain.

Dans ces conditions, la rédaction d’iTélé et les organisations syndicales demandent au Ministère de la Culture et de la Communication la nomination immédiate d’un médiateur chargé d’aider les parties à trouver une solution à ce conflit, le plus long de l’histoire d’iTélé.

La rédaction d’iTélé et les organisations syndicales rappellent leurs revendications qui n’ont pas changé après 5 jours d’une grève massivement suivie et reconduite jusqu’à lundi matin 11 heures 30, à savoir :

  • La signature immédiate d’une charte éthique,
  • La nomination d’un directeur de la rédaction distinct du directeur général d’iTélé d’ici au départ d’Alexandre Ifi, actuellement directeur adjoint de la rédaction, prévu mi-novembre,
  • La mise en retrait de l’antenne de Jean-Marc Morandini et plus largement la définition d’un projet stratégique et éditorial clair et précis.

La page Facebook Je soutiens iTélé reprend ces arguments :

« Potentiellement CNews c’est davantage d’infotainment : on a une autre estime de notre métier. »

C’est une équipe à bout de nerfs que Maxime Saada de Canal Plus va rencontrer dans la matinée vers 9 h 30 au siège d’iTele. Les équipes de la chaîne d’information,  journalistes et techniciens sont presque émues de le rencontrer : c’est la première fois que ce cadre du groupe daigne venir les voir selon un journaliste que nous avons interrogé.

Le but de cette réunion : clarifier les conditions de départ des salariés de la chaîne mais aussi et surtout parler du projet CNews qui pour le moment n’a pas été détaillé aux équipes.

iTele et les pratiques de Serge Nedjar

« On nous dit à longueur de journée que nous faisons partie d’un groupe » relate ce journaliste :« Depuis qu’on parle synergie il y a des lignes qui sont floues. » Il poursuit :  «Serge Nedjar a envoyé un journaliste faire un reportage sur une société de jeux vidéo qui appartient à Vivendi.  Le journaliste est allé à un événement, a tourné des images mais le sujet monté ne tenait pas la route et heureusement nous avons réussi à faire en sorte qu’il ne passe pas à l’antenne. »

Mais combien de temps cela pourrait-il durer ?

Un autre journaliste de l’antenne confie à l’Observatoire des Médias qu’il a déjà été demandé aux équipes de tweeter un contenu sponsorisé sans préciser qu’il l’était. Grâce à la pression des équipes finalement cela n’avait pas été fait.

L’autopromo à tout bout de champ ulcère ce journaliste : « je ne supporte pas le fait  qu’on ait diffusé une interview de 30 secondes de Cyril Hanouna la semaine dernière [à l’occasion des 35 heures passées à l’antenne de l’animateur]. »

Une autopromo « groupe » qui peut être vue sur d’autres chaînes, mais pour ce journaliste cela n’a pas sa place à l’antenne d’Itele.
Encore hier soir dans l’émission “C’ à vous” sur France 5 Anne-Sophie Lapix adoptait un ton particulier, gêné, lorsqu’il s’agit de faire la promotion d’une autre émission produite par France 5 animée par le médecin le plus médiatique de France. Mais pour ce journaliste d’iTélé interrogé par l’Observatoire des Médias rien à voir : « ‘C’ à vous’ est une émission d’infotainement et jusqu’à preuve du contraire iTele est une chaîne d’info en continu. Pour nous, pour les salariés on estime que le sonore d’Hanouna n’a rien à faire là. On a bien d’autres choses à mettre à l’antenne !  Potentiellement le projet CNews c’est davantage d’infotainment, on a une autre estime de notre métier. »

Une charte d’éthique en attente de signature

La société des journalistes iTele est en attente. L’un de ses membres nous le confirme « cela fait 9 mois qu’on a fait voter une charte d’éthique qui a été présentée à la direction de la chaîne. Elle n’a toujours pas été signée.»

