Mots-clé : modèle économique

Libération gratuit aujourd’hui

Dans le Libération de jeudi, un à découper, et aussi en Une du site un bon à imprimer, pour pouvoir obtenir son exemplaire gratuit, ce vendredi 11 avril.

Un slogan intéressant : "Le 11 avril, Libération est gratuit. Lisez-le, vous comprendrez pourquoi il est payant".

Un slogan tellement intéressant que il serait bien qu'il se passe quelque chose de formidable dans l'actualité de ce jour! Faudrait-il que le Libé de demain soit meilleur que les autres jours, ou alors juste comme d'habitude? :-)

Fort pari en tous les cas: 500 000 exemplaires vont être mis en vente.

Le blog média de Télé7Jours parle de l'évènement, et les commentateurs éclairés s'en donnent, comme d'habitude à coeur joie :

j'ai retenu :

Cette histoire de coupons rappelle un peu l'initiative du site Mediapart qui promettait à de multiples reprises un cadeau a ses futurs abonnés.
Le cadeau c'était que Mediapart permette à ses abonnés de leur transmettre les coordonnées de personnes susceptibles d'être interessées par leur site de façon à ce qu ils puissent acceder à quelques numéros gratuitement.
En d'autres termes, le cadeau c'était de bénévolement leur trouver de nouveaux lecteurs!

mais on trouve aussi :

Très bon plan de communication avec ce slogan : Libé gratuit, vous allez comprendre pourquoi il est payant." Ce qui est vrai pour Libé, l'est également pour les quotidiens nationaux tels que Le Monde, Le Figaro et d'une certaine "manière" Le Parisien. Les papiers de fond vous ne les trouverez jamais dans les gratuits !

alors du coup, la communauté se donne des coups de main :

j'ai entendu sur la radio que les coupons peuvent être téléchargés sur leur site !!!

En effet, une campagne de publicité radio (agence Deepblue) a démarré mercredi 9 avec le slogan « Le 11 avril, Libération est gratuit. Lisez-le, vous comprendrez pourquoi il est payant ». Elle est diffusée sur Europe 1 et RFM, Chérie FM, RTL2, Nostalgie, NRJ, Fun Radio et des radios dites indépendantes.

Voici les deux spots :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.


Pour la direction de Libération, il s'agit de "reconquérir d'anciens lecteurs et de faire découvrir la nouvelle formule à tous ceux qui ne seraient pas familiers du titre".

Denis Pierrard sur  France Inter ce vendredi matin :

Clip audio : Le lecteur Adobe Flash (version 9 ou plus) est nécessaire pour la lecture de ce clip audio. Téléchargez la dernière version ici. Vous devez aussi avoir JavaScript activé dans votre navigateur.

page-metro.jpgUne publicité de Libération publiée jeudi dans le gratuit Metro, a provoqué des débats au sein de la rédaction de ce dernier, certains journalistes étant piqués au vif par le slogan de leur concurrent payant, explique la présidente du comité éditorial de Metro, Caroline Brun.

Cliquez pour voir en grand l'éditoCe slogan, les journalistes de Metro ne l'ont pas trouvé drôle", mais l'ont plutôt pris comme "une grande claque, pas très confraternelle", indique Mme Brun dans un billet publié juste au-dessus de la publicité.

La conférence de rédaction du quotidien gratuit "très animée" a donné lieu à de vifs débat sur la question de savoir si Metro devait ou non accepter cette publicité, explique-t-elle.

"Quelle reconnaissance pour Metro au contraire. Que Libé fasse sa pub chez nous, en soulignant l'avantage comparatif, façon campagne Leclerc, c'est la gloire", juge au contraire Mme Brun, qui conclut en souhaitant "longue vie à Libé".

"Pour nous, cette publicité est un clin d'oeil. Nous croyons que la presse gratuite et la presse payante ont chacune leur place, chacune leur type de produit", a expliqué à l'AFP le directeur général de Libération, Denis Pierrard.

Souhaitons à Libé un successful friday.

Mediapart : un succès ?

D’après Plenel, qui parlait hier à l’Université de Dauphine, Mediapart se porte bien. Le site compte déjà plus de 5 400 abonnés et en gagne 100 de plus par jour. Les prévisions, 5 000 à la fin mars, sont enfoncées.

Pourquoi ce succès ? D’abord, parce que les objectifs ont été revus à la baisse. Les prévisions initiales tablaient sur 10 000 abonnés lors du lancement. Baisser la barre, ça marche toujours.

Ensuite, parce que Plenel a changé. Alors qu’il se montrait très dédaigneux du participatif l’année dernière, il veut aujourd’hui laisser un peu de place à ses abonnés, libres de faire leur propre tambouille dans leur coin, au Club.

Il les prend toujours pour des cons – « vous ne savez pas trier » « [l’info] se passe sans que vous la compreniez, il faut que je vous la décrypte » – mais il leur laisse un enclos pour échanger leurs opinions. Eh oui, seuls les journalistes sont habilités à établir des « vérités de fait » !

En fait, si Mediapart produit, comme il le fait, du journalisme d’une grande qualité, ça n’a que peu à voir avec le design du site – « dans l’esprit de l’iPhone » (sic) – ou la stratégie de Plenel. En s’enfermant derrière un paywall, le site sort du réseau.

Quand les sites se construisent une réputation et un réseau de liens et de lecteurs au fil des billets publiés, Mediapart moissonne les investissements des précédents employeurs de ses journalistes. Il ne tient sa légitimité que des signatures engagées et de leur carnet d’adresse.

