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L’Indy au secours de la liberté d’expression

indyThe Independent a lancé cette semaine une pétition exigeant l’annulation de la condamnation à mort de Pervez Kambaksh. Cet étudiant afghan passera sur le billot pour avoir récupéré sur un site farsi, et distribué en classe, une interprétation du Coran un peu moins intolérante que l’orthodoxie talibane.

Pas très objectif, l’Indy. On est loin du dogme de la non-intervention des journalistes. Mais tellement bien vu !

L’engagement moral à une échelle nationale est en passe de devenir l’un des seuls USP de la presse. Quand cet engagement colle avec la sensibilité des lecteurs (contre-exemples : Libé et le TCE, Le Monde et le Modem), l’attachement à la marque explose.

Juan Giner les félicite, Roy Greenslade encourage les journalistes à s’engager et toute la blogosphère anglophone s’agite.

En France, seul L’Humanité a relayé l’appel de l’Indy, mais sans même mettre de lien vers la pétition.

Si Sarko peut tordre le bras aux juges français, qu’est-ce qui l’empêche de faire la justice en Afghanistan ?

Pour rappel, les Belges dépensent €30m par an pour en Afghanistan, la France dépense plus du double. Avec tout cet argent, on pourrait envoyer chacun de nos militaires un mois au Club Med d’Agadir. Ils y seront tout aussi inutiles, mais au moins s’amuseront-ils un peut plus.

Journaux en ligne: Nain ou géant, ou rien

En août, un rapport de Thomas Patterson, du Joan Shorenstein Center de Harvard, avait constaté (pdf) que les sites de journaux des petites villes croissaient moins vite que ceux des grandes villes.

Pour mon mémoire, à la fac, j'ai mené une nouvelle analyse sur ce thème. Les résultats obtenus confirment et précisent ceux de Patterson.

Pour 43 quotidiens américains, j'ai croisé le lectorat (chiffres Newspaper Association of America) avec la croissance de leur site entre octobre 06 et octobre 07 (chiffres Compete). L'échantillon comprend des journaux moyens et gros. Le plus petit, le Syracuse Post-Standard, est lu par 240.000 personnes hors-ligne.

Croissance et lectorat

Le modèle indique que 100.000 lecteurs supplémentaires augmentent la croissance du site de 0,9 points. La valeur p obtenue (0.0509) permet d'affirmer que les résultats sont relativement significatifs.

Concrètement, ça veut dire que les marques moyennes se transposent mal sur le web. Trop petites pour devenir des références, à la New York Times ou Guardian, et trop grosse pour l'hyperlocal, il ne leur reste plus qu'à couler tranquillement.

Les échelles de l'info se réorganisent avec la technologie. Les coûts fixes de la presse nécessitent des marchés de plusieurs centaines de milliers de consommateurs. Sur le web, cette contrainte disparait. Dès lors, les consommateurs délaissent les marques qui les touchent le moins, celles trop généralistes mais pas assez crédibles.

Les consommateurs quitteront-ils définitivement les sites de journaux ? Que signifie la longue traîne pour les marques traditionnelles ? Les réseaux de blogs représentent-ils l'avenir des groupes médias ?

Retrouvez les réponses dans ‘Brand Fragmentation on the Online News Market', sur vos écrans fin mai 2008.

L’industrie musicale passe la seconde

La poussière commence à retomber autour du dernier album de Radiohead. Apparemment, le groupe a engrangé $10m la première semaine. Un tiers des internautes auraient téléchargé les morceaux sans rien payer, les autres déboursant $8 en moyenne.

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Retour du soleil sur l’industrie musicale. Photo ~Cin~

Comme le dit Umair, l'histoire n'a rien d'une opération de com'. Le succès de l'open-pricing dans l'industrie musicale mainstream montre l'obsolescence absolue du circuit de distribution traditionnel.

Les coûts unitaires d'un produit virtuel sont nuls. La vente à l'unité ne se justifie plus. Autant essayer de monétiser aux mieux les unités vendables et offrir les autres pour améliorer l'exposition de sa marque.

Partant de ce constat, des sites comme Amie Street ou Strayform inventent de nouveaux modèles de pricing. Le prix des morceaux est fonction du nombre de téléchargement chez le premier, alors que chez Strayform (comme SellABand), la musique reste gratuite et l'argent ne provient que des dons.

Cette nouvelle distribution favorise les artistes les plus connus, puisqu'ils peuvent désormais traire directement leurs fans tout en élargissant plus facilement leur base de soutiens. Parallèlement, le système incite les artistes émergents à accroître leur popularité. Ca augmentera leurs revenus par morceau (Amie St) et la probabilité de recevoir des dons (SellABand).

La distribution a été balayée, mais le ressort de l'industrie reste le même : plaire au public. Rien de nouveau sous le soleil virtuel.

