El País répond au New York Times qui avait mis en cause l’indépendance des médias espagnols

« Je ne pense pas qu’il n’y ait eu de pire moment pour la liberté d’expression depuis la mort de Franco » Juan Pedro Velázquez Gaztelu

time-of-changeLa semaine dernière, The International Press Institute (groupe de surveillance des médias internationaux) a publié un rapport exprimant ses inquiétudes concernant la liberté des médias en Espagne et appelant le gouvernement à desserrer son contrôle sur les radiodiffuseurs nationaux.

À la suite de ce rapport, le NYT a publié une enquête au vitriol (« Spain’s News Media Are Squeezed by Government and Debt ») concernant la situation des médias en Espagne. Il y dénonce la perte d’indépendance de la presse traditionnelle, liée à des dettes abyssales ainsi qu’à la pression croissante des grands groupes financiers, mais aussi du gouvernement conservateur en place, dirigé par Mariano Rajoy.

Ces pressions ont sapé la capacité des journaux à couvrir les conflits d’intérêts, alors même que se multiplient les scandales financiers et politiques, ajoute le quotidien new-yorkais, qui donne la parole à de nombreux anciens collaborateurs dont Pedro J Ramirez, évincé du journal El Mundo après avoir publié un SMS compromettant de Mariono Rajoy dans le cadre d’une enquête sur le financement occulte du Parti Populaire.

Tous dénoncent les nombreux cas de censure où des articles critiquant les institutions ne sont pas publiés ou publiés d’une manière « amicale ». Les journaux espagnols « ont effectivement perdu leur indépendance éditoriale quand ils en viennent à parler des grandes entreprises, en particulier des banques », déclare ainsi Juan Pedro Velázquez Gaztelu, qui a quitté El Pais, un des principaux quotidiens espagnols, il y a maintenant 2 ans. « Je ne pense pas qu’il n’y ait eu de pire moment pour la liberté d’expression depuis la mort de Franco » a-t-il ajouté.

Le NYT dénonce également la reprise en main par le gouvernement du contrôle de la RTVE, La radio et la télévision nationales publiques. Ainsi, depuis 2012, a été adoptée une loi qui permet à l’exécutif de nommer directement le responsable de la RTVE, sans avoir à obtenir le consentement des autres partis politiques.

Bien que l’administration de RTVE nie toute interférence éditoriale, Alejandro Caballero Mateos, le journaliste qui dirige le comité de rédaction, a relevé une douzaine d’exemples concernant des nouvelles qui ont été délibérément négligées ou minimisées par RTVE ces douze derniers mois. Ces nouvelles concernaient des conflits d’intérêts d’hommes politiques, ou des enquêtes sur la corruption en Espagne.

« Travailler pour El País était le rêve de tout journaliste espagnol » Miguel Angel Aguilar

Le NYT s’intéresse plus particulièrement à la situation de El País, journal d’information leader en Espagne depuis les années soixante-dix, avec qui pourtant il entretient une collaboration étroite depuis 2004. Il dénonce les préoccupations grandissantes du comité de rédaction à la suite de passages modifiés ou supprimés ces derniers mois dans les articles du journal après parution.

Deux d’entre eux concernaient le Qatar, alors que Prisa, société mère d’El Pais, est actuellement en négociation avec une entreprise qatarie pour investir dans son groupe. D’autres concernaient Telefonica, le géant espagnol des télécommunications, et ses liens avec le gouvernement : on se rappelle que Telefonica avait racheté l’année dernière les « produits TV » du groupe Prisa, permettant à la société d’édition de réduire sa dette abyssale.

« Travailler pour El País était le rêve de tout journaliste espagnol », a déclaré Miguel Angel Aguilar, chroniqueur historique pour le quotidien. « Mais maintenant, il y a des gens tellement exaspérés qu’ils quittent le journal… »

L’article, paru dans l’édition américaine papier, le vendredi 6 novembre, a été traduit en espagnol et publié dans la section « America » du New York Times le mardi 10 Novembre et diffusé sur ses réseaux sociaux.

« Les problèmes économiques limitent l’expansion de The New York Times » El País

La direction du journal El País, outrée par la publication du New York Times a donné carte blanche à son directeur, Antonio Caño, pour contre-attaquer à ce qu’elle considère comme une déclaration de guerre et sa riposte a été cinglante.

Le quotidien a décidé ce mardi de suspendre la chronique hebdomadaire de Miguel Angel Aguilar suite à ses déclarations au NYT. Jose Manuel Calvo (sous directeur d’El País) lui ayant exprimé son intention de « le libérer de la pression qu’il dénonce dans le New York Times ». Aguilar collabore également avec Cadena Ser, l’un des fleurons du groupe Prisa, mais, pour l’instant, aucune décision ne semble avoir été prise. Aguilar publiait dans El País depuis 1994.

Ce jeudi, le journal jette le doute sur l’indépendance éditoriale et la solvabilité financière de The New York Times. Dans un article intitulé « Les problèmes économiques limitent l’expansion de The New York Times », El País souligne les échecs du quotidien américain pour s’implanter au Brésil et les difficultés financières qui brident ses efforts d’expansion internationale.

À propos de ses ambitions concernant le marché sud américain, El País se demande comment celui-ci pourra maintenir une « ligne éditoriale indépendante » au Mexique où il envisage de s’implanter, alors que le magnat mexicain Carlos Slim est devenu depuis janvier dernier son actionnaire principal. Au passage, il en profite pour rappeler que le compte Twitter de la version espagnole du quotidien américain ne comporte que 31 000 abonnés ….

Enfin, El País n’a pas publié les 12 pages de suppléments du New York Times comme c’était le cas chaque jeudi depuis mai 2004. Selon le journal InfoLibre, le groupe Prisa a confirmé de source officielle la fin de leur collaboration.

 

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