Catégorie : nouveaux outils

#Explicite, le bébé média aux 58 parents ex-iTélé

Il y avait du monde, ce lundi après-midi dans les beaux quartiers de Paris pour les 58 ex itele (une trentaine présents) d’Explicite, qui faisaient leur conférence de presse. Deux conférences de presse en une : l’annonce du projet et de son lancement immédiat, dès vendredi pour l’investiture de Donald Trump.

Un lancement dès vendredi

Si ce lancement rapide est possible c’est que les moyens sont limités et que le format est léger. Non ces ex-iTélé ne lancent pas une chaîne d’info en continu, ni un site d’information à proprement parler : ils se jettent dans la gueule du loup des réseaux sociaux, en produisant vidéos, interviews, émissions, podcasts ou diaporama pour les réseaux sociaux, « pour le moment ».

58 journalistes, dont deux non ex-iTélé, pour le moment

Le « pour le moment » est revenu plusieurs fois lors de cette conférence de presse et c’est bien normal. 58 personnes pour le moment, pas de modèle économique pour le moment, pas de montant fixé pour la somme demandée en crowdfunding pour le moment, pas de limite à la taille de cette rédaction non plus, pour le moment. Combien de temps le modèle autofinancé pourra-t-il tenir, on ne sait pas non plus, et cela dépendra des bonnes âmes dans un premier temps, puis des investisseurs dans un second temps. Une chose est sûre : ce ou ces investisseurs devront respecter une charte d’indépendance à laquelle les ex-itele tiennent comme à la bonnette de leur micro.

Olivier Ravanello haussera le ton au moment de prononcer ces mots : « On ne touche pas à l’indépendance des journalistes. Ça devrait être dans la tête de tout le monde ». Poke Bolloré & sa clique.

Le projet se veut sexy. Un joli logo (une agence accompagne bénévolement le projet), un habillage que l’on découvrira cette semaine, mais surtout une équipe « prête à l’emploi » comme le dit Olivier Ravanello, qui se trouve être le president de l’association des journalistes associés qui éditera les productions « Explicite ».

Spécifité et non des moindres de cette rédaction : « elle aime et elle a envie de travailler ensemble ». Petite allusion au fait que la grève avait été provoquée par la volonté de Bolloré d’imposer Jean-Marc Morandini à l’antenne de la chaîne Itélé ?

Explicite, des contenus avec une seule contrainte : la qualité journalistique

Au niveau des contenus, pas de contrainte de formats. Pas de grille, donc virtuellement pas de limites. Mais pas de site de destination non plus pour les héberger : « on vous proposera une sorte de chaîne info à la demande », annonce Olivier Ravanello.

Reportages, courts ou longs, ou alors plusieurs épisodes dans la journée d’un même reportage feuilletonnant.

La proposition convainc un peu moins lorsque l’équipe nous propose de « passer au crible les grandes mesures des candidats à la présidentielle », mais on demande à voir et à entendre, bien entendu.

De l’innovation technique

Après le joli plateau de France Info sur le canal 27 de la TNT, est-ce que la prochaine innovation en matière de journalisme mobile viendra d’Explicite? C’est possible.

L’un des ex salariés d’iTélé participe au lancement d’une structure technique baptisée Youbelive, qui rejoint le projet Explicite et qui permettra de déployer plusieurs directs vidéo interactifs à la fois : « 10 journalistes en immersion dans un événement », nous promet-on. Si c’est bien fait, il se peut que cela soit efficace et pas seulement gadgétoide.

L’ombre d’iTélé à effacer

Est-ce que ce projet est une sorte de thérapie de groupe pour journalistes échaudés après un mois de grève ? Il est bien possible que non. Néanmoins, lorsqu’on demande aux intéressés si ils continuent, en parallèle, à chercher du travail, la réponse est oui. Il est donc possible que quelques personnes quittent le navire à peine mis sur les mers de l’information. Mais une chose est sûre : Explicite va leur « permettre d’aller jusqu’au bout des choses, ce qu’ils n’avaient pas forcément pu faire dans [leur ancienne] maison » en ce qui concerne par exemple l’interactivité avec le public sur le sport, lance François Pinet.

Un financement à venir

« Des bonnes fées se sont penchées sur le berceau » : l’image est belle, et l’on parle donc d’une agence de design pour le logo et l’habillage des contenus, de la salle pour cette conférence de presse, qui servira aussi pour des émissions.

