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La nouvelle machine à gagner de la droite

La nouvelle machine à gagner de la droite

«D'où vient la victoire de Nicolas Sarkozy? D'une envie d'action des Français, très certainement. L'envie d'un chef, d'un management et d'une voie claire. Quelle qu'elle soit, pourvu qu'elle donne un peu d'espoir, sans doute.» J'avoue que ces propos de Versac me laissent songeur. Sans prétendre en remontrer au nouvel Alain Duhamel de la blogosphère, il me semble utile de tenir compte de quelques autres éléments d'analyse.

La France n'a pas basculé d'un coup à droite toute. Cela fait longtemps que la glissade a commencé, comme le révèle l'intraitable thermomètre du vote Front national. Ce mouvement est passé inaperçu en raison du cordon sanitaire maintenu par Chirac. En 2002 encore, sa victoire pouvait faire oublier que Le Pen avait recueilli plus de 5,5 millions de voix. Sarkozy, lui, ne l'a pas oublié. Il est le premier dirigeant de la droite de gouvernement à avoir ouvertement prôné le rapprochement avec l'électorat du Front national. Cette stratégie politique inédite est la nouvelle machine à gagner de la droite. Le succès qu'elle a remporté ce soir suggère qu'elle ne va pas changer de sitôt de dispositif.

En réaction à la défaite de Jospin, la gauche n'a parié que sur une chose: la mobilisation de son camp. Elle était dépourvue de toute stratégie susceptible de faire face à ce nouveau logiciel. Elle a constamment sous-estimé son adversaire et n'a au mieux réagi qu'au coup par coup. Le verdict des urnes a statué sur l'insuffisance de cette approche.

Après celle de Silvio Berlusconi, la victoire de Nicolas Sarkozy confirme que l'on peut maintenant décrire la mondialisation comme une crise du capitalisme. De même que la crise de 1929 avait poussé les populations dans les bras des démagogues, c'est la perception des mouvements actuels de la société comme autant de manifestations d'une crise aigüe qui guide les réactions de l'électorat. Plutôt que d'une envie d'action, il s'agit du désir d'être rassuré d'une peur lancinante.

Sur un certain nombre d'illusions qui ont permis la victoire de Nicolas Sarkozy, la recherche en sciences sociales dispose de réponses et d'atouts qui n'ont pas été suffisamment mobilisés. Un historien comme Gérard Noiriel a par exemple pu montrer combien la logique du déclassement était au fondement de la désignation de l'immigré comme bouc émissaire (Immigration, antisémistisme et racisme en France, Fayard, 2007). De telles approches sont indispensables à la refondation d'une nouvelle stratégie à gauche et suggèrent l'urgence de l'ouverture d'un dialogue avec les chercheurs.

Quoique les Guignols aient prêté à Ségolène Royal le souhait de parler aux Français avec des mots simples, c'est bien plutôt Nicolas Sarkozy qui a su leur adresser des énoncés simplifiés. Cette clarté des formulations a pesé dans le combat. On peut regretter cette façon de faire, au nom de la complexité du réel. On peut aussi penser que la pédagogie est un moyen de la politique, et qu'il appartient aux chercheurs et aux intellectuels de savoir ramasser dans des formules frappantes des analyses profondes.

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Cela fait bien longtemps que la gauche a perdu la bataille des idées. Je n'imagine pas que l'on puisse retrouver le chemin des succès politiques sans reconquérir d'abord ce terrain. Etant donné les conditions politiques et sociologiques de la victoire de Nicolas Sarkozy, il va nous falloir faire preuve de beaucoup de pédagogie pour reprendre cette place perdue. Mais il n'existe pas d'autre solution, dans le respect de la démocratie.

logo ehessAndre Gunthert ©Dörte KoppCe billet a été posté à l'origine sur le blog http://www.arhv.lhivic.org . Créé en novembre 2005, Actualités de la recherche en histoire visuelle est un organe de veille dédié à la recherche dans le domaine des études visuelles (photographie, cinéma, médias illustrés, etc). André Gunthert est son directeur de la publication.

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