Catégorie : PQN

Le Monde lance une Académie pour aspirants journalistes de 18 à 25 ans

L’Observatoire des Médias était ce mercredi matin dans l’amphithéâtre du Monde, boulevard Blanqui, pour la conférence de presse de présentation de la Monde Académie, dont la première ’saison’ arrive bientôt.
Florence Aubenas présente au Mouv, à RFI, et à l’Observatoire des Médias ce que sera Monde Académie:

L’Edito d’Erik Izraelewicz : 


mondeacademie

 

Le communiqué de presse :

L’interview officielle par Le Monde :

Un article signé Florence Aubenas et Serge Michel : « Le Monde » est un média sérieux, mais…

Le Monde a prévu aussi une campagne de publicité, et des vidéos virales, voici la première :

Monde Académie, façon simple d’obtenir du contenu à moindre frais? Petite salve de critiques :


Les gens conseillent à leurs jeunes contacts de postuler , et les jeunes expriment leurs tentations :

Dixit Isabelle André, la toute nouvelle directrice du Monde Interactif, il était plus rapide et plus simple selon elle de faire appel à CitizenSide qui a développé une interface dédiée à la réception des candidatures. Un dérivé de la marque blanche que CitizenSide vend aux médias pour la réception des photos et vidéos des journalistes « citoyens ».


Les médias en 2011: un tournant pour la presse française

L’exercice est assez convenu en cette fin d’année.  Il consiste à revenir sur les éléments marquants de 2011. Pour la presse écrite française, il ne paraît pas exagéré de parler de l’amorce d’un véritable tournant dans sa longue histoire. Pour en prendre la mesure il suffit de revenir sur quelques uns de ses événements ou faits les plus significatifs.

L’année se termine sur quelques symboles forts : deux titres nationaux, France Soir et La Tribune dont les comptes sont très dégradés vont ou risquent d’abandonner le papier pour ne plus être proposés que sous forme numérique, alimentés par des rédactions réduite au strict minimum. En fait il s’agit là de la manifestation d’une tension générale sur les comptes des journaux, manquant de ressources publicitaires, voyant leur diffusion s’éroder, qui frappe d’abord les plus fragiles. France Soir et La Tribune des situations pourtant bien différentes, entre l’ancien quotidien populaire, totalement épuisé ayant perdu l’essentiel de son lectorat et le quotidien économique né des années quatre-vingt qui a su gagner un public, sans jamais trouver l’équilibre de ses comptes.

Comme toujours, l’attention se concentre sur la presse parisienne, alors que des situations encore plus préoccupantes se sont fait jour en région, là où la Comareg (Groupe Hersant Média) a purement et simplement cessé d’exister licenciant plus de mille personnes. Région où ce même Groupe Hersant Média surendetté a annoncé son mariage avec le groupe Rossel (La Voix du Nord, Le Soir de Bruxelles), avec là aussi la perspective d’une « rationalisation » qui se soldera par des centaines d’emploi supprimés.  Que penser en outre du sort de Paris Normandie, exclu de cet accord, au risque d’un dépôt de bilan à plus ou moins brève échéance ?

La tension sur les comptes des journaux se traduit aussi par l’annonce de restructurations de titres hier encore symbole de réussite : Les Echos, Le Parisien/Aujourd’hui en France. Dans les deux cas les comptes sont au rouge, alors même que la diffusion fléchit (-5,38% pour le second). « Plans sociaux » ou « Plans de départs volontaires » ont ici en commun qu’ils visent à resserrer les rédactions, en même temps qu’à opérer un mouvement qui voit des journalistes traditionnels de l’imprimer laisser leur place à de nouveaux venus formés et si possible créatifs dans l’univers du numérique.