Pour le reste, l’équipe d’Explicite attend beaucoup d’une levée de fonds via crowdfunding pour un montant auquel ils réfléchissent encore, levée de fonds qui permettra de prouver la sexytude du projet auprès de vrais investisseurs.

Olivier Ravanello l’a martelé plusieurs fois : il verrait bien un groupe s’intéresser, investir dans le projet pour lui assurer sa viabilité.

Un groupe média s’était intéressé à la chaîne iTélé (et à son canal TNT) : le Groupe Le Monde. Interrogée par L’Observatoire des Médias, Sonia Chironi admet que oui, « avec la minorité de blocage de sa rédaction, Le Monde serait un groupe dont Explicite pourrait étudier les propositions ». Chiche?

Ergonomie editoriale : les innovations et tendances 2015

Lors de la 5e journée de la presse en ligne, le 21 novembre, Cyrille Frank (@cyceronmediaculture.fr) a réalisé une Keynote pour le Spiil (Syndicat de la presse indépendante en ligne), sur les innovations et les tendances 2015 sur l’ergonomie éditoriale.

Design, ergonomie de navigation, expérience utilisateur, rapport au lecteur… quelles sont les grandes tendances des interfaces web et les innovations graphiques ou éditoriales de la presse et des médias en ligne pour 2015 ?

Voici cette présentation. Vous y retrouverez les grandes tendances :

Bunkr lève un million d’euros. Et si vous abandonniez Powerpoint?

Un PowerPoint Killer. C’est comme cela que l’on présente le service web lancé par une jeune start-up rouennaise, qui vient de lever un million d’euros auprès de Xavier Niel et Daniel Marhely (Deezer), associés à Idinvest Partners. Pas mal du tout après juste un an d’activité.

import-tweetsDans la nuit, Bunkr a mis a jour son application. On salue le travail de Jean-Christophe Fossati, le chef techos de l’équipe (à gauche sur la photo ci-dessus)

Une des nouveautés, l’intégration de Twitter, qui permet de se connecter à son compte, et d’importer dans sa présentation ses tweets, ses favoris, de faire une recherche, et de placer des boutons de suivi et de partage.

En réalité, je me dis que cela peut être un très bon outil pour des médias qui voudraient avoir un outil presque aussi simple que Storify, mais beaucoup plus riche graphiquement au niveau du rendu. Si, Si.

Intégration de YouTube, de Flickr, DropBox, Google Images… autant d’outils qui facilitent la vie de la personne qui crée une présentation :

02editor-app

Un des points prometteurs, c’est aussi la futur disponibilité, dans la version payante, de thèmes créés par des designers, un peu comme des thèmes WordPress.

Edouard Petit, CMO de Bunkr
Edouard Petit, CMO de Bunkr

J’ai posé des questions au CMO de Bunkr, Edouard Petit, à l’occasion de cette levée de fonds.

Comment avez vous trouvé vos sous?

Après le lancement de Bunkr, nous avons eu la chance d’avoir pas mal de retombées dans la presse et d’avoir fait un peu de bruit dans l’écosystème start-up notamment à l’international. Suite a cela la machine était lancée, nous avons continué a travailler dur pour poursuivre notre croissance et surtout bien comprendre les usages autour de la présentation.

Avec notre croissance et quelques articles importants (AFP, TechCrunch…), nous avons été sollicités par pas mal d’investisseurs qui se sont intéressés à Bunkr. A ce moment nous étions quatre dans l’équipe et nous savions que pour passer à l’étape suivante nous avions besoin de fonds. Nous avons donc rencontré différents investisseurs. Voilà comment nous avons trouvé ces fonds.

Selon vous, quel a été l’argument choc qui a convaincu les investisseurs?

Je pense que l’argument « choc » a été notre approche et notre vision de la présentation. Dès le début nous avons souhaité nous affranchir des applications actuelles et de prendre le risque d’aller vers quelque chose en rupture avec ce que nous connaissons. Je pense que c’est ce qui a séduit nos investisseurs.

1 million, ça fait beaucoup de sous, quelles vont être les priorités dans votre développement?

