Catégorie : Exclusif

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Document : Le protocole d’accord qui met fin au conflit à #iTélé

Il est là. Il a enfin été signé. Mais pas par tout le monde. Le « protocole de fin de conflit » entre direction et représentants des salariés a été signé avant-hier, le 16 novembre, à l’exception notable des syndicats +Libres – majoritaire dans le groupe Canal+ –, de la CGT, et de la CFDT.
Il acte la reprise du travail à i-Télé/CNEWS. Visiblement, les reportages continueront à être diffusés en boucle sur l’antenne de la chaîne info jusqu’à la fin de cette semaine. Pour le moment, il est prévu que la reprise du travail soit effective dimanche à 14 heures, afin de pouvoir être en direct à 18 heures. Ou alors lundi matin.
D’ici décembre, il est bien possible qu’il y ait au final entre 50 et 60 personnes qui négocient leur départ. Une hécatombe.

L’Observatoire des Médias s’est procuré ce fameux protocole d’accord tant attendu. Le document original, disponible à la fin de ce billet, est disponible en version intégrale, annexes comprises. L’Observatoire des Médias a tout de même choisi d’anonymiser les noms des représentants syndicaux, qu’ils aient signé l’accord ou pas.

Un protocole d’accord entre la Direction et la SDJ d’ITELE/CNEWS

IL A ETE ARRETE CE QUI SUIT Afin de mettre fin au conflit collectif opposant depuis le 17 octobre 2016 les collaborateurs de la chaîne ITELE / CNEWS et la Direction au sujet de la mise à l'antenne de Jean-Marc MORANDINI, de la direction de la rédaction et de la stratégie éditoriale de la chaîne, et de la mise en place d'une charte éthique au sein de cette dernière, la Direction et la SDJ d'ITELE/CNEWS, avec les organisations syndicales et en présence des secrétaires des instances sociales ont accepté de prendre les engagements réciproques tels que définis ci-après

ITELE / CNEWS restera une chaîne d'information en continu agrémentée de magazines d'information dans le respect total de la convention la liant au CSA. La grille prévisionnelle des programmes d'ITELE / CNEWS telle que présentée en CE du 27 octobre 2016 figure en annexe du présent protocole de fin de conflit. Après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés, tant sur les moyens que les contenus, la grille sera décidée par la Direction et présentée aux équipes concernées, par tranche et par émission. En attendant, une grille provisoire, allégée décidée par la Direction après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés sera mise en place au redémarrage de l'antenne. • L'indépendance éditoriale de la Chaine est garantie par la convention CSA et par les Chartes (Annexe). Il est en particulier expressément rappelé que, conformément aux termes desdites chartes, chaque chaîne, chaque rédaction du groupe C+ se doit de refuser toute pression ou directive, d'où qu'elle vienne, qui pourrait porter atteinte à son indépendance éditoriale. Par dérogation à l'article 5 du présent protocole, cette disposition continuera à s'appliquer sans limite de temps, y compris dans l'hypothèse où, pour quelque raison que ce soit, le présent protocole d'accord cesserait de s'appliquer. • Dans la semaine suivant la promulgation de la loi Bloche, une réunion sera organisée entre la Direction et la SDJ. Au cours de cette réunion, un calendrier de négociation des modalités de mise en oeuvre de cette loi d'ici au 31 mars 2017 sera établi. • Conformément aux engagements pris par la société SESI envers le CSA, le comité d'Ethique de SESI dont la mission est de veiller au pluralisme sur la chaîne sera reconstitué et réuni avant la fin de l'année 2016.Bonne nouvelle! Il s’agit d’une chaîne d’infos en continu. Agrémentée de magazines d’information. Manque de pot, dans magazines d’information, il y a aussi la tranche « Morandini ». L’animateur est gratifié d’un paragraphe spécial dans l’accord de fin de conflit.

Le cas Morandini

La Direction ayant refusé sa mise en retrait, Jean-Marc MORANDINI restera à l'antenne et elle s'engage à ce que cette émission soit soumise à la même exigence de rigueur et de déontologie que l'ensemble des émissions d'ITELE / CNEWS. L'ensemble des collaborateurs d'ITELE / CNEWS (reporters/JRI, envoyés spéciaux, rédacteurs en chef, rédacteurs en chef adjoints, services édition, digital, documentation, production, technique, coordination médias, etc.), les techniciens et les collaborateurs de la production de l'UES CANAL+ pourront refuser de travailler pour toute émission présentée et/ou produite par Jean-Marc MORANDINI (ci-après « l'émission de Jean-Marc MORANDINI »), sans que ce refus ne puisse entraîner sanction disciplinaire, retenue sur salaire, ou encore discrimination dans le parcours professionnel. Sur le plan opérationnel, il est précisé que : Les images tournées par les équipes ITELE / CNEWS ne pourront être utilisées dans l'émission de Jean-Marc MORANDINI sans l'accord du rédacteur en chef jour. Les séquences de l'émission de Jean-Marc MORANDINI ne seront pas exploitées sur les autres tranches de l'antenne et Jean-Marc MORANDINI n'apparaîtra pas dans les JT d'ITELE / CNEWS, sauf circonstance exceptionnelle et uniquement après validation du rédacteur en chef jour. Les tranches précédant l'émission de Jean-Marc MORANDINI n'auront pas l'obligation de « teaser » cette émission. Les équipes du service digital d'ITELE / CNEWS ne seront pas contraintes de rendre compte sur les réseaux sociaux de l'émission de Jean-Marc MORANDINI, ni de mettre en ligne les extraits de cette émission sur le site ITELE / CNEWS ou sur n'importe quel autre support.

Sur l'antenne d'ITELE / CNEWS, l'émission de Jean-Marc MORANDINI sera circonscrite aux génériques, jingles, pages de publicité et auto-promotion. Par dérogation à l'article 5 du présent protocole, les engagements exposés au présent point s'appliqueront tant que l'émission de Jean-Marc Morandini, telle que définie ci-dessus, figurera à l'antenne de ITELE/CNEWS y compris dans l'hypothèse où pour quelque raison que ce soit, le présent protocole d'accord cesserait de s'appliquer.

Bien entendu, rien dans cet accord sur l’exploitation des images par Morandini sur ses médias. Lors de ses premières émissions « Morandini Live« , on n’avait pas entendu de « retrouvez les infos sur le blog ‘jeanmarcmorandini.com' ». Si le respect des chartes est effectif, cela devrait continuer…

Serge Nedjar aura toujours ses deux casquettes

C’était l’une des grandes revendications des salariés de la chaîne. Serge Nedjar se retrouvera flanqué d’un adjoint, mais gardera les deux fonctions de Directeur Général d’ITELE / CNEWS et Directeur de la rédaction d’ITELE / CNEWS.

Serge NEDJAR est Directeur Général d'ITELE / CNEWS et Directeur de la rédaction d'ITELE / CNEWS. Il est convenu qu'un nouveau Directeur de l'information délégué, prioritairement choisi au sein des effectifs actuels ITELE / CNEWS, sera nommé au plus tard le 15 décembre 2016.

CNEWS Matin (ex-Direct Matin),  dans les murs, bientôt partenaire?

Les relations entre ITELE / CNEWS et Direct Matin / CNEWS Matin sont totalement transparentes et leurs rédactions sont indépendantes l'une de l'autre. Tout projet de partenariat entre les 2 sociétés prendrait la forme d'une convention qui serait soumise à l'information eUou à a consultation préalable des représentants du personnel de l'UES CANAL+ (CE et CHSCT).

Comme le fait remarquer un représentant syndical non-signataire à L’Observatoire des Médias, rien n’empêchera Vincent Bolloré de proposer à des salariés de CNews Matin (ex Direct Matin) de démissionner pour être ensuite embauchés par CNews (ex I-Télé).

Dès lors, qu’est-ce qui empêchera encore plus simplement à un journaliste de la télé de collaborer pour son ex journal?

Le volet social : pas de PSE, mais des ruptures conventionnelles

Tout salarié titulaire d'un COI avec la société SESI, et ce quel que soit son statut et son poste, pourra solliciter, en considération des causes du conflit auquel il est mis fin, une rupture conventionnelle conformément aux dispositions des articles L. 1237-11 et suivants du Code du travail. La Direction s'engage à accepter cette rupture conventionnelle et à verser une indemnité définie par application d'un référentiel d'indemnisation exceptionnel de 2 mois de salaire brut par année d'ancienneté et ce, jusqu'à 12 ans d'ancienneté, sans que l'indemnité puisse être inférieure à 6 mois de salaire brut. Cette indemnité sera majorée d'un mois de salaire brut par année d'ancienneté au-delà de 12 ans. L'ancienneté prise en compte pour l'indemnité globale de rupture conventionnelle sera calculée selon les règles suivantes : Les années incomplètes seront prises en compte prorata temporis, Les périodes continues de COD et de CDDU qui se sont succédées préalablement à l'embauche en COI seront intégralement prises en compte: pour les COD et les CDDU, une ancienneté de 10 mois équivaudra à 12 mois. Les piges éventuelles préalablement à l'embauche en COI seront également intégralement prises en compte dans le calcul de l'ancienneté selon le calcul suivant : la réalisation d'au moins une pige au cours d'un mois donné équivaudra à un mois d'ancienneté et l'ancienneté totale sera arrondie à l'entier supérieur.

L'indemnité globale de rupture conventionnelle intégrera le montant correspondant à l'indemnité conventionnelle de licenciement. L'ancienneté retenue pour le calcul de l'indemnité conventionnelle de licenciement sera décomptée selon les dispositions conventionnelles applicables au statut du collaborateur telles qu'elles figurent en annexe du présent protocole d'accord. Le salaire pris en compte pour le calcul de l'indemnité sera égal au douzième des salaires de base bruts perçus au cours des 12 derniers mois précédant la signature de la rupture conventionnelle, après neutralisation d'une éventuelle période de grève, majorés du treizième mois, de la prime d'ancienneté et de la prime de polyvalence. Les autres primes conventionnelles récurrentes liées aux spécificités métiers (prime de bureau, prime VS, etc.) ainsi que les contrats d'image seront pris en compte dans le cadre de l'indemnité globale de rupture. Pour les bénéficiaires d'un Bonus sur Objectifs (BSO), celui-ci sera versé à hauteur de 85% pour l'exercice en cours. L'application du référentiel n'exclut pas le bénéfice d'autres dispositions telles que des mesures d'outplacement ou de formation qui pourront si nécessaire, faire l'objet d'un arbitrage en commission de suivi.