Cette charte d’éthique fait partie des revendications postées hier par les grévistes sur Twitter :

Argument de la direction vis-à-vis de cette fameuse charte : « On va attendre la loi [Le projet de loi « Égalité et citoyenneté »], et on verra bien ce que la loi nous impose. »
L’arrivée annoncée des équipes du gratuit Direct Matin dans les locaux de la chaîne fait craindre le pire aux équipes : « de l’interprétation qu’on en fait nous ne voulons pas qu’il s’applique ce qui est fait à Direct Matin : nous pourrions nous retrouver à ne faire que du desk puis des publireportages sur des entreprises appartenant au groupe Bolloré » craint un journaliste de la chaîne interrogé par l’Observatoire des Médias.

Guillaume Zeller qui pilotait le gratuit n’était pas perçu par les équipes comme une personne antipathique : « De toutes les façons il ne faisait rien. Et nous laissait faire notre travail. Avec Serge Nedjar c’est une autre chose: il est là uniquement pour appliquer les décisions de Bolloré. Il avait commencé par assumer qu’il était venu pour dégraisser, ce qui avait été suivi par 50 départs », regrette ce journaliste.

Rendez-vous dans la matinée à iTele.

Maj de 13h33 : correction sur l’émission de France 5.

 

maj

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Réforme de la loi de 1881 au Sénat : la liberté d’expression en danger !

Paris, le 15 octobre 2016 — Le projet de loi « Égalité et citoyenneté » discuté ces jours-ci au Sénat s’est vu augmenté de deux amendements scandaleux, portés par la sénatrice Françoise Gatel au nom de la Commission spéciale chargée d’examiner le projet de loi « Egalité et citoyenneté ». Ces amendements rallongent de 3 mois à un an la durée de prescription des délits de presse commis sur Internet, et introduisent une différence de traitement entre les citoyens et les journalistes d’une part, et la presse « en ligne » et « papier » d’autre part. En outre, les amendements adoptés introduisent un glissement du droit de la presse vers le droit commun, sauf pour les journalistes « professionnels » signataires d’une charte de déontologie non encore rédigée. Ces dispositions ont été négociées entre certains syndicats de patrons de presse et la Commission spéciale, en toute opacité. La Quadrature du Net s’associe aux protestations communes des sociétés de journalistes, qui n’ont pas été consultées, et rappelle que la loi de 1881 dite « sur la liberté de la presse » concerne en réalité l’intégralité des citoyens français, qui n’ont pas d’autre protection de leur liberté d’expression. Y toucher et y introduire ce type de discrimination est une atteinte à la liberté d’expression de tous les français.

Communiqué commun signé par Le Figaro, Le Monde, l’AFP, Les Échos, Télérama, L’Obs, Le Point, L’Express, Mediapart, France Info.fr, Capa, i-Télé-Canal +, BFM, Bastamag, ainsi que l’association de la presse judiciaire, l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS) et l’Association des journalistes économiques et financiers (AJEF) et La Quadrature du Net.

Le 18 octobre, les sénateurs enterreront peut-être la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

Sous prétexte de lutter contre les abus d’Internet, ils s’apprêtent à remettre en cause ce texte fondateur, sans concertation préalable avec les représentants des journalistes. Les SDJ de 26 médias avaient lancé un appel pour obliger le Sénat à revoir sa copie. Mais il est resté sourd à notre appel.

Certes, il a aménagé le texte liberticide, mais la nouvelle mouture reste inacceptable.

  • La prescription des délits de presse (trois mois, aujourd’hui) passerait à un an pour les sites web. Autrement dit, il y aura une justice à deux vitesses : pour la presse en ligne, ce sera toujours un an; pour les télévisions et les radios, la prescription sera de trois mois pour l’antenne et d’un an en ce qui concerne les podcasts et les replay. Inacceptable.
  • Le texte prévoit toujours de supprimer une garantie fondamentale des droits de la défense. Aujourd’hui, c’est à celui qui s’estime diffamé ou injurié de préciser exactement par quel passage, et de qualifier le délit (injure, diffamation ou autre). S’il se trompe, son action est déclarée nulle par le tribunal. Or, le Sénat ouvre la voie à des poursuites dans lesquelles le journaliste devra se défendre sans savoir exactement ce qui lui est reproché. Inacceptable.
  • Pour le Sénat, les journalistes professionnels ne pourraient pas faire l’objet d’actions judiciaires sur le terrain de la faute civile. Mais cette concession apparente est un leurre : nos sources, elles, seront pleinement soumises au risque d’une action en responsabilité civile, qui pourrait les dissuader de s’exprimer au vu des dommages et intérêts élevés. Les sociétés éditrices des journaux le seront tout autant. Inacceptable.