Les priorités sont simples :
1) Recruter la Dream Team
2) Concevoir le produit et la meilleur expérience utilisateur possibles
3) Continuer notre croissance internationale (aujourd’hui 90% des utilisateurs sont hors de France)

Au niveau lancement, modèle économique, etc, quel est le service qui vous inspire et dont vous voudriez avoir autant de succès?

Notre exemple c’est Dropbox. Autant sur le produit, l’impact dans la vie des professionnels, le modèle ou encore la façon de communiquer, nous nous inspirons beaucoup d’eux.

Quand je lis votre communiqué de presse, je me rends compte qu’il n’y a pas de flèche pour aller au début (ou à la fin) de la présentation. C’est déposé par Slideshare ou quoi?

C’est une suggestion intéressante ! Nous comptons beaucoup sur la communauté pour concevoir le produit. Si nous en sommes ici aujourd’hui c’est parce que beaucoup de nos utilisateurs se sont impliqués dans l’amélioration du produit. Nous avons mis en place beaucoup de moyens pour avoir les feedbacks de nos utilisateurs afin de faire le produit parfait. Pour les flèches, j’ai vérifié ce n’est pas déposé par slideshare, on verra pour l’ajouter dans la prochaine version ! ;)

Intégration de Youtube… et pas Dailymotion dès cette V2? Pourquoi?

Nous avons rapidement sollicité nos utilisateurs pour leur demander les applications qu’ils souhaitaient pouvoir connecter à Bunkr afin de pouvoir y utiliser les contenus. Nous avons eu très peu de demandes d’intégration de Dailymotion. C’est sur notre roadmap mais pas une priorité pour le moment. Nous répondons d’abord aux besoins de nos utilisateurs.

La raison de cela est assez simple, la majeure partie de nos utilisateurs se trouve en Amérique du Nord, Amérique du Sud, en Inde et en Asie. Dailymotion est surtout présent en Europe…

Derrière bunkr, il y a quoi comme technologies? Framework, langages, etc (à part le HTML5 pour le rendu…)

On est sur une stack standard Linux apache mySql Php.

 

Vous voulez en savoir plus? Voici leur communiqué de presse :

Data Driven Journalism: deux ans de veille #ddj dans un tableur

Il y a environ trois ans, mes potes de promo les plus branchés culture numérique n’avaient qu’un acronyme en tête pour leur prochain stage : Owni.

Un rendez-vous DDJ immanquable

L’Objet Web Non Identifié représentait un idéal de rédac’, à la croisée de la communauté libertaire et de l’esprit start-up, et disposait surtout d’une symbiose rêvée entre graphistes, journalistes et programmeurs.

Qu’arrive à ou y entrer ou non, qu’on aime ou qu’on n’aime pas, on était d’assez nombreux webjos en devenir à le suivre de près, cet owni-là.

Mon rendez-vous préféré s’appelait les Data en forme. Les veilleurs du Pôle Data, aka Paule d’Atha, concoctaient chaque semaine une sélection de projets de datajournalisme (DDJ pour aller plus vite) aux petits oignons.

Chaque épisode se lisait vite tout en restant exigeant, avec non seulement les auteurs, mais aussi les outils utilisés, les sources d’inspiration, les données utilisées. Bref, une bonne dose d’inspiration hebdomadaire !

Ces Data en forme sont devenues très vite une référence dans le petit microcosme des « dataistes » français. S’y retrouver était une fierté, que l’on soit journaliste bidouilleur du dimanche ou développeur premier dan.

Mais un jour, le rendez-vous a été manqué, avant qu’un jour de fin d’année 2012 les derniers membres d’Owni annoncent que cette aventure était finie

Redistribuer les liens

Certes, la Soucoupe ne s’était pas crashée, elle continuait à léviter dans le cybere-espace au regard des nostalgiques comme des curieux. Mais je craignais qu’un jour, un tragique oubli dans le rachat du DNS ne vienne effacer les bons liens récoltés pendant presque deux ans.

J’ai donc dare-dare téléchargé tous les épisodes des Data en Forme en PDF. Très vite, je me suis rendu compte que, même si j’avais tout conservé, je ne retrouvais pas facilement certains projets, y compris sur Google…

Et puis, un jour, je me suis dit que j’allais rendre un hommage à ma manière à cette veille DDJ. Je me suis mis en tête de rassembler le maximum de liens dans un même tableur, avec titre, URL, Média/Commanditaire et Auteur.s, pour les redistribuer en suite.