La demande de 1er rendez-vous auprès des services RH devra être formalisée avant le 25 novembre 2016 et la signature de la rupture conventionnelle devra intervenir au plus tard le 23 décembre 2016. La date de sortie des effectifs sera fixée au plus tôt le lendemain de la date d'homologation (pour mémoire, cette homologation devra être expresse pour les salariés protégés) et au plus tard dans les 3 mois qui suivent l'homologation, sauf accord des parties. • Les salariés en CDD qui le souhaiteront seront reçus par la Direction des ressources humaines afin, s'ils en expriment la volonté, d'anticiper la fin de leur mission. Dans ce cas, le contrat sera immédiatement rompu et le salarié bénéficiera d'une indemnité égale à la rémunération qu'il aurait dû percevoir jusqu'au terme de son contrat ainsi que de la prime de précarité. Afin de faciliter les démarches administratives, il est convenu que l'attestation Pôle Emploi indiquera expressément que la rupture anticipée d'un commun accord du CDD est intervenue « à l'initiative de l'employeur». • Les pigistes qui ne souhaiteraient plus collaborer pour la chaîne ITELE / CNEWS pourront être sollicités, en fonction des besoins, sur d'autres chaînes du Groupe. A cet effet, les pigistes le souhaitant seront reçus collectivement et individuellement par la Direction des ressources humaines pour faire le point sur leur situation. Les représentants du personnel pourront intervenir en soutien ou accompagnement. A cette occasion, l'historique de collaboration sera examiné pour chaque pigiste d'ITELE, ce qui permettra d'apprécier leur situation. • Les collaborateurs en contrat d'alternance pourront solliciter une rupture de leur contrat sous réserve qu'ils aient trouvé un autre employeur pour poursuivre leur formation. • La Direction s'engage à remplacer, par le biais de recrutement de salariés en CDI, les salariés de la société SESI quittant l'entreprise dans le cadre d'une rupture conventionnelle établie en application du présent accord de fin de conflit. Les postes concernés seront ouverts en priorité aux collaborateurs en CDD ou en contrat de pige au sein de la société SESI à compétences équivalentes. Les recrutements devront obligatoirement intervenir dans un délai de 4 mois suivant la sortie des effectifs du salarié concerné, sauf difficulté particulière de recrutement. Les salariés recrutés dans ce cadre bénéficieront également des dispositions du présent accord relatives à la participation des salariés de la société SESI et des techniciens de l'UES CANAL+ à l'émission de Jean-Marc MORANDI NI.

Un paragraphe anti « chasse aux sorcières »

Le volet social se termine par cette mention : « Les salariés qui choisissent de rester dans l’entreprise ne pourront pas faire l’objet d’une sanction disciplinaire ou l’objet de tout type de discrimination (tant salariale que dans leur parcours professionnel) au regard de leur position ou leur prise de parole pendant le conflit. »

Capital pour tous les salariés grévistes qui choisiront de rester dans l’entreprise.

La charte éthique du groupe Canal Plus, signée en 2008

Le document de protocole de fin de conflit comprend comme première annexe la « Convention entre le CSA, agissant au nom de l’État, d’une part, et la société S.E.S.I., ci-après dénommée l’éditeur, d’autre part, concernant le service de télévision CNEWS ».

charte-ethique-groupe-canalLa deuxième annexe est un document rare : la charte éthique du groupe Canal Plus, signée en 2008. Un vieux document dont le préambule est signé par Bertrand Meheut, arrivé chez Canal en 2002 et mis à la porte en 2015. Il comporte plusieurs passages surlignés. Ont-ils été surlignés par le passé dans ce document scanné, où ont-ils été surlignés spécifiquement pendant ce conflit à i-Télé? L’Observatoire des Médias n’a pas cette information. Mais ce qui est certain, c’est que la lecture de ces passages fait véritablement écho aux revendications des grévistes.

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L’annexe suivante est la charte dans sa version de 2002, où plusieurs passages sont aussi surlignés, sur l’indépendance éditoriale :

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Allez, on relit le dernier paragraphe à Serge Nedjar, et on fera bien lire ce passage à son futur adjoint : « Chaque chaîne, chaque rédaction se doit de refuser toute pression ou directive d’où qu’elles viennent qui pourraient porter atteinte à son indépendance éditoriale ».

Lorsqu’un journaliste lui avait demandé fait remarquer que  « Le distinguo business/contenu disparaît si vous allez déjeuner avec les annonceurs », Serge Nedjar  avait rétorqué « La chose ne se discute même pas : la direction de la chaîne et la direction de l’éditorial c’est une seule et même personne et c’est moi ».

Une grille qui sera difficile à tenir

L’avant-dernière annexe est la grille prévisionnelle des programmes d’ITELE / CNEWS telle que présentée en CE du 27 octobre 2016. Comme stipulé plus haut,  « après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés, tant sur les moyens que les contenus, la grille sera décidée par la Direction et présentée aux équipes concernées, par tranche et par émission. En attendant, une grille provisoire, allégée décidée par la Direction après contribution de tous les acteurs opérationnels concernés sera mise en place au redémarrage de l’antenne. »

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Voici l’intégralité du document « PROTOCOLE D’ACCORD DE FIN DE CONFLIT ITELE/CNEWS », où à la fin est présent le tableau de calcul des indemnités de licenciement :

Exclusif : Le courrier de la SDJ d’Itele et des organisations syndicales de Canal + au CSA

L’Observatoire des Médias s’est procuré le courrier que la Société des journalistes d’ITELE et les organisations syndicales du groupe Canal + ont  envoyé entre lundi 24 et le mardi 25 octobre au CSA.

Edit du 26 octobre 7h30 :
Selon Libération,

La plainte [ci dessous] et d’autres, adressées cette fois par des téléspectateurs, ont été jugées recevables par le CSA, qui va instruire le dossier sous une dizaine de jours, après avoir entendu toutes les parties. La procédure pourrait aboutir à des sanctions, comme une mise en garde, une mise en demeure, voire – mais c’est improbable à ce stade – la suspension de la chaîne.

 

La Société des journalistes d’ITELE

Les organisations syndicales du groupe Canal +

 

Monsieur Olivier Schrameck
Président
Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA)
39-43 quai André Citroën
75015 Paris

Paris, le lundi 24 octobre 2016

Objet : Violation de la convention entre le CSA et la société SESI concernant la chaîne de télévision iTELE (prochainement CNews)

 

Monsieur le Président,

Vous connaissez la situation actuelle d’iTELE, dont les salariés sont en grève depuis le lundi 17 octobre dernier, notamment en raison de l’arrivée à l’antenne de Monsieur Jean-Marc Morandini.

Le 20 octobre dernier, le CSA a reçu, à sa demande, les dirigeants du groupe Canal +, pour évoquer cette situation.

Selon les termes du communiqué publié après cette audition, le CSA « a manifesté sa vive préoccupation quant à la pérennité de la chaîne iTELE, pour le développement de l’information en continu » et « a insisté sur la disproportion entre les enjeux liés à l’avenir de cette chaîne qui suppose un engagement au service d’un projet collectif clair et ceux propres à la situation individuelle d’une personnalité des médias ».

Nous partageons, bien entendu, la préoccupation du CSA quant à la pérennité d’iTELE (nous demandons d’ailleurs, pour l’instant en vain, la définition d’un projet stratégique et éditorial clair), ainsi que l’avis du Conseil quant à la totale disproportion entre les enjeux liés à l’avenir de la chaîne, qui emploie plus de 200 salariés, et la situation individuelle de Monsieur Jean-Marc Morandini, que la direction d’iTELE s’obstine à souhaiter maintenir à l’antenne malgré l’opposition de la Société des journalistes de la chaîne.

Nous souhaitons toutefois aussi vous alerter sur le fait que plusieurs obligations mises à la charge de l’éditeur de la chaîne iTELE par la convention conclue avec le CSA (convention du 19 juillet 2005 modifiée en dernier lieu par l’avenant n° 12 du 1er juin 2016) nous semblent actuellement violées par la direction d’iTELE.

En premier lieu, le principe de « l’indépendance éditoriale de l’éditeur », prévu par les articles 2-3 -1 et 2-3-9 de la convention conclue avec le CSA, nous paraît bafoué.

En effet, d’une part, Monsieur Vincent Bolloré, président du conseil de surveillance du groupe Canal +, actionnaire unique de la société SESI, éditrice d’iTELE, reconnaît lui-même son intervention directe dans le choix des programmes et des personnes intervenant sur la chaîne. Ainsi, par exemple, lors du comité de management du groupe Canal + du 13 octobre dernier, Monsieur Vincent Bolloré a déclaré: « Morandini sur iTELE, c’est ma décision ». Cette intervention directe de Monsieur Vincent Bolloré est d’autant plus évidente et attentatoire à l’indépendance éditoriale que le blog de Monsieur Jean-Marc Morandini est client de la régie publicitaire de la filiale média du groupe Bolloré, qui a en outre détenu jusqu’en 2011 la majorité du capital de la société éditrice de ce même blog.

D’autre part, Monsieur Serge Nedjar -dont le lien de dépendance avec Monsieur Vincent Bolloré est notoire et qui occupait encore en mai dernier les fonctions de directeur général de la société Matin Plus (éditrice du journal Direct Matin)[1], qui appartient au groupe Bolloré, et de président de la régie publicitaire de la filiale média du groupe Bolloré- cumule désormais les fonctions de directeur général d’iTELE et de directeur de la rédaction, en méconnaissance des stipulations de l’article 2-3-9 de la convention conclue avec le CSA, relatif à l’ « indépendance de l’information ».

Aux termes de cet article :

« L’éditeur veille à ce que les émissions d’information politique et générale qu’il diffuse soient réalisées dans des conditions qui garantissent l’indépendance de l’information, notamment à l’égard des intérêts de ses actionnaires. Il porte à la connaissance du Conseil supérieur de l’audiovisuel les dispositions qu’il met en œuvre à cette fin.