La liberté d’expression est une liberté fondamentale qui mérite beaucoup mieux que ce bricolage législatif. Nous, sociétés de journalistes, réitérons notre appel à la mobilisation la plus large contre un projet de loi liberticide qui met en péril l’un des piliers de la démocratie, consacré par le Conseil constitutionnel et la Cour européenne des droits de l’Homme.

La Quadrature du Net s’associe à ce communiqué et soutient la position des journalistes, mais rappelle cependant qu’en plus de faire une différenciation entre journalistes, les Sénateurs s’apprêtent à creuser le fossé entre les journalistes qui adhèreraient à une future charte déontologique et les autres personnes, citoyens ou journalistes non adhérents à cette charte. Pour rappel, la loi de 1881 dite « sur la liberté de la presse » concerne en réalité l’ensemble de la liberté d’expression en France. Il n’est pas acceptable d’avoir une telle différence de traitement entre l’expression des citoyens et celle des journalistes professionnels. La liberté d’expression est un droit constitutionnel qui doit bénéficier à l’ensemble des citoyens sans distinction de profession. Instaurer des délais de prescription différents pour les journalistes et les non-journalistes est une rupture du principe d’égalité des citoyens.

 

L’Observatoire des Médias s’associe à ce communiqué ET à la précision ajoutée par la Quadrature du Net  sur la différence de traitement entre citoyens et journalistes professionnels.

 

Photo : CC BY-NC 2.0 par Pierre Metivier

Protection des journalistes : décision historique du Conseil de sécurité de l’ONU

Le 27 mai 2015, le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution historique concernant la protection des journalistes. C’est la première fois depuis 2006 que ce thème est abordé à la tribune des Nations Unies, alors que le nombre de journalistes tués en mission n’a cessé d’augmenter. Christophe Deloire, le secrétaire général de Reporters sans frontière a fait part de sa satisfaction vis à vis de cette résolution. Selon lui « c’est un jour historique pour la protection des journalistes ». Il demande cependant aux États de tout mettre en oeuvre pour protéger les journalistes accrédités dans les zones de guerre.

RSF-ce qui change

C’est aussi la première fois qu’une décision du Conseil de sécurité évoque le droit à la liberté d’expression. La résolution 2222 reconnaît en effet que les médias libres et indépendants sont essentiels à la démocratie car ils favorisent la protection des civils.

Par ailleurs il a été décidé que les violences envers les journalistes devraient être prises en compte dans les rapports des opérations de l’ONU. Dans la même lancée il a été voté que la Cour pénale internationale s’engage plus fermement contre l’impunité des crimes envers les journalistes. 

Bien que l’adoption de cette résolution historique représente une avancée majeure dans la protection des journalistes, son application devra être vérifiée à l’avenir. Ce signal encourageant envoyé par le Conseil de sécurité ne doit pas occulter les prochains défis. La protection des journalistes devrait être étendue aux journalistes non-professionnels et en dehors des zones guerres.

« Nous sommes tous Charlie » (Libération du 8 janvier)

nous-sommes-tous-charlieCet article a été publié originellement en version anglaise par le site  on theconversation.com sous le titre « France media united against Charlie Hebdo attacks, but fissures open on social media« . L’auteur en a proposé la version française à l’Observatoire des Médias:

Ce n’est pas à des lecteurs britanniques qu’il faut expliquer le choc, la sidération, que produit d’abord la survenue de tels évènements. Choc et sidération, redoublés d’incompréhension : pourquoi un journal ? Pourquoi l’assassinat délibéré à l’arme de guerre de journalistes en tant que personnes ? Pourquoi Charlie, un tout petit média par la taille, avec à peine quelques dizaines de milliers d’exemplaires ? Puis les réponses viennent : le souvenir des menaces, des poursuites en justice, d’un précédent attentat en 2011. L’annonce des premiers noms des journalistes tués, symboles pour certains des années post soixante-huit, du bouillonnement des idées, des moments de bonheurs procurés par ces journalistes, humoristes et artistes dessinateurs, dont des générations ont lu les bandes dessinées, ri aux éclats à leurs gags visuels. Et puis pointe ce sentiment, cette idée que c’est la liberté de l’information, la démocratie, un modèle de société que l’on a tenté d’assassiner.