Mediapart est une excroissance du journalisme papier, pas un modèle pour le web.

Le web: capital médiatique à reconstruire

Avec l’arrivée d’un nouveau média, le web, nous assistons à une nouvelle organisation de la diffusion de l’information. Cela prend un certain temps à se mettre en place, pour des raisons d’accès au média lui-même et en particulier à son support spécifique: l’Internet. Pour autant son établissement est des plus rapides, bien plus que la télévision qui elle-même avait été plus rapide que la radio… ne parlons pas de l’imprimé qui a mis plusieurs siècles pour être popularisé.

L’arrivée de chacun a marqué un bouleversement dans un premier temps au niveau du contrôle de l’information puis dans le rapport même à la société (par exemple on peut noter la remise en cause de l’Église comme unique vecteur culturel avec l’apparition de l’imprimerie en Europe, la remise en cause d’une élite puis la revendication de l’instruction comme un droit).

Ces derniers mois, au sein du web, apparaissent des sites proposant une diffusion payante de l’information: Arrêts sur images, Mediapart pour les plus connus ; quand le web généralise la gratuité déjà expérimentée par ailleurs (assez récemment pour la presse écrite il est vrai). Parallèlement à ces créations de nombreuses réflexions ont lieu sur les modèles économiques qu’il est possible de mettre en place pour garantir la survie d’un service en ligne. Cette problématique, consubstantielle à toute création d’entreprise, est ici plus perceptible encore dans un secteur très dynamique et, par son côté innovant, naturellement associé à la prise de risque. La présence de son questionnement semble pourtant être plus grande ces dernières semaines, peut-être en raison d’une crise financière annoncée et d’une prise de conscience de grands acteurs industriels de plus en plus concurrencés, en particulier pour la production immatérielle.

Si le modèle du payant, ou du partiellement payant (certains articles publiques faisant office de publicité), n’est pas plus critiquable que d’autres, l’entreprise de communication est notable. Il ne s’agit pas simplement de vanter les mérites intrinsèques du « contenu » publié, ni même de justifier le caractère payant de son accès mais de condamner même tout autre modèle économique sans référence à une concurrence d’aucune sorte.

Quel phénomène explique-t-il cette entreprise de communication étrange ? Pourquoi le journalisme semble-t-il particulièrement virulent ? D’autres secteurs comme la musique et le cinéma sont en réalité bien plus actifs mais à un niveau juridique en proposant des lois, en les rédigeant et en les faisant voter. L’utilisation d’arguments rhétoriques incite à penser qu’il y aurait discussion autour d’un projet plutôt qu’une installation d’un cadre disciplinaire, mais en dépassant la problématique de l’usage et la proposition d’un service c’est une autre cible que le client éventuel qui est visée. Les services de presse payante ne s’adressent pas à leurs usagers mais s’inscrivent dans un débat préexistant au sein même de la profession du journalisme au sujet de la redéfinition actuelle de ses interdépendances vis à vis de la société.

Il est remarquable que cette fronde anti-gratuit est originaire de grands noms du journalisme, vantant en premier lieu toute indépendance économique et l’investissement de capitaux personnels, quand de nombreux journalistes moins connus choisissent le modèle de la gratuité. Dans un deuxième temps c’est la qualité qui en découlerait, naturellement, par l’intermédiaire de la traçabilité de la production à la consommation: l’auteur est mis en avant de l’information elle-même, la réputation située dans un cadre plus général (importée du monde de la presse écrite par exemple) est répétée, la participation est subordonné au paiement même en cas de contenu publicitaire (contenu rendu publique pour attirer des abonnés éventuels) repoussant l’internaute qui s’habitue à être usager au rôle de client, de consommateur passif à la rigueur émetteur d’opinion mais pas acteur ni collaborateur.

Car l’internaute de son côté croise habituellement l’information, la recoupe suivant plusieurs sites, reconnaît à l’occasion la réécriture de dépêche, l’éditorial gratuit, le micro-trottoir, l’expertise scientifique (ou non), l’enquête journalistique parfois. Souvent il constate que l’indépendance revendiquée est fictive pour des raisons économiques ou politiques. Il est aussi capable de la diffuser à son tour par le lien vers sa source, la copie pure et simple, la réécriture ou la référence implicite (voire inconsciente) au sein d’une oeuvre originale, avec une puissance égale à tout autre acteur médiatique. Le repousser dans un rôle passif c’est considérer l’information comme un produit du capital que représente la position de diffuseur, le partage et la redistribution ne pouvant se concevoir qu’après la création de richesse même si dans les faits, comme nous l’avons vu précédemment, celle-ci est très contestable et très contestée (contestation médiatisée uniquement sur le web). Pour l’industrie médiatique en revanche le web remet en cause l’existence même d’un capital relatif à l’information (il reste les FAI, mais malgré les tentatives d’autres secteurs industriels pour percevoir une taxe ceux-ci agissent sur le support et non sur le média ; certains comme Free, perspicaces, prenant bien soin de ne pas mettre un seul pied dans le web proprement dit).

Le web ne représente pas forcément plus que les autres médias, mais son arrivée se télescopant avec l’assimilation du mass-media par l’industrie et en coïncidant avec d’autres évolutions techniques et sociétales il perturbes les représentations individuelles et collectives. Plus exactement il déplace les intérêts de nombreux acteurs économiques (ou diplomatiques, comme la Chine) déjà sous pression par ailleurs.