Au début du siècle, on pensait que les avions, les armes automatiques et la radio allaient rendre la guerre impossible. Cent ans plus tard, la guerre est toujours là, mais elle est certainement devenue plus efficace.

Même chose pour internet. La technologie permet de se débarrasser des intermédiaires obsolètes mais l'éruption de la fin (version pronétariat) n'est pas pour demain.

Sur le marché de l'information, l'équilibre entre sensationnalisme et précision ne va pas changer avec l'arrivée du journalisme en réseau. Maximiser l'objectivité des contenus (que les audiences ne recherchent pas, soit dit en passant) ne deviendra pas la principale préoccupation des contributeurs. La nouvelle démocratie rêvée par Joël de Rosnay ne viendra pas. Seuls les intermédiaires partiront.

Comme les maisons de disques, les journalistes faisaient le lien entre la source et le public. Seule solution pour échapper au tragique destin du CD : réinventer ses missions et offrir une nouvelle valeur ajoutée.

Le marché de l’information en deux (autres) dimensions

Lors de la sortie du Post, Julien Jacob publiait une matrice du marché de l'information en ligne, avec une dimension « nature de l'auteur» et une autre « catégorie de l'info ». Cette matrice permet d'apprécier le positionnement de nombreuses marques, depuis les amateurs généralistes du Post jusqu'aux professionnels hyperlocaux de Ouest-France.

Ces deux dimensions ne permettent cependant pas de placer les blogs sur la grille. Or, ces micro-marques jouent un rôle non-négligeable sur le marché de l'info. Blogs de journalistes, comme celui de Jean Quatremer, ou blogs pros, voire persos, plus d'un tiers des internautes en consulte régulièrement. Sur le marché de l'info spécialisée, les blogs ont sans-doute une importance plus grande encore.

Sur la matrice ci-dessous, on retrouve la dimension « nature de l'auteur », qui croise ici un axe « portée du contenu », du commentaire pure et simple à l'article à vocation objective et journalistique. Ce graph permet aussi d'intégrer la longue traîne des marques minuscules dans le coin amateur/commentaire.

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L'axe « catégorie de l'info » pourrait venir s'ajouter pour faire un joli cube, mais c'est beaucoup plus dur à dessiner.

Au passage, je rajoute Génération 07, une idée de la Radio Suisse Romande qui fait étonnamment peu de bruit dans la blogosphère francophone (alors que Off the Bus, fondé sur le même concept, fait beaucoup plus parler de lui). Pour intéresser les petits Suisses à la campagne pour les prochaines élections fédérales, RSR donne carte blanche à une poignée de jeunes motivés qui, armés de leur smartphones, sillonnent le pays et produisent des comptes-rendus quotidiens sur le portail Vodaphone Live.

Love Money et Business Plans

Si vous lisez ce blog, vous avez probablement reçu un mail de Daniel Schneidermann tout à l'heure, qui vous demandait de bien vouloir vous abonner au nouvel Arrêt sur Images – qui ne commencera qu'en 2008 !

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Morgan Webb: Comment résister à son sourire?

En gros, c'est : payez maintenant, vous verrez le résultat plus tard. Fallait oser.

Soit, on connaissait ASI à la télé, mais à la question « @rrêt sur images ressemblera-t-elle à Arrêt sur images ? », Scheidermann répond « oui et non. » Comme description produit, on a vu mieux.

ASI possède indéniablement une puissance respectable. Peu de marques peuvent mobiliser 200.000 consommateurs dans une pétition. Jusqu'où iront-ils pour soutenir l'émission ?

Cadbury soit se poser la même question au même moment, puisque le confiseur a décidé de relancer sa marque Wispa après une cyberpétition recueillant 14.000 signatures.

Rejoindre un groupe sur Facebook, mettre son nom sur un formulaire électronique, c'est pas dur. Sortir sa Visa pour offrir 30€ à une émission qui n'existe pas encore, c'est une autre histoire. Dans un sondage sur Rue89, j'avais demandé aux internautes le mode de financement qu'ils préféraient. Ils ont votés à une écrasante majorité pour un site avec abonnement et sans pub. J'attends toujours les chèques.

Les décisions de Cadbury et d'ASI vont permettre de mesurer le degré de sérieux des campagnes de soutien sur le web. L'application Cause de Facebook en donne déjà une idée. La cause la plus populaire, Support Breast Cancer Research, reçoit en moyenne 2 cents US par supporteur, tandis que Stop Global Warming, deuxième, peine à atteindre les 1,5 cents.

En moulinant ces données et en admettant une bonne dose de n'importe quoi, on s'aperçoit que les 200.000 fans d'ASI risquent de ne mettre que 30.000 euros dans le chapeau, en admettant qu'ils soient dix fois plus motivés que ceux qui rejoignent ces deux causes.