L’éditeur s’engage à préserver son indépendance éditoriale par les moyens suivants :

  • Une direction exclusivement attachée au service : l’ensemble de ses membres dispose d’un contrat de travail conclu avec la société titulaire de l’autorisation. Le Directeur Général du service est gérant de la société titulaire de l’autorisation et assure donc en son nom la direction de la publication de la chaîne ;
  • Une rédaction de journalistes et de rédacteurs en chef placée sous la responsabilité hiérarchique de la direction : la rédaction n’a aucun lien hiérarchique avec le groupe Canal+. »

Il nous semble résulter de ces dispositions que le directeur général de la chaîne Monsieur Serge Nedjar ne peut exercer simultanément les fonctions de directeur de la rédaction des journalistes sans porter atteinte à l’indépendance éditoriale de la chaîne, et ce d’autant plus que la relation de dépendance entre Monsieur Serge Nedjar et Monsieur Vincent Bolloré est avérée.

L’indépendance éditoriale de la chaîne ne pourra à notre avis être garantie sans la nomination d’un directeur de la rédaction distinct de son directeur général Monsieur Serge Nedjar et sans lien de dépendance avec Monsieur Vincent Bolloré.

Le fait qu’une collaboration (le projet « News factory »), sans autre précision à ce stade, entre iTELE et la société Matin Plus soit actuellement envisagée (les salariés de Direct Matin étant d’ailleurs sur le point d’emménager dans les mêmes locaux que ceux d’iTELE) suscite aussi des interrogations quant à l’indépendance éditoriale de la chaîne.

 

En deuxième lieu, le programme confié à Monsieur Jean-Marc Morandini nous semble constituer une violation de l’objet même de la convention, défini à l’article 1-1, qui stipule que « la programmation est consacrée à l’information ».

L’article 2-1-1 de la convention précise que « l’éditeur ne peut, sauf autorisation spécifique, utiliser les ressources en fréquences qui lui sont attribuées pour un usage autre que celui prévu dans la présente convention ».

En outre, l’article 2-3-8, intitulé « honnêteté de l’information et des programmes », prévoit expressément que « l’éditeur veille à éviter toute confusion entre information et divertissement ».

Or, il nous semble que l’émission confiée à Monsieur Jean-Marc Morandini sur iTELE relève d’avantage d’un programme de divertissement plutôt que d’une émission d’information.

A cet égard, l’article 2-3-8 de la convention prévoit aussi que « l’éditeur fait preuve de rigueur dans la présentation et le traitement de l’information ». Cette exigence ne nous paraît pas être respectée dans le cadre de l’émission de Monsieur Jean-Marc Morandini : à titre d’exemple, dans l’émission « Morandini Live ! » du mardi 18 octobre 2016, Monsieur Jean-Marc Morandini a donné la parole à une jeune femme, Samantha (son nom de famille n’a pas été donné à l’antenne et sa photo n’a pas été diffusée), qu’il a présentée comme « vivant aux Etats-Unis », tandis qu’une indication sur l’écran la présentait comme « correspondante aux Etats-Unis ». La ville dans laquelle cette jeune femme se trouvait n’a pas été citée à l’antenne, au mépris de nos règles professionnelles : il semble que cette jeune femme, qui est en réalité photographe et non journaliste, se trouvait en réalité au Royaume-Uni, à Londres.

En troisième lieu, la rédaction en chef d’une émission ne peut, quel qu’en soit le contenu, être confié à Monsieur Jean-Marc Morandini dès lors que celui-ci n’est pas lié par un contrat de travail avec la société SESI.

En effet, l’article 2-3-9 précité stipule expressément que « l’ensemble des membres de la rédaction du service dispose d’un contrat de travail conclu avec la société titulaire de l’autorisation ».

 

Enfin, nous attirons votre attention sur le fait que nous n’avons aucune information fiable de la direction d’iTELE quant à la mise en place et au fonctionnement du comité d’éthique visé à l’article 2-3-2 de la convention entre le CSA et la société SESI. D’ailleurs, la liste de ses membres ne figure pas en annexe de la convention. Les multiples demandes de la Société des journalistes d’iTELE visant à rencontrer les membres du comité d’éthique sont en outre restées sans réponse de la direction de la chaîne comme de celle du groupe Canal+.

Or, compte tenu du contexte, la mise en place et la réunion de ce comité nous paraissent indispensables et urgentes.

 

Au regard de ce qui précède, nous vous laissons le soin d’apprécier si une intervention du CSA est nécessaire ainsi que la nature de cette intervention.

Nous vous saurions cependant gré de nous tenir informés des démarches éventuellement entreprises par le CSA à la suite de la réception du présent courrier.

 Dans l’attente, nous demeurons naturellement à votre disposition pour toute précision et pour tout échange ou rencontre à ce sujet.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président, à l’assurance de notre considération distinguée.

 

Pour la Société des Journalistes d’iTELE, son président Monsieur Antoine Genton

Pour le syndicat + Libres, son délégué syndical Michel Valleix

Pour le syndicat CGT, son délégué syndical Jean-Marc Janeau

Pour le syndicat CFE-CGC, sa déléguée syndicale Claudie Jacquin-Nirascou

Pour le syndicat CFDT, son délégué syndical Serge Trabuc

 

 

[1] Monsieur Jean-Christophe Thiery, président du directoire du groupe Canal +, est quant à lui simultanément président du conseil d’administration de cette même société Matin Plus.

Ils en ont parlé :
Libération : Grève à i-Télé : «Personne ne regardera une chaîne d’info perçue comme à la botte»
20 Minutes : iTélé: La société des journalistes alerte le CSA sur la violation de la convention de la chaîne par la direction
Le MondeNeuvième jour de grève d’affilée à i-Télé
Les jours : Matthieu Pigasse veut racheter i-Télé
RFI : iTélé :  convergence forcée, divergences renforcées
Arrêt sur images : Les salariés d’iTELE font appel au CSA (et aux internautes) pour faire plier Bolloré
France Inter : Crise à iTELE : où en est-on de la grève ?
CB Newsi-Télé : la grève à nouveau votée, le CSA alerté
PuremediasLa SDJ d’iTELE alerte le CSA sur la violation de la convention de la chaîne par sa propre direction
LCILa grève à iTélé est reconduite pour un dixième jour
FreenewsI-Télé : les journalistes font appel au CSA et au gouvernement
24 HeuresLe conflit s’enlise à iTélé, le gouvernement intervient

 

Johan Hufnagel : « Lancer une nouvelle chaîne info ne pourra pas se faire sans discuter avec les acteurs du privé »

Quelques jours après la publication de son édito sur l’arrivée du site Mashable en France avec l’aide de France24, et à la veille de l’annonce par France Télévisions et Radio France du projet de création d’une chaîne d’info en continu de service public, nous avons interrogé Johan Hufnagel, directeur délégué aux éditions  de Libération.

Comment cela va-t-il se passer avec Alain Weill à la tête de L’Express et de Libé? Les salariés de Libération vont-ils bien l’accueillir? Libération le préfère à un Vincent Bolloré? Verra-t-on davantage de journalistes de Libération à l’antenne de BFMTV? Doit-on faire l’impasse sur l’industrie des télécoms lorsqu’on s’appelle Nicolas de Tavernost ou Alain Weill ? Johan Hufnagel répond à toutes ces questions.

On a donc aussi voulu en savoir plus sur le site Mashable qui va se lancer en France avec l’aide de France 24, et nous avons recueilli son avis à propos du projet de Delphine Ernotte de lancer une chaîne d’infos de service public.

Pour finir, Johan Hufnagel nous parle de la nouvelle version du site de Libération qui arrive bientôt et nous dit quelles seront les innovations présentes sur ce nouveau site.

La vidéo est chapitrée: un clic sur le timecode et vous accéderez à la partie désirée de l’interview.

C’est officiel, France Télévisions et Radio France travaillent sur un projet de chaîne d’info

Delphine Ernotte Cunci, la toute nouvelle PDG de France Télévisions, et Mathieu Gallet, le PDG de Radio France, ont fait paraître un communiqué de presse annonçant leur accord pour travailler ensemble sur le projet d’une chaîne d’information en continu, commune à France Télévisions et à Radio France :

A cette fin, un comité de pilotage sera constitué sous leur présidence. Le projet sera confié à Germain Dagognet, Directeur délégué à l’information de France Télévisions, et Laurent Guimier, Directeur de France Info.

Delphine Ernotte Cunci et Mathieu Gallet sont ouverts et désireux d’associer les autres acteurs de l’audiovisuel public au projet de chaîne d’information en continu.

Un appel à Marie-Christine Saragosse, la présidente de France Médias Monde.

Interrogé hier par L’Observatoire des Médias sur ce projet de nouvelle chaîne d’information en continu, Johan Hufnagel, le directeur délégué de Libération a émis des reserves : «Il y a aujourd’hui trois chaines d’infos en continu, deux gratuites, une en crypté, BFMTV, iTélé et LCI. À ma connaissance le CSA a retoqué le passage en gratuit de LCI, car cela boulverserait le modèle économique des chaînes d’infos existantes, et par ailleurs France24 existe déjà sur le canal local de la TNT francilienne. […] En voyant arriver une chaîne du public sur les chaînes d’infos, je pense que Delphine Ernotte sait parfaitement ce qu’elle fait en annonçant cela. Cela ne peut pas se faire sans discuter avec les acteurs du privé.»

Pourtant le communiqué de presse de Delphine Ernotte Cunci et Mathieu Gallet est clair : « ouverts et désireux d’associer les autres acteurs de l’audiovisuel public au projet de chaîne d’information en continu ».

(L’intégralité de l’interview de Johan Hufnagel est disponible ici)

De son côté, Julia Cagé, professeur d’économie à Sciences Po et auteur du livre « Sauver les médias » demande des garanties :  «Il y a une différence entre les acteurs publics, et les acteurs privés […] Quand on regarde les chaînes d’information en continu, BFMTV, iTélé et LCI, elles n’ont pas investi massivement ces dernières années, elles n’ont pas du tout augmenté le nombre de journalistes qui travaillaient pour elles. Si avec Delphine Ernotte on a un investissement de France Télévisions dans une chaîne d’info en continu avec une salle de rédaction suffisamment conséquente pour fournir de l’information de qualité, dans ces cas là c’est une bonne nouvelle. Si c’est fait par une chaîne de télévision publique, on ne va pas chercher des profits à court terme, on ne va pas chercher à limiter les coûts, ou à réduire la voilure mais potentiellement investir dans une information de très bonne qualité »

(L’intégralité de l’interview de Julia Cagé est disponible ici).

Un smiley bien choisi :

 

Exclu : les 117 accords sociaux dénoncés par la direction de l’AFP et le nouveau projet proposé

Deux semaines après un mouvement de grève – aujourd’hui suspendu – qui a paralysé durant quatre jours les activités françaises de l’AFP, place de la Bourse, ce lundi 20 juillet ce sont les deux syndicats « modérés » SNJ et CFDT (représentant plus de 50 % des salariés) qui sont venus à la table des négociations.