Ca m’a pris plusieurs heures, et j’ai même ajouté avec plaisir Données fleuries, l’autre veille de Nicolas Patte (lui-même à l’origine des premières Data en forme).

Je n’ai pas pu tout garder, certaines pages ayant disparu ou certaines intiatives open data à l’étranger étant très confidentielles, mais il y a, à la louche, plus de 450 liens bons pour l’inspiration.

Vous trouverez le tableur ci-après, classé comme ceci :

  • Applications : terme un peu générique qui regroupe les gros projets nécessitant une forte implication de l’internaute, pour explorer différents jeux de données notamment
  • Infographies interactives : typiquement une infographie qui affiche des informations au survol de la souris, avec donc une implication assez minime de l’utilisateur
  • Infographies statiques : de belles images, brutes de décoffrage
  • Vidéos : une autre façon de mettre en scène les données, moins fournie que d’autres sections mais pas moins intéressante
  • Data Art / OWNI : le traitement de données au service de l’esthétique, pas forcément de l’information
  • Ressources : fourre-tout incluant des outils, tutos, stocks de données, feuilles de route, bonnes pratiques, etc…
  • Blogroll : inclut les blogs personnels de bons nombres de bidouilleurs fort intéressants
  • Interview : le titre suffit :-)

La Presse+, un projet iPad… à près de 30 millions d’euros

Mise-à-jour du 16 septembre 2015 :

 

Le quotidien montréalais La Presse (www.lapresse.ca) a lancé le 18 avril dernier un journal gratuit exclusivement pour iPad intitulé La Presse+ (LP+) après un travail en R&D de près de trois ans et d’un investissement de 40 millions de dollars canadiens, soit environ 28 millions d’euros. Bref, un projet imposant, d’autant plus que le quotidien envisage ouvertement d’abandonner en définitive le support papier pour se consacrer uniquement aux versions web et tablette. Ainsi, cinq mois après le lancement que peut-on retirer comme enseignements de ce journal en format tablette ? Revue d’un long banc d’essai.

Les copies d’écran de La Presse + sont tirées de l’édition du samedi 28 septembre 2013.

La première chose qui surprend est la conception visuelle éditoriale de LP+. Elle est identique au format papier. Le lecteur n’est pas perdu à se retrouver dans le journal ou à (ré) apprendre les codes de présentation. Le temps d’adaptation pour le lecteur est donc quasi instantané.

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Au fil des semaines, l’on s’aperçoit que la photo est au cœur de l’expérience de lecture du journal, se distinguant notamment du défunt journal de The Daily (journal de News Corporation qui aura existé de 2011 à 2012) ou d’Al Jazeera Magazine – un magazine gratuit que j’apprécie pour son contenu. La photo se trouve la plupart du temps en fond d’écran pendant la lecture du texte comme présenté dans la capture ci-dessous. Quant au texte, il n’apparaît pas dans en entier, il reste caché et le lecteur n’a qu’à défiler le texte pour continuer la lecture comme sur une page web. Ainsi, ce n’est pas le texte qui devient l’élément principal, mais la photo. La photographie dicte la mise en page de l’écran de lecture après le traditionnel chemin de fer. Nous allons traiter de la publicité plus loin.

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Le contenu enrichi était une grande promesse des dirigeants de La Presse. Six mois plus tard, la présence du contenu enrichi est toujours présente, rendant, une fois de plus, une agréable expérience de lecture. Cet enrichissement se décline en plusieurs formats : des diaporamas, des infographies, du contenu vidéo (analyses, commentaires, débats, critiques, etc.) Le lecteur peut interagir avec journal qui n’est pas qu’un simple PowerPoint où on lit et où on navigue entre les slides. Pour le contenu vidéo, il faut noter qu’il est important et que La Presse a aménagé deux studios pour l’occasion.

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Toutefois, bien que la vidéo soit présente, elle est mal utilisée, puisqu’il faut être connecté au web pour lire les vidéos, contrairement aux autres contenus qui sont téléchargés dès que le journal devient disponible pendant la nuit québécoise (aux alentours de 1h ou de 2h du matin) ou au matin français (7h-8h). À mon sens, cela m’apparaît comme contradictoire. La tablette télécharge pendant la nuit le journal d’une taille d’environ 70 Mo la semaine et le dimanche et de 150 Mo pour l’édition du samedi, mais il faut rester connecté au web au réveil où à tout moment dans la journée pour consulter les vidéos. Il apparaîtrait plus logique de tout télécharger d’un coup, d’autant plus que le journal se supprime de lui-même au bout de sept jours.