Dans ce registre des évolutions nécessaires des rapports entre imprimé et numérique, 2011 aura été pour les quotidiens français l’année de l’engagement vers les « rédactions intégrées » où se côtoient, coopèrent, se fondent journalistes du print, du web, des supports mobiles. Le Figaro en fait l’annonce et engage les aménagements nécessaires, Le Monde ou 20 Minutes créent des services communs, etc. Faut-il rappeler que la presse anglo-saxonne avait amorcé ce mouvement dès les lendemains de l’éclatement de la bulle Internet. Ces journaux à l’exemple du Guardian ou du Financial Times montrent d’ailleurs que ce ne sont pas des rédactions aux fonctions indifférenciées qui se font jour, puisque des pôles continuent à servir plutôt un support ou l’autre selon ses spécificités. Faut-il imaginer que 2012 permettra de faire un pas de plus aux quotidiens français, celui du « web first », soit la priorité au numérique pour sortir d’abord les nouvelles sur ses différents supports, pour ensuite les sélectionner, les développer, les approfondir pour l’imprimé, comme en ont fait le choix en 2011, le Guardian, le Financial Time ou Le Temps.

Faut-il voir dans ces différents mouvements de réorganisation des rédactions de la presse quotidienne l’explication d’un autre signe d’évolution apparu en 2011, celui de l’inversion de la courbe d’évolution du nombre de journaliste qui tend à baisser (37 007 en janvier) ? Faut-il s’attendre alors à une évolution de fond aussi brutale que celle des Etats Unis qui en dix ans ont perdu pratiquement 30% des effectifs de journalistes ?  Faisant en quelque sorte écho à cette tendance, le 5 décembre à Lyon lors d’un colloque organisé par la Wan-Ifra, un leitmotiv se retrouvait dans les propos des responsables journaux et groupes aussi différents que le New York Times, le Financial Times, Le Temps, Roularta, 20 Minutes : « Il va falloir faire travailler beaucoup plus les rédactions et nos journalistes ». Gageons que la formule est insuffisante et que le tournant amorcé en 2011 amènera presse imprimée et presse numérique à repenser la notion même de rédaction, avec des journalistes travaillant en réseau et expérimentant de nouvelles formes de coopérations avec des experts/spécialistes de différents domaines, sans parler des internautes témoins d’événements ou sensibilisés à une question ou une cause.

Jean-Marie Charon
Sociologue des médias.
Président des Entretiens
de l’Information

Jean-Marie Charon est intervenu ce mercredi 27/12 dans l’émission d’Ali Rebeihi  »Comme on nous parle ».

Les invités : Jean-Marie Durand (Rédacteur en chef adjoint, rubriques idées, médias – Les Inrockuptibles), Guy Dutheil, (journaliste, service média – Le Monde), par téléphone Pierre Haski (co-fondateur du site Rue89), par téléphone Jean-Marie Charon (sociologue des médias)

«L’info sur Internet, ce n’est pas pour nous»

Vous le savez, les presses de France Soir ont cessé d’émettre. Et l’arrêt de ce canard ne fait pas que des malheureux dans le monde journalistique.

Ce matin, Libération a publié un article, titré « Brèves de trottoirs »  : « Une fois par mois à Paris, SDF et journalistes débattent de l’actualité. »

Mais en ce moment, je ne suis pas abonné à Libération. J’ai découvert l’article via ma recherche Tweetdeck dédiée à France-Soir:

 

"De toute façon, on n'a pas d'ordinateur, alors l'info sur Internet ce n'est pas pour nous. Moi je suis triste que France-Soir arrête son édition papier. Leurs unes étaient ridicules, et ça me faisait marrer. Et puis, le journal, cela ne sert pas qu'à lire. On peut aussi dormir dessus."

Au passage, c’est pas très sympa de la part de Libé de titrer comme ça. « Brèves de Trottoirs » c’est ça.  Non mais! Mais c’est Olivier Lambert qui a raison, c’est de la pub gratos.

Alexandre Pougachev, ou comment tuer France Soir : « Je pense que je voterai Marine Le Pen »

Lorsqu’on lit d’abord un tweet, on y croit pas vraiment. Puis lorsqu’on voit le propriétaire du quotidien France Soir faire une telle réflexion, avec un petit sourire ingénu en mode « mais comment ça, cela vous surprend », on est sans voix.

Le pouvoir de la vidéo.

Pourtant, doit-on être surpris? Voici ce que déclarait à Libération Alexandre Pougachev en février :

Les idées de Le Pen me plaisent. Il y a de plus en plus d’immigration et d’insécurité en France.


