J’ai rencontré Matthieu Fayette il y’a un peu plus d’un an, au début de sa démarche de dessinateur d’audience, lorsqu’il a a contacté plusieurs directions artistiques pour leur faire connaître son travail. Il raconte son expérience pour L’Observatoire des Médias.
Mon parcours professionnel s’est engagé sur de nombreux chemins : études d’ingénieur, école de théâtre, comédien, metteur en scène, professeur d’art dramatique. Ça part dans tous les sens. Beaucoup de sens en tout cas. Et depuis dix ans, sans vraiment le décider, le dessin comme autre activité professionnelle.
Des illustrations, des affiches, des programmes pour des spectacles, des lieux. L’Opéra de Rennes, le PALC à Châlons-en-Champagne.
Et depuis à peine plus d’un an, le dessin judiciaire. Pour imiter un professeur de dessin anatomique, comme un exercice, passer la porte de la salle des Grands Procès – celle assemblée dans le Palais de Justice de l’Île de la Cité pour le procès V13 – pour assister aux audiences du procès de l’attentat contre Samuel Paty.
« Tomber dedans ». Suivre les débats depuis le public. Croiser des journalistes. Matthieu Suc de Mediapart, qui illustre son article sur le verdict de mes dessins. Et une collaboration ainsi lancée sur plusieurs procès, avec Mediapart – Matthieu Suc, Fabrice Arfi, Karl Laske : quelques dessins pour les financements libyens de Nicolas Sarkozy, des couvertures intégrales sur le procès Lafarge et le procès de Mehdi Nemmouche (dit « des geôliers de l’État Islamique »).
Le point de vue du dessinateur d’audience, il est unique.
Géographiquement, avant tout. Là où les journalistes peuvent entendre depuis les bancs du public, le dessinateur a ce privilège de pouvoir voir ce que voit la cour. Personne d’extérieur au processus judiciaire n’est à ce point au cœur de l’action : nous voyons ce que voient les juges. Nous sommes face à la barre, face aux accusés et aux témoins en train de déposer, face aux avocates qui plaident, face au ministère public lors de ses réquisitions.
Les places sont prisées : il n’y a souvent que deux ou trois chaises au pied même de la tribune surélevée où siègent le président et ses assesseurs. Pour les procès très suivis, il y d’ailleurs concurrence entre les dessinateurs – qui se gère en plus ou moins bonne intelligence selon les personnalités.
Matthieu FAYETTE
Sur Instagram : @matthieufayette














