Pierre Bergé : « Je n’ai pas ni les pouvoirs, ni l’envie, de peser sur la rédaction du ‘Monde’ »

Le 2 janvier 2011, j’avais écouté avec attention l’émission Masse Critique de Frédéric Martel sur France Culture, dont l’invité était Pierre Bergé. Cet homme amoureux de la presse venait, quelques mois auparavant, de racheter avec Matthieu Pigasse et Xavier Niel le Groupe Le Monde.

En voyant, ces dernières années, rien que sur Twitter, les piques de Pierre Bergé dirigées vers la rédaction de son journal, je me suis dit qu’il fallait que je ressorte l’archive sonore. Elle n’est plus en ligne, ne cherchez pas, mais France Culture me l’a envoyée. Voici donc 43 secondes savoureuses où Pierre Bergé parle de ses futures relations avec les journalistes du Monde :

Voici le verbatim de cet extrait du 2 janvier 2011 :

Entre Saint Laurent et moi, c’est sa vie que j’ai managé, mais ça n’est pas son talent, ça n’est pas son travail. Donc je suis habitué à un mur de Berlin, à un Yalta. Donc par exemple Le Monde, dont je viens d’être élu président du conseil de surveillance, je n’ai pas ni les pouvoirs, ni l’envie, du tout, de peser sur la rédaction du Monde. Et j’ai vécu 50 ans à côté d’Yves Saint Laurent sans jamais interférer dans son travail. Donc il en sera de même pour moi, comme cela l’a été avec Saint Laurent, avec les journalistes du Monde.

Pierre Bergé s’est de nouveau exprimé, ce 10 février 2015, en critiquant vertement les méthodes du Monde dans l’enquête « SwissLeaks » sur le scandale de fraude fiscale de HSBC Suisse, au micro de RTL :

Cette histoire me met mal à l’aise. Il faut proscrire évidemment la fraude fiscale et punir les fraudeurs. Est-ce le rôle d’un journal de jeter en pâture le nom des gens ? Pourquoi Gad Elmaleh? Qu’est-ce que ça veut dire ça? , pour moi c’est du populisme. C’est flatter les pires instincts. Ce n’est pas pour ça que je leur ai permis d’acquérir leur indépendance. Ce sont des méthodes que je réprouve To-ta-lement.[…] Je ne veux pas comparer ce qui se passe à des époques passées mais quand même, la délation, c’est la délation. Jeter en pâture des noms c’est jeter en pâture des noms. Et tout ça me semble gratuit, surtout

Au début de son émission sur France Culture, Pierre Bergé citait cette phrase d’André Gide :
« Quand je cesserai de m’indigner, j’aurai commencé ma vieillesse. »

De son côté, sur France Inter, Matthieu Pigasse a salué « le travail d’investigation remarquable fait par Le Monde » et dont il se sent « fier », mais il s’est empressé d’ajouter :

Il est vrai qu’il y a un juste équilibre à trouver entre le fait de divulguer des informations d’intérêt général, ou d’intérêt public et le fait de ne pas tomber dans une forme de maccarthysme fiscal ou de délation.

La réponse du directeur du Monde, Gilles Van Kote :

On peut toujours avoir des discussions. Le débat sur le fait de donner le nom d’untel et pas d’untel est ouvert, il existe au sein de la rédaction. Mais ce sont des décisions qui sont d’ordre éditorial et qui sont donc du ressort de la direction du journal.

photo Matthieu Riegler, CC-by

Mise à jour du 12/2 :

Échange entre Laurent Joffrin et Gilles van Kote :

Mise à jour du 12/2 17h30:
Ce billet est cité dans la revue de Web d’Astrid de Villaines sur LCP :

Affaire #Tiki : la revue du Web par Astrid de… par LCP

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