Le PDG de l’AFP, Emmanuel Hoog, avait confirmé sa volonté de dénoncer tous les accords sociaux en vigueur, lors d’un comité d’entreprise (CE) boycotté par les représentants du personnel.

L’Observatoire des Médias publie en exclusivité la liste de ces 117 accords :

L’ensemble des syndicats de l’AFP (CGT, SNJ, FO, CFDT, SUD, CFE-CGC) avaient dénoncé un «passage en force, qui témoigne d’un mépris vis-à-vis des organisations syndicales et du personnel, à ce moment-là en grève et qui a clairement fait savoir ces derniers jours qu’il refusait la dénonciation des accords».

Ce lundi 20 juillet, les syndicats devaient rencontrer la direction, «non pas pour négocier mais pour écouter ses nouvelles propositions».

Voici, en exclusivité aussi, les nouvelles propositions de la direction :

La note de synthèse (5 pages) du document :

La version de travail du projet d’accord d’entreprise :

Depuis deux ans, la direction a ouvert des négociations pour réviser les accords sociaux, notamment sur le nombre de RTT. Trois syndicats (SNJ, CFDT et SUD) y ont participé, tandis que trois autres (CGT, FO et CFE-CGC) les boycottaient, jugeant qu’elles n’aboutiraient qu’à une baisse des droits.

Voici, sur le point des congés et des RTT, les propositions de la direction de l’AFP :

Temps de travail
Le projet d’accord rappelle l’ensemble des règles relatives à la durée du travail, et notamment celles relatives aux durées maximales.
Le nombre de jours de congés serait unifié sur la base de 44 jours pour tous les salariés de l’Agence, soit le nombre de jours actuels pour les journalistes, les cadres administratifs et les employés de presse. Pour rappel, des jours de congés d’ancienneté (2 jours à 5 ans, 4 jours à 10 ans et 6 jours à 15 ans) viendraient s’ajouter à ces jours de congés pour tous les personnels concernés.
Il a été proposé de maintenir 7 jours de RTT pour les seuls collaborateurs effectuant au moins 39h par semaine, autrement dit les journalistes et les cadres hors travail posté.
Lors de la réunion du 20 juillet 2015, la direction a proposé d’étudier un maintien de 7 jours de RTT pour l’ensemble des collaborateurs en élargissant la plage horaire sur le travail posté, avec un passage de l’horaire collectif de travail de 35h à 39h.
Afin de limiter la perte de jours pour les collaborateurs ayant le moins d’ancienneté, un plafonnement de perte à 12 jours par an.
Un congé de retour d’expatriation serait institué pour les salariés expatriés sur la base de 7 jours de congés par an d’expatriation dans une limite de 35 jours cumulés, ce congé se substituant aux jours de RTT des salariés expatriés.
Le compte épargne temps (CET) sera maintenu pour les salariés de 50 ans et plus avec un plafond 75 jours. A titre exceptionnel et sur dérogation, un CET pourra être ouvert à des salariés de moins de 50 ans avec un plafond de 50 jours.
Sur l’ensemble de ces sujets, une négociation thématique sera engagée.
Cette négociation thématique permettra également d’aborder le sujet des spécificités du temps de travail d’une partie des personnels de l’Agence (continuité des ervices, permanences, astreintes …).

Emmanuelle Veil crée ‘Le journal minimal’ : « À Charlie et à Siné, tu critiques, tu critiques, et tu tournes en rond »

J’ai pu rencontrer Emmanuelle Veil, journaliste. Historienne de formation. Elle est spécialiste des questions de société, et est passée par L’Express avant de rejoindre Charlie Hebdo. Puis, après avoir lancé en 2011 le magazine satirique Siné Mensuel en tant que rédactrice en chef, elle développe un nouveau projet : Le journal minimal.

logo-journal_minimal

« Cela fait trois ans que je suis sur le minimalisme, et tout s’est agrégé pour créer ce journal. J’ai développé le projet au 100, 100 rue de Charenton, un établissement culturel solidaire qui développe des projets plutôt des projets artistiques à la base, mais le projet leur a plu et je les ai rejoints en janvier 2014 » nous confie Emmanuelle.

Emmanuelle Veil - L'Observatoire des Médias

L’idée de ce projet est donc de faire un journal minimaliste dans sa forme, et sur le fond, dans sa ligne éditoriale. Emmanuelle est donc actuellement employée par « l’association Minima », dont le but principal est de publier le journal, mais aussi de mener des actions pédagogiques, de faire de l’édition.

Un média de niche, donc, mais « on retrouve le minimalisme dans la culture, politique, social… C’est un thème qui se retrouve un peu partout », rassure la créatrice du projet.

Pour démarrer le journal minimal, une levée de fonds de 6000 euros a été lancée sur Ulule : « J’ai rencontré plusieurs personnes chez Ulule, qui m’ont dit qu’un projet sur deux réussissait à lever des fonds. Pour les projets presse, c’est assez difficile, c’est seulement 52% de réussite ». Mathieu Maire du Poset, chez Ulule, avait prévenu Emmanuelle que ce serait encore un peu plus compliqué pour Le journal minimal, le projet ne proposant pas de vraies contreparties « garanties ». Mais cela ne l’a pas découragée : « J’aurais pu moi-même demander ces 6000 euros, mais là, c’est plus drôle que d’aller voir moi-même les gens ».

Voici la présentation du projet, une vidéo postée sur Youtube et Ulule :

levée-de-fonds-journal-minimalAu moment de notre interview, cette semaine, Emmanuelle Veil la levée de fonds était presque bouclée.  C’est désormais chose faite. Depuis notre interview, la levée de fonds de 6000 euros a été réussie, et les dons continuent d’arriver sur la page du projet, et Emmanuelle espère que cela va continuer, car Ulule garde une commission de 8%.

Hormis la page Facebook et ses 259 like et le compte personnel de la fondatrice, pas d’autres relais médiatiques, pour le projet : ce sont donc bien les « friends and family » qui ont principalement contribué, avec des inconnus qui ont découvert le projet sur Ulule.

Pour faire fonctionner son association, Emmanuelle Veil a aussi répondu à des appels à projets : « la COP21 arrive en fin d’année, et le journal va parler énormément de ces problématiques, qui vont nous fournir des fonds pour le lancement ». L’association Minima bénéficie aussi d’une aide de l’état pour qu’Emmanuelle puisse en être salariée.

Emmanuelle veut rassurer : « L’apparence du journal sera minimale, mais la manière dont il est fabriqué est également minimale, et mon salaire aussi ! »

Quel sera le modèle économique du journal minimal ? Il fonctionnera avec des dons.

Les auteurs, pendant la première année, seront bénévoles, et le journal sera gratuit, et sans publicité. Les auteurs iront écrire pour Le journal Minimal « parce que la ligne éditoriale leur correspond » nous dit Emmanuelle Veil, qui cite l’encyclopédie gratuite : « nous serons dans le modèle économique de celui de l’internet des origines, on est dans l’économie du don, un peu comme wikipedia ».

Emmanuelle Veil cite Marcel Mauss : « Le modèle économique du journal repose sur le principe du don, ce mode d’échange entre les humains qui ‘vise davantage à être qu’à avoir’, comme l’écrivait l’anthropologue Marcel Mauss, parlant à cet égard de ‘fait social total’. Faire un don au journal c’est pour nous avoir la possibilité de le publier dans des bonnes conditions : c’est-à-dire sans publicité, et gratuit, donc accessible : « on va essayer de proposer des choses de l’ordre du sensible : du son, de l’image, la vidéo« .

Mais comment va se passer la suite, une fois le journal créé et lancé? « Il peut y avoir un certain nombre de lecteurs qui peuvent devenir parrains ou soutiens, de la même manière qu’on donne à Greenpeace, ou à la LPO », répond Emmanuelle Veil.  « On deviendra acteur et soutien du journal minimal. Le but serait un jour de payer les gens, via les dons des autres. »

Voici quelles seront les formules proposées aux lecteurs du journal minimal :

– formule de soutien à 3 euros par mois;
– formule « parrain » du journal à 14 euros par mois;
– formule « bienfaiteur » : 500 euros par an.

« Les parrains seront au courant du fonctionnement de l’association, sauront comment est utilisé leur argent, et seront invités à l’assemblée générale » veut rassurer Emmanuelle Veil : « la presse peut peut-être fonctionner comme une ONG, à partir du moment ou on est garants de valeurs fortes ».

Techniquement, Le journal minimal a choisi une agence spécialisée dans l’open source qui utilisera WordPress pour le site, et nous a un contrat de maintenance avec elle pour la suite du projet.

Le rythme de publication sur le site sera bihebdomadaire. Le mardi et le vendredi. Pourquoi?  « Car je pense que c’est des jours où on est plus disponibles pour lire la presse. On est plus frais, et le vendredi, on est un peu plus cool. » Ainsi Le journal minimal pourra publier, par exemple, le mardi et le vendredi, un groupe de trois ou cinq articles, comme seulement un.

Interrogée sur d’éventuels partenariats ou reventes de contenus (comme le fait par exemple le tout nouveau Cheek Magazine avec Les Inrocks, : « on y a pas encore pensé ».

Emmanuelle Veil, la porteuse du projet, a commencé à 18 ans à l’Événement du jeudi. Des stages au Parisien , au Monde, suis rentrée à L’Express en 94, où elle a passé 5 ans, avant de rejoindre Charlie Hebdo en 2001 où elle est restée 8 ans. Elle a ensuite créé le magazine satirique Siné Mensuel en tant que rédactrice en chef, « le journal qui fait mal et ça fait du bien » où elle a travaillé pendant un an.

Impossible de ne pas parler à Emmanuelle de Charlie Hebdo.

Après le 7 janvier, Emmanuelle ne s’est pas portée volontaire pour aller retravailler à la rédaction de l’hebdomadaire satirique : « Revenir à Charlie, alors que je l’avais quitté, cela ne s’est pas fait. J’avais vu qu’il y avait déjà des candidats pour les aider, et puis j’étais allée à Siné , donc j’imagine que cela aurait été difficile pour eux et pour moi ».

Qua va faire Charlie Hebdo de ses nouveaux millions d’euros? « L’argent doit servir au journal et pas aux actionnaires. Il doit revenir aux collaborateurs du journal« , insite l’ex salariée du journal.