L’impact est d’autant plus fort et l’écho d’autant plus tonitruant que s’instaure immédiatement une sorte de livetweet géant et interminable, où chacun surf entre Facebook et Twitter, relayés de chaînes d’information, sites internet, radios, télévision passés en éditions spéciales. Dans ce livetweet s’engouffre les vidéos les plus insupportables, telle celle de ce policier assassiné de sang alors qu’il est à terre, blessé. Le livetweet se nourrit de tous les communiqués, points de presses, déclarations d’officiels, institutions, témoignages d’anonymes, de toutes sortes qui font connaître instantanément à tout le pays, le chiffre des victimes, les noms des plus connus. Connus de tous, familiers, tant ils ont accompagné des moments de leur vie. Le rire se mutant en rage et douleur.
Alors que beaucoup sont cloués par la stupeur, incapables de penser et parler leur ressenti, ce sont les professionnels de la parole publique qui emplissent le silence qui fait suite aux détonations des Kalachnikovs. Les propos ne sont pas forcément très ajustés, mais ne sont pas faux. C’est la liberté de l’information qui est attaquée, c’est notre démocratie qui est visée et de fait blessée. Quelques-uns dans la presse parlent de « notre 11 septembre » et chacun a à l’esprit les stigmates que laissent de telles attaques dans les droits de nos sociétés, contraintes de se protéger, fussent au prix de bien des renoncements, y compris en matière d’information.

La presse aurait pu hésiter, tant le journal quasiment décapité, peut apparaître marginal, voire « infréquentables », les critiques n’ayant pas manqué, par le passé face à ses « provocations » à l’égard des religions, y compris l’Islam. Peut-être parce qu’elle se sent davantage menacée dans les temps que nous vivons, les journaux vont au contraire faire corps et immédiatement s’identifier à ceux qui viennent de subir l’assaut de l’aveuglement totalitaire. Elle y est d’autant plus portée que chacun sent monter, via les réseaux sociaux, un puissant mouvement, qui trouve rapidement son slogan et son visuel : « Je suis Charlie », en lettres blanches sur fond noir. Il devient le visuel de très nombreux twittos, alors même qu’il s’affiche sur les murs personnels des utilisateurs de Facebook, avant que très nombreux soient ceux qui vont sortir dans les rues et les place pour manifester. 100 000 personnes, partout en France, quatre, cinq heures après l’attaque !

C’est à ce moment que se manifestent d’abord sporadiquement (niveau des dirigeants), puis plus largement (ceux des représentants des sociétés civiles) le souffle de l’expression de la solidarité internationale, qui s’il ne supprime pas la douleur, au moins rassure sur la capacité à résister et combattre le mal qui nous atteint. Toute la journée de jeudi l’expression de la solidarité de par le monde et de tous les lieux de la société donne le sentiment que nous saurons faire face. Charlie devenu symbole, qui promet de rassembler ses pauvres forces pour faire paraître le journal la semaine prochaine, se voit garantir la solidarité des artistes, des intellectuels, des autres médias. Comment ne pas être sensible à ces 100 000 € par le Guardian ?

Pourtant le piège qu’a tendu le commando terroriste est toujours là, comme l’a immédiatement souligné Robert Badinder. Qu’ils l’aient pensé comme tel ou pas, l’attentat intervient à un moment particulièrement délicat pour la société française, alors qu’elle est frappée par le doute et le pessimisme sur le monde qui l’entoure et surtout sur elle-même. Un doute qui touche sa capacité à faire lien, à intégrer, à faire dialoguer tous ceux qui peuplent le pays. Un doute sur ses valeurs, sa cohésion. Bien sûr les premières heures d’unité peuvent rassurer. Disons plutôt que les premières manifestations ont esquivé les risque évident de cassure et d’affrontement entre communautés, d’autant plus dans une société qui n’a jamais pensé les relations entre celles-ci, en les niant au nom de son modèle dit d’intégration. Il suffit pourtant de porter attention aux réseaux sociaux pour voir se multiplier les fissures, plus nombreuses, sinon plus virulentes que les quelques exactions à l’égard de mosquées. Le piège de l’islamophobie menace et c’est aux intellectuels, aux journalistes, aux politiques de faire œuvre d’intelligence et de courage pour le dépasser en le combattant résolument.

