Nos journalistes doivent-ils être plus coriaces? L’exemple anglais

Le financement des campagnes politiques n’intéressent pas que la France et ses journalistes soit-disant malveillants. Voilà la vidéo qui a créé l’évènement ce vendredi au Royaume-Uni.

Zac Goldsmith

Zac Goldsmith MPZac Goldsmith est un député conservateur. Il est aussi jounaliste dans une revue sur l’environnement, et chef d’entreprise. De 1998 à 2007, il était redacteur en chef du magazine The Ecologist. C’est à ce moment-là qu’il mena campagne à Londres en se focalisant sur des questions environnementales. La consécration politique vint lors de l’élection générale de 2010, lorsqu’il a gagné son siège de député contre la libérale démocrate Susan Kramer.

L’interview « car-crash »

Mais ce 15 juillet, les journalistes d’investigation de la chaîne Channel 4 News lui ont fait sa fête, en fouillant dans ses comptes de campagne. Le lendemain, pendant 13 minutes d’interview, il est passé au gril, et au lieu de répondre aux question particulièrement incisives du journaliste Jon Snow (@jonsnowC4), il passe son temps à pinailler sur une question d’emploi du temps :

L’enquête accuse le député d’avoir dépassé la limite de financement autorisé, ce que conteste Zac Goldsmith.

Mais la chaîne insiste : « Channel 4 News stands fully behind its report which was rigorously researched. The investigation into campaign spending continues. » Voici le rapport détaillé de la chaîne : « Questions over Zac Goldsmith’s election expenses ».

Le Guardian résume l’enquête en ces termes :

Snow told viewers that Goldsmith ordered 272,000 posters and leaflets, which invoices show cost more than £14,000 – a figure well over the £11,003 spending limit. But the cost was reduced after his campaign team declared he did not use 62,000 of the posters, which reduced his spending declaration by more than £2,500.

Diffusée à 19h ce vendredi, l’interview en face-à-face était très attendue.

Le Bureau of Investigative Journalism

Channel 4 News n’a pas mené son enquête seul. Ils l’ont fait en collaboration avec le Bureau of Investigative Journalism. Il n’y a pas, en France, encore, une telle structure. La journaliste Québécoise  Nathalie Collard de La Presse décrit la structure :

Le Bureau, qui n’est rattaché à aucun média, est dirigé par un ancien producteur de la BBC et emploie des journalistes d’enquête issus des grands médias britanniques, une vingtaine de jeunes journalistes fraîchement diplômés des écoles de journalisme, ainsi que des stagiaires issus de la City University, où sont situés les locaux du Bureau.

[…]

Le modus operandi du Bureau of Investigative Journalism est très flexible et offre plusieurs possibilités aux médias qui souhaitent collaborer avec lui. «On pourrait par exemple s’associer 50-50 dans une grande enquête avec le Financial Times, explique M. Overton. Nous fournirions des journalistes, ils fourniraient les leurs et, à la fin, nous pourrions produire un documentaire qui serait diffusé le même jour que l’enquête publiée dans le Financial Times afin de donner encore plus de poids à notre enquête.»

M. Overton insiste sur le fait que sa salle de rédaction est complètement indépendante, entièrement financée par une fondation privée.

Particulièrement intéressant.

La promesse d’une politique irréprochable, cela vous rappelle quelque chose?

Comme le rapporte très bien Channel 4, pendant la campagne, Cameron insista sur sa promesse d’une [en anglais dans le texte] « new, cleaner politics in the wake of the expenses scandal« . Les journalistes britanniques sont donc allé vérifier si Goldsmith avait tenu à la lettre ces promesses.

A la fin de l’interview, le journaliste interpelle : « Is it new politics?? » ce à quoi répond le député : « I’d love to see new journalism » :

Edifiant.

La risée du pays

Pendant et après la diffusion, sur Twitter, les libéraux démocrates s’en sont donnés à cœur joie, comme Colin Ross :

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Edifiante, cette interview restera dans les annales, comme le souligne Paul Brennan, journaliste anglais :

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Et en France?

Et bien, il y a eu une interview, il y a quelques jours.

Selon le SNJ-CGT de France Télévisions, cette émission « a été une heure de communication sans opposition avec un journaliste KO debout face au président, un journaliste complaisant, incompétent sur les dossiers traités, notamment sur les retraites, et laissant Nicolas Sarkozy avancer des contre-vérités ».

Le lendemain matin :

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En France, je n’ai tout simplement jamais vu aucun journaliste insister autant pour avoir les réponses à ses questions. Et vous?

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