Manque de bol, l'émission coûte 1,8 millions.

La love money, que l'on donne de bon cœur et sans contrepartie, devrait représenter une prime. C'est ce que fait Morgan Webb, qui, à côté de ses pubs sur WebbAlert, possède une tip jar. Fonder un business plan sur des pourboires reste un suicide, à moins d'avoir des soutiens institutionnels. Mais alors, ça s'appelle des sponsors.

Update, le 14/9 à 20h10: David Abiker affirme qu'ASI a reçu 5000 abonnements en 24h. Soit 102.000 euros, en admettant que les sommes payées sont également réparties entre les cinq formules proposées. Plus que 83.000 abonnés à trouver!

Jouons avec les marques média

Si vous vous êtes ennuyé devant un écran la semaine dernière, vous avez peut-être essayé le nouveau jeu de Chevron, Energyville. Comme une sorte de SimCity2000 en Flash, le jeu vous demande d'effectuer les principaux choix énergétiques d'une métropole entre 2007 et 2030.

La partie dure une dizaine de minutes, après quoi vous avez l'impression que les défis énergétiques sont importants mais pas insurmontables et que les professionnels (lire : Chevron) ont la situation bien en main. Le tout dans une belle interface à la sauce 2.0 autour des questions d'énergie, willyoujoinus.com.

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Chevron: I'm loving it. Photo ccgd.

Le plus remarquable reste que la plateforme du jeu a été élaborée par The Economist Group, que l'on considère souvent comme un éditeur de presse, pour accompagner le numéro spécial de The Economist sur l'énergie nucléaire.

Soit, le groupe a déjà un pied hors de l'actu avec The Economist Intelligence Unit. Mais Le Monde possède également des marques qui ne se focalisent pas sur l'information immédiate, comme Le Monde Dossiers&Documents ou le Bilan du Monde, sans pour autant utiliser le web au-delà de l'actu.

Pearson a intégré qu'il se doit d'offrir à ses consommateurs, sur le web comme sur le papier, une certaine vision du monde, comme toute lifestyle brand, médias compris. Or, on utilise le web, par ordre décroissant, pour travailler, jouer, socialiser et s'informer.

Si elles veulent conserver leur statut sur le web, les marques médias doivent explorer de nouveaux canaux d'interaction avec leurs consommateurs. Les jeux en ligne représentent un moyen efficace et rentable de parvenir à cette fin, comme on l'avait dit le mois dernier.

La cagnotte était dans le cimetière

Prague Cemetery
Trop tard pour les rentabiliser. Photo Gazapo Feral

Dans leur lutte désespérée vers la rentabilité, les journaux en ligne se tournent désormais vers ceux qui sont partis vers l'au-delà. Ou plutôt vers les sous qu'ils ont laissés ici.

Quand une nécro sur papier ne se garde qu'une journée, sa version informatisée se conserve pour toujours. Mieux, elle peut aussi contenir des photos et des vidéos. Associated Northcliffe Digital, qui opère le plus grand réseau de journaux en ligne outre-manche, s'est aperçu de l'aubaine et a centralisé toutes ses notices de décès sur le site Lasting Tribute, qui offre, comme son nom l'indique, un hommage durable et multimédia à ses membres. Dans l'esprit 2.0, les visiteurs peuvent même laisser des commentaires sur les pages des morts.

Respectance, une start-up californienne, vient même d'ouvrir un réseau social pour macchabés (enfin, pour leurs proches, s'entend). Impossible de se ‘poker' sur Respectance mais on peut établir une liste de ses morts préférés. On imagine la puissance des millions d'annonces d'un éditeur de presse couplé aux fonctionnalités d'un tel site.

La palme de l'innovation revient au Miami Herald qui, d'après Bob Norman, proposera bientôt à ses lecteurs de poster une vidéo lors de leur décès. Le concept est fort comme la mort : Vivant, les internautes enregistrent une vidéo qui sera diffusée le jour de leurs funérailles. L'humoriste Art Buchwald a donné l'idée au journal lorsque, le 17 janvier dernier, il déclarait sur le site du New York Time « Hi. I'm Art Buchwald, and I just died. »

En France, Le Monde explore cette direction avec son nouveau service de faire-parts en ligne, bien qu'aucun faire-part de décès ne soit encore visible. A 45€ l'annonce, le journal espère rentabiliser le rôle de leader qu'il détient aux yeux de sa communauté de lecteurs.

J'attends avec impatience la version internet des Messages Personnels de Libé.

