L’Observatoire des Médias s’est procuré le courrier interne qui a été envoyé à tous les collaborateurs et collaboratrices du journal, qui appelle au soutien et à la solidarité de l’ensemble de la rédaction :
Nous, journalistes et assistantes des éditions locales du Parisien, vous écrivons aujourd’hui pour vous alerter sur notre quotidien depuis la mise en place de la réorganisation du journal en septembre dernier. Alors que nos conditions de travail se sont fortement dégradées, la nouvelle annonce du gel des CDD – et donc des non-remplacements de nos collègues absents ou des postes vacants – est la goutte de trop dans une coupe déjà pleine depuis longtemps.
Le 94 tourne aujourd’hui avec deux effectifs en moins, conséquence de deux arrêts maladie de trois semaines non remplacés. Vendredi, il n’y avait ainsi qu’un rédacteur pour couvrir une manifestation, une audience correctionnelle et un procès d’assises. Dans l’Essonne, l’Oise, le Val-d’Oise, le 92-93 et Paris, les équipes ne sont également pas au complet. Seuls le 77 et le 78 ont, par chance, leurs effectifs. Ailleurs, faute de CDD, certains services se reposent sur les stagiaires pour couvrir l’actualité.
« On passe notre temps à dire non à nos interlocuteurs, car nous n’avons plus le temps. Cela engendre de la frustration », regrette une collègue. « On n’a pas les bras » est sans doute la phrase que nos chef(fe)s nous ont le plus répétée depuis la rentrée.
Nous nous alarmons aussi pour eux. La mutualisation de l’encadrement en grande couronne, imaginée pour pallier le manque de moyens, ne résout rien. En petite couronne, les encadrants sont constamment sollicités pour combler des trous à droite à gauche. Sans les sacrifices de certains (suppressions de jours de congés, interruptions de vacances, journées à rallonge), nos services ne tourneraient plus depuis longtemps.
« La vérité, c’est qu’on nous prend pour des cons. On sent que quelque chose de violent arrive. »
Les vacances scolaires, qui ont débuté lundi, ne vont faire qu’aggraver la situation. Dans le Val-de-Marne, aucun titulaire n’est inscrit au planning certains jours. Face à cela, le découragement, l’inquiétude et la colère s’installent. « On arrive à l’os », résume, amer, un collègue. « Cela a des conséquences terribles sur nous, chacun prend sur soi mais ça ronge de l’intérieur », ajoute une autre. Quand un troisième est plus cash : « La vérité, c’est qu’on nous prend pour des cons. On sent que quelque chose de violent arrive. » « Si on continue comme ça, je crains vraiment pour certaines personnes qui pourraient être un peu fragiles ou qui ont une vie un peu bancale à côté. Cela peut créer des choses pas jolies », abonde une consœur.
La désillusion ne cesse de grandir. Chacun mesure à quel point nous passons à côté des élections municipales. Certaines villes de plusieurs dizaines de milliers d’habitants n’ont même pas été abordées dans le journal.
Et que va-t-il se passer après, lorsque les contrats des journalistes en CDD vont s’arrêter au 31 mars ? L’idée d’un « après les municipales, le chaos » se dessine. « Je me demande pourquoi je m’épuise 50 heures par semaine pour être dégagé dans un mois, j’hésite à m’arrêter », confie ainsi l’un de ces rédacteurs. Nous tenons justement, ici, à apporter notre soutien à nos collègues précaires sans qui Le Parisien ne tiendrait pas au quotidien.
« La question d’une grève lors des élections municipales, les 15 et 22 mars, devra être posée en AG »
Aujourd’hui, nous appelons au soutien et à la solidarité de l’ensemble de la rédaction. Ce qui se passe dans les éditions n’est pas anodin : c’est leur suppression pure et simple qui semble s’annoncer. Comment imaginer Le Parisien sans ce qui fait son identité et le cœur même de son nom ? Comment imaginer qu’une région de 12 millions d’habitants – la plus peuplée du pays – n’ait plus une équipe (conséquente) de journalistes dédiés pour couvrir son actualité ?
Un Parisien sans informations locales est un journal dont les jours sont comptés. La situation a aussi commencé à se détériorer dans d’autres services (Pôle News, Vidéo, Podcast…). Nous ne pouvons rester les bras croisés.
Nous réclamons les moyens nécessaires pour travailler et produire une information locale de qualité, à commencer par le remplacement des arrêts maladie dans les éditions. Et nous sommes favorables à l’organisation d’une assemblée générale par nos syndicats.
Sans réponse satisfaisante de la direction sur les moyens alloués aux éditions pour que nous puissions travailler correctement, la question d’une grève lors des élections municipales, les 15 et 22 mars, devra être posée en AG.
Nous avons déjà reçu des signatures de soutien d’autres services. Nous appelons les journalistes et salariés qui souhaitent également signer cette lettre à nous en faire part.
mise à jour de 20h40 : ajout du communiqué du SNJ :
Communiqué du SNJ
Lors du CSE de ce mardi 24 février, nous avons rencontré Michèle Benbunan, la nouvelle Directrice générale.
L’occasion pour le SNJ, comme pour les autres organisations syndicales, de lui indiquer le sujet le plus brûlant du moment pour les journalistes du Parisien : les effectifs et notamment la problématique des CDD et des arrêts de travail non remplacés. Le sujet a été très longuement évoqué, avec une forte écoute de la part de la direction.
Nous lui avons également fait part de l’inquiétude de celles et ceux qui travaillent dans les éditions locales. Avec une alerte particulière pour les encadrants de ces éditions qui – de toute évidence – ne sont pas assez nombreux pour assurer leur mission 7 jours sur 7 avec de telles amplitudes horaires, à trois semaines des élections municipales. Lors de ce CSE, il a été affirmé qu’il « n’était pas question de geler les CDD » et que sans les éditions locales, Le Parisien aurait moins de lecteurs.
Le SNJ espère que tout sera fait dans les jours qui viennent pour que ces mots soient en cohérence avec les décisions et les actes de la nouvelle direction, afin que chaque service ait ses effectifs au complet.
Les intertitres et les gras ont été ajoutés par L’Observatoire des Médias.
En mars 2025, en publiant l’article « Le Parisien » : 163 salariés votent un débrayage, 143 contre. Une grève contre un plan d’économies imposé par LVMH , l’Observatoire des Médias avait déjà utilisé un visuel en simulant la publication dans les pages médias, de l’annonce de la grève.