Emmanuelle Veil se souvient :

« J’étais à Charlie au moment des caricatures de Mahomet. Nous, on était menacés, j’étais beaucoup là, j’avais peur. Lorsqu’est arrivé le bénéfice des ventes du numéro avec les caricatures, tout est allé aux actionnaires. Les gens qui étaient jamais là palpaient, et nous, nous avions eu en tout et pour tout 1500 euros de prime de risque. Je m’étais dit à ce moment-là : ‘Philippe Val est un voleur’. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, ils reproduisent ça. Je n’ose pas imaginer l’ambiance atroce qui règne là-bas. Un journal de gauche alternatif comme Charlie Hebdo doit être exemplaire. L’idée d’une coopérative leur correspond plus : ce n’est pas un journal capitaliste, ce n’est pas ce qu’il défend. »

Et lorsqu’on lui demande quels avaient été ses faits d’armes à Charlie Hebdo, Emmanuelle Veil répond du tac au tac, en assumant le côté Elise Lucet de la démarche :

« J’ai fait tomber un ministre, Renaud Dutreil, raconte Emmanuelle Veil. « J’avais voulu assister à une conférence à laquelle le ministre participait, en tant que journaliste de Charlie Hebdo. Je n’ai pas été accréditée. Je m’étais donc déguisée en ultralibérale convaincue, avec un tailleur, des talons, et je m’étais faufilée à la fondation Concorde, où Renaud Dutreil, qui était ministre de la Réforme de l’Etat en 2004, allait parler de la fonction publique. Je pense qu’ils m’ont pris pour une des leurs. Le ministre s’est lâché et a dit tout le bien qu’il pensait des fonctionnaires. La citation qui avait mis le feu aux poudres et conduit, quelques mois plus tard à son éviction du gouvernement, était la suivante : ‘le problème que nous avons, c’est que les gens sont contents des services publics' »

Voici l’article en question [PDF] :

article-charlie-hebdo

Alors, après avoir travaillé chez Charlie Hebdo, fait de l’investigation, pourquoi créer désormais un ‘journal minimal’? « J’ai désormais envie de parler avec empathie et douceur de l’actualité. À Charlie et à Siné, tu critiques, tu critiques, et tu tournes en rond« , confie Emmanuelle Veil. « J’avais une envie de faire des choses positives, sans pour autant faire de la « feel good » presse. C’est le désir de ne pas être dans la chose noire. Il ne s’agit pas de pas de parler des trains qui arrivent à l’heure, mais des trains qui arrivent en avance. Les possibilités du numérique sont énormes, cela m’attire beaucoup. La presse satirique reste avec quelque chose d’ancien qui me correspond plus. Le fait d’être sur Internet, cela laisse la place de faire du sensible, de l’expérimentation« .

Rendez-vous à la rentrée, l’ouverture du site est prévue fin septembre début octobre.

VIDEO – Jean-Marie Charon : les chantiers à mettre en place après la remise du rapport à Fleur Pellerin

Ce mardi 2 juin avait lieu au Ministère de la culture la remise officielle du rapport final de Jean -Marie Charon intitulé « Presse et numérique – L’invention d’un nouvel écosystème », dont l’Observatoire des Médias avait publié en exclusivité les bonnes feuilles.

Nous avons interrogé Jean -Marie Charon à l’issue de cette journée sur les chantiers à mettre en place après la remise du rapport :

(Contrairement au carton de présentation dans la vidéo, elle a bien été tournée le Mardi 2 juin……)

Voici le rapport :

 

Pour un nouvel écosystème de la presse : les bonnes feuilles du rapport de Jean-Marie Charon

Mise à jour du 2 juin 2015 :

Le rapport final a été remis à la ministre de la Culture. Le voici :

 

Jean-Marie Charon, sociologue des médias, qui a publié ici-même  « Réinventer les rédactions » a été chargé par la Ministre de la culture et de la communication, Fleur Pellerin, de rédiger un rapport, de dresser un panorama du nouveau paysage de la presse en France. Titre du rapport que l’Observatoire des Médias a pu consulter :

Presse et numérique – L’invention d’un nouvel écosystème.

Ce titre n’est pas sans rappeler le « Manifeste pour un nouvel écosystème de la presse numérique » du spiil datant de 2012, mais le paysage a évolué, et Fleur Pellerin a souhaité se faire conseiller et avoir une vision de ce que sont aujourd’hui les nouveaux métiers de la presse, les acteurs, les contenus, avoir une connaissance des nouvelles organisations du travail.

Jean-Marie Charon conclut son introduction ainsi  :

«Chacun a conscience que la presse (au sens large) que l’on a connu ne reviendra pas et que le processus en cours est bien l’invention d’un nouveau monde, un nouvel écosystème, tel est l’objet de ce rapport qui s’emploie à dessiner les contours de celui-ci tel qu’il se présente aujourd’hui, soit une photographie qui sera très vite obsolète, mais sur laquelle peuvent s’appuyer les acteurs d’aujourd’hui pour décider de leur action dans cette période, à la fois particulière, inconfortable pour beaucoup, mais en même temps tout à fait passionnante.»

Le rapport sera publié dans son intégralité sur le site du Ministère de la Culture, et sa publication  donnera lieu à l’organisation de plusieurs tables rondes. Mais en attendant, j’ai choisi quelques passages de ce rapport.

à propos de la formation, « le numérique pour tous » :

« […] Dans une phase de mutation l’évolution des compétences des journalistes ne saurait se limiter à la question des entrants. Non seulement il faut permettre aux journalistes qui ne disposent que des compétences liées à la presse d’hier de s’exprimer sur les nouveaux supports numériques, mais surtout il faut concevoir des démarches dans lesquelles chacun revient régulièrement en fonction des transformations à l’œuvre dans leur entreprise. La question d’une articulation forte, notamment dans le temps, entre les rythmes et moments des formations et les évolutions en cours dans l’entreprise est cruciale. De la même manière il ne peut plus être question de limiter ces formations au simple maniement d’outils. Nombre d’entreprises de presse reconnaissent ici avoir sous-estimé ou mal appréhendé ces contraintes. L’univers de la formation permanente s’est adapté, parfois plus tôt que les formations initiales, certains de ses cadres faisant figure de pionniers dans la réflexion et l’expérimentation de nouvelles pratiques (Emi-CFD par exemple). Cohabite au sein de celui-ci à la fois des émanations d’établissements de formation initiale, des établissements spécialisés, voire des organismes d’expérimentation et de recherche dans un domaine comme l’image (INA) et internationaux, émanation d’organisations des éditeurs de presse quotidienne (Wan-Ifra). Il faut ici être extrêmement vigilant à l’égard des répercussions d’une réforme du financement de ces formations dont les effets sont encore difficiles à appréhender.»

à propos des expérimentations, des Lab :

« […] Il faut insister ici sur l’importance de poursuivre et amplifier un travail de recherches sur des formes et des contenus qui ne sont pas forcément immédiatement intégrables dans les pratiques des rédactions, voire même dans les contenus les plus courants proposés par le média. A ce niveau se pose des questions d’expérimentation et d’évaluation de celles-ci. Les développements peuvent être longs et couteux, les intuitions longues ou délicates à finaliser. La démarche de l’Amaury Lab est ici intéressante, intégrant l’accompagnement, la formation et l’expérimentation sur les sites du Parisien et de L’Equipe. Un niveau de mutualisation plus large est sans doute souhaitable. C’est dire qu’il y a là une mission dans laquelle les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle, par des aides ciblant l’innovation, par des bourses, par l’organisation d’événements (concours, prix, etc.) permettant de montrer, valoriser les réalisations, comme les concepteurs et les équipes qui les ont portées.»

Sur le cycle de production de l’information :

« […] Un tel cycle de 24 heures, qui s’inscrit dans un flux continu, de production de l’information suppose de repenser les grands types d’intervention journalistique, avec notamment d’un côté des journalistes collecteurs, chasseurs ou « pêcheurs » de l’information (pour reprendre l’expression de Bernard Marchant, administrateur délégué du groupe Rossel) et de l’autre des éditeurs (et non plus des SR, secrétaires de rédaction) reprenant, enrichissant, adaptant les contenus fournis par les « pêcheurs » pour les adapter à chacun des supports. Faut-il à ce stade avoir un pôle unique d’éditeurs ? Faut-il distinguer des pôles d’éditeurs numériques et d’éditeurs imprimé (solution adoptée par Le Soir de Bruxelles, par exemple) ? La réponse est peut-être fonctionnelle. Elle est plus certainement culturelle, professionnelle, sociale, en fonction des temps d’évolution et d’apprentissages nécessaires aux individus qui forment les rédactions.

La fusion des rédactions et l’engagement du flux constant de traitement de l’information multi-supports n’implique pas forcément ou pas uniquement une organisation homogène des rédactions incluant l’ensemble des services. Nombre de titres à l’image du Guardian, du Monde ou du Figaro sont amenés à définir de nouvelles polarités – logiquement qualifiées de « pôles » – qui ne correspondent pas à la définition de services traditionnels, par type d’information traitée (politique, « info-géné », société, économie, culture, etc.), mais selon des modes de traitement de l’information. Il peut s’agir d’équipes et studios vidéo (Le Figaro, Le Monde, The Guardian, etc.), de factchecking (Le Monde, Libération, etc.), de participatif (Guardian), de data journalisme, etc., sans parler de la question des desks dont le rôle est d’identifier et mettre en forme quasiment instantanément les nouvelles, parfois 20 heures sur 24, en attendant le 24X24 que caressent certains (notion de « breaking news » chez les anglo-saxons).»

Complémentarités et salaires :

« […] les temporalités des évolutions dépendent largement de la capacité des directions, des encadrements à faire évoluer les compétences, renforcer les niveaux d’engagement des journalistes, lever les réticences, voire les blocages. Là se pose la question cruciale d’une autre forme de complémentarité qui est celle des personnes d’âges, de compétences, d’appétence à l’égard des innovations et notamment du numérique, très différents. Dans de nombreuses entreprises cohabitent ainsi deux populations, dont l’une a un rôle pilote pour les innovations et les réalisations numériques, alors que l’autre élargit plus ou moins rapidement son activité de l’imprimé vers le numérique. A ces différences de caractéristiques concernant les personnes se surajoutent des approches différentes des entreprises en matière de statut et de rémunération. Force est de constater que perdurent, bien souvent, pour les journalistes porteurs de la compétence et de l’activité numérique la plus pointue, des statuts plus précaires et fragiles (stages, piges, CDD) en même temps que des rémunérations plus faibles, parfois proches du Smic.»