Jean-Marie Charon

 

« Il a appelé BFM et leur a demandé de changer leur bandeau »

Libération a publié hier un article sur l’attentat du magasin HyperCacher qui a fait quatre morts, quatre morts juifs.

Mais au-delà du récit de ce témoin que je vous invite à lire bien entendu je voulais insister sur un des passages :

«Ensuite, il a voulu BFM. Il était vraiment très intéressé par cette chaîne. Il a demandé à l’un d’entre nous de brancher un ordinateur se trouvant dans le bureau du magasin pour avoir internet. Comme la télé ne donnait pas toujours les bonnes infos, il s’est énervé. Il a dit : « Comment ça, il n’y a pas de morts ? Ils vont voir s’il n’y a pas de morts. » Il a appelé BFM et leur a demandé de changer leur bandeau. »

Les médias ont beaucoup travaillé, étaient sous pression (lire par exemple « Couvrir l’enfer, chez soi » sur le blog Making-of de l’AFP), ont fait pour une très grande partie leur travail, ont obtenu des informations qu’ils n’ont pas révélé immédiatement pour ne pas mettre en danger les otages ou les policiers, mais ont commis aussi des maladresses qui auraient pu avoir des conséquences dramatiques.

Vous avez-vu Le film Night Call ? Nous n’avons pas en France envie d’avoir ces médias-là.
Nos médias devront calmement et sereinement réfléchir tous ensemble aux pratiques et au traitement et à la couverture de ces événements tragiques.

À suivre.

Edit : un ami y va franco en commentant le communiqué du CSA :

Cela ne devra pas être qu’une simple réunion. Des actions dans les rédactions devront suivre, dans le respect de la liberté de la presse, aussi.

(la réunion aura lieu ce jeudi 15 janvier à 15h au CSA).

Les chaînes d’info américaines vont beaucoup plus loin que les nôtres et j’aimerais qu’on ne se dirige pas vers cela :

Pourquoi il faudra être unis et vigilants dimanche #JeSuisCharlie

tous-unisComme des milliers de parisiens, je me suis rendu place de la République mercredi soir. Scotché par l’actu et vissé aux chaînes d’infos et à Twitter, je n’ai même pas pensé à appeler des amis avant de m’y rendre, et j’y suis allé seul. Mais une fois arrivé sur la place, bien entendu, je n’étais pas seul. Nous étions vraiment, vraiment très nombreux. C’était rassurant, dans cette tristesse et ce désarroi immense, de voir cette solidarité et cette spontanéité se manifester dans la rue, sur cette place.
J’y étais de 18 h 30 à 20 heures environ, pour donner ensuite par téléphone 8 interviews aux antennes locales de Radio Canada sur la situation à Paris et sur cette Place de la République.

Il y avait une unité, un recueillement, une humeur solennelle partagée.
Les slogans que j’ai entendus :
« Je suis Charlie »
« Nous sommes Charlie »
« Liberté d’expression »
« Même pas peur »

Par moments, une Marseillaise était chantée, mais de manière calme, douce.

De l’endroit où j’étais près de la fontaine statue, je n’ai entendu qu’à deux moments précis, la foule huer des gens :

– Quand individu est monté sur la statue et a déchiré un exemplaire du Coran ;
– Quand un autre individu est monté sur la statue et a agité un gigantesque drapeau français.

Détaillons :

De l’angle où j’étais, nous vîmes (j’ai retrouvé sur la place un de mes étudiants du Celsa) un personnage déchirer quelque chose, mais impossible de voir ce que c’était. Voici la réponse :

Info relatée également par Franck Johannès du Monde

C’est alors que deux jeunes, grimpés sur la statue, commencent à déchirer un Coran et provoquent un scandale. « Il a rien compris, le mec », souffle une jeune fille. La foule scande, « Casse-toi ! Casse-toi ! », puis « Dehors, les fachos ». Un autre passe avec une large pancarte, « à la terreur, répondons par plus de démocratie ». Tout le monde applaudit.