Mais ce n’est pas la seule déclaration du propriétaire de France Soir. Ce dernier a aussi lâché une autre bombe, en se déclarant prêt à vendre le quotidien pour 1 euro : « S’il y a quelqu’un qui veut racheter le journal et le faire vivre en papier et s’il me dit pour un euro, moi, il n’y a pas de problème ».

Incrédules, les journalistes de LCI lui ont reposé la question, de savoir si Pougachev était bien prêt à « céder France Soir pour un euro symbolique », il a répondu « oui, tout à fait ».

Pour rappel, c’est en août dernier que le quotidien France Soir a été placé sous protection de la justice (clause de sauvegarde). En octobre, enfin, il a déclaré qu’il envisageait très sérieusement l’arrêt de l’édition papier pour se concentrer sur le web, et de devenir un acteur majeur en la matière. Une décision qui provoquerait la suppression de 89 emplois sur 127. Cette arrêt du papier est en théorie effectif à la mi-décembre.

Devant de telles déclarations, on avait vu l’ancienne directrice-générale du journal, Christiane Vulvert, proposer une énième fois un plan pour la reprise du journal avec cette fois-ci un apurement des dettes et du passif + participation du vendeur aux pertes de la première année + suppression d’une trentaine de postes)

Mise-à-jour de 16h40 : Voici la réaction de la SDJ de France Soir, qui représente plus de 80% des journalistes.
Il faut savoir que cette Société des Journalistes a été créée suite aux déclarations à Libération d’Alexandre Pougachev.

COMMUNIQUE DE LA SOCIETE DES JOURNALISTES DE FRANCE-SOIR

Paris, le 11 novembre 2011

La Société des Journalistes (SDJ) de France-Soir prend connaissance, ce jour, des déclarations de M. Alexandre Pougachev à la chaîne LCI concernant ses intentions de vote lors de la prochaine élection présidentielle.
La SDJ tient à exprimer sa vive consternation face à ce qui ressemble à une nouvelle provocation de la part d’un patron de presse sur le point de licencier 89 de ses 120 salariés et de se séparer de la version papier du titre.
A six mois de l’élection présidentielle, M. Pougachev envoie manifestement un signal fort: qu’il vote pour la candidate Front National lors de la présidentielle ne regarde que lui; qu’il l’affirme, publiquement et ès qualité, engage, malgré eux, tous les salariés de l’entreprise qu’il préside et ses journalistes en particulier.
La SDJ souhaite rappeler son attachement viscéral à l’esprit de France-Soir, quotidien fondé à la Libération, et dont les valeurs sont profondément opposées à celles que défend le Front National.
La SDJ souligne sa volonté de préserver une forme de neutralité et d’équilibre politiques. La perspective de voir disparaître un monument de la presse française à la mi-décembre se double donc, désormais, d’une autre crainte: celle de laisser émerger à sa place un organe faisant ostensiblement la promotion du Front National. Il y a là, aux yeux de la SDJ, un double danger pour la démocratie qui ne doit pas laisser insensibles les pouvoirs publics.
En tout état de cause, et quel que soit l’avenir de France-Soir, la SDJ tient à affirmer qu’elle luttera jusqu’au bout pour que le titre, dans ses versions papier et numérique, conserve son indépendance et sa liberté de ton, et ne devienne jamais la tribune des thèses défendues par le Front National.

Mise-à-jour de 17h15 : De son côté, le syndicat Info-Com-CGT de France-Soir, déclare que le « faux-nez du projet Pougachev vient de tomber ».
« Pour le milliardaire, le repreneur idéologique de France-Soir, c’est le Front national! », a ajouté le syndicat, qui évoque une « nouvelle dérive » après la publication de communiqués validant « les déviations d’une ligne éditoriale populiste nauséabonde », selon lui.
« Jamais le Comité Inter CGT et Info’Com CGT ne pourront accepter que France-Soir devienne un nouveau canal des thèses de l’extrême droite », met en garde le syndicat.

Sources : Twitter, Libération, AFP, LCI, SDJ France Soir