Sur les partenariats avec les infomédiaires  :

« […] des partenariats sont possibles entre médias d’information et infomédiaires : Le premier qui n’est pas le plus important et qui concerne principalement les fournisseurs d’accès prend la forme d’achat de flux d’actualité auprès des agences internationales telles que l’AFP ou Reuters pour Orange ou Yahoo. Il peut aussi s’agir de dossiers, d’éditoriaux, d’interviews, de chroniques spécialement développés pour le portail du fournisseur d’accès, comme le Talk produit par Le Figaro, ou des contenus plus ponctuels comme ceux réalisés par Slate, toujours pour Orange. Une seconde forme de contribution peut consister en une rémunération des contenus consultés via une plateforme d’échange (Youtube) ou via un moteur de recherche. Facebook négocie actuellement des accords avec des sites de presse leaders sur leurs marchés (New York Times, Guardian, El Païs, etc.) afin que ceux-ci fournissent directement leur information sur le réseau social, avec en contrepartie un reversement des ressources publicitaires générées sur ces audiences.

Cependant, ces rémunérations sont insuffisantes, pour ne pas dire marginales, pour rémunérer les coûts rédactionnels. S’y surajoute là encore les inégalités de traitement entre quelques titres de référence, choisis par les infomédiaires, qui vont se trouver encore renforcés en tant que leaders sur leurs marchés, et tous les autres qui ne se verront rien proposer. Soit là encore le hiatus entre les logiques de maximisation des audiences et des revenus des infomédiaires et la nécessité d’un pluralisme de points de vues éditoriaux nécessaire au débat d’idée et à la démocratie.»

Sur les fonds et les aides :

« […] Faute de pouvoir s’appuyer sur une tradition ou une compétence en matière d’actions unifiées, y compris à l’échelle européenne, il revient aux pouvoirs publics de favoriser et accompagner de telles démarches, y compris en imaginant des formes de contributions vertueuses qui puissent éviter des batailles frontales entre médias et infomédiaires. L’idée de la création d’un fonds élargi de contribution à l’innovation dans les médias pourrait ici trouver sa place, les contributeurs ne se limitant pas au seul Google. La démarche de volontariat pourrait intervenir comme un volet dans le rapatriement par les états européens, des impôts et taxes auxquels plusieurs de ces infomédiaires, notamment nord-américain ont échappé par des pratiques de plus en plus contestées d’optimisation fiscale.»

Sur le journalisme à deux vitesses :

« […] le manque d’attractivité du journalisme numérique freine le développement de nouvelles organisations : intégrées, cycle de 24 heures servant les différents supports. Les freins dans ces évolutions vers le journalisme numérique pour les journalistes des médias traditionnels contribuent à la perpétuation d’une filière particulière, moins bien traitée de fait. A ce niveau se pose la question d’une proportion encore insuffisante en France de directeurs de rédactions, de rédacteurs en chefs, voire cadres intermédiaires qui soient issus du numérique ou aient exercé dans celui-ci. L’exemple d’un Johann Hufnagel à la tête de la rédaction de Libération reste rare. Il est notable, peut-être par contraste que Kath Viner, qui vient de prendre la rédaction en chef du Guardian, ait au paravent lancé l’édition en ligne du titre en Australie, avant de diriger la rédaction numérique du titre aux Etats Unis.»

Préconisations sur les aides :

« […] l’Etat pourrait favoriser, en réunissant les conditions nécessaires, la création d’incubateurs accueillant les pure players d’information, les labs des entreprises de presse, ainsi que les start up contribuant à la production d’information, à la fois à Paris et en région (écosystème toujours). Au-delà, éventuellement articulé à ces incubateurs, le ministère de la culture et de la communication en partenariat avec le secrétariat d’état à la recherche à l’enseignement supérieur pourrait inciter au développement de pôles associant formation liée à l’innovation, veille et recherche, avec une forte dimension internationale.»

Préconisations sur le cadre juridique des entreprises de presse :

« […] Les évolutions récentes concernant le cadre juridique des entreprises de presse appellent une réflexion et de nouvelles initiatives afin de mieux cerner le cadre particulier de la jeune entreprise de production d’information. Celui-ci serait tout particulièrement à penser avec une articulation possible avec le mouvement qui se dessine dans la société en faveur de l’accompagnement financier de l’innovation ou de réalisations difficilement profitables économiquement. Une réflexion sur les potentialités et les modalités de la notion de crowdfunding serait une contribution importante, qui puisse donner une véritable assise réaliste à des projections telles que celles qu’avance aujourd’hui un auteur comme Julia Cagé.»

La version définitive du rapport de Jean-Marie Charon sera bientôt publique.

La seule inconnue pour le moment : de quelle façon Fleur Pellerin va-telle se saisir des observations et des préconisations de ce rapport? Des actions seront-elles vraiment engagées? À suivre !

 

Photo : Raphaël da Silva 

Marie-Christine Saragosse, PDG de France Medias Monde

[VIDEO] ITW Marie-Christine Saragosse (France Médias Monde), qui signe un premier COM avec l’État

France24 conviait la presse vendredi pour présenter son opération « Le tour de l’Europe ». À la veille des élections européennes du qui se tiendront du 22 au 25 mai prochain, France 24 emmène ses téléspectateurs à la découverte du continent et de ses multiples enjeux, à travers 40 reportages, en français, en anglais et en arabe, en tournage du 2 au 30 avril 2014.
À cette occasion, j’ai pu interroger la « nouvelle » (1 an et demi) présidente directrice générale de France Médias Monde, Marie-Christine SARAGOSSE qui, demain mercredi 9 avril, à 11 h 45 au Ministère des Affaires étrangères et du Développement international, avec le Ministère de la Culture et de la Communication signera le premier contrat d’objectifs et de moyens 2013-2015 entre l’État français et France Médias Monde, au Quai d’Orsay.

Elle en est fière, et elle a raison :

Après avoir parcouru  :
– les États-Unis à l’occasion de l’élection présidentielle (novembre 2012);
– les routes de France sur le parcours de la Grande Boucle (juin 2013);
– le Maghreb (octobre 2013);

Les six journalistes (femmes, cf vidéo) de France 24 partiront pour un périple de 3000 kilomètres à travers l’Union Européenne.

Deux équipes de reportrices  :

Julie Dungelhoeff
Aurore Cloe Dupuis
Mayssa Awad

Alix Le Bourdon
Claire Williams
Donia Nouar

Ce carnet de route donnera lieu à 40 reportages qui seront diffusés dès le mois de mai prochain dans un « Journal de l’Europe » quotidien.
Ce rendez-vous sera animé chaque jour sur les trois chaînes de France 24 par  :

Caroline de Camaret (en français);
Christophe Robeet (en anglais);
Salim Badaoui (en arabe).

Planning prévisionnel des tournages « Tour de l’Europe »

Paris du 02 au 04 avril
Lille du 05 au 06 avril
Bruxelles du 07 au 09 avril
Porto du 07 au 09 avril
Maastricht du 10 au 12 avril
Bilbao du 10 au 13 avril
Berlin du 14 au 16 avril
Prague du 17 au 19 avril
Varsovie du 21 au 23 avril
Home du 21 au 24 avril
Londres du 26 au 30 avril

À signaler, demain aussi :

Mercredi 9 avril, France 24 et RFI proposent en exclusivité le premier face-à-face européen entre Martin Schulz, candidat des Socialistes et Démocrates, et Jean-Claude Juncker, candidat du PPE.

Ce duel au sommet sera diffusé en direct le 9 avril sur France 24 à 17h10, et sur RFI à 19h10. Pendant 50 minutes, ils répondront en français aux questions de Caroline de Camaret (France 24) et de Dominique Baillard (RFI).

Qui pour succéder à José Manuel Barroso ? Face à la crise de la dette, de l’Euro et la montée du chômage, que proposent les deux grands partis européens ? Quelles sont leurs réponses face à la montée de l’Euroscepticisme ?

Les internautes pourront également suivre ce débat en direct et en intégralité sur FRANCE24.COM et RFI.FR.

«Le Nouvel Observateur, et l’info à 3 voix avec Rue89» : la proposition de L’Observatoire des Médias

L’Observatoire des Médias vous propose cette semaine de vous raconter l’histoire de ce qui s’est passé chez Médiamétrie, chez Rue89, au Nouvel Observateur, et comment et pourquoi il pourrait y avoir une solution qui pourrait satisfaire « tout le monde » et surtout les internautes de Rue89. Pourquoi Médiamétrie a établi ces nouvelles règles, comment s’est passé leur application, pourquoi les journalistes de Rue89 se sont mis en grève, et comment la Régie du Nouvel Observateur pourrait dépenser 8500 euros par an pour aider le site Rue89 que le groupe a acheté 7,5 millions. En matière de publicité, plus vous agrégez, plus vous êtes placé en haut des classements. Mais ce n’est pas si simple.

Le comité d’autorégulation de fin novembre, chez Médiamétrie

C’est une des instances de l’institut de mesure d’audience. Fin novembre, on y a parlé d’audiences de sites web, et nouvelles règles de codage. Deux représentants de la presse quotidienne nationale allaient assister à ce comité : Le Monde (en la personne d’Isabelle André, PDG du Monde Interactif, qui est aussi vice-présidente du Geste) et , Le Figaro. On y parlé aussi de l’importance sur les ranking auprès des agences médias.

Y ont été abandonnées les règles de cobranding, et modifiées les règles de cession de contenus. Finie, l’agrégation d’audience entre Le Monde et le Huffington Post. Finies les histoires de conjugueur qui ne dit pas sa marque.

En clair, les éditeurs, les agences média et Médiamétrie ont décidé d’un commun accord qu’il devait y avoir « un peu d’ordre » qui devait être mis là-dedans. « Un peu comme une mesure de salubrité », et se forcer un peu à avoir une action volontaire pour que l’on ne pas aller vers une agrégation infinie des contenus.

Les agences média ne s’expriment pas officiellement sur le sujet, mais ce qu’on met souvent dans leurs bouches, c’est

« Quand tu es annonceur et que tu veux passer sur le Nouvel Obs, tu as pas forcément envie de passer sur Rue89, idem pour Le Monde et le Huffington Post, qui sont de nature assez différente ».