Le contenu enrichi existe aussi avec la présence d’une dizaine de personnalités connues, principalement du milieu des arts, qui livrent leurs commentaires sur l’actualité de la semaine et aussi avec la création d’un cahier supplémentaire exclusif intitulé Pause qui se décline en sept thématiques différentes pour chaque jour de la semaine. La Presse + est publiée 7 jours sur 7, contrairement au support papier qui est publié tous les jours, sauf le dimanche, depuis la restructuration de septembre 2009 où le journal avait failli fermer boutique.

Reste maintenant la publicité. Comme La Presse + est gratuite, contrairement au papier dont l’exemplaire coûte environ 65 centimes d’euros, le financement du journal se fait donc par la publicité présente à hauteur de 40 % comme dans le journal papier. Les gens de La Presse ont développé près de 30 formats de publicités interactives. Pour les publicistes, ce sont autant de modes pour capter le lecteur, mais autant de « pièges » pour le lecteur avec des publicités en format vidéos, du contenu en interaction, des slides, etc. Cinq mois plus tard, nous aurions cru que nous finirions par oublier la présence de la pub, mais force est de constater qu’elle reste très présente. Il est, en fait, difficile d’ignorer sa présence.

Avant de conclure, un léger bémol, le journal, contrairement à The Daily, la première tentative d’un quotidien purement en format tablette, qui pouvait se lire en mode vertical, La Presse + ne peut se lire qu’en format horizontal de la tablette. Les amateurs de la lecture en mode verticale seront sans doute un peu déçus.

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En somme, le journal apparaît comme une réussite en tout point. En même temps, l’obligation de réussite était la seule option possible avec un investissement de près de 30 millions d’euros avec 3 ans de R&D. C’est une réussite point de vue lectorat. La Presse a indiqué à la fin du mois d’août avoir eu 250 000 téléchargements de l’application depuis son lancement en avril.  Le tirage papier actuel est de 210 000 copies par jour.

Par contre, et c’est la principale critique que nous formulons, le champ des possibles avec le multiplateforme est sous-utilisé. Prenons l’exemple unique de la critique cinéma en vidéo où une seule critique est faite par semaine et qui est d’une durée de moins de trois minutes. Rien n’empêche de faire plusieurs critiques et d’avoir une vidéo d’environ 10 à 15 minutes et de poser en plus un bouton permettant d’émettre sa propre critique ou son commentaire sur le blog du journaliste cinéma. Une réelle intégration de tous les acteurs et de tous les moyens du journal reste à faire. En six mois, il est vrai que la formule de La Presse + a évolué, mais cette évolution aurait dû aller plus loin.

À terme, le format papier du journal est annoncé à disparaître comme l’a expliqué Judith Lachapelle, journaliste à La Presse, invitée à la Conférence nationale des métiers du journalisme (CNMJ) le 27 septembre dernier. Et tout porte à croire que la version tablette deviendra payante selon Jean-Paul Lafrance, professeur à l’Université du Québec à Montréal, qui s’était aussi exprimé au CNMJ, la veille. Si les dirigeants de La Presse veulent délaisser dans un futur plus ou moins éloigné le format papier, l’application pour tablette devra comporter plus que ce que nous avons tenté de décrire dans ce texte. Un tel changement se doit d’être plein et entier en intégrant au maximum les moyens technologiques disponibles. L’expérience enrichie se doit d’aller plus loin, en fait, l’expérience enrichie le plus loin possible. C’est d’ailleurs l’une des leçons que l’expérience The Daily nous a apprises: c’est le manque d’audace dans le contenu a coulé l’application.

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Reste maintenant la grande question. Comme a expliqué le professeur Lafrance, l’on suppose que La Presse + deviendra payante le jour que La Presse format papier cessera d’exister. Et à ce moment-là, combien de personnes voudront prendre un abonnement payant ? La réponse à cette question sera une piste parmi d’autres pour comprendre le changement en cours au sein des médias.