L’autre moment, c’est ce moment où un jeune homme, grand, bien habillé, trop bien habillé (oui, j’ai conscience de ce que j’écris) est monté sur la statue et a agité un gigantesque drapeau français. Instantanément, la foule dense au pied de la statue a ressenti la même chose : cet homme n’avait rien à faire là, à ce moment-là. Non pas qu’il ne devait pas être présent à ce rassemblement, ouvert à tous comme celui de dimanche prochain. C’est son geste qui n’était pas en communion avec le reste de la foule. Ce drapeau français, ce soir-là, agité de cette façon, n’avait rien à faire là. C’était le moment du recueillement, c’était le moment de #JeSuisCharlie, c’était un moment d’unité, et de non-récupération, ni politicienne, ni « identitaire ». Très rapidement, cet homme est descendu sentant que son geste n’était pas du tout le bienvenu.

Dimanche, le président de la République a appelé à l’unité.

Et beaucoup craignent (à juste titre, parfois, une récupération politicienne).

J’ai aimé ce qu’a partagé @HenryMichel  l’autre jour :

Nous qui avons la chance de croiser sur Twitter les rédactions d’info en continu, si on faisait un deal ?

Celui de s’engager à ne pas filmer les représentants politiques dans notre marche républicaine, prévenir en amont.

Vous verrez que subitement certains partis ne se bousculeront plus au portail et tout le monde pourra défiler tranquille.

J’ai vu cela passer aussi, et je suis d’accord, même si je crains que cela n’arrive pas :

 

Alors unis, dimanche, sans provocations? Soyons unis et vigilants.

Nous sommes tous des Charlie

Nous sommes en deuil. La presse est en deuil. La France est en deuil. À l’heure où je publie ce billet, ce sont au moins 12 personnes dont les dessinateurs Charb, Cabu, Wolinski et Tignous et l’économiste Bernard Maris qui ont été tuées par des hommes lourdement armés lors de l’attaque du siège du journal Charlie Hebdo, dans le centre de Paris, dans la matinée.

La liberté de la presse est visée, mais pas seulement. L’Observatoire des Médias tient à exprimer sa solidarité avec les victimes, les familles, les proches, les amis, les collaborateurs de Charlie Hebdo.

Je me suis rendu Place de la République, à Paris, ce soir :

Italie : la censure arrive…

Depuis longtemps, les écoutes téléphoniques sont une grosse épine dans le pied de Silvio Berlusconi. Son gouvernement actuel, le quatrième, a été formé le 7 mai 2008. Or la première proposition de loi pour réglementer les écoutes et leur publication a été déposée dès le mois suivant, le 30 juin, projet de loi n° 1415. Autant dire qu’il n’a pas perdu de temps…

Ce projet avait été approuvé en première lecture le 11 juin 2009, d’où il était passé au Sénat sous le n° 1611, approuvé en première lecture avec modifications le 10 juin 2010.
Renvoyé le lendemain à la Chambre des députés pour passer en deuxième lecture, il avait fini par être abandonné par Berlusconi sous la double impulsion de l’opinion publique d’une part, et des nombreuses modifications au texte original de l’autre, raison pour laquelle Berlusconi ne le jugeait plus suffisamment répressif. Il n’empêche que s’il avait été voté alors, même dans sa forme modifiée, il est probable que personne n’aurait rien su du Bunga-Bunga

Le voici donc de retour avec une troisième tentative pour tenter de bâillonner la presse et les médias traditionnels d’une part, et le Web de l’autre. Il a souvent essayé de le faire, et j’en avais déjà parlé ici-même, mais cette fois il n’a jamais été aussi près du but.

Il m’est impossible d’expliquer toutes les conséquences de cette « loi » si elle devait être approuvée par un parlement italien dont la majorité (très faible mais suffisante) est à la botte de Berlusconi, notamment grâce à la Loi Calderoli, mais il est certain que si les mafias en tout genre auront bien des raisons de se réjouir de son approbation, les gens honnêtes, eux, n’auront d’autre choix que de remâcher leur honte pour un gouvernement qui dénie et détruit la démocratie chaque jour davantage.