Mais lorsque je déjeune avec un membre de cette commission juste avant celle-ci, il me dit, optimiste :

« Mais cela ne va pas changer grand chose ».

Si peu… si peu. (Demandez aux grévistes de Rue89)

Emmanuel Parody : chez l’éditeur, au Geste et présent à la commission d’autorégulation de Médiamétrie

Pour aller plus loin, il fallait aller parler à un quelqu’un qui avait une vision de la chose depuis plusieurs postes d’observation. Je me suis tourné vers Emmanuel Parody. Journaliste et éditeur chez CBS Interactive France (ZDNet.fr, Smartplanet.fr), il est aussi secrétaire général du Geste, il représente donc l’association le Geste à la commission scientifique et technique, et à la commission d’autorégulation de Médiamétrie.

Interrogé par L’Observatoire des Médias, Emmanuel Parody regrette que l’on se focalise sur les changements graphiques, mais que l’on ne prenne pas en compte la vraie raison qui a poussé Médiamétrie a prendre cette initiative : tendre vers une mesure unique, web et mobile, pour les marques.

« Cela a une conséquence très pratique pour Parody : à partir du moment ou on essaye de regrouper des mesures dont les méthodologies sont différentes, on ne pas se permettre, qu’en plus, le périmètre des marques soit différent d’une mesure à l’autre. Si on veut mesurer l’audience du Nouvel Observateur, il faut que s’assurer que ce qu’on appelle « Nouvel Observateur » sur mobile ou sur tablette, ou sur le web, est la même chose ».

« C’est ça qui a rendu intenable le problème historique de Médiamétrie / Nielsen en France : La notion de marque/brand, est quelque chose de légèrement différent de ce que le lecteur/internaute lambda imagine. »

Selon Emmanuel Parody, « pour tout le monde, une marque, c’est son url, et ce qu’il y a derrière. Sauf que la notion de « brand » de Médiamétrie a pu s’enrichir de chose, qui font que, selon certains critères graphiques, on pouvait, sous une marque, avoir des sites différents. Ce qui peut être acceptable dans certains cas, et plus discutables dans d’autres ».

On peut légitimement se demander à ce moment-là si c’est un hasard que chaque interlocuteur, lorsqu’il s’agit de parler d’un périmètre de marque trop vaste, cite le groupe Nouvel Observateur.

Est-ce que Médiamétrie est allé trop lentement dans ses recommandations? Est-ce que Médiamétrie a laissé les éditeurs s’engouffrer dans un « no law man’s land »?

Emmanuel Parody nous répond :

« On peut dire qu’on a pris un peu de liberté de ce qu’est une marque, au sens de Médiamétrie. Le périmètre d’une marque est devenu quelque chose qui s’est éloigné de ce que le lecteur pourrait percevoir« .

Les nouvelles règles

Mais pour plaire aux agences média, les éditeurs veulent, pour une majorité d’entre eux, continuer à agréger, et essayent d’être compatibles avec les règles d’exception qui permettent de mettre différentes marques les unes à côté des autres. C’est ce qu’on appelle les déclinaison de marque ou marque fille.

Voilà la « nouvelle » façon dont Médiamétrie précise le périmètre d’une « Brand » :

la-brand-mediamétrie

En pratique, depuis le 1er décembre, si un groupe veut faire en sorte que l’audience cumulée de deux de ses marques continue à être publiée par Médiamétrie, il ne pourra plus faire appel au co-branding. Il devra utiliser les deux exceptions validées par l’institut de mesure :

– la déclinaison de marque;

– la fourniture de contenu.

Un gros mot, la fourniture de contenu. Tellement gros qu’il a provoqué une grève chez Rue89.

Souci, dans une exception comme dans l’autre, dans l’utilisation d’une marque fille ou dans les règles graphiques qui font comprendre qu’il y a fourniture de contenu, la marque qui fournit ou qui est la fille perd énormément.

Trop.

Voici comment fonctionne l’autorégulation entre éditeurs :

comment-fonctionne-l'auto-régulation-chez-Mediamétrie
(voir l’intégralité des règles définies en commission d’autorégulation sur le site de médiamétrie [PDF])

Isabelle André : celle dont la marque va perdre le plus en audience

Était venu le temps d’interroger une autre personne présente à la commission d’autorégulation  de Médiamétrie : Isabelle André, PDG du Monde Interactif.
Ma première question a été de savoir si AuJardin.info allait changer graphiquement :

tetiere-aujardin-info-20131212

« Non, cela ne va pas changer graphiquement, nous continuons d’être partenaires, mais l’audience de aujardin.info ne sera plus comptée dans l’audience du Monde.Fr ».

« Les règles ont été en juillet. Ce qui a été fait en novembre, c’est la réunion de la commission d’autorégulation qui a examiné les choses au cas par cas ».

« Il y a des choses qui ont été acceptées pour des acteurs de la télévision, ou des pure players, mais qui ont été refusées pour des acteurs de la presse »

TF1 et M6 sont présents à la commission d’autorégulation.

« Il y a eu un vote qui a supprimé la notion de double marque [le fameux co-banding]. Le Groupe Le Monde n’est pas d’accord, puisque la double marque est un procédé totalement transparent, on annonce la couleur dès le départ pour le lecteur/internaute »

Pour Isabelle André, le problème réside dans les interstices des règles de Médiamétrie dans lesquelles les éditeurs se nichent :

« En ce qui concerne la fourniture de contenu, le choix fait par Le Nouvel Obs pour Rue89 ne passe pas par un vote, dans aucune commission. Alors que la déclinaison de marque donne lieu à un vote : Le Nouvel Observateur avait proposé une déclinaison de marque pour Rue89,  afin que Rue89 garde sa propre url, et que le logo ait une taille plus importante que ce qui a été mis en ligne début décembre. »

« Mais leur proposition n’a pas eu assez de votes en commission et n’a pas été acceptée« .

« En général je ne vais jamais aux réunions chez Médiamétrie, nous confie Isabelle André, et  et c’est Christine Le Touche qui nous représente, mais cette fois-ci j’y suis allée. D’habitude, c’est souvent les directions marketing régie.

Isabelle André  : il y a distorsion de concurrence

La PDG du Monde Interactif, interrogée par L’Observatoire des Médias, accuse :

« Je n’ai pas du tout aimé la manière dont cette commission s’est déroulée. Beaucoup de dossiers ont été présentés par Médiamétrie, et chacun après a voté, mais pas à main levée, et en général pas sur le respect des règles. Ce ne sont pas les mêmes critères qui ont été choisis pour les différents types d’acteurs.

La PDG du Monde Interactif pointe une distorsion de concurrence, et dresse sa petite liste  :

– Ce qu’a proposé TF1News / Plurielles, a été accepté [déclinaison de marque] :

plurielles-TF1News

–  La proposition d’Eurosport/Rugbyrama est passée :

RugbyRama-Eurosport

– La proposition AuFeminin / SantéAZ c’est passé :

SanteAZ-aufeminin

– L’audience de TFOU fait partie de l’audience de TF1 :

Tfou-TF1

– W9 ou M6 comptent dans l’audience de 6Play  :

M6-6play

W9-6play

Ce que Le Figaro fait avec Sport24 a été validé, mais ce n’est pas une déclinaison de marque donc ce n’est même pas passé par une commission :

Sport24-LeFigaro

– 01Net et 01 Business cela passe aussi :

01Net-01Business

Même si Isabelle André dresse cette liste non exhaustive, elle tente de comprendre la démarche :

« Il y a une logique de puissance des audiences. Soit on interdit tout, soit on laisse le champ ouvert et on laisse les acteurs définir leurs stratégies dans les possibilités des règles. Aujourd’hui, c’est ni l’un ni l’autre« .

Ce qui choque la PDG du Monde Interactif, c’est le traitement soi-disant différent accordé selon que l’on est éditeur de presse ou chaîne de télévision :

« Même si le but n’était pas celui-là au départ, nous assistons à des distorsions de concurrence. Pour un certain type d’acteur, la fourniture de contenu est autorisée mais pas la déclinaison de marque, alors que dans les deux cas, cela conduit bien à une agrégation d’audience. On a fait des règles assez complexes dont la mise en œuvre dépend de chacun, et dans le même temps on n’autorise pas la même chose à tout le monde. »

Autre grand regret d’Isabelle André : « ce qui a été décidé vaut pour le web, mais pas pour le mobile« .

Rue89 fournisseur de contenu du Nouvel Obs, et partenaire?

Les gens qui ont été le plus choqués, et le mot est faible, par la nouvelle têtière de leur site, ce sont les journalistes de Rue89.

Rue89-NouvelObs

Nous avons joint ce mardi matin l’une des journalistes de la Rue, Sophie Caillat, au moment où l’équipe était en train de rédiger le protocole de sortie de grève, remis à la direction du Nouvel Observateur. Quelques minutes plus tard, le deuxième jour de grève était voté, avant qu’une solution ne soit trouvée mardi soir.

Les journalistes de Rue89 sont clairs : « Nous leur demandons d’être une marque, et non plus un apporteur de contenu de la marque Nouvel Observateur« , précise Sophie Caillat interrogée par L’Observatoire des Médias.

Sophie Caillat se souvient du moment surprise, ou, pour tenter de désamorcer la chose, Nathalie Collin, en personne, s’est déplacée dans les locaux de Rue89 dans le 20ème arrondissement de Paris :

« Elle nous a voulu nous faire comprendre que nous faisions une sorte de psychodrame affectif pour une taille de logo. »

Le mercredi précédent, une semaine avant la grève, Pierre Haski dit à Nathalie Collin qu’il refuse le changement de header, et dit à la patronne du Nouvel Observateur « C’est une perte d’identité, c’est exclu ».

Le mercredi soir, quand Pierre Haski propose à l’équipe de mettre son mandat en jeu devant elle, il ressort du bureau de Nathalie Collin, non pas avec une lettre de licenciement, mais avec l’annonce de la visite très prochaine de Nathalie Collin dans les locaux de Rue89.

Nathalie Collin rend visite à Rue89 rue de l’Est le jeudi 5 décembre, et assure que les trois événements qui s’imposent à Rue89 sont complètement fortuits et dissociés:

– le changement d’actionnaire : Rue89 n’est plus membre de SFA mais du NouvelObs;

– le déménagement : Le Nouvel Obs est ravi de les accueillir, cela fera des économies;

– les nouvelles règles que Médiamétrie imposent au éditeurs.