En complément, voici les propos de Judith Lachapelle, journaliste à La Presse recueillis par des étudiants de l’IPJ pour le CNMJ tout juste après sa présentation, à propos du changement dans le mode de production du journal.

Judith Lachapelle – La Presse par CNMJ

En complément 2 : TF1 a annoncé, via un communiqué de presse, le 1er octobre, une mise-à-jour de ses applicatons MYTF1 et MYTF1News avec l’implantation du réseau 4G en France. Ces applications permettront le téléchargement de contenu pour un visionnage hors ligne de certaines émissions pendant une période de sept jours. Ce format de téléchargement pour un visionnage d’une semaine rappelle sensiblement La Presse + et cette volonté de rejoindre le mobinaute en dehors du support traditionnel (papier ou télé dans ces cas précis) et en dehors aussi de la version ordinateur (bureau ou portable) avec la consultation du site web. Par contre, avec un minimum de connaissance de la propriété des médias, l’on pourrait croire qu’il est finalement assez logique de faire consommer de la 4G à ses mobinautes, surtout lorsqu’ils sont chez Bouygues. Bouygues qui a annoncé avec une campagne de publicité imposante l’arrivée de la 4G en France et qui est aussi, par la même occasion, propriétaire de… TF1.

Jean-Sébastien Barbeau
@jsebbarbeau

Doctorant québécois en journalisme à Paris-2.
Sujet de thèse : gatekeeping et mediablogs.
about.me/jsebbarbeau

What the F**k is Social Media NOW?

Marta Kagan (@mzkagan) est Managing Director pour les Etats-Unis de Espresso, una agence de marketing interactif. Digital branding, social media sont ses maîtres mots. Sa célèbre présentation « What the F**k is Social Media? » vient d’être mise à jour.

A voir en plein écran. (barrre d’outils en bas, à gauche, cliquer sur Menu > View fullscreen)


Haïr Google et bénir l’Ipad?

Faire de Google le Grand Satan responsable en partie de la crise de la presse et attendre la nouvelle merveille d’Apple comme le Messie qui sauvera la même presse (et l’industrie du disque au passage), dans les deux cas, les medias se trompent.

Haïr Google, plus facile que d’apprendre à s’en servir.

Bienvenue à Erwann Gaucher, responsable du développement internet pour le réseau Vivrici. Ce billet est le résultat de sa contribution au groupe LinkedIn Les Observateurs des Médias (460 membres à ce jour)

Rupert Murdoch l’a promis l’année dernière : il allait retirer tous ses journaux, dont le Wall Street Journal de Google news. Et on allait voir ce qu’on allait voir, toute la presse allait suivre pour enfin ne plus se faire « pomper » son contenu par le vampire Google.

En octobre dernier, le même Murdoch annonçait, beaucoup plus discrètement cette fois, qu’il reportait sine die son projet, plus facile à crier sur les toits qu’à mettre réellement en œuvre. Surtout quand, finalement, le reste de la presse mondiale semble se faire un plaisir de le laisser essuyer les plâtres…

Si un chanceux s’échappait aujourd’hui de Corée du Nord, il pourrait penser que Google est un service public qui, par une dégénération monstrueuse et imprévisible, se serait mis à concurrencer ces grands navires du capitalisme glorieux. Logique, dans ce cas, de ne pas se laisser développer une concurrence si fourbe et déloyale à l’encontre de ses belles entreprises honnêtes et vertueuses de la presse et de la musique. Des entreprises qui, pour la musique par exemple, ont passé les 40 dernières années à nous vendre les mêmes chansons des Beatles en albums vinyles,  puis en albums K7, puis en en albums CD, puis en compilation CD, puis en coffrets CD, puis en collectors, puis en éditions remasterisées, et enfin (génie du marketing) en vinyles collector… Ca c’est de l’innovation mon bon monsieur !

Alors que Google n’a rien inventé. Google n’est pas une entreprise privée qui a mis au point un outil inégalé, novateur et beaucoup plus performant que tous ses concurrents. Google n’est pas une entreprise capable, jusqu’ici, d’innover assez régulièrement pour tenir en échec un nombre toujours plus important de concurrents.