Je me contenterai donc d’évoquer certaines des conséquences possibles, pour les journaux et les journalistes d’une part, et pour les blogueurs de l’autre.

1. Les journaux et les journalistes

La liberté d’expression et de la presse est inscrite en toutes lettres à l’article 21 de la Constitution italienne :

Tutti hanno diritto di manifestare liberamente il proprio pensiero con la parola, lo scritto e ogni altro mezzo di diffusione.

La stampa non può essere soggetta ad autorizzazioni o censure.

Autrement dit, chacun/e a le droit de manifester librement ses pensées oralement, par écrit ou par tout autre moyen de diffusion, et la presse ne peut être soumise à aucune autorisation ni censure.

Cette simple phrase sur la presse s’étend au droit d’informer, qui se divise en deux branches selon la législation italienne : le « droit de chronique », et le « droit de critique ».

Le « droit de chronique » (diritto di cronaca), c’est la manifestation de la liberté d’expression propre aux journalistes, qui consiste non seulement à diffuser des informations mais aussi à les commenter.

La Cassation le considère légitime lorsque plusieurs conditions sont réunies :
– l’utilité sociale (rien à voir avec le commérage)
– la vérité des faits exposés
– la forme civile de l’exposition

Sur le « droit de critique » (diritto di critica), les limites à l’exercice sont le langage correct et le respect des droits d’autrui.

Le problème étant de pouvoir présenter des faits documentés tout en sachant que ça ne plaira probablement pas à l’auteur des faits en question…

Or publier les écoutes téléphoniques pertinentes dans le cadre d’une enquête a permis jusqu’à aujourd’hui de documenter des faits en les portant à l’attention de l’opinion publique. Avec cette loi ce ne sera plus possible, et si un journaliste se risquait à le faire il serait passible d’emprisonnement et son journal d’une amende pouvant aller jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’euros !

Je vous passe les détails, mais c’est le silence de tombe assuré sur toutes les enquêtes qui ont recours aux écoutes, dont l’utilisation sera également fortement restreinte pour les juges, à la plus grande joie de Berlusconi & Co., y compris des mafias en tous genres. L’administration américaine avait d’ailleurs manifesté toute son inquiétude l’année dernière, en jugeant qu’un telle loi aurait fortement entravé les enquêtes menées en collaboration avec l’Italie sur la mafia.

2. Le Web et les blogueurs

Le droit d’informer et de s’exprimer constitutionnellement reconnu à l’article 21 est également menacé pour les internautes en général, puisque la nouvelle proposition de loi intervient aussi sur ce point, avec l’article 29 de la dernière version du texte :

Traduction :

« Pour tous les sites Internet, y compris les journaux et magazines publiés par voie télématique, les déclarations ou les rectifications seront publiées, dans les quarante-huit heures suivant la demande, avec le même graphisme, le même niveau d’accessibilité au site et la même visibilité que les informations auxquelles se réfère ladite demande. »

En clair, selon la version actuelle discutée au parlement italien, si j’écris dans un de mes billets, entre autres, que « Silvio Berlusconi est actuellement mis en examen pour corruption et pour favoriser la prostitution de mineures » et que la chose ne lui plaît pas, je serai obligé de publier n’importe quelle déclaration qu’il m’enverra et de la laisser en ligne à la place de mon texte.

Le délai de 48 heures court à partir du moment où il envoie la demande de rectification et non pas à partir du moment où je la reçois… Je dois publier le texte reçu « sans commentaire », et indépendamment du fait qu’il soit réellement mis en examen pour corruption et pour favoriser la prostitution de mineures : autrement dit, la vérité des faits exposés n’a plus aucune espèce d’importance dans cette affaire, pas plus que l’utilité sociale de l’info ou la forme civile de son exposition (les 3 critères retenus par la Cassation).

Il ne s’agit pas non plus de diffamation, je me suis contenté de relater un fait établi, mais il suffit que la personne me demande de rectifier sous n’importe quel prétexte pour que je sois obligé de le faire sans avoir à mon tour aucun droit de réponse. Faute d’obtempérer, je suis passible d’une amende jusqu’à 12 000 euros…

La chose est donc prise très sérieusement par Wikipedia.it, qui proteste depuis hier en affichant une page d’accueil blanche et en ayant remplacé TOUTES ses pages par un message d’avertissement. Une action menée avec le soutien de Jimmy Wales et de la fondation Wikimedia, entre autres.