Note de GB:

J'irai même plus loin avec ses pages Entre Nous, mythiques, c'est Libération qui aurait pu créer un Meetic. En revanche le partenariat avec l'allemand Parship (qui fait ces jours-ci de la publicité télé) fait penser que ce n'est pas demain que Libération reprendra la main sur ce business, à son nom, avec sa marque.

YouTube réinvente la pub vidéo

YouTube vient de révéler un nouveau concept de publicité vidéo. Si les chiffres annoncés sont vérifiés, Google risque bien de voir ses revenus gonfler encore un peu plus.

Jordan McCollum offre ces explications sur Marketing Pilgrim :

Avec ses trois milliards de minutes de vidéos diffusées chaque mois, YouTube, racheté par Google en 2006, reste aujourd’hui le plus gros site de vidéos en ligne. A partir d’aujourd’hui, les annonceurs vont avoir une raison de plus de se tourner vers YouTube. Le site lance InVideo, un format de publicité qui garanti un fort engagement de l’internaute sans impact négatif sur son expérience d’utilisation. A la différence des pubs preroll ou postroll, InVideo offre un plus fort engagement, perturbe moins le spectateur et affiche un taux d’abandon plus faible. Gagnant sur tous les plans.

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Capture d’écran d’une pub InVideo. Regardez cette vidéo et sa pub sur YouTube.

Les pubs InVideo apparaissent 15 secondes après le début de la vidéo et occupent 20% du bas de l’écran. Si au bout de 10 secondes l’utilisateur ne l’a pas clique, le bandeau se minimise. Un signet doré s’affiche au bas du lecteur vidéo pour indiquer l’emplacement de la pub InVideo. Une option permet de réduire la pub lorsqu’elle s’affiche, mais moins de 10% des internautes l’utilisent. Après que la pub se soit minimisée, une flèche permet d’y ravoir accès à tout moment.

 

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Lorsque l’on clique sur la pub, la vidéo se met automatiquement sur pause et un calque Flash se superpose, permettant de diffuser n’importe quel format, que ce soient des bande-annonces ou des ventes de tickets pour un concert.

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Toujours visible en fond, la video se met sur pause pendant la pub.

 

Avec des taux de visionnage (CTR) cinq à dix fois supérieurs à ceux d’une publicité classique, YouTube tient probablement là la clé de la monétisation de ses contenus. Henry Blodget estime que le service peut rapporter entre $16m et $500m à court terme. Compte-tenu de l'évolution de la vidéo en ligne, ces chiffres pourraient grimper jusqu'à $16 milliards d'ici cinq ans.

Ajoutez à ça le potentiel du site en termes de segmentation, qu’elle se fasse sur les tags de la vidéo ou les données socio-démographiques des visiteurs, et courrez acheter des actions Google.

En attendant une technologie similaire du côté des régies pub des médias français, on peut espérer que Google syndique le système à la manière d’AdSense.

[Disclaimer : Je ne possède aucun titre Google. Mais j’aimerais bien.]

Quelques leçons des bidasses aux médias

Mission Defense
Mission Défense: moins ludique et plus luddiste que le Hezb'

Certains jeunes libanais l’attendaient depuis des mois : la nouvelle version de Special Forces est sortie la semaine dernière ! La première mission de ce jeu vidéo ? Attaquer deux jeeps israéliennes, prendre deux otages et tuer les autres.

Comme dans la vraie guerre des 34 jours, le joueur va devoir se battre à Bint Jbeil et Maroun Al-Ras, puis, dans les missions plus avancées, attaquer des tanks et des corvettes (via Ynetnews). Pas question de choisir son camp, le joueur ne peut qu’appartenir au Hezbollah. Normal, c’est lui qui publie le jeu.

Les cyniques remarqueront que Nasrallah copie sans vergogne le Grand Satan (aka l’armée US), qui lave les cervelles sous les petites têtes blondes avec le jeu America’s Army, disponible sur son site depuis 2002.

Pour diffuser leurs valeurs et attirer les prospects, les soudards de tous les pays savent bien que de faire défiler une colonne de tanks sous les yeux des contribuables ne suffit pas. Il faut segmenter au plus précis et utiliser des canaux appropriés à la cible. Même nos bidasses le font !

Quelles leçons pour les médias ?

Les marques médias doivent suivre le même chemin. Pas pour éditer des doomlikes ni pour implanter un feed RSS dans World of Warcraft, mais pour développer un marketing plus adapté. Pour la plupart des marques de presse, les prospects restent les jeunes adultes. Or, on constate que près de la moitié d’entre eux utilise les réseaux sociaux.

Pourquoi n’y a-t-il que le Washington Post pour se montrer sur Facebook ? J’attends avec impatience une Facebook App de Libé qui me permette d’évaluer mon empreinte écologique, celle de La Croix qui montre mes tendances spirituelles à mes friends ou la page de L’Equipe sur MySpace !