La veille de la grève, les salariés de Rue89 sont à cran : « Dimanche nous avons compris que nous n’étions qu’une marque à vendre, là pour fournir du contenu à une marque Le Nouvel Observateur pour qui Claude Perdriel cherche de nouveaux investisseurs. », regrette Sophie Caillat mardi matin.

Sophie Caillat a posé deux petites questions à Nathalie Collin lors de sa visite :

« La marque Rue89 existe-t-elle ? » : Oui.

« Pensez-vous qu’elle ait un modèle économique? » : Non.

Estelle Duval, de chez Médiamétrie, la dame qui applique les règles de la profession

Et Médiamétrie dans tout ça?

L’Observatoire des Médias est allé voir Estelle Duval, dans les locaux de Médiamétrie, à Levallois.

Estelle Duval sur la crise qu’a connue ce début de semaine Rue89 : « c’est très ennuyeux, mais je reste à ma place, nous sommes un institut de mesure, d’études. Je n’ai pas de commentaires ou de jugement de valeur ». Et on la comprend.

Concernant les nouvelles règles appliquées au 1er décembre : « Nous nous mettons à la place de l’internaute, de l’utilisateur. Nous imaginons qu’un internaute se rend sur un site, et qu’on lui demande ‘sur quel site êtes-vous?' »

Mais Estelle Duval se projette. Non, Médiamétrie n’a pas pris le temps d’aller sonder un panel d’internautes pour leur proposer différentes têtières de site et de leur poser la question de « quelle marque est la plus forte? », ou « à qui appartient ce site selon vous? ».

Suite à la grève de deux jours chez Rue89, les salariés de Rue89 avaient dans un premier temps publié un billet (L’observatoire des médias met en gras certains passages : )

Ce mardi après-midi, nos représentants ont à nouveau rencontré Claude Perdriel, président fondateur du groupe Nouvel Observateur, propriétaire de Rue89, et Nathalie Collin, coprésidente du directoire.

Durant cet entretien, ils ont répondu favorablement à nos demandes, et se sont engagés à :

rouvrir des discussions avec Médiamétrie au sujet des changements intervenus sur le site, en collaboration étroite avec Rue89 ;

– Maintenir pour les deux ans à venir le nombre de salariés dans l’équipe ;

– Permettre aux journalistes qui le souhaitent de partir dans les conditions de la clause de cession liée au rachat de Rue89 par Le Nouvel Obs.

Le « changement du haut de la page » est ce qui nous a amenés à voter la grève. Après cette semaine de négociations, l’équipe estime que Claude Perdriel et Nathalie Collin ont entendu nos inquiétudes pour l’identité de Rue89. Nous regrettons que le site ne retrouve pas son visage de jeudi mais nous sommes désormais impliqués dans un processus pour améliorer l’existant.

Lorsqu’on lit ceci, on comprend que Le Nouvel Obs devait aller revoir Médiamétrie et renégocier.

Sauf que.

Sauf que le directoire de Rue89 a publié, toujours dans la rubrique « Making of » un deuxième billet le 10 décembre :

La grève des salariés de Rue89, commencée lundi matin, est terminée.
[…]
Le projet de Rue89 est vivant comme jamais, en dépit des désagréables changements dans le haut de la page qui nous ont été imposés.
[…]
La question de l’identité de Rue89, bâtie au fil de ses sept années d’existence, a été au cœur de ces discussions. Cette identité est le fruit de l’indépendance éditoriale de notre site, que le Nouvel Observateur a respecté sans faille depuis l’acquisition du site, fin décembre 2011. Le groupe, à l’occasion de cette grève, a réitéré très concrètement sa volonté de préserver cette précieuse indépendance.
[…]
L’aventure de Rue89 continue donc. Avec un haut de page qui nous plaît moins que le précédent, certes. Mais avec une équipe soudée et motivée[…]

Le directoire

Deux petits passages surprennent L’Observatoire des Médias.

Tout d’abord, « Avec un haut de page qui nous plaît moins que le précédent, certes » fait penser que le directoire de Rue89 accepte le terme de « partenaire ».

Ensuite, « en dépit des désagréables changements dans le haut de la page qui nous ont été imposés« pourrait être nuancé.

Pourquoi? Parce que nous avons voulu savoir ce qu’en pensait la direction du Nouvel Observateur. Nous avons eu au téléphone la direction du groupe, ce jeudi après-midi. La personne interrogée ne veut pas que son nom soit cité, car cette personne ne veut pas – et je pense qu’elle a raison – « mettre de l’huile sur le feu ».

Mais la séquence de la « têtière » est selon la direction du Nouvel Observateur est celle-ci :

– Le groupe Le Nouvel Obs propose à la commission d’autorégulation de Médiamétrie une têtière qui doit rentrer dans la case de la marque fille, de la déclinaison de marque => proposition rejetée par la commission ;

– Le groupe Le Nouvel Obs soumet ensuite à Médiamétrie une têtière, proche de la têtière actuelle avec le terme « avec », un peu comme ceci :

NouvelObs-avec-Rue89

– Cette têtière ne plait pas au directoire de Rue89, et Claude Perdriel en personne propose aux dirigeants de Rue89 le terme « partenaire », à la place. C’est « accepté » par les dirigeants de Rue89, selon un membre de la direction du Nouvel Observateur que nous avons pu avoir au téléphone.

Nuançons : c’est ressenti par la direction de Rue89 comme un moindre mal.

La direction du Nouvel Obs a envie de tourner la page, et d’avancer. Mais comme les représentants de Rue89 ont obtenu que le Nouvel Obs puisse « rouvrir des discussions avec Médiamétrie au sujet des changements intervenus sur le site, en collaboration étroite avec Rue89« , nous avons posé la question à Estelle Duval, de Médiamétrie :

« J’ai appris en même temps que vous qu’à priori, le Nouvel Observateur devait revenir vers nous. On attend… »

Mais quand on demande à Estelle Duval quelle est la marge de manœuvre, la réponse est dans un premier temps catégorique :

« Ah mais je peux vous dire, il n’y en a pas, il n’y a pas de marge de manœuvre : on a travaillé pendant un an avec le marché, dans les groupes de travail et les instances concernées, dont le Nouvel Observateur fait partie. Ils n’ont donc pas découvert la chose. Aujourd’hui, la demande du marché, ce n’est pas de changer les règles, mais au contraire d’avoir une stabilité dans ces règles pour pouvoir bâtir une stratégie éditoriale qui ne soit pas suspendue à un changement de ces règles dans les mois qui viennent ».

En réalité, le mot de liaison, « partenaire », « avec », ou un autre mot serait accepté par Médiamétrie.

L’Observatoire des Médias fait une proposition :

NouvelObs-et-l-info-a-3-voix-avec-Rue89

« et l’info à 3 voix avec » met selon nous en valeur la marque Rue89, tout en étant placé en dessous du logo du Nouvel Observateur, propriétaire à 100% du site.

Qu’en pensez-vous? Dites-le nous dans les commentaires !

Un pack avec l’audience du Nouvel Obs plus celle de Rue89, avec les logos d’origine

On le sait, LA raison, c’est la présentation de grosses audiences cumulées aux agences média, or :

« Si Le Nouvel Observateur peut continuer à avoir un site distinct pour Rue89, avec son logo d’origine. Si d’un point de vue publicitaire il a besoin de regrouper les deux marques, il est possible d’avoir un pack publicitaire, au même niveau des ‘brand’ au sein du médiaplanning, dans lequel pourrait être regroupées, sans qu’il y ait de contrainte éditoriale : cela permet de publier une audience qui regroupe les deux marques, et qui puisse être achetée par les agences. »

Tiens tiens!

RégieObs : attention, un tel pack est payant chez Médiamétrie

J’ai appelé la régie publicitaire Régie Obs, et c’est , Jean-Marie Blanc, le tout nouveau directeur marketing de la régie qui m’a répondu :

« Ce qu’a oublié de vous préciser Médiamétrie, c’est que ce pack est payant, chaque année, et que nous ne sommes pas disposés à le faire ».

RegieObs ne veut pas communiquer sur cette somme annuelle qu’elle ne veut pas dépenser pour Rue89.

L’Observatoire des Médias s’est renseigné auprès de Médiamétrie : entre 8000 et 8500 euros par an. Pas plus.

Visiblement, RégieObs n’a pas beaucoup de sous, en ce moment (selon web.archive.org le site moche de la régie a été mis hors ligne entre octobre et novembre de cette année)

RegieObs

Jean-Marie Blanc me confirme par téléphone les informations que j’ai obtenu de la part de Pierre Haski, sur le nombre de commerciaux qui s’occupent de Rue89 en ce moment.

Les commerciaux qui s’occupent de Rue89 chez RegieObs :

GB : Lors de la vente de Rue89 au Nouvel Obs, leur avez-vous demandé comme garantie d’avoir un commercial pub dédié au site Rue89 ?

PH : Il était prévu que notre embryon de regie interne (3 personnes) serait integré à RegieObs, et qu’on gardait le commercial culture avec nous. Nous avons fait notre part, mais il n’y a plus personne de dédié à Rue89 à RegieObs.

GB : Depuis quand ?

PH : Le debut de cette année

RegieObs confirme le côté factuel de ces informations. En revanche, la régie du Nouvel Observateur insiste  : « la vie d’une régie est aussi faite de départs, et d’arrivée, et en ce moment il y a eu plus de départs que d’arrivées, mais les choses pourraient changer en 2014 »

Un nouveau commercial dédié à Rue89 en 2014? C’est ce que nous faisait comprendre à demi-mot Yann Guéguan, interrogé à ce sujet (via Facebook).

Ce qui est certain, c’est que ce commercial devrait composer avec cette vidéo, postée chez Rue89 :

Ironie du sort, losrque je vais voir cette vidéo aujourd’hui sur le site, celui-ci est garni de jolies publicités Ford (qui tournent sur tout le site):

Pour conclure, un mode d’emploi en Gif animé :

Rue89-Nouvel-Obs-Mediametrie

L’Observatoire des Médias remercie :
– chez Rue89 : Pierre Haski, Sophie Caillat, Yann Guégan, Camille Polloni.
– au Nouvel Observateur : la direction du groupe, et Jean-Marie Blanc chez Régie Obs;
– au Geste : Emmanuel Parody;
– au Monde Interactif : Isabelle André;
et enfin chez Médiamétrie : Estelle Duval mais aussi Isabelle Lellouche Filliau.