D’après les dernières infos (la discussion est en cours en ce moment même), il se pourrait que l’article incriminé soit assoupli pour les blogs (non plus 48 heures à partir de l’envoi de la demande, mais 10 jours à partir de la réception de la demande, une amende abaissée, etc.), mais pas pour les journaux, çe qui ne change rien sur le fond, puisque le seul but de cette dernière trouvaille « juridique » est justement d’empêcher par tous les moyens la publication d’infos que le pouvoir en place ne veut surtout pas voir circuler.

Donc pour conclure, une fois de plus dans l’Italie de Berlusconi, l’objectif de la loi est de violer le droit

Jean-Marie Le Ray

P.S. [Mise à jour – 6 octobre 2011] Comme déjà évoqué hier dans les commentaires, l’alinéa 29 ne concernerait plus ni les blogs ni les sites Web autres que ceux des journaux et magazines en ligne. La chose n’était pas gagnée d’avance et c’est évidemment une victoire de toutes les protestations, vigoureuses et variées, mises en œuvre par la blogosphère italienne, ainsi que par Wikipedia.it, dont la protestation a provoqué un tollé de réactions dans le monde entier.

Un encart ajouté ce matin sur l’encyclopédie précise ce qui suit :

L’obscurcissement de Wikipedia a suscité une grande attention auprès des médias, des entreprises, des associations et des citoyens. Certains politiques ont exprimé leur intention de déposer des amendements qui garantiraient Wikipedia contre les obligations visées à l’article 29 dudit projet de loi

Le site restera obscurci au moins jusqu’au déroulement du débat à la Chambre des députés, prévu pour ce matin, 6 Octobre 2011.

Je précise enfin que la rectification rendue obligatoire aux termes de l’article 29 n’a rien à voir avec la publication des écoutes téléphoniques, mais concerne n’importe quel contenu. L’exemple de Robip était donc tout à fait plausible. Et surtout, qu’on ne s’y trompe pas : cette « victoire » des blogueurs n’est qu’une victoire largement partielle, et que si Berlusconi la fait passer en force telle quelle par un vote de confiance dans les jours qui viennent, il est certain qu’elle aura des conséquences extrêmement fâcheuses en bâillonnant non seulement la liberté d’expression et de la presse en Italie, mais aussi et surtout le bon déroulement de la justice…

D’autre part, en réponse au dernier commentaire de Jérôme, la loi qui serait modifiée dans ce cas est effectivement la loi du 8 février 1948, n° 47, portant dispositions sur la presse, mais je le répète, j’attends de voir le texte définitif qui pourrait encore changer avant que ce projet de loi ne devienne vraiment loi.
En effet, pour qu’une loi soit promulguée, il faut que le même texte soit approuvé par les 2 chambres du parlement. Donc vu que ce texte, qui provient à la Chambre des députés dans sa version approuvée par le Sénat, sera modifié, il repartira au Sénat pour une nouvelle lecture. S’il est alors approuvé au Sénat sans modif, la loi sera promulguée. Mais si le Sénat devait le modifier encore, il devrait repasser à la Chambre et ainsi de suite.
Or lorsqu’on voit les déclarations actuelles de Maurizio Paniz, le même qui a proposé les peines de prison pour les journalistes (l’important selon lui étant que si leur casier judiciaire n’est plus vierge ils y penseront à 2 fois avant de parler de certaines choses…) (celui qui a osé affirmer sans trembler devant la nation que Berlusconi était intervenu sur Ruby parce qu’il était intimement convaincu que c’était la nièce de Moubarak et que son seul désir était d’éviter un incident diplomatique, pour situer le personnage), qui affirme que les blogs aussi doivent être sanctionnés, tant que je n’ai pas le texte définitif sous les yeux, je préfère rester circonspect.
Une dernière précision, la sanction pécunière irait non pas jusqu’à 15 000 € mais jusqu’à 12 000, car les 15 000 lires de la loi de 48, au change actuel ça ferait environ 10 euros.

photo de une : houkart