Une fois ces vérités établies, on comprend mieux pourquoi Google ne devrait avoir aucune raison d’espérer tirer profit de son innovation et de ses outils. Il est tout à fait normal que, depuis 10 ans, des centaines de millions (pour ne pas dire des milliards) de personnes et d’entreprises utilisent ces outils gratuitement. Car, étrangement, tout le monde semble oublier la révolution que Google a apportée au web et que, à ce jour, personne n’a payé pour son moteur de recherche, ses boîtes mails, ses agendas partagés ou son système de visio-conférence.

Et les arguments des « grands » patrons de presse ne tiennent pas. Google siphonne le contenu de ces médias en les agrégeant dans Google News ? Cette agrégation n’est pas automatique, il faut en faire la demande auprès de Google et remplir des formulaires pour obtenir cette indexation.

Soit nos Tycoon ne savent pas ce qui se trame dans salles obscures où sont cachés leurs développeurs web (ce qui est très possible), soit ils font preuve d’une mauvais foi flagrante (ce qui est au moins aussi possible) : ils ont utilisé Google News tant que cela les arrangeaient, et maintenant essayent de les faire taxer. L’éternel beurre et argent du beurre.

Car Google news n’est pas un handicap pour les médias traditionnels, au contraire :  44% de ses utilisateurs ne lisent que les titres des informations que l’agrégateur regroupe et ne cliquent pas sur le lien pour se rendre sur l’article d’origine. Un scandale crient nos patrons ! Une chance.

Car cela signifie que 56% de ces mêmes internautes cliquent sur ces fameux liens et surfent sur les sites propres des médias. Et comme les utilisateurs de Google news sont beaucoup, beaucoup plus nombreux que ces des médias, le solde est évident positif pour ces derniers.

Enfin, rien n’empêche un média de se retirer de Google News et de rester sur le traditionnel moteur de recherche de Google. Dans ce cas, Google ne propose aucun contenu tiré du média, uniquement  un lien vers le média. Mais pour apparaître, celui-ci devra apprende à utiliser Google, et pas seulement le considérer comme un service public qui n’est là  que pour le mettre en valeur.

Comme dans la course à la numérisation des livres ou pour la loi Hadopi, le réflexe de la taxe Google est celui d’une « caste » de décideurs, eux-même fort peu utilisateurs des technologies dont ils débattent, et qui a un temps de retard. Plutôt que de réfléchir à comment entraver Google, mieux vaudrait apprendre à faire à sa place ou en collaboration avec lui.

Haïr Google n’est donc pas plus rationnel que de bénir Apple e son Ipad. Les deux ne sont que des outils, aux médias d’apprendre à s’en servir.

Mais nos patrons de grands médias traditionnels et de l’industrie musicale sont complètement perdus. Ils n’avaient jamais eu à s’occuper de ces basses questions techniques.

Le problème des pontes des mass-médias, c’est que bien souvent ces gens ont ont hérité d’une situation confortable de quasi-monopole.

A part la disparition (généralement par rachat) tous les 10 ou 15 ans de l’un des membres de leur club de gentlemens, ils étaient bien à l’abri.

Il se partageaient ensemble des marchés captifs avec la certitude que personne ne pouvait avoir les moyens de venir les concurrencer : qui, il y a 10 ans, avait assez de fonds pour monter une boîte de production de musique capable de rivaliser avec les majors ou un quotidien pouvant mettre le NYTimes en difficulté ? Personne !

Si quelques aventuriers tentaient leur chance, il suffisait de les abattre en lançant dans leurs jambes des faux concurrents uniquement destinés à causer leur perte, quel qu’en soit le prix (les gratuits pour la presse).

Pour les plus coriaces, il suffisait de les racheter. Mais c’était aussi rare que peu dangereux finalement. Ces gens dirigent des entreprises qu’ils n’ont pas créés, avec une seule obligation : survivre pour bien vivre. C’était la richesse ou la disparition, pas de milieu et c’est très bien comme ça.

Et voilà que de nouveaux outils permettent à ceux qui ont les idées, mais pas forçément les moyens, de venir les concurrencer… Quelle outrecuidance !

Erwann Gaucher

Présentation d’Identités Actives de la FING. Seconde Edition.

En direct de l’Université René Descartes :

« Blogs, réseaux sociaux, « web 2.0 », fédération d’identités, portfolios, cartes multiservices, services composites, communautés, univers virtuels… L’identité numérique est le pivot, le fédérateur de la plupart des nouveaux services, des nouvelles pratiques qui émergent aujourd’hui sur l’internet. »