L'Observatoire des médias

Les politiciens tentent de contrôler l’information, alerte l’Editorial Board du New York Times

« » est un groupe de journalistes contributeurs des pages « opinion » du New York Times,  dont les points de vue s’appuient sur leur expertise, leurs recherches, leurs débats. Comme le précise la didascalie sur le site du journal, cette structure est distincte de la rédaction du journal. Dans un billet publié le 5 mars 2026, le groupement s’inquiète de la mainmise des politiciens sur l’information. Cette fois-ci, à travers le monde.

En décembre 2025, le New York Times attaquait en justice le Pentagone pour atteinte au droit d’informer : le quotidien américain avait annoncé avoir lancé une action en justice contre le ministère de la Défense, qui viole à travers plusieurs règles le premier amendement de la Constitution américaine, qui garantit cinq libertés fondamentales, dont celle de la presse.

Comme le relevait l’AFP,

dans les mois précédents, le ministère a délogé de leurs bureaux au Pentagone huit médias, dont le New York Times, le Washington Post et CNN. Les conférences de presse y ont été drastiquement réduites. Le ministère a également restreint les déplacements des journalistes à l’intérieur du site, en leur imposant d’être escortés en dehors d’un nombre limité de zones.

Pour l’« Editorial Board » du New York Times, l’administration américaine cherche à restreindre la capacité des journalistes à faire ce qu’ils ont toujours fait – poser des questions aux employés du gouvernement et recueillir des informations pour rapporter des faits qui vont au-delà des déclarations officielles.

Mais cette fois-ci le groupement d’éditorialistes étend le scope. ils relève que l’ombre de la répression de la presse s’étend à travers le monde :

Au cours de la dernière décennie, le nombre de journalistes détenus et emprisonnés a explosé, les gouvernements cherchant à exercer un contrôle plus strict sur les médias. Ce qui a commencé par une répression menée d’abord par des dictatures, puis par des démocraties illibérales, s’étend désormais à d’anciens bastions des libertés civiles.

Les éditorialistes citent le cas récent et très médiatisé de Jimmy Lai : les autorités de Hong Kong l’ont condamné à 20 ans de prison le mois dernier. Il avait fait campagne contre l’étouffement des libertés du territoire par la Chine. M. Lai, ex-magnat prodémocratie de 78 ans, qui a déjà passé cinq ans dans une cellule sombre et est malade, ne fera pas appel de sa condamnation. La sentence le condamne de fait à mourir en prison. M. Lai a nié toutes les accusations portées contre lui.

he Committee to Protect Journalists is an independent, nonprofit organization that promotes press freedom worldwide. We defend the right of journalists to report the news safely and without fear of reprisal.
Les chercheurs du CPJ recensent les agressions commises contre les journalistes et les professionnels des médias tout au long de l’année, fournissant ainsi une source d’informations rigoureuse et fiable sur l’état de la liberté de la presse dans le monde.

Selon le Comité pour la protection des journalistes, au moins 330 journalistes étaient emprisonnés dans le monde à la fin de l’année 2025, contre moins de 200 il y a dix ans. Plus d’un tiers d’entre eux purgeaient des peines de cinq ans ou plus. Près de la moitié restaient derrière les barreaux sans avoir jamais été officiellement condamnés. Un cinquième d’entre eux affirment avoir été torturés ou battus. En outre, 129 membres de la presse sont morts dans l’exercice de leurs fonctions ou à cause de celles-ci, soit le nombre le plus élevé depuis le début des enregistrements en 1992. Parmi les pires auteurs de violations de la liberté de la presse figurent la Chine, la Russie, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, Israël, le Myanmar, le Soudan et la Turquie.

Rien qu’en février, selon le Comité pour la protection des journalistes, rapporté par les éditorialistes du New York Times :

La presse est également confrontée à des défis dans les sociétés plus libres. La guerre menée par Israël à Gaza a conduit à l’arrestation de près de 100 journalistes palestiniens, souvent sans inculpation, et au moins deux fois plus ont été tués en deux ans, un bilan sans précédent dans l’histoire moderne. Au Mexique, le parti au pouvoir a tenté d’intimider les journalistes qui rapportent des informations gênantes et rejette régulièrement même les informations légitimes comme étant des « fausses nouvelles ».

Un tribunal de première instance au Gujarat a condamné le journaliste d’investigation indépendant Ravi Nair à un an d’emprisonnement. Image : RSF

En Inde, un tribunal a condamné le mois dernier Ravi Nair à un an de prison pour avoir publié sur les réseaux sociaux des messages critiquant une entreprise dirigée par un milliardaire allié du Premier ministre Narendra Modi.

Et aux États-Unis, berceau du premier amendement et phare de longue date de la liberté d’expression ? là aussi, bien entendu, les médias sont mis sous pression, et depuis longtemps.

À maintes reprises, l’administration Trump a tenté d’intimider les journalistes qui ne se conformaient pas à sa ligne. Petit florilège relevé par les éditorialistes du New York Times :

« Il a davantage violé le Premier amendement et restreint la liberté de la presse que n’importe quel autre président moderne, même Richard Nixon. »

Le complexe immobilier du Watergate. (source wikipedia)

Les contributeurs opinion du New York Times s’engagent. Pour eux, les démocrates ont critiqué à juste titre le comportement de l’administration Trump. Mais ils vont plus loin :

Défendre la liberté de la presse signifie également résister à la tentation d’adopter des tactiques similaires. Nous notons avec inquiétude les tactiques de la représentante Jasmine Crockett du Texas. Mme Crockett aurait expulsé une journaliste de The Atlantic d’un rassemblement électoral le mois dernier, puis aurait menti à son sujet en déclarant : « Elle a déjà fait preuve de malhonnêteté par le passé. » Mme Crockett a également appelé la police du Capitole pour dénoncer une journaliste de CNN au début du mois de février. Mme Crockett a perdu mardi les primaires démocrates pour le Sénat dans son État.

L’objectif des dirigeants qui tentent de museler les médias est assez clair. Ils veulent étouffer la vérité et établir un monopole sur l’information.

Les contributeurs opinion du New York Times craignent aussi bien évidemment une autocensure des autres journalistes:

Une société sans presse libre est une société dans laquelle le gouvernement est susceptible de moins bien réussir à offrir une vie décente à ses citoyens et de devenir à la place une machine corrompue d’enrichissement personnel pour les élites.

La meilleure protection pour les nombreux journalistes qui continuent à rendre compte honnêtement et courageusement, ainsi que pour ceux qui sont injustement emprisonnés, est d’être sous le feu des projecteurs à travers le monde, écrivent les contributeurs opinion du New York Times, qui concluent leur billet ainsi : « En essayant de réduire les journalistes au silence, les autocrates et les aspirants autocrates espèrent que le monde ignorera ce qu’ils font. Nous devons refuser de le faire. Nous sommes solidaires de M. Lai, M. Phara, M. Sopheap, M. Sophal, M. Nguer et des nombreux autres reporters qui luttent pour la vérité partout dans le monde et chez nous. »

En 2020, plusieurs directeurs et directrices de l’information, rédacteurs et rédactrices en chefs, présentateurs et présentatrices des magazines d’information télévisés français, dont ceux de franceinfo, demandent aux institutions de renoncer à des conventions qui portent atteinte au droit de la presse : « En exigeant une validation de nos reportages, les pouvoirs publics veulent s’octroyer un droit à